Le gouvernement de la Défense nationale, aussi connu sous le nom de gouvernement provisoire de 1870 ou de gouvernement provisoire de Défense nationale, est le gouvernement français formé le à Paris à la suite de la capture par les Prussiens de l'empereur Napoléon III lors de la bataille de Sedan, au cours de la guerre franco-allemande de 1870-1871, de sa déchéance, prononcée sous la pression de la foule par le Corps législatif au palais Bourbon et de la proclamation de la République à l'Hôtel de ville de Paris.
Ce gouvernement, formé à l'initiative de députés républicains de Paris, s'étend des orléanistes à l'extrême gauche (Rochefort) et est placé sous la présidence du général Trochu, qui est orléaniste. La personnalité la plus notable est cependant le républicain Léon Gambetta, nommé ministre de l'Intérieur.
Menacé par la progression des troupes prussiennes, le gouvernement envoie dès le 9 septembre quelques ministres en résidence à Tours (à Bordeaux à partir du 9 décembre). Paris étant assiégé à partir du 19 septembre, un épisode célèbre est le départ de Léon Gambetta pour Tours par la voie aérienne (7 octobre). Il devient alors ministre de la Guerre et s'efforce de redresser la situation militaire.
Mais, à la suite de la capitulation de Bazaine à Metz (28 octobre) et de l'incapacité de l'armée française à rompre le siège de Paris, alors que le roi de Prusse Guillaume Ier a proclamé l'Empire allemand le 18 janvier 1871 au château de Versailles, les ministres résidant à Paris signent avec lui un armistice (28 janvier), ce qui amène Gambetta à démissionner le 6 février.
Le 8 février, les élections législatives donnent la victoire aux monarchistes et aux conservateurs, qui forment un nouveau gouvernement présidé par Adolphe Thiers, signataire par la suite du traité de Francfort (10 mai 1871) après avoir écrasé la Commune de Paris. Cette majorité lance même une commission d'enquête sur les agissements du gouvernement de la Défense nationale et surtout de Gambetta, victime dans les années 1870 d'une sorte de légende noire dans les milieux conservateurs.
Contexte La défaite française de Froeschwiller (3 août 1870) La guerre entre la France et la Prusse qui éclate en tourne rapidement à l'avantage de l'armée prussienne. Moins préparée que celle de son ennemi et inférieure en nombre, l'armée française connaît une véritable déroute..
Le , le chef de l'état-major général prussien, Helmuth von Moltke, donne l'ordre à ses troupes de franchir la frontière. Les Français, battus à Frœschwiller-Wœrth (9 août), doivent se replier.
Proclamation de la République La nouvelle de cette défaite est reçue à Paris avec stupeur et colère. Le , une foule menaçante se presse devant le Corps législatif, mais la majorité des républicains, qui croit encore au sursaut militaire, refuse une révolution qui romprait l'unité nationales et s'apparenterait à une trahison. La défaite est imputée au chef du cabinet de l'empereur Émile Ollivier qui est contraint de démissionner.
Les députés rejettent la proposition du républicain Jules Favre de nommer un comité de quinze membres dans une sorte de gouvernement d'union chargé de repousser l'invasion. L'impératrice Eugénie, qui assure la régence, nomme le bonapartiste de tendance autoritaire Charles Cousin-Montauban, comte de Palikao, à la tête du gouvernement.
Sébut du siège de Metz (19 août) et désastre de Sedan (2 septembre) Le maréchal Bazaine, commandant en chef de l'armée du Rhin, est encerclé dans Metz le avec la moitié des troupes françaises.
L'empereur envisage de se replier sur Paris, mais, sous la pression de l'impératrice et du qui redoutent que cette décision provoque un soulèvement populaire., vient au secours de Bazaine avec l'armée de Châlons commandée par le maréchal Mac Mahon.. Ses troupes se retrouvent alors elles-mêmes encerclées dans Sedan. Les tentatives de sortie échouent et l'empereur capitule le , devenant prisonnier des Prussiens.
vignette|gauche|redresse|alt=Peinture montrant l'empereur à cheval sur un champ de bataille où gisent des soldats morts.| à la bataille de Sedan, par le peintre allemand Wilhelm Camphausen.
Proclamation de la République à Paris (4 septembre 1870)
vignette|alt=Gravure montrant un homme debout sur un balcon haranguant la foule à ses pieds, tandis que plusieurs hommes se tiennent en retrait derrière lui dans la pièce.|Léon Gambetta proclamant la République à l'hôtel de ville de Paris le .
Quand la nouvelle parvient à Paris le , un groupe de républicains conduit par Léon Gambetta tente de convaincre Adolphe Thiers de prendre la tête d'un gouvernement d'union et de défense.
Le soir même, alors que de nombreux Parisiens se rassemblent devant les grilles du palais Bourbon, où siège le Corps législatif, Gambetta tente de rassurer la foule afin d'empêcher une émeute. Les députés républicains, fidèles à leur volonté de ne prendre le pouvoir que de façon régulière, par la voie des urnes, ne veulent pas d'une révolution qui discréditerait le nouveau régime dès sa naissance.
La situation évolue rapidement dans l'après-midi du lorsque la foule envahit le palais Bourbon pendant la séance du Corps législatif. Jules Favre et Léon Gambetta veulent garder le contrôle de la situation et font preuve . Ce dernier monte à la tribune et annonce la chute de l'Empire : .
Deux cortèges se dirigent ensuite vers l'hôtel de ville où Léon Gambetta proclame la République devant une foule enthousiaste. En agissant de la sorte, les républicains modérés du Corps législatif devancent les meneurs d'extrême gauche, comme Auguste Blanqui, Jean-Baptiste Millière, Charles Delescluze ou Gustave Flourens, qui pourraient profiter des circonstances pour établir un gouvernement insurrectionnel menaçant l'ordre social. Sans en être les déclencheurs, les députés républicains choisissent de prendre la tête du mouvement révolutionnaire afin de l'endiguer.
Formation du gouvernement Afin d'écarter la perspective d'un gouvernement révolutionnaire, Léon Gambetta et Jules Favre appuient l'idée de Jules Ferry de confier le pouvoir aux députés de Paris, dont l'élection récente (1869) garantirait la légitimité aux yeux du peuple.
Prédominance des élus parisiens Ainsi, parmi les membres du nouveau gouvernement, Jules Favre, Jules Ferry, Adolphe Crémieux, Louis-Antoine Garnier-Pagès et Emmanuel Arago sont députés de la capitale depuis 1869 ; Léon Gambetta, Ernest Picard et Jules Simon sont députés d'une circonscription provinciale, mais ont aussi été élus à Paris avant d'opter pour une autre circonscription, les candidatures multiples étant alors autorisées.
La nomination du polémiste révolutionnaire Henri Rochefort, député de Paris depuis l'élection partielle consécutive à l'option de Gambetta pour les Bouches-du-Rhône et qui n'a cessé d'attaquer violemment les chefs républicains dans ses articles, leur apparaît comme un moyen de neutraliser l'extrême gauche. Rochefort, tout juste libéré par des militants de la prison Sainte-Pélagie où il était incarcéré depuis plusieurs mois, est porté en triomphe par ses soutiens jusqu'à l'hôtel de ville où il se présente ceint d'une écharpe rouge. D'abord hésitant, il finit par accepter de siéger dans le gouvernement.
Présidence du général Trochu Les députés Alexandre Glais-Bizoin et Daniel Wilson sont envoyés au Louvre pour convaincre le général Trochu d'accepter le ministère de la Guerre, un poste où les républicains veulent placer un militaire à la fois populaire et respecté dans l'armée. Trochu accepte de rejoindre le gouvernement à condition d'être président du Conseil des ministres, en raison de la situation militaire dramatique consécutive à l'invasion prussienne. Il exige également que le gouvernement garantisse la défense de la religion, de la propriété et de la famille.
Répartition des ministères (soirée du 4 septembre) Un « gouvernement de Défense nationale » est ainsi formé. Ses membres se réunissent pour la première fois en conseil le à , sous la présidence du général Trochu, dans l'ancien bureau du préfet de la Seine à l'hôtel de ville, afin de se répartir les différents ministères.
Ernest Picard revendique l'Intérieur, un poste sur lequel Léon Gambetta s'est déjà placé de facto dans la soirée en signant plusieurs décrets, notamment une circulaire adressée aux préfets pour annoncer la déchéance de l'empereur, la proclamation de la République et la formation du nouveau cabinet.
Picard demande un vote à bulletin secret, qui confirme Gambetta à une voix de majorité. Il envisage donc de se retirer, mais sous la pression des autres ministres, accepte finalement le ministère des Finances.
Ministre des Affaires étrangères, Jules Favre est désigné comme vice-président du Conseil, tandis qu'Adolphe Crémieux reçoit le ministère de la Justice et Jules Simon celui de l'Instruction publique.
Nommé délégué du gouvernement, Jules Ferry s'installe à la préfecture du département de la Seine.
vignette|alt=Portraits en buste des membres du gouvernement de la Défense nationale, photomontage.|Les membres du gouvernement, de haut en bas et de gauche à droite : Favre, Trochu, Gambetta, Arago, Crémieux, Rochefort, Picard, Glais-Bizoin, Simon, Garnier-Pagès, Ferry et Pelletan.
Le général Trochu cumulant la présidence du Conseil avec ses fonctions de gouverneur militaire de Paris, il décide de placer au ministère de la Guerre le général Adolphe Le Flô qui, quoique monarchiste, s'était opposé au coup d'État du , ce qui lui avait valu d'être incarcéré et proscrit.
Ne disposant pas des compétences requises pour tenir les autres ministères, Emmanuel Arago, Louis-Antoine Garnier-Pagès, Alexandre Glais-Bizoin, Eugène Pelletan et Henri Rochefort sont nommés ministres sans portefeuille pouvant participer aux délibérations, ce qui permet d'ouvrir le gouvernement à des hommes qui ne sont pas députés de Paris. Le vice-amiral Martin Fourichon est ainsi nommé à la Marine et aux Colonies, Joseph Magnin au Commerce et à l'Agriculture, et Pierre-Frédéric Dorian aux Travaux publics, également chargé de l'industrie et de l'armement.
De ce fait, toutes les nuances politiques du centre et de la gauche sont représentées dans le gouvernement, à l'exception des bonapartistes libéraux : le conseil des ministres rassemble des hommes allant de l'extrême gauche (Rochefort) à l'orléanisme (Trochu et Le Flô) en passant par les républicains modérés (Picard, Simon) et les républicains intransigeants (Gambetta, Ferry, Crémieux), Jules Favre conciliant ces deux dernières tendances.
Débuts (4-9 septembre) Premières décisions (nuit du 4 au 5 septembre) Des proclamations aux citoyens de Paris, à la garde nationale et à l'armée sont publiées.
Un décret de dissolution du Corps législatif, préparé dans la soirée par Adolphe Crémieux, est adopté, ainsi qu'un décret prévoyant l'amnistie des condamnés pour crimes et délits politiques et un autre garantissant la liberté du commerce des armes.
Plusieurs nominations sont effectuées, notamment celles de Clément Laurier à la direction générale du personnel et du cabinet du ministère de l'Intérieur et d'André Lavertujon à la direction du Journal officiel.
Avant la séparation du Conseil à du matin, le nouveau préfet de police Émile de Kératry rend compte aux ministres du fait qu'aucun trouble ne s'est produit dans la capitale.
Le problème de la défense nationale Dans ses premiers jours d'exercice, le gouvernement se consacre principalement à la mobilisation de tous les hommes en âge de se battre, dans la mesure où les troupes françaises, décimées par la défaite de Sedan et l'encerclement dans Metz de l'armée du Rhin, doivent contenir l'avancée rapide des troupes prussiennes qui menacent Paris dès la mi-.