La bataille de Charleroi ou bataille de la Sambre (Schlacht an der Sambre en Allemand et Slag bij Charleroi en Néerlandais), est l'appellation donnée à l'ensemble des combats qui se sont déroulés sur la rivière Sambre entre la frontière franco-belge et la position fortifiée de Namur du 21 au lors de la Première Guerre mondiale. Ils ont opposé la 5e armée française du général Lanrezac à la IIe armée allemande du général von Bülow. Ils font partie de la bataille des Frontières.
Contexte vignette|Carte représentant la stratégie et les déplacements des deux armées lors de la bataille de Charleroi. |gauche La situation militaire en Belgique en est le principal centre d'intérêt de l'état-major allemand. En application du plan Schlieffen, le général von Moltke, chef d'état-major des armées allemandes, prévoit de traverser rapidement la Belgique. Cette action de la plus grande masse d'armées allemandes doit permettre de déborder les armées françaises du Nord-Ouest par un mouvement tournant en coup de faux et à les prendre à revers en les coupant de leurs arrières. Pour l'état-major français, le front belge ne constitue que le flanc gauche de l'attaque principale qui a lieu en Lorraine. La Belgique sert donc de champ de bataille aux deux principaux belligérants : l'initiative y est allemande, avec le franchissement de la frontière de la Belgique le 4. Le gouvernement belge donne l'autorisation aux Français et aux anglais d'entrer en Belgique le .
La bataille résulte avant tout du choc frontal entre la française commandée par le général Charles Lanrezac et la armée allemande, commandée par le Generaloberst Karl von Bülow. La française progresse vers le nord en vue d'attaquer l'aile marchante allemande par l'ouest. La armée allemande traverse la Belgique dans un vaste mouvement tournant centré sur les Ardennes et progresse vers le sud-sud-ouest avec pour objectif de déborder Maubeuge par le nord. Le champ de bataille de la Sambre est défavorable à la défense et favorable à l'attaque en raison de la présence de nombreux méandres et ponts favorisant l'infiltration.
À l'ouest de la , se trouve le Corps expéditionnaire britannique (BEF) qui prend contact avec la armée du Generaloberst von Kluck à peu près simultanément (bataille de Mons). Au sud-ouest, la du général de Langle de Cary se concentre sur les Ardennes.
Forces en présence Allemagne gauche|vignette|Uniformes allemands 1914. La armée allemande, commandée par le Generaloberst Karl von Bülow est composée de huit corps d'armée (14 divisions) et trois divisions de cavalerie. Le Corps de réserve de la Garde qui fait partie de cette armée est détaché de l'armée pour participer au siège de Namur et de sa position fortifiée.
France gauche|vignette|Uniformes français en 1914. La française commandée par le général Charles Lanrezac est composée de cinq corps (1, 2, 3, 10 et 11), soit dix divisions d'infanterie, plus la division de cavalerie et les et divisions de réserve. À cette armée, s'ajoute le Corps de cavalerie Sordet qui comporte trois divisions, renforcées par la 8e brigade d'infanterie du général Mangin.
Déroulement de la bataille Le , la française progresse en direction du nord avec un rideau de cavalerie fourni par le corps de cavalerie Sordet, deux corps d'armée en premier échelon, le 3 et le 10, et un corps sur le flanc droit, le 1. Le et le arrivent le long de la Sambre entre Charleroi et Namur et se mettent en garde sur les ponts. Le premier s'établit le long de la Meuse. La française forme donc un angle droit en pointe nord-est. Le corps de cavalerie Sordet est chargé d'assurer la liaison avec les Anglais entre Mons et Charleroi.
La armée allemande progresse de son côté avec un rideau de cavalerie et deux corps d'armée en tête, le corps d'armée et le corps de la Garde. Le , les consignes prudentes du général von Bülow limitent l'action de la IIe armée à occuper la rive nord de la Sambre sans la traverser, consigne que certains divisionnaires enfreignent en établissant des têtes de pont. Le , il lance l'ensemble de son armée dans l'assaut frontal contre les Français et pousse son avantage. gauche|vignette|Détachement de mitrailleurs français. Le , les corps d'armée de tête se rencontrent sur les ponts dans la région de Tamines, Arsimont et Auvelais. Les cavaliers et cyclistes allemands attaquent les ponts de Tamines et d'Auvelais et sont repoussés. Le terrain est difficile car la zone, assez industrielle, est densément construite et empêche l'utilisation de l'artillerie française de campagne. Les Allemands, initialement repoussés, parviennent difficilement à établir des têtes de pont sur la rive sud du cours d'eau à Auvelais et Roselies, malgré des tentatives pour les déloger. Entre Auvelais et Tamines, la 2e division de la Garde prussienne parvient à s'infiltrer en utilisant les ponts de chemin de fer non gardés et prennent à revers les défenseurs de 19e division d'infanterie française à Auvelais. Les Français retraitent sur le plateau d'Arsimont qui est battu par l'artillerie lourde allemande et où se déroulent de durs combats. Une contre-attaque française sur les lisières d'Arsimont échoue avec de lourdes pertes, le bombardement préalable de l'artillerie ayant été inefficace. Le lendemain, le général Bonnier ramène sa division meurtrie en arrière à Fosses-la-Ville. Le , les deux corps français renforcés des 37 et (zouaves et tirailleurs algériens de l'armée d'Afrique) tentent de contre-attaquer sans soutien de l'artillerie et de reprendre les ponts à Auvelais. Ces contre-offensives, réalisées selon la doctrine officielle de l'offensive à outrance, sont très meurtrières et sans résultat concret. Le 20e corps français s'installe alors sur des positions défensives avec le soutien de l'artillerie. À son tour, il subit l'offensive allemande sur le plateau qui domine la Sambre. gauche|vignette|Charge à la baïonnette de l'infanterie française. À Roselies, les faits se déroulent selon le même modus operandi : le 21 le 10e corps allemand trouve le pont de Tergnée non gardé et prend à revers les défenseurs français (5e division d'infanterie) de Roselies qui reculent. Le 22, le général Verrier ordonne une contre-attaque sans préparation d'artillerie pour reprendre Roselies. Ses troupes sont repoussées par les Allemands qui se sont déjà retranchés. Pendant que cette action a lieu, les Allemands franchissent en force la Sambre à Châtelet après avoir sévèrement bombardé les positions françaises. Le commandant du 3e corps d'armée donne l'ordre de contre-attaquer avec une brigade de la division d'Afrique. Un déluge de feu venant des mitrailleuses et de l'artillerie cloue au sol la contre-attaque en lui occasionnant de graves pertes. 1900 hommes tombent au champ d'honneur. La 5e division française qui a participé à l'attaque reflue en arrière à pour se reformer.
En amont de Charleroi, la 2e division d'infanterie allemande franchit la Sambre à Marchienne-au-Pont chassant les unités du corps de cavalerie Sordet (10e hussard) et se dirige vers Gozée. gauche|vignette|Mortier allemand de 210 mm Mörser. La journée du , est la plus sanglante de l'histoire de l'armée française avec du côté français sur de front. Les Français découvrent à cette occasion l'efficacité des mitrailleuses et de l'artillerie lourde allemandes. Les corps allemands de deuxième échelon tentent alors de déborder par Charleroi.
Le , les et fortement éprouvés par l'échec de leur contre-offensive se mettent en défensive sur les hauteurs sud de la Sambre. Le français prend contact avec les flanc-gardes de la armée allemande le long de la Meuse et tente d'empêcher le franchissement du fleuve notamment dans la région de Dinant. Au sud de Charleroi, les Allemands après une préparation d'artillerie attaquent le 18e corps d'armée concentré autour du village de Gozée. De furieux combats ont lieu, les Français contre-attaquant. Le recul du 18e corps d'armée reste au soir du 23 toutefois limité.
Plus en amont entre Lobbes et la frontière française, le 18e corps d'armée français est opposé aux 7e et 10e corps d'armée allemand. Le régiment allemand franchit la Sambre à l'ouest de Lobbes. De violents combats d'infanterie soutenus de chaque côté par l'artillerie ont lieu sur la rivière ainsi que sur le plateau qui domine la rive droite mais la ligne française tient bon et contre-attaque pour empêcher toute avancée allemande.
Le 23, les mauvaises nouvelles s'accumulent. Les Britanniques affrontent en infériorité numérique la armée allemande lors de la bataille de Mons et fléchissent sous le choc. Les Allemands ont percé au matin la ceinture des forts de la position fortifiée de Namur en les écrasant avec leur artillerie lourde. Sur la Haute-Meuse, les Allemands établissent des têtes de pont à Dinant et Hastière. Les deux flancs de la française vers Mons et sur la Meuse sont menacés faisant planer la menace d'un encerclement de la 5e armée toute entière. gauche|vignette|Attaque d'infanterie allemande en 1914 Le au soir, le général Charles Lanrezac ordonne la retraite sur une ligne Avesnes-Regniowez puis La Capelle-Hirson-Charleville avec pour appui à gauche la place forte de Maubeuge, à droite les Ardennes afin de tenter de se rétablir.
Analyse Cette bataille brutalement frontale s'est mal déroulée pour les Français, bousculés par les Allemands. Les carences de la doctrine française se sont fait jour : tout est misé sur l'« offensive à tout prix », le manque de préparation d'artillerie et de liaison entre l'artillerie et l'infanterie. D'autre part, des dissensions voient le jour dans la chaîne de commandement. Lorsque le , le général Lanzerac donne l'ordre de ne pas contre-attaquer sur la Sambre, il n'est pas entendu par ses subordonnés, imprégnés de la mystique de l'offensive à tout prix.
Elle met en évidence l'équilibre et la complémentarité nécessaires entre le mouvement et le feu. Elle montre l'incapacité de l'armée française à organiser une phase défensive. Les Allemands démontrent leur supériorité tactique. Alors que les Français se lancent à l'attaque vague après vague, les Allemands se retranchent, utilisent à bon escient leurs mitrailleuses et leur artillerie puis progressent de manière méthodique. Leur artillerie confirme sa supériorité tant par son emploi que par la supériorité matérielle due à l'artillerie lourde omniprésente opposée au canon de 75 français, une arme pourtant efficace, rapide et souple d'emploi. vignette|Canon de 75 mm français. Le général Lanrezac ordonne la retraite de la française au bon moment. Débordé sur ses flancs, sa position défensive devient rapidement intenable. Ses troupes malmenées gardent une bonne discipline, un esprit combatif et reculent en bon ordre, malgré le ravitaillement très aléatoire. Cette retraite est un élément capital du succès lors la bataille de Guise et surtout pour la bataille de la Marne : elle évite un autre Sedan.
Conséquences
alt=Photo noir et blanc de bâtiments en ruine avec des personnes passant à proximité|vignette|Immeubles à l'angle du boulevard Audent et de la rue de la Montagne à Charleroi, volontairement incendiés le 22 août 1914. Le , le général Joseph Joffre, généralissime français oriente la retraite de la entre Maubeuge et les ArdennesTélégramme chiffré du GQG à armée, le à cité dans .. Les Allemands poursuivent l'aile gauche française vers le sud : c'est la Grande Retraite qui conduit les troupes françaises et britanniques jusqu'au sud de la Marne le .