Le génie écologique ou génie de l'environnement regroupe un ensemble de techniques issues de l'ingénierie classique et de l'écologie et se définit par la finalité des actions menées, qui ont comme objectif de contribuer à la restauration écologique et à la résilience de l'écosystème. L'association de l'ingénierie et de l'écologie vise à coopérer avec le vivant, à s'associer et à favoriser les processus naturels dans un but de création, de restauration ou de réhabilitation de fonctions assurées par les milieux naturels. Ainsi, le génie écologique ne se définit pas seulement à partir des techniques utilisées, , mais surtout par l'objectif visé par les travaux, ... : le génie écologique contribue directement à préserver et développer la biodiversité.

Ainsi, le génie écologique cherche à optimiser les services écosystémiques. Mais il peut aussi les recréer en les intégrant dans un aménagement. Il s'appuie sur, et joue avec, les processus naturels à l'œuvre dans les écosystèmes, à l'inverse du génie civil classique qui parfois doit lutter contre la dynamique des écosystèmes. Le génie écologique peut alors s'associer au génie civil et proposer des techniques alternatives en favorisant les capacités de résilience écologique des écosystèmes et en valorisant les facultés du vivant à façonner, améliorer, stabiliser, épurer certains éléments du projet et du paysage : route, bâtiment, sols, pentes, berges, lisières, écotones, zones humides....

Définition Le génie écologique est défini en France comme étant la , l'ingénierie écologique étant définie comme l'..

Dans les pays anglo-saxons, c'est .

Dans le monde hispanophone, le concept qui s'en rapproche le plus est celui d', qui est défini comme étant ..

Historique La notion de génie écologique est apparue dans les années 1960. Elle répond à de nouveaux enjeux qui apparaissent à la fin du et auxquels sont confrontées les sociétés humaines dans le monde entier : érosion de la biodiversité, dérèglement climatique, dégradation des services écosystémiques... Le génie écologique sert alors à réparer l'écosystème lorsque celui-ci est trop dégradé pour pouvoir mettre en œuvre lui-même ses capacités de résilience.. Le concept est en particulier théorisé par l'écologue américain Howard Odum qui a montré la possibilité de contrôler les trajectoires évolutives des écosystèmes en influant sur les dynamiques naturelles. Les États-Unis ont été les premiers à développer une activité professionnelle de génie écologique, notamment à la suite du Clean Waters Restoration Act (1966) qui a permis la création des Mitigations Banks assurant la protection des zones humides.

Mitsch & Jorgensen, deux écologues américains ont caractérisé en 1989 le génie écologique comme étant une discipline qui: se base sur la capacité de résilience de l'écosystème ; est un terrain d'expérimentation de l'écologie scientifique ; met en œuvre une approche systémique ; limite la dépense d'énergie fossile ; vise la préservation de la biodiversité.

En 2015, à l'occasion de la COP21, le comité français de l'UICN a proposé une nouvelle approche pour lutter contre l'érosion de la biodiversité : les . Les SFN se basent sur les processus naturels pour répondre à de tout en apportant des bénéfices multiples, dont l'amélioration de la résilience de l'écosystème. Le génie écologique sera l'outil privilégié pour la mise en œuvre de ces actions...

En France Encore émergente au début des années 1990Blandin P (1991) L’émergence du génie écologique : conséquences pour la recherche et la formation, Bulletin d’écologie, 22, 2, 289-291., la filière du génie écologique a été accompagnée en France dans son développement par la puissance publique : en 1995, lancement d'un appel à projets Recréer la nature qui visait un rapprochement entre la recherche et les gestionnaires d'espaces naturels en exigeant la double dimension opérationnelle et scientifique. ; en 2009, constitution du groupe de travail Filière génie écologique porté par le Ministère de l'écologie qui a contribué à structurer la jeune filière ; en 2012, publication de la feuille de route Ambition Ecotech par le Comité Stratégique de Filière Éco-Industries. qui considère la filière comme un secteur économique stratégique. Le monde de la recherche a également joué un rôle déterminant en apportant de meilleures connaissances sur le vivant et ses processus, une étape essentielle pour la mise en œuvre des projets d'ingénierie écologique. Depuis l'année 2010, le CNRS dispose ainsi d'un programme interdisciplinaire Ingénierie écologique (IngECOTech) auquel participe aussi INRAE (ex- Irstea.).

La filière professionnelle du génie écologique s'est petit à petit structurée depuis le début du autour d'un marché en croissance portée par la montée en puissance au sein de la société française des questions environnementales. Le marché a en particulier bénéficié de deux leviers de politique publique. Le premier est la Directive-cadre sur l'eau, datant de 2000, qui donne pour objectif aux États-membres de l'Union européenne d'améliorer l'état des écosystèmes aquatiques. Cette directive-cadre a eu pour conséquence la mise en œuvre d'importants travaux de réhabilitation écologiques des rivières et des zones humides portés par les collectivités territoriales. Le second fait suite à la construction de l'autoroute A65, premier ouvrage autoroutier post Grenelle de l'environnement, qui s'est vu imposer des mesures de compensation écologique ambitieuses. Cette jurisprudence a rendu effective une obligation de compenser les atteintes à la biodiversité et au fonctionnement de l'écosystème qui datait de plus de 30 ans avec la Loi du . relative à la protection de la nature....

En , après trois années d'échanges entre les acteurs de la filière portés par l'Union professionnelle du génie écologique (UPGE), l'Afnor a publié la norme française NF X10-900 sur la méthodologie des projets de génie écologique appliqués aux zones humides et aux cours d’eauEnvironnement Magazine ;.. Elle vise plus globalement à professionnaliser Norme NF X10-900 « Génie écologique - Méthodologie de conduite de projet appliqué à la préservation et au développement des habitats naturels - Zones humides et cours d'eau » (sur le site de l'Afnor) en proposant un langage commun, clarifiant le rôle et la coordination des intervenants, définissant les étapes aval du projet et encadrant la réalisation pour se poser . Elle définit les méthodes d'interventions sur ces habitats naturels et les écosystèmes associés, de la décision de lancer un projet, à l'évaluation par le suivi à long terme des actions. Cette norme décrit les études, la maîtrise d'œuvre, les opérations de gestion restauratoire et propose un métier de .

En 2017, une règle professionnelle N.C.4-R0, traitant spécifiquement des travaux de génie écologique, a été rédigée pour le secteur du paysage par les professionnels du génie écologique. Elle harmonise et précise les termes techniques et les bonnes pratiques de mise en œuvre des ouvrages, les contraintes à prendre en compte ou encore les points de contrôle à appliquer.. Elle insiste en particulier sur la place de l'écologue dont l'intervention est décrite comme à la réussite de tout projet de génie écologique.

Aujourd'hui, l'évaluation et la standardisation des équivalences écologiques est réclamée aux acteurs du génie écologique par le secteur financier dès lors que l'intervention de ce dernier dans le maintien du capital naturel est souhaitéehttps://www.synergiz.fr/la-declaration-du-capital-naturel-initiative-historique-lors-de-rio-20, consulté le 22 novembre 2015. Dans le cadre de cette financiarisation de la nature les banques de compensation sont amenées à utiliser le génie écologique et à être évaluéesUICN France, La compensation écologique, 2011. Ces approches sont controversées....

Un nouveau métier Le génie écologique est un nouveau corps de métier qui se développe depuis la fin du . Il met en œuvre les techniques de l'ingénierie écologique dont les principes sont définis ainsi par le CNRS : .

Si le monde de la recherche joue un rôle important par l'apport de nouvelles connaissances fondamentales, les opérateurs de génie écologique s'inspirent aussi de pratiques anciennes et développent des innovations se basant sur l'observation des mécanismes du vivant. Ainsi, Léonard de Vinci écrivait : . Ces techniques furent longtemps délaissées au profit de systèmes de protection lourds faisant appel au génie civil. Ces milieux vivants, parfois plus efficaces, sont dotés d'une capacité d'auto-entretient et de résilience, bien que nécessitant en fonction des situations une gestion régulière.

Déroulement d'un projet de génie écologique La mise en œuvre de projets de génie écologique implique de nombreuses compétences ; de la concertation avec les acteurs économiques et sociaux au suivi écologique du projet en passant par sa conception et sa réalisation. Une opération classique débute par des activités de conseil et d’accompagnement stratégique, suivies par des étapes d’études diagnostiques, de définition des actions, des travaux, de suivi, de gestion et enfin de valorisation de la démarche par la communication. Ces activités impliquent naturalistes, conseillers en biodiversité, ouvriers et techniciens spécialisés autour du pivot qu'est l'ingénieur écologue.

Le génie écologique considère toutes les dimensions de l'écosystème : la flore, la faune, les processus fongiques, bactériologiques, pédologiques, biogéochimiques, géologiques et aussi les sociétés humaines. Pour agir sur tous ces processus vivants l'ingénieur écologue fait appel à des techniques très variées. Il utilisera par exemple le génie végétal, parfois baptisées bio-ingénierie ou génie biologique, et de nombreuses autres techniques pouvant remplacer les techniques de génie civil classique.

Le génie écologique vise à réconcilier économie et écologie. En effet, puisque son objectif est de favoriser la résilience de l'écosystème, le génie écologique doit tenir compte des activités humaines présentes, partie intégrante de l'écosystème. L’activité de la filière est donc au centre des interrelations entre humanité et biodiversité, et se développe en relation avec l’ensemble des filières économiques. L'activité de génie écologique consiste alors à accompagner les professionnels de l'aménagement, de l'agriculture et même de l'industrie, de l’immobilier et de l’urbanisme pour travailler à la compatibilité entre les activités humaines et les systèmes vivants.

Ainsi la réussite d'un projet de génie écologique se mesure à deux critères : par l’acceptation sociale et l'implication des riverains et usagers dans le projet et par une évaluation scientifique. Cette dernière se fait sur la base du suivi d'indicateurs, notamment de bioindicateurs, qui varient selon le contexte biogéographique, la surface du site et l'objectif des opérations. Les écologues se basent surtout sur quelques espèces jugées bioindicatrices"Quels indicateurs pour la gestion de la biodiversité ?" Cahier de l'IFB, octobre 2007 : "Quels indicateurs pour la gestion de la biodiversité ?" pour évaluer et, le cas échéant, corriger les opérations menées.

Techniques et applications Les techniques de génie écologique peuvent être mises en œuvre en lien avec toutes sortes d'activités humaines dès lors que celles-ci ont un impact sur l'écosystème et son fonctionnement, ce qui est très large : gestion des espaces naturels, aménagement du territoire, planification urbaine, exploitation agricole, activité économique... En fonction de l'objectif visé, les interventions peuvent être séparées en quatre : gestion, restauration, création ou intégration de l'activité dans l'écosystème. Cette répartition n'est pas exclusive mais permet un aperçu des nombreuses applications du génie écologique.

Gestion des milieux