La basilique Saint-Quentin de Saint-Quentin est une église catholique située dans le centre-ville de Saint-Quentin, dans le département français de l'Aisne. Dédiée à saint Quentin de Saint-Quentin, martyr du , elle est liée à l'histoire de la dévotion à ce saint : elle en contient les reliques, objets d'un culte important tout au long du Moyen Âge.
Plusieurs églises se sont succédé sur ce site depuis le milieu du . Quant à l'édifice actuel, il est né de l'ambition des chanoines de Saint-Quentin, qui souhaitaient démontrer leur puissance et leur indépendance vis-à-vis des évêques. Ils ont donc voulu bâtir une église dépassant en taille les cathédrales voisines, en particulier celles de Noyon et de Soissons. L'édifice s'est construit laborieusement du en réunissant toutes les évolutions successives de l'architecture gothique. Cependant, en raison des contraintes financières et des guerres, il n'a jamais pu être achevé. À la place de la façade monumentale envisagée, la basilique conserve ainsi sa tour-porche héritée de l'ancienne abbatiale carolingienne, ce qui lui donne son aspect singulier.
En sa qualité de collégiale royale, l'église a reçu la visite de nombreux souverains français, depuis saint Louis jusqu'à Louis XV, qui ont largement contribué à sa construction et à son entretien. Le buffet de son orgue de tribune, le plus grand orgue de Picardie devant ceux des cathédrales de Beauvais et d'Amiens, a ainsi été offert par le roi Louis XIV en 1694. Devenue simple église paroissiale à la suite de la dissolution du chapitre canonial sous la Révolution, l'ancienne collégiale a été élevée au rang de basilique mineure par le pape Pie IX en 1876. L'édifice a fortement souffert durant la Première Guerre mondiale, à l'instar de la cathédrale Notre-Dame de Reims, et a ensuite bénéficié d'une longue restauration au cours du .
Plus vaste église gothique de la région des Hauts-de-France après la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, la basilique Saint-Quentin est surnommée « la septième cathédrale de Picardie », bien qu'elle n'ait jamais abrité d'évêché. Culminant à avec sa flèche, elle domine la ville et constitue le plus haut édifice du département de l'Aisne, après les émetteurs de Fleury et de Landouzy. La basilique figure parmi les plus grandes églises françaises, avec des dimensions comparables à celles de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
La basilique, protégée en tant que monument historique, a été classée sur la première liste de 1840, établie à la demande de Prosper Mérimée.
Histoire État des sources et de la recherche vignette|250px|gauche|Façade sud vue depuis le parc d'Isle.|alt=Basilique vue depuis le parc d'Isle avec, au premier plan, la Somme bordée d'arbres et, au loin, des maisons de briques rouges. vignette|250px|gauche|Façade nord vue depuis les Champs-Élysées.|alt=Basilique vue depuis le nord avec, au premier plan, des arbres. Le ciel est bleu. vignette|redresse=1.0|Nef et chœur vus depuis l'abside.|alt=Intérieur d'une vaste église dont la voûte, située à une trentaine de mètres de hauteur, est soutenue par d'étroits piliers. Certains de ces derniers connaissent un fort déversement. Au fond, installé sur une tribune, un orgue dans un buffet de bois de style baroque. vignette|150px|gauche|Pierre Bénard, Fonds de la Société académique de Saint-Quentin.|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme d'âge mûr avec une barbe blanche et un costume sombre.
La connaissance de l'histoire de la basilique de Saint-Quentin se fonde sur des vestiges archéologiques, des sources écrites, des sources iconographiques et des comparaisons stylistiques avec d'autres grandes églises gothiques.
Des fouilles archéologiques ont été dirigées par Pierre Bénard en 1864, par Émile Brunet en 1925, par Ernest Will en 1956 et par Christian Sapin de 2005 à 2009. Ces recherches, menées essentiellement sous le chœur et à proximité de la crypte, ont permis d'attester l'ancienneté d'un culte chrétien sur le site. Des tombes datées des ont été découvertes, dont l'une identifiée par Christian Sapin comme la tombe primitive de saint Quentin. Ces fouilles ont également confirmé que plusieurs églises s'étaient succédé sur ce site. Des vestiges d'une église mérovingienne, probablement bâtie à la fin du ou au début du , et d'une église carolingienne, construite dans la première moitié du , ont ainsi été retrouvées. Ces découvertes concordent avec les sources écrites.
Ces sources écrites sont essentiellement constituées de témoignages, mis par écrit, et de documents produits par le chapitre ou la fabrique de la collégiale (registres, lettres, factures, etc.). La qualité des témoignages varie grandement. Certains sont légendaires, à l'exemple du récit d'un témoin de la découverte du corps de saint Quentin par Eusébie, qui aurait été transmis oralement puis mis à l'écrit par l'auteur des Actes du martyre de Saint-Quentin au début du . D'autres sont plus fiables et détaillés, à l'instar de ceux des chanoines Quentin de la Fons, dans L'Histoire particulière de l'église de Saint-Quentin achevée en 1648, et Charles de Croix, dans son journal rédigé de 1647 à 1685. Les archives du chapitre ont été, en grande majorité, perdues au fil des siècles. Une partie des informations qu'elles contenaient sont cependant connues grâce aux travaux de deux auteurs modernes. D'une part, le chanoine Quentin de la Fons a rassemblé de nombreuses sources pour rédiger l'Histoire particulière de l'église de Saint-Quentin, ouvrage achevé en 1648, perdu durant la période révolutionnaire et partiellement restitué grâce à la compilation de copies par Charles Gomart en 1854. D'autre part, Louis-Paul Colliette, doyen du chapitre de la collégiale, a rédigé en 1772 des Mémoires pour servir à l'histoire du Vermandois, annales dans lesquelles il accorde une large place à l'histoire de la collégiale..
Pour dater plus finement certaines parties de l'édifice et pour pallier le silence des sources, Pierre Héliot, dans son ouvrage La Basilique de Saint-Quentin et l'architecture du Moyen Âge publié en 1967, s'appuie également sur une méthode fondée sur des comparaisons stylistiques avec d'autres grandes églises gothiques. Il parvient ainsi à proposer une chronologie détaillée de la construction du chevet et du chœur, légèrement amendée par l'historienne Elle Shortell et Laurence Terrier Aliferis dans les années 1990.
Un siècle plus tôt, dans son opuscule Collégiale de Saint-Quentin, renseignements pour servir à l'histoire de cette église, Pierre Bénard (1822–1900) employait la même méthode pour affirmer que Villard de Honnecourt avait été maître d'œuvre de la collégiale au début du .
Des dessins, des peintures et des photographies de la basilique permettent également d'appréhender l'aménagement extérieur ou intérieur de l'édifice à différentes époques. Les plus anciennes représentations connues de l'église datent de 1557, année de la bataille de Saint-Quentin. Des artistes, assistant au siège puis à la prise de la ville, ont réalisé des dessins abondamment reproduits par des graveurs.. L'édifice y apparaît, plus ou moins fidèlement représenté, comme élément de décor urbain. Des œuvres des siècles suivants offrent des représentations plus détaillées de l'édifice, avant l'apparition des premières photographies dans la seconde moitié du ..
Cependant, certaines périodes et certains événements de l'histoire de la basilique restent mal connus. Ainsi, la date de l'achèvement des travaux de la nef est inconnue en raison de la perte des registres capitulaires du milieu du . De même, l'ampleur des travaux effectués au début du reste incertaine. Aucune source ne permet de trancher entre une reconstruction complète de l'édifice ou une simple réparation de l'église abbatiale du .
Les origines du culte de Quentin vignette|redresse|gauche|« Découverte du corps et du chef de saint Quentin ». Vita et miracula s. Quintini, ca. 1100, musée Antoine-Lécuyer, Saint-Quentin.. vignette|redresse|Sarcophage de saint Quentin, crypte de la basilique, Antiquité tardive.|alt=Fût de colonne en pierre réemployé en sarcophage, dans une niche de pierre.
La légende du martyre de saint Quentin est principalement connue par Les Actes du martyre de saint Quentin. Ce récit hagiographique fut rédigé au début du par un auteur anonyme qui prétend s'être fondé sur le témoignage d'une personne ayant assisté à la découverte du corps du saint par Eusébie au milieu du ..
Selon ces Actes et d'autres sources concordantes, saint Quentin de Saint-Quentin aurait été le fils d'un sénateur romain, converti au christianisme et chargé d'une mission évangélisatrice en Gaule belgique au début du . Arrivé à Ambianorum (Amiens) avec plusieurs compagnons, il fut arrêté et torturé. Refusant d'abjurer sa foi chrétienne, il fut envoyé à Durocortorum (Reims) pour y être exécuté. Mais, arrivé à Augusta Viromanduorum, il s'échappa et commença à prêcher dans la cité. Recapturé, il fut de nouveau torturé puis décapité. Son corps fut ensuite jeté dans les marais de la Somme. La date généralement retenue pour le martyre de saint Quentin est l'année 303, quoique certains historiens anciens comme Claude Hemeré ou l'abbé Guérin aient proposé les années 287 ou 302.
Une cinquantaine d'années plus tard, une femme aveugle romaine, Eusébie, partit en Gaule après un songe pour retrouver le corps du martyr. Grâce aux indications du vieillard Hérodien, elle retrouva la dépouille dans les marais. Elle fit alors remonter le corps et le chef de Quentin et recouvra la vue. Selon la légende, Eusébie souhaitait ramener les restes du saint à Vermand, alors capitale des Viromanduens. Cependant, une fois arrivés en haut de la colline surplombant l'ancienne cité d'Augusta, les bœufs tirant le chariot refusèrent d'avancer. Interprétant ce geste comme un signe divin, Eusébie décida d'inhumer la dépouille de Quentin en ce lieu et d'y construire un premier oratoire.
Quoiqu'il soit difficile de distinguer l'histoire de la légende dans ce récit, des fouilles archéologiques menées par Christian Sapin entre 2005 et 2011 sous le chœur de l'actuelle basilique ont confirmé l'aménagement d'une tombe surmontée d'un petit sanctuaire dans la seconde moitié du . Autour de l'an 400, une petite église, d'environ de long et de large, fut construite à proximité du sanctuaire, ce qui atteste l'existence d'un culte de saint Quentin dès la fin de l'Antiquité.
Les édifices antérieurs L'église mérovingienne vignette|Bas-relief du chœur représentant la redécouverte et l'enchâssement du corps de saint Quentin de Saint-Quentin par saint Éloi de Noyon.|alt=Bas-relief représentant, de gauche à droite, saint Éloi arrivant à cheval à Augusta Viromanduorum accompagné de deux hommes, saint Éloi priant avec huit personnes, saint Éloi retrouvant le corps de saint Quentin et saint Éloi déposant la dépouille dans une châsse dorée.
Durant les grandes invasions du , le corps de saint Quentin fut emporté à Laon pour y être mis en sûreté. Il fut ramené à Augusta Viromanduorum en 497 et, à cette occasion, l'oratoire d'Eusébie fut transformé en une église plus vaste.. Ce lieu attira, dès le , de nombreux fidèles venus du Nord de la France. Dans son œuvre À la Gloire des Martyrs rédigée vers 590, l'historien Grégoire de Tours décrit ainsi l'église de Saint-Quentin comme un lieu où de nombreux miracles se produisaient. Les recherches archéologiques menées par Christian Sapin en 2009 sous la crypte ont permis de découvrir de nombreuses sépultures à proximité du lieu d'inhumation initial de Quentin, ce qui confirme le développement du culte de saint Quentin dès le début du Moyen Âge.