thumb|300px|right|Interview d'Augustin Legrand pendant le rassemblement populaire place de la République à Paris, le 21 février 2008
Le mal-logement, néologisme adopté en France par la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés, pour désigner un phénomène social massif aux formes diverses, principalement défini par deux critères : les caractéristiques techniques du logement, qui englobent des habitats insalubres, précaires, de fortune et/ou exposant ses habitants au froid ou à la précarité énergétique. le statut juridique des habitants par rapport au logement ; une personne "mal logée" ne maîtrise pas elle-même la durée de son hébergement. Cela recoupe le cas de personnes sans domicile (qui ne sont pas toutes sans abris), ou encore des personnes accueillies chez des proches ou tiers. Mais cela désigne aussi des conditions de vie difficiles ou précaires de personnes vivant encore dans leur logement (privation de confort, surpeuplement, logements insalubres, caravanes). Ce phénomène touche des personnes de tous âges.
En 2017, selon le rapport sur l'état du mal logement en France par la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés, près de de personnes sont « mal logées », et 12 millions "fragilisées par rapport au logement". Selon cette fondation, le nombre de sans-abris a augmenté de 50 % entre 2011 et début 2012 pour atteindre le chiffre de , dont Soixante ans après l'appel de l'abbé Pierre, le mal-logement perdure, Le Monde, 30 janvier 2014. Selon le 31e rapport de la Fondation pour le logement des défavorisés (), un nouveau record a été atteint en France en , avec 4,2 millions de personnes sans logement ou mal-logées, 1,1 million de personnes n'ont pas de logement personnel et 350 000 n'ont "pas de domicile" et sont hébergées de façon précaire en centre d'hébergement ou à l'hôtel" – dont 40 000 sans abri – et 600 000 " hébergées chez des tiers de manière contrainte" ; 912 personnes sont mortes dans la rue, près de 25 000 ménages ont été expulsés de leur logement, 35 % des Français ont eu froid chez eux ; 2,9 millions de familles sont en attente d'un logement social, 15,4 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Historique de la notion La notion de mal-logé est apparentée (en 1987) à « l'image des bidonvilles en périphéries des agglomérations ou des taudis au cœur des villes ». La crise du logement a été (partiellement) résolue mais pas éradiquée. L'exemple de l'hiver 1985 l'a prouvé : ouverture des métros et lieux publics pour héberger les populations les plus démunies. Ceci fait référence à l'événement de l'hiver 1954 avec l'Appel de l'abbé Pierre. Cet appel a provoqué une mobilisation importante pour les démunis qui a mené à la construction de cités d'urgences et de lois interdisant l'expulsion de locataires en hiver (trêve hivernale et expulsion).
Le mal-logement était massif dans les années 1950, et persistant. Il restait environ 10 % de mal logés dans les années 1980. La notion de mal-logés évolue avec le temps, selon le développement économique et social du pays, pour tenir compte des nouvelles exigences en matière d'habitat. La notion de mal-logement n'a pas de définition absolue, car relative à l'état de développement global d'une société, fondée sur des critères discutables. Elle a évolué dans la deuxième partie du . En 1982 le droit à l'habitat devient un droit fondamental (loi du ).
Selon la Fondation pour le logement (début 2026), 2025 a été une année de crise du mal‑logement historiquement tendue, avec 1,1 million le nombre de personnes privées d'un logement personnel, dont hébergées de manière précaire et étant contraintes de résider chez des tiers. Au total, 4,2 millions de personnes sont sans logement ou mal‑logées, et 12,3 autres millions sont fragilisées par la crise (impayés, précarité énergétique, habitat inadapté). Parmi les indicateurs : 912 décès dans la rue, près de expulsions, 35 % des ménages ayant souffert du froid, 2,9 millions en attente d'un logement social et 15,4 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. La Fondation déplore que l'année 2025 ait été marquée par l'absence de budget dédié, et une action gouvernementale jugée illisible, alors que les indicateurs d'exclusion et de pauvreté se dégradent.
La chasse aux SDF Dans une approche judiciaire, au , un sans domicile fixe, le SDF, est considéré comme un vagabond : il erre et est insaisissable. Cette image fantasmée des vagabonds se généralise à l'ensemble des SDF. En 1810 le code napoléonien définit le délit de vagabondage et une chasse aux vagabonds atteint son paroxysme en 1890 puis s'arrête au .
Durant la Révolution française, la propriété du logement fonde le droit de cité et de citoyenneté. Condorcet considère les « propriétaires comme les seuls véritables citoyens ». Par la suite, l'ingérence de l'État en matière de logements continue (1849) : « Il n'est ni dans le devoir, ni dans le pouvoir de l'État de procurer à chacun des membres de la société la satisfaction complète de ses besoins naturels » (loi de salubrité publique). Il y a un retournement de situation en 1920 par la première action de financement d'un programme de logement.
Le logement, lié à l'hygiène publique La Révolution de 1848 crée une politique publique d'hygiène urbaine (loi du ) qui définit le mauvais logement comme « qui se trouve dans des conditions de nature à porter atteinte à la vie ou à la santé de leurs habitants » (loi relative à l'assainissement des logements insalubres). Une commission est chargée de visiter des lieux signalés pour proposer des mesures d'assainissement. Peuvent être déclarés insalubres, par les autorités municipales les logements . Le maire peut ordonner des travaux ou l'évacuation, et, en dernier recours, la démolition. C'est la première reconnaissance juridique explicite du lien entre conditions d'habitat et santé publiqueBourillon, F. (2000). La loi du 13 avril 1850 ou lorsque la Seconde République invente le logement insalubre. Revue d'histoire du siècle. Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du siècle, (20/21), .. Elle inaugure un cadre d'intervention étatique durable dans la lutte contre le mal‑logement qui s'est développée durant la seconde partie du , avec notamment la multiplication d'ouvrages, de débats, des mesures de la Commune de 1871, la loi de construction de HBM (1894)... Mais ces actions ont eu peu d'effets sur la situation des mal-logés ou sans logis.
Au les travaux de Pasteur sur les maladies infectieuses et leur propagation conduit à la promulgation de la loi du . Cette loi fournit les bases législatives de la lutte contre le logement insalubre ( charte de la santé publique en France). La loi prend acte en reprenant la définition de logement insalubre de 1850 (l'aspect sanitaire) pour la prévention de transmission de maladie (loi ). Des mesures sanitaires aux immeubles se créent : obligation de permis de construire et assainissement des immeubles.
Durant la deuxième partie du , l'aspect des conditions d'occupation du logement est défini par plusieurs lois, actuellement en vigueur pour définir l'insalubrité : La loi du dite loi Debré. facilitant la destruction des locaux insalubres et irrécupérables connus sous le nom de « bidonvilles ». La loi du - loi Vivien. permet de faciliter la suppression de l'habitat insalubre et les marchands de sommeil sont passibles d'amende et d'emprisonnement. Cette loi s'accompagne de travaux qualifiant deux types d'habitat insalubre : remédiables (interdiction temporaire) et irrémédiables (interdiction définitive d'y habiter pour sa démolition).
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la production de normes juridiques et règlementaire est abondante dans une approche hygiéniste. La norme est établie selon le niveau de développement économique et son système de répartition des ressources.. Néanmoins malgré toutes ces normes définies pour qualifier l'insalubrité sur le territoire français elles n'ont pas pour autant endigué la crise du logement.
L'hébergement contraint Être contraint d'abriter chez un tiers est une forme massive, largement invisible, de mal‑logement, qui expose à des situations conflictuelles notamment liées aux rapports de domination domestique, notamment pour les femmes et personnes handicapées plus vulnérables aux asymétries de pouvoir, à la dépendance matérielle et à la privation de droits.
En France (2025) selon la Banque des territoires et la Fondation pour le logement des défavorisés, 600 000 à 700 000 personnes (dont 55% sont des femmes) sont ainsi dépendantes de la solidarité privée, faute de réponse publique ; et loin d'être une étape transitoire, cette situation tend à concerner toutes les catégories sociales ; les 18‑26 ans sont les plus exposés, mais les seniors de plus de 60 ans sont maintenant 38 % de ces hébergés. Des enquêtes montrent une sous‑location informelle, des situations d'exploitation et parfois de violences sexuelles utilisées comme contrepartie pour un hébergement précaire. Ceci s'inscrit dans un contexte de désengagement public marqué : depuis 2017, les politiques d'austérité ont réduit les aides au logement de 4 milliards d'euros par an, et les expulsions locatives ont augmenté de 50 % en deux ans (niveau record en 2024). Ceci accroît les inégalités patrimoniales, alors que 60 % des richesses sont désormais héritées et que le logement est le principal moteur d'accroissement des écarts de patrimoine. Début 2026, une proposition de loi « Choc », adoptée par le Sénat et assouplissant les obligations de mixité sociale, est dénoncée comme détricotant la loi SRU et risquant d'encore aggraver les inégalités territoriales, en favorisant les classes aisées au détriment des ménages les plus fragiles.
Les critères officiels du mal-logement Ces critères sont flous, et souvent définis de manière différente d'une source à l'autre. À la suite de la mise en place de la Loi SRU le , la mise en place d'une notion de logement décent est établie, afin de lui donner un rôle de norme minimale d'habitabilité dans le parc locatif. Par exemple, la loi exige dans son article 3 « un réseau électrique permettant l'éclairage suffisant de toutes les pièces et des accès, ainsi que le fonctionnement des appareils ménagers courants indispensables à la vie quotidienne »Loi SRU, 2000, Légifrance. Le travail de précision des critères est ensuite repris dans une enquête réalisée par l'INSEE sur les conditions de vie (SRCV) définissant précisément les critères relatifs au mal-logement. Si trois de ces critères sont remplis, un indicateur de "difficultés de logement" est établi. Afin de rentrer dans cette catégorie, 3 des 9 critères mis en place doivent être remplis.
Les 9 critères retenus dans l'étude SRCV de l'Insee sont les suivants : Difficultés à chauffer le logement : le logement trop difficile ou trop coûteux à chauffer correctement. Logement trop bruyant : Présence d'un environnement extérieur sonore (trafic routier, industries) ou bruits de voisinage (ou bruits en provenance des logements voisins). Logement trop humide : Présence d'un toit percé, d'humidité, de moisissures sur les montants des fenêtres ou sur les sols. Logement de petite taille : logement trop petit ou n'ayant pas assez de pièces (moins de ). Logement trop petit par rapport au nombre de personnes dans le ménage (surpeuplement) : « c'est le degré d'occupation du logement en comparaison entre le nombre de pièces qu'il comporte avec un nombre de pièces considérées comme nécessaires au ménage ». Ce critère prend en compte la taille du ménage, l'âge et la situation familiale de ses membres. Absence de système de chauffage : Système de chauffage central ou électrique Absence de salle de bain : Présence ou non d'une baignoire ou d'une douche. Une notification est présente « la disposition suppose que le ménage a libre accès à l'équipement ». Absence de toilettes : WC intérieur avec une chasse d'eau Absence d'eau chaude courante