La bataille de Belgique résulte de la violation de la neutralité belge par l'Empire allemand. Dès le , l'armée allemande envahit le territoire voisin du Luxembourg. La Belgique ayant rejeté l'ultimatum par lequel l'Allemagne exigeait de pouvoir traverser le territoire belge pour engager le combat contre l'armée française, les troupes allemandes franchissent la frontière belge le , conformément au Plan Schlieffen. La bataille de Belgique se clôture le avec la fin de la course à la mer. L'invasion allemande débouche sur l'occupation de la Belgique jusqu'en .
Contexte La situation militaire en Belgique en est le principal centre d'intérêt de l'état-major allemand. En application du plan Schlieffen, le général von Moltke, chef de l'État-Major général des armées allemandes, prévoit de traverser rapidement la Belgique. Cette action de la plus grande masse d'armées allemandes doit permettre de déborder les armées françaises du Nord-Est par un mouvement tournant en coup de faux qui les coupe de leurs arrières. Pour l'état-major français, le front belge ne constitue que le flanc gauche de l'attaque principale qui a lieu en Lorraine. La Belgique sert donc de champ de bataille aux deux principaux belligérants : l'initiative y est allemande, avec le franchissement de la frontière luxembourgeoise dès le , puis de celle de la Belgique le 4. Le gouvernement belge donne l'autorisation à l'armée française et à l'armée anglaise d'entrer en Belgique le .
Forces en présence Belgique
gauche|vignette|Uniformes anglais, belges, allemands et autrichiens en 1914. À la suite d'une réorganisation majeure de l'armée autorisée par le gouvernement de Broqueville en 1912, l'armée du royaume se compose de ( dans l'active, dans les garnisons de forteresse et et auxiliaires). Cependant, cette réorganisation n'était pas encore complète car son achèvement était prévu pour 1926 et seulement étaient mobilisables en 1914.
Trois positions fortifiées sont censées ralentir voire arrêter une invasion : la position fortifiée de Liège, la position fortifiée de Namur et la position fortifiée d'Anvers. La position fortifiée d'Anvers est de loin la mieux pourvue en forts avec plusieurs lignes de défense. Pour cette raison, elle est considérée comme réduit national, c'est-à-dire refuge ultime de l'armée belge en cas d'invasion. Les forts belges ont été construits en grande majorité de 1888 à 1892 et sont déjà considérés en 1914 comme dépassés par l'évolution de l'artillerie.
Empire allemand
Pour donner à cette manœuvre la plus grande ampleur possible, l'état-major allemand groupe pas moins de cinq armées sur les sept armées allemandes déployées sur le front. C'est, au total, 29 corps d'armée (26 d'infanterie et trois de cavalerie) : 18 d'entre eux (formant les , et armées) qui sont chargés de passer la Meuse depuis Liège jusqu'à Dinant, tandis que onze autres (les et armées) doivent s'aligner avec cette aile marchante pour protéger son flanc en Ardenne de Bouillon à Arlon. Ces armées ont un effectif d'environ .
Les Allemands disposent d'une variété de calibres d'artillerie lourde d'une puissance sans équivalent chez ses adversaires : les 21 mm Mörser, mortiers de 305 mm Škoda et les énormes « grosses Bertha » ou 420 mm Kurze Marine-Kanone. Ces calibres exceptionnellement importants sont destinés à écraser les forts belges ainsi que l'artillerie des pays alliés.
France
vignette|Ordre de bataille des armées belge françaises et allemandes Pour couvrir le flanc nord des armées de Lorraine et d'Alsace chargées de l'offensive principale, la armée du général de Langle de Cary (6 corps d'armée et la division de cavalerie soit environ ) est chargée de se porter en avant dans le massif des Ardennes en Belgique, la armée (France) du général Lanzerac (5 corps d'infanterie, division de cavalerie, 2 divisions de réserve soit environ ) constituant la pointe nord du dispositif français pour couvrir l'entre-Sambre-et-Meuse et le corps de cavalerie du général Sordet (3 divisions de cavalerie soit environ ) dans la avec une mission de reconnaissance en Belgique et dans les ArdennesInstruction générale , le à , cité dans ..
Royaume-Uni
La force expéditionnaire est formée des unités de l'armée régulière du Royaume-Uni, avec un effectif de six divisions d'infanterie et une division de cavalerie (soit d'infanterie et de cavalerie), avec des unités de soutien soit environ . Les sept divisions constituées de soldats professionnels sont commandées de façon centralisée par le field marshal Sir John French.
Grand-duché de Luxembourg Le Luxembourg dispose du Corps des Volontaires luxembourgeois. Ce corps des volontaires ainsi que le corps de gendarmerie. Ces deux unités sont les premières à servir uniquement à la défense du Luxembourg. En , Cette petite troupe est impuissante à s'opposer à l'invasion de l'Empire allemand. Les barricades dressées sur les principaux points de passage à la frontière allemande (la Schusterline) sont facilement démantelées par l'armée allemande tandis que le Corps des Volontaires luxembourgeois oppose une résistance infime car ses membres sont cantonnés dans leurs garnisons au moment de l'invasion.
Déroulement
Siège de Liège
Pour mener à bien leur offensive, trois armées allemandes doivent traverser la Meuse en Belgique : l'État-Major a donc prévu une attaque visant à prendre la ville de Liège, et surtout ses ponts. Comme les Belges ont construit une ceinture de fortifications (composée de 12 forts bétonnés) autour de l'agglomération, cette attaque doit être menée juste après la déclaration de guerre, sans préparation d'artillerie, avant que les défenseurs ne puissent se retrancher dans les intervalles entre les forts. Cette mission est confiée à six brigades d'infanterie prélevées sur les , et armées, regroupées à proximité de la frontière et renforcées par des batteries de mortiers de , le tout commandé par le général von Emmich (chef du de la ).
Dès le au soir, les unités du de cavalerie allemand abordent la position sur la rive droite (il n'y a que depuis la frontière jusqu'au centre-ville liégeois par la N3). Les unités d'Emmich se mettent en place le et attaquent dans la nuit du 5 au 6, en plein orage : une des brigades, menée par le général Ludendorff (quartier-maître général de la , il remplace un colonel tué) réussit à franchir les lignes belges et à s'installer dans la Chartreuse. Le 6, les unités belges (notamment la ) évacuent l'agglomération, ne laissant que les garnisons des forts sous les ordres du général Leman ; si les défenseurs belges détruisent le pont des Arches avant de se replier, plusieurs autres ponts du centre-ville, ainsi que le pont ferroviaire du Val-Benoît (essentiel pour le ravitaillement allemand), sont laissés intacts. Toujours le 6, après un lâcher de bombes nocturne par le zeppelin Le zeppelin Z VI de l'armée allemande (Lz21 pour le constructeur) faisait de long pour de largeur, avec un volume de ; ses trois moteurs de lui donnait une vitesse maximale (sans compter le vent) d'environ . Il arrive au-dessus de Liège le vers , lâche six projectiles (des obus) mais est endommagé par les tirs belges : il doit se poser en catastrophe dans une forêt à l'ouest de Bonn. Source : , citant . (le premier bombardement aérien)., Ludendorff prend la ville et la citadelle.. Mais les forts ne se rendent pas de suite ; leur bombardement, commencé dès le 5, se poursuit avec le renfort de quelques mortiers de et obusiers de à partir du 12 : le béton fracturé, les garnisons sous la menace d'être intoxiquées, les forts se rendent les uns après les autres. Le , Leman est capturé au milieu des ruines du fort de Loncin dont un stock de munitions vient d'exploser. Les deux derniers forts (Flémalle et Hollogne) se rendent le 16.vignette|Mortier allemand de 420 mm « Grosse Bertha ». vignette|Destruction du fort de Loncin de la position fortifiée de Liège par l'artillerie lourde allemande. Une bataille en rase campagne prend place le à Haelen, sur les bords de la Gette. Elle s'achève par un succès belge contre la cavalerie allemande. La principale bataille se déroule en devant la ville de Liège. Bruxelles est prise le ..
La bataille comprend les faits de résistance de l'armée belge contre l'offensive allemande à travers le pays, du , date d'entrée des Allemands, à la chute des deux ceintures fortifiées d'Anvers, le . Cette résistance est essentiellement organisée autour des fortifications belges d'Anvers, Namur et Liège.
Invasion du cœur de la Belgique
alt=Cavaliers portant cuirasse remontant un boulevard parisien.|vignette|Cuirassiers de la de cavalerie paradant à Paris le , avant de s'embarquer pour Charleville. Ils vont épuiser leurs montures en chevauchées et contre-marches à travers le sud de la Belgique.|gauche
L'armée belge, encore en pleine mobilisation, se déploie pour couvrir Bruxelles, avec une première ligne de Tirlemont à Gembloux ( et d'armée, auxquels se rajoutent les restes de la à partir du 7) et une seconde de Louvain à Wavre ( et ) ; sa droite s'appuie sur la position fortifiée de Namur, gardée par la . Les Belges, conscients de leur infériorité, font appel le soir du au Royaume-Uni, à la France et à la Russie pour les soutenirTélégramme de l'ambassadeur de France à Bruxelles au ministre des Affaires étrangères, le à , cité dans .. Le au matin, Joffre ordonne au corps de cavalerie français (commandé par le général Sordet, avec trois divisions) d'entrer en Belgique, lui confiant le soir comme mission d'explorer au nord de Neufchâteau.. Les cavaliers français sont le 6 à Bouillon, Bertrix et Paliseul, mais comme le roi des Belges envoie à Poincaré deux appels à l'aide, le corps reçoit l'autorisation de chevaucher vers Liège pour des raisons Message téléphoné du commandant en chef au commandant du corps de cavalerie le à , cité dans . ; ils atteignent Huy le 8 mais sont rappelés le jour même. Le 8, l’Instruction générale de Joffre précise : ; en conséquence, la française doit être , la à , la , le corps de cavalerie dans la et le de divisions de réserve se regrouper autour de Vervins.
Dès l'aube du , des unités de la de cavalerie allemande passent la Meuse sur des barges à Lixhe (en aval de Liège, juste à côté de la frontière néerlandaise) et forment une tête de pont protégeant la construction d'un pont de bateaux. Regroupées sur la rive gauche, les unités du de cavalerie allemand (du général von der Marwitz) encerclent Liège, puis à partir du s'avancent à l'ouest de Tongres et se heurtent le 12 à la division de cavalerie belge (du général de Witte) sur la Gette autour de Halen (bataille des casques d'argent). Le 15, les unités allemandes ayant terminé leur concentration (les corps de réserve ne sont pas encore arrivés) atteignent la Meuse et commencent à traverser, la essentiellement au nord de Liège (par Visé, Argenteau et Flémalle), la au sud. Le 17, quatre corps d'armée de la armée se déploient de Hasselt à Saint-Trond, quatre autres de la de Liège à Huy. Le même jour, l'OHL (c'est-à-dire l'empereur et Moltke) s'installe à Coblence, marquant la fin de la mobilisation et le début de la campagne par une directive, ordonnant l'offensive de toute l'aile droite à partir du lendemain. Le grand-quartier général allemand donne dans l'immédiat l'ordre à l'armée du général von Kluck () de détruire en rase campagne l'armée belge () en la coupant de la position fortifiée d'Anvers.