Jules Van Praet (Bruges, - Bruxelles, ) est un historien, homme d'État et diplomate belge qui a joué un rôle d'influence important lors de l'Indépendance de la Belgique et dans les premières années de son existence. Il était l'un des principaux conseillers et le principal collaborateur et confident du roi Léopold I. Biographie Jules Frédéric Joseph Augustin Van Praet, né à Bruges le , est le fils d'Augustin Van Praet, greffier civil au tribunal civil de l'arrondissement de Bruges, et d'Anne-Marie De Pau. Il naît dans une famille d'imprimeurs et de bibliophiles, son oncle étant conservateur de la Bibliothèque Nationale de France et son grand-père imprimant des livres. Il y vit une enfance heureuse dans un milieu cultivé et privilégié. Sa sœur épouse le Paul Devaux, écrivain et homme d'état belge qui jouera un rôle important dans l'instauration de la Monarchie belge.
Il étude au lycée de Bruges, à celui de Bruxelles puis part faire sa philosophie à Paris. Après avoir obtenu un doctorat en droit à l'Université de Gand. Il s'y lie avec Édouard Conway, d'origine irlandaise, qui lui fait connaître le monde anglo-saxon.
En 1826, il est engagé à la bibliothèque communale de sa ville natale. Il consacre une partie de son temps à l'étude de l'évolution politique de l'Europe depuis le Moyen Âge. C'est ainsi qu'il rédige, dans un style sobre imprégné de l'archaïque rigueur des vieux auteurs, une Histoire de la Flandre depuis Guy de Dampierre jusqu'aux ducs de Bourgogne (1828) et De l'origine des communes flamandes et de leur établissement. Le , il est nommé conservateur des archives à Bruges où il semble promis à une carrière de tout repos.
Quelques jours après la proclamation de l'indépendance de la Belgique, il est appelé par son beau-frère Paul Devaux à se rendre à Bruxelles : « Jules doit venir à Bruxelles. On trouvera ici à le caser avantageusement ». Sur les conseils insistants de son ami et beau-frère, il quitte sa ville natale de Bruges, où son poste de conservateur des archives lui laissait assez de loisir pour publier des livres d’histoire. Avec Joseph Lebeau, Charles Rogier et Van Hulst, Paul Devaux, son beau-frère, a participé à la fondation d’une petite gazette frondeuse, le Mathieu Laensbergh (aussi Almanach de Liège), qui dénonce l’arbitraire du roi des Pays-Bas. En sa compagnie, Jules Van Praet se retrouve donc en première ligne lors des journées de septembre 1830 qui mèneront à l'indépendance de la Belgique.
Au service du roi Léopold Ier vignette|Lettre de Van Praet (1841) Il entre au ministère des Affaires étrangères où il est affecté au Comité diplomatique comme conseiller de légation, il accompagne le duc d’Aerschot à la conférence de Londres. En chemin, il prend langue avec les délégués du Congrès National venus rencontrer le prince Léopold. Sa connaissance de l’anglais est utile et appréciée lors des négociations à Marlborough House avec le prince Léopold le . Ce dernier choisit à cette occasion d'en faire son secrétaire de cabinet. Dès ce moment, il bénéficie de la confiance du prince et futur roi Léopold Ier comme il bénéficiera de la confiance de son fils le roi Léopold II. Pour accroître sa crédibilité auprès des ministres de son gouvernement, dont certains semblent s’offusquer d’avoir à traiter avec un simple secrétaire, Léopold le fera ministre de la Maison du Roi en 1840, une fonction créée sur mesure qui fera dire aux mauvaises langues que ce « septième ministère » est plus puissant que tous les autres.
Outre le secrétariat du roi, il était chargé des rapports particuliers entre le roi et les souverains étrangers et des pourparlers avec les chefs de formations politiques pour la formation des cabinets ministériels. Il était également requis pour aplanir les conflits entre Léopold et ses ministres tels que la loi sur les couvents ou la reconnaissance du royaume d'Italie.
Fin diplomate et connaisseur de l’âme humaine, il excelle à arrondir les angles, à expliquer inlassablement. Homme de l’ombre et confident, il est dépositaire de secrets qu’il sait garder. À qui se montre trop curieux, il oppose la distance et, s’il insiste, l’ironie. Tout est jugé en fonction des impératifs de la patrie, sa sécurité et son bien-être.
Il prend plaisir à étudier les hommes, découvrir leurs faiblesses, leurs vanités, leur côté caricatural et se révèle un portraitiste talentueux. De Léopold I, il dira après l'avoir rencontré à Londres, Le Prince est grand, maigre, pâle. Il a l'air froid et triste mais assez sentimental. On lui donnerait plus que son âge. C'est une figure qui a souffert.
Il a été élu le membre correspondant de l’Académie royale de Bruxelles et en devient membre titulaire en 1846 dans la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques. Disposant une longue expérience de la politique pour y avoir vécu de nombreuses années dans les coulisses et une vaste culture historique, il publie à partir de 1864 Essais sur l'histoire politique des trois derniers siècles.
Il vit sa mission comme un sacerdoce et a renoncé à se marier parce que cela diminuerait la liberté de mon travail et même mon crédit à la Cour et dans l’opinion. Ses rares heures de loisirs, il les passe dans son hôtel de la rue Ducale, au milieu de sa collection de peintures contemporaines, comme un amateur de tulipes dans son petit jardin.
À la suite de son décès le , il reçoit des funérailles officielles à l'église Notre-Dame du Sablon le et est inhumé au cimetière de Laeken.
Hommages et distinctions Les lieux publics ont été baptisés à son nom : avenue et pont Van Praet à Bruxelles, rue Jules Van Praet, Van Praetlei à Anvers et Van Praetstraat à Hemiksem.
Il a reçu les distinctions suivantes :
(il a toujours refusé de recevoir une distinction plus élevée dans cet ordre) ; en 1866 (France) ; Grand cordon de l'ordre de Léopold d'Autriche ; Grand cordon de l'ordre de l'Aigle blanc de Russie ; (France) ; Grand-croix de l'ordre du Mérite civil de Saxe ; Grand-croix de l'ordre du Lion de Zaehringen ; Grand-croix de l'ordre de Saint-Michel (Bavière) ; (Suède) ; (Espagne) ; Grand-croix de l'ordre de Saint-Janvier de Naples ; Commandeur de l'ordre de Saint-Étienne de Hongrie ; (Portugal) ; Officier de l'ordre ottoman du Nichan (Empire ottoman).
Publications
L'histoire de la Flandre depuis Guy de Dampierre jusqu'aux ducs de Bourgogne (1828). De l'origine des communes flamandes et de l'époque de leur établissement (1829). Essais sur l'histoire politique des trois derniers siècles (trois volumes parus en 1864, 1874 et 1884).
Notes et références
Bibliographie Émile Banning, Jules Van Praet, Moniteur Belge, 1/01/1888 E. Discailles, Jules Van Praet, dans: Biographie nationale de Belgique, T. XVIII, col. 154-163 Alphonse Wauters, Jules Van Praet, dans: Annuaire de l'Académie Royale de Belgique, 1890 baron de Hauteville, Portraits et silhouettes, T. , Bruxelles, 1892 G. Charlier, Stendhal et les Van Praet, dans: Revue d’histoire littéraire de la France, 1922, pp. 492–494 G. Charlier, Stendhal et ses amis belges, Paris (éd. Le Divan), 1932 A. De Ridder, Une mission de Jules Van Praet à Londres en 1838, Bulletin de la Commission Royale d’Histoire, T. LXXXVIII, 1924 Louis de Lichtervelde, Leopold II, Bruxelles, 1926 Louis de Lichtervelde, Léopold et la formation de la Belgique contemporaine, Bruxelles, 1929 Carlo Bronne, Léopold et son temps, Bruxelles, 1942 Carlo Bronne, Jules Van Praet, Ministre de la Maison du Roi, Bruxelles, 1943 Carlo Bronne, La comtesse Le Hon, Bruxelles, 1952 Piet Vermeir, Leopold I, Dendermonde, Deel I, 1965, Tomel II, 1967 J. Vandamme, Het bibliotheekwezen in Brugge vóór 1920, Brugge, 1971 André Vandewalle, Beknopte inventaris van het stadsarchief van Brugge, Deel I: Oud Archief, Bruges, 1979 Jean Stengers, L'Action du Roi en Belgique depuis 1831. Pouvoir et influence, Paris - Louvain-La Neuve, 1992 Alphonse Vandepeereboom, La fin d'un règne. Notes et souvenirs, Gand, 1994. Andries Van den Abbeele, Jan Baptist Herregoudts, schilder en brouwer, Biekorf, 1995, pages 87-92 Andries Van den Abbeele, Drukker Joseph Van Praet in de Kuipersstraat, Biekorf, 1995, pages. 200-211 Andries Van den Abbeele, De Herregouds-portretten en Jozef Van Praet, Biekorf, 1995, pages. 286-288 Andries Van den Abbeele, De Brugse drukker-uitgever Joseph Van Praet (1724-1792) en zijn tijd, dans: Handelingen Genootschap voor geschiedenis Brugge, 1996, pages 98-138 Andries Van den Abbeele, De zoons van drukker-uitgever Joseph Van Praet, Biekorf, 1997, pages. 206-221 Gustaaf Janssens & Jean Stengers (dir.), Nouveaux regards sur Léopold Ier et Léopold II, Fonds d’Archives Goffinet, Bruxelles, Fondation Roi Baudouin, 1997. G. Lacambre, dans Catalogue exposition Paris-Bruxelles, Bruxelles-Paris, Bruxelles, Fonds Mercator, 1998 G. Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998 Andries Van den Abbeele, Jules Van Praet, dans: Bulletin de l'Association royale de la noblesse, 2002 Henriette Claessens, Leven en liefdes van Leopold I, Lannoo, Tielt, 2002 Andries Van den Abbeele, Bibliotheken en boekenbedrijf in Brugge op het einde van de 18de eeuw. De wereld omheen Joseph-Ignace Van Praet, dans: Ludo VANDAMME (uitg.), The Founding Fathers, het bibliotheeklandschap in Brugge omstreeks 1800, Bruges, 2004''
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