Le Masque de fer est un film franco-italien réalisé par Henri Decoin, sorti en 1962 et librement inspiré de la légende de l'Homme au masque de fer, ainsi que des romans d'Alexandre Dumas Les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne.

Le film suit D'Artagnan, le capitaine des mousquetaires du roi qui est chargé par le cardinal de Mazarin de retrouver le frère jumeau de , retenu prisonnier dans une forteresse de province et qui porte un masque de fer pour qu’on ne le reconnaisse pas, tant la ressemblance avec le roi est extraordinaire. Cette mission est capitale car le roi est gravement malade, mettant à mal les projets du cardinal et l'avenir de la France.

Synopsis

Sous le règne de Louis XIV et sur ordre de son éminence le cardinal de Mazarin, un jeune homme est arraché à un vieillard qui l’élevait, depuis son enfance. Des soldats lui mettent un masque de fer sur le visage et l’emmènent dans un carrosse hermétiquement clos, jusqu’au bord de la mer de Provence, dans la forteresse de l'île Sainte-Marguerite de l’archipel des îles de Lérins, au large de Cannes, avec comme consigne que nul n’a le droit de voir son visage, sous peine de mort.

Trois ans plus tard, en 1658, dans le Nord de la France, le maréchal de Turenne, commande les troupes de Louis XIV, dans la bataille des Dunes contre les Espagnols, au cours de laquelle d’Artagnan, le capitaine des mousquetaires, toujours aussi alerte mais regrettant juste de ne plus avoir ses vingt ans, s’est distingué lors des combats.

Après la victorieuse bataille des Dunes, le cardinal de Mazarin impose, avec le traité des Pyrénées, ses conditions à l'Espagne vaincue. Ainsi prépare-t-il le mariage du Louis XIV avec l'infante d’Espagne Marie-Thérèse. Mais le roi est frappé d'une mauvaise fièvre qui risque de lui être fatale. Si ce mariage ne pouvait se faire, la politique menée par le cardinal de Mazarin serait remise en cause et la paix avec. Afin que l'unité du pouvoir souverain ne fût pas menacée, et pour pallier l'éventuel décès du roi, le premier ministre Mazarin décide donc, avec l'approbation de la reine-mère, Anne d'Autriche, de faire revenir d'urgence le frère-jumeau de Louis XIV, jusqu'alors retenu prisonnier et exilé à Sainte-Marguerite depuis des années : « le Masque de Fer ».

Bien que fermement occupé à conquérir la séduisante de Chaulmes, c'est le preux d'Artagnan, fougueux comme à vingt ans, toujours ardent à croiser le fer pour le service de son roi, qui est dépêché à Sainte-Marguerite afin de ramener le jumeau du roi. La mission est suffisamment grave « morbleu ! » pour que la délicieuse de Chaulmes se contente de la promesse de d’Artagnan : « Dans un instant je reviens ! ». Mais, après une longue chevauchée de plusieurs jours et arrivant enfin dans la forteresse provençale, d’Artagnan apprend que « le Masque de Fer » s'est évadé, grâce à la complicité d’Isabelle, la ravissante fille du gouverneur de l'île, le baron de Saint-Mars, très éprise d’Henri, ce beau et mystérieux jeune homme triste qu'elle venait voir secrètement dans sa geôle bravant l’interdiction de voir son visage.

Sur la route de son retour à Paris, Henri qui a sauvé, pour raison de justice de l'écartèlement, le bandit Lastréaumont, échappe à une arrestation avec l’aide, malgré lui, de d’Artagnan qui ignore tout de son identité.

À Paris, le roi guéri refuse ce mariage forcé, car il est tombé amoureux de Marie Mancini, l'une des nièces de Mazarin. Tandis qu’Henri vit brièvement de rapines, aidé par Lastrémont et son amie la belle Marion, Isabelle de Saint-Mars et son père sont convoqués au Palais royal par Mazarin furieux d’apprendre la disparition du prisonnier d’État. Et lorsqu’Isabelle se trouve en présence du roi, elle s'évanouit en constatant la ressemblance du roi avec l'homme qu'elle aime. Sensible à la beauté de la jeune femme, Louis XIV demande à Mazarin de l'installer à la cour royale, et de nommer son père gouverneur de la Bastille.

S’estiment offensée par l’attitude rustre que d’Artagnan a envers elle, de Chaumes est cependant prête à se faire pardonner mais à nouveau les ordres du roi ne se discutent pas : « Je reviens tout de suite ».

Henri, convaincu de sa ressemblance royale, mais ne sachant pas qu’il est le jumeau du roi accepte de prendre sa place, non pas pour des raisons de conspiration politique comme l'espèrent les frondeurs du marquis de Vaudreuil, l’organisateur de la substitution, mais pour empêcher qu'Isabelle, nommée demoiselle d’honneur de la reine-mère, soit trop proche du roi.

Sur la route de Fontainebleau où il doit donner une réception, le roi est enlevé par les frondeurs ; Henri devient le faux roi aidé par le marquis de Vaudreuil, qui le guide afin qu’il respecte au mieux le protocole. Cet échange secret de personnalité trouble d’Artagnan qui se croit être sujet à des hallucinations et indispose Isabelle souffrante de ne jamais être sûre de savoir en présence de qui elle est, d’autant plus qu’Henri, pour tester la sincérité de son amour, se fait passer un moment pour le roi, avant de lui avouer la supercherie. Soulagée, Isabelle lui apprend qu’il est le jumeau du roi.

Sommé par Mazarin d'épouser l'Infante d'Espagne, le faux roi prend conscience qu'il n'est pas à la hauteur de la fonction royale. Il fait libérer avec l'aide courageuse de d'Artagnan, aux mépris de tous les dangers, à un contre dix. Les jumeaux, après une explication face à face, échangent à nouveau leur place et leur destin Le Louvre pour Louis qui accepte d’épouser l’Infante, afin de sauver le royaume et la Bastille pour Henri qui accepte de se retrouver à nouveau captif et masqué ; À chacun sa prison. Cette fois d’Artagnan, ayant compris le terrible secret, préfère le considérer comme une hallucination pour ne rien révéler et promet à Henri de protéger Isabelle contre tous les dangers. Le roi annonce solennellement qu’il va se rendre à Hendaye pour recevoir la future reine de France qu’il épousera à Saint-Jean-de-Luz le , tandis qu’Isabelle repart à Sainte-Marguerite pour y être mariée à Renaud de Lourmes (son insupportable fiancé auto-imposé).

Apprenant cette effroyable nouvelle, Henri tombe le masque et s'évade de la Bastille grâce à la complicité de Lastréaumont qui, recherché par la maréchaussée, prend sa place et pour se soustraire à la justice porte le « Masque de fer », ravi de vivre embastillé mais libre et incognito avec pour compagne, Marion. Sur la route de l’exil, le carrosse d’Isabelle est rattrapé par d'Artagnan, et tandis qu’Henri libère la jeune femme pour s’enfuir avec elle au bout du monde, le capitaine, après avoir triomphé de Renaud en duel, va pour épouser sans attendre , mais au moment où il s'apprête à signer l'acte de mariage, il est à nouveau appelé de toute urgence pour une nouvelle mission au Service du Roi, ce qui ne semble pas déplaire à l'éternel aventurier qu'il demeure.

Fiche technique

Titre : Le Masque de fer Réalisation : Henri Decoin Scénario : Laurent Devriès, Gérald Devriès dialoguiste, adaptateur, scénariste et parolier français, (1907-1994), sociétaire de la Sacem. , Cécil Saint-Laurent d'après l'œuvre d'Alexandre Dumas Assistant réalisateur : Jacques Besnard et Gérard Dreyfus Chef de production : Roger de Broin Images : Pierre Petit Opérateur : Noël Martin, assisté de Guy Maria Musique : Georges van Parys (éditions : Transatlantiques et éditions : Manèges) Montage : Louisette Hautecoeur, assistée de Arlette Lalande Décors : Paul-Louis Boutié, assisté de Olivier Girard Son : Robert Teisseire - Enregistrement : Westrex dans les studios « Marignan » Maquillage : Alexandre Marcus Postiches : Huguette Lalaurette Script-girl : Colette Ménard Costumes : Mireille Leydet et Joseph Ronzato Ensemblier : Robert Turlure Régisseur général : Mireille de Tissot Réglage des combats : Claude Carliez Conseiller hippique : François Nadal Production : Cérès-Films - S.N.E Gaumont - Films Marly (Paris), Produzione Films (Rome) Distribution : Gaumont International Directeur de production : Roger de Broin pellicule , couleur par Eastmancolor - Cinémascope Producteur délégué : Alain Poiré et Hélène Dassonville Tournage : Studios : Paris-Studios-Cinéma de Billancourt Extérieurs : Châteaux de Maisons-Laffitte, Guermantes, Rosny, Écouen, Courances Chevaux et équipages : Debut de Roseville Genre : Aventure, historique Durée : 127 minutes Date de sortie : France : Visa d'exploitation : 24.291 Affiches : Macario Gómez Quibus (Espagne), Yves Thos (France), Enzo Nistri (Italie)

Distribution

Jean Marais : D'Artagnan Sylva Koscina : Marion Jean-François Poron : Henri / Louis XIV Gisèle Pascal : de Chaulmes Philippe Lemaire : De Vaudreuil Noël Roquevert : de Saint-Mars Jean Rochefort : Lastréaumont le faux masque de fer Claudine Auger : Isabelle de Saint-Mars Germaine Montero : Anne d'Autriche Enrico Maria Salerno : Mazarin Jean Davy : Maréchal de Turenne Raymond Gérôme : Pimentel Clément Thierry : Maulévrier Simone Derly : Marie Mancini Max Montavon : Notaire Jean Lara : Renaud de Lourmes Edmond Tamiz Albert Dagnant Camille Guérini Antoine Baud Charles Bayard Jean Berger Raoul Billerey André Cagnard Yvan Chiffre Robert Le Béal Jean Rossignol

Lieux de tournage

France : Château de Maisons-Laffitte (Yvelines) France : Château de Courances (Essonne) France : Château de Guermantes (Seine-et-Marne) France : Château de Rosny-sur-Seine (Yvelines) France : Château d'Ecouen (Val-d'Oise) France : Étangs de Commelles à Coye-la-Forêt (Oise) France : Sospel et île Sainte-Marguerite (Alpes-Maritimes) France : Studios de La Victorine, Nice (Alpes-Maritimes)

Thèse du film Interviewé en 2011 dans le documentaire de Dominique Maillet « D’Artagnan amoureux ! », l’écrivain et scénariste Didier Decoin, fils du réalisateur, nous dit que Le Masque de fer, tourné en 1962, fut le dernier grand film de fin de carrière de son père, qui ne réalisa que trois autres films mineurs les deux années suivantes. Il note qu’il y a une part d’autobiographie paternelle dans ce film en ce sens que « les héros sont fatigués ! » Le personnage de d’Artagnan est ici un d’Artagnan vieillissant, ayant atteint la quarantaine, qui n’est plus celui des Trois mousquetaires mais vingt ans après, plutôt celui du Vicomte de Bragelonne. C’est le d’Artagnan qui va mourir à Maastricht, tué par un boulet de canon. Un d’Artagnan qui va faire ses adieux et quitter la scène avec panache parce qu’il n’a plus la jeunesse et la fougue d’avant : « Vous m’auriez connu vingt ans auparavant !».

En plein tournage, le , l’annonce du décès de Marilyn Monroe, sans faire tomber l’équipe du tournage dans la sinistrose, va donner plus de poids au scénario, en ce sens que « les anges meurent aussi ! ». Derrière ce film de spectacle, il y a une réflexion sur le temps qui passe et l’inéluctable vieillesse qui avance.

D’Artagnan, follement amoureux de de Chaumes qui le mène par le bout du nez, passe son temps à lui dire « Je reviens tout de suite ! ». Sur la fin de sa vie, on se donne des rendez-vous auxquels on ne va pas toujours car le destin en décide autrement. Decoin, qui se sentait dans cette situation, voulait que d’Artagnan ait cette coloration, celle d’une personne qui avait déjà toute une grande partie de sa vie derrière elle. Jean Marais, à l’orée de la cinquantaine, éprouvait aussi le même sentiment d’avoir encore plein de choses à faire mais moins que ce qu'il avait déjà fait. Si, pour Decoin, Le Masque de fer est un des derniers rendez-vous avec le cinéma, c’est aussi le et dernier film de cape et d’épée pour Jean Marais, tirant sa révérence pour ce genre cinématographique commencé en 1957 avec La Tour, prends garde ! Marais était parfaitement rentré de plain-pied dans le rôle du personnage de d’Artagnan, crédible tout de suite, râleur, bourru, hâbleur, désabusé, élégant, amoureux, mais toujours prêt à repartir au combat : il était le personnage, il était d’Artagnan. Ce rôle lui alla à merveille.