L'abbaye de Marmoutier est une ancienne abbaye de moines bénédictins située sur la rive droite de la Loire, un peu en amont de Tours.
Fondée par Martin de Tours, sans doute en 372, l'abbaye connut son apogée au Moyen Âge et ses dépendances s'étendaient dans une bonne partie de la France médiévale et jusqu'en Angleterre. Elle fut démembrée sous la Révolution française. Rachetés par les sœurs du Sacré-Cœur, les bâtiments rescapés furent restaurés et d'autres construits pour abriter un établissement d'enseignement privé toujours en activité au .
La partie du site abritant les vestiges de l'ancienne abbaye a été rachetée par la ville de Tours en 1981 et des fouilles archéologiques y sont en cours depuis 2004.
Localisation Elle était située au nord de la Loire, face à la vieille ville de Tours. Elle correspond à un terrain de plusieurs hectares, sur lesquels subsistent les vestiges de l'ancienne église abbatiale monumentale.
Les premiers bâtiments de l'abbaye furent construits au pied du coteau, sur la rive droite de la Loire dont le trait de rive était dans l'Antiquité beaucoup plus proche du coteau, l'abbaye étant construite sur un lit d'alluvions fluviatiles qui formaient une île qui a commencé à se former vers .. Par la suite, l'abbaye a étendu son emprise dans la plaine vers la Loire ainsi que sur le coteau qui la surplombait.
Toponymie Selon Marie-Thérèse Morlet, Marmoutier est une formation toponymique composée de deux éléments Mar- et -Moutier..
Moutier (variante moustier) est encore attesté en moyen français en tant que , il est déjà vieilli à la fin du , mais il subsiste dans certains dialectes. Il signifie « monastère » ou encore « église paroissiale »Site du CNRTL : étymologie de moutier, moustier . Il est issu de l'ancien français monstier, lui-même du gallo-roman MONISTERIU (monisterium est attesté dans des inscriptions du ), qui procède du latin classique monasterium.
Le premier élément Mar- est généralement considéré comme une contraction du latin major, comparatif du latin magnus. Major a donné l'ancien français maïeur, qui possède à côté du sens principal « plus grand » des sens du latin tels que « les anciens », mais aussi le français maire. Cependant, l'utilisation d'un comparatif superlatif au sens de « très grand monastère » ou « monastère majeur » est plutôt insolite en toponymie, en outre, l'évolution phonétique aurait dû se faire régulièrement en *Mairmoutier. Il existe par ailleurs le mot gaulois maros qui signifie « grand » et qui constitue le premier élément de nombreux toponymes en Mar- dont le fréquent qui remonte vraisemblablement à un *maro-ialon « grande clairière ».
Histoire de l'abbaye Martin, le fondateur L'abbaye fut fondée sur le lieu où, vers la fin du (probablement en 372), Saint Martin, alors évêque de Tours, se retira.
Voici la description qu'en donne Sulpice Sévère, l'hagiographe de Martin de Tours, vers l'an 410 :
vignette|droite|redresse=1.0|alt=Vestige d'une construction antérieure à la fondation de l'abbaye.|Vestige antérieur à l'abbaye. vignette|droite|redresse=1.0|alt=Grottes attribuées aux premiers ermites (réaménagement ).|Anciennes grottes des ermites. En fait, l'endroit n'est peut-être pas aussi isolé que Sulpice Sévère le laisse entendre. Les fouilles réalisées sur le site ont mis en évidence l'existence d'aménagements dès le et la construction de bâtiments dès le Haut-Empire romain. La voie antique d'Orléans à Angers par la rive droite de la Loire passant à proximité du site, au pied du coteau, certains archéologues voient dans ces bâtiments une station routière associée à la voie ; un pont du Bas-Empire romain construit sur la Loire un peu plus à l'ouest en facilitait l'accès depuis Tours. Il n'est pas possible, au regard des données archéologiques disponibles, de préciser à quel moment de son épiscopat (entre 371 et 397) Martin vint s'installer sur ce site.. Martin occupe une creusée dans le rocher, et certains de ses compagnons font de même.. Les bâtiments communs étaient, dans un premier temps, réduits au strict minimum : un réfectoire et une église dédiée à saint Pierre et saint Paul ; on n’a retrouvé aucune trace avérée de cette église, supposée avoir été construite au pied du coteau, peut-être une pièce de la villa transformée en oratoire. Marmoutier ne fut pas, du moins au début, la résidence « principale » de Martin, qui devait concilier sa vocation érémitique et les obligations de sa charge d’évêque de Tours l’obligeant à de nombreux voyages à travers son diocèse.
À la fin son épiscopat, en 397, Martin est entouré de quelque quatre-vingt compagnons.
Le Haut Moyen Âge : une période parfois difficile Peu à peu l'abbaye se construit, un scriptorium est édifié, puis une seconde église sous l'épiscopat de Volusien. Cet édifice n'est pas localisé, mais il pouvait se situer au pied du coteau.. Grégoire de Tours (539-594) sera le premier à employer le terme de Marmoutier (majus monasterium = grand monastère).. Au ou au , les moines de Marmoutier auraient pu disposer d'un oratoire sur l'autre rive de la Loire, dans un édifice qui deviendra plus tard la chapelle Saint-Libert.. Dès le milieu du , en 850, l'édifice, qui a probablement fait l'objet d'une reconstruction complète sous l'impulsion de son abbé régulier Renaud et de son frère Vivien quelques années auparavant., est alors administré par une communauté de chanoines.
En 852 , alors qu'elle compte environ , l’abbaye est attaquée par le chef viking Hasting.. C'est le massacre et le pillage : . Cette tradition transcrite dans les chroniques médiévales n'est pas confirmée par les sources archéologiques : les vestiges ne témoignent d'aucune phase d'abandon du monastère.. Néanmoins, et bien qu'il soit encore occupé, l'édifice religieux, totalement ravagé, se présente dès lors, et pendant quasiment un siècle, comme une de la collégiale Saint-Martin, autre bâtiment voué au culte du saint martinien et situé à Candes. Environ après cet évènement, en 982, l'abbaye, grâce à l'intervention du comte de Blois , est alors remise aux mains des religieux saint-martiniens.
Le renouveau et le temps de la puissance
L'abbaye ne reprend vie qu'à la fin du . L'abbé Mayeul (-994) viendra alors de Cluny avec treize religieux afin de restaurer la vie monastique.. En 1047, le jeune duc de Normandie, Guillaume, le futur Conquérant, après sa victoire à la bataille de Val-ès-Dunes, donne à l'abbaye une partie des biens situés à Guernesey du baron révolté Néel II de Saint-Sauveur. Ultérieurement, une dédicace, datée 1096 et signée du pape , met en évidence que le monument, sous sa nouvelle forme à caractère roman, aurait été probablement réédifié sous l'impulsion de l'abbé Barthélémy. Guillaume le Conquérant, qui érige son équivalent, l'abbaye « Saint-Martin de la Bataille » dans le Sussex de l'Est (Angleterre)., finance en partie la reconstruction du monument., essentiellement celle du dortoir et du réfectoire.
En 1198, le pape donne à l'abbaye une bulle confirmant la propriété du couvent de Saint-Magloire de LéhonArchives départementales d'Indre-et-Loire: Archives ecclésiastiques antérieures à 1790, . Vers 1121, Robert, évêque de Cornouaille, donne par une charte de donation l'île et l'église de Saint-Tutuarn à l'abbé Bernard et aux moines de l'abbaye de Marmoutier.. L'abbaye se développe et on édifie la chapelle des malades, le cloître de l'infirmerie, la chapelle de l'abbé, le portail de la Mitre. et entre 1210 et 1227 le portail de la Crosse (toujours intact). L'art médical est enseigné à Marmoutier dès le second quart du .. L'enseignement de l'art médical est alors principalement exercé par quatre moines : Garin (ou Garinus), Inisien, Jean et Raoul Leclerc (ou Raoul Mal Couronne)... Les échanges avec la ville de Tours sont favorisés par la construction, dans la première moitié du , d'un pont sur la Loire. gauche|vignette|Chapiteau sculpté de la crypte romane. En 1070, une nouvelle église de style roman est mise en chantier sur l’emplacement de l’église du . Bâtie sur un plan somptueux, elle comporte un déambulatoire et un transept double (dispositif rare en Val de Loire). Urbain II consacre cette église en 1096. La tour des Cloches, toujours debout, date de cette phase de constructions. À la même époque, l’église paroissiale Saint-Nicolas, située en dehors du périmètre de l’abbaye, s’entoure d’un cimetière laïc, dans un secteur peut-être habité..
À partir de 1214, Hugues des Roches réorganise l’ensemble du monastère et entreprend l’édification d’une nouvelle grande abbatiale gothique., la plus belle de Touraine selon des pèlerins ; elle aussi englobe les églises précédentes. La façade, ornée de deux tours qui ne seront jamais couronnées de flèches ainsi qu’une grande nef à trois corps sont construites de 1218 à 1227 ; après une pause de dans les travaux, Robert de Flandres érige le chœur de l’abbatiale entre 1263 et 1296 et les travaux sont poursuivis par son successeur Eudes de Bracieux (1296-1312) ; enfin, sous la direction de Jean de Mauléon, entre 1312 et 1330, un narthex pourvu de cinq porches vient couvrir la façade et la relie à la tour des Cloches.. Une fois achevée, cette abbatiale mesure de long, soit de plus que la cathédrale Saint-Gatien de Tours qui vient d'être terminée ; cette différence de dimensions n'est certainement pas fortuite, s'inscrivant dans une « guerre de prestige » entre les moines de Marmoutier, ceux de la basilique Saint-Martin et le chapitre cathédral de Tours.. : ainsi s'exprimait un pèlerin à la fin du .. Hugues des Roches est également le bâtisseur de la ferme de Meslay, ancien prieuré dépendant de l'abbayeMairie de Rochecorbon. La branche nord du transept aboutissait à la cella que saint Martin aurait habitée. À l’est du chœur, deux chapelles, dédiées à Saint-Benoît et à Notre-Dame du Chevet ont également été édifiées. Les proportions inhabituelles de l’église (chœur presque aussi long que la nef) sont révélatrices du nombre de moines que devait accueillir l’édifice pendant les offices. Le revêtement du sol de certaines chapelles absidiales, en carrelage et mosaïques à motifs, habituellement réservé aux châteaux, en dit long sur la richesse de l’abbaye à cette époque. La faible largeur du transept est dictée par les contingences topographiques.
Aux alentours de 1300, Simon le Maye entreprend d’entourer l’ensemble des terres de Marmoutier d’une nouvelle enceinte haute de qui escalade le coteau et se raccorde au portail de la Crosse. En 1330 le manoir de Rougemont est édifié sur le coteau pour servir de logis abbatial. Le domaine enclos par l'enceinte couvre alors dix-huit hectares dont sept sur le coteau et 11 à son pied..
Guerre de Cent Ans et conflits religieux : la décadence En 1360, l'abbaye est pillée par des routiers qui s'en servent comme camp de base. Le nombre des moines passe de .
Au , Marmoutier représentait une autorité régionale presque aussi puissante que le chapitre de Saint-Martin et que la ville de Tours avec laquelle elle entrera fréquemment en conflit, notamment en ce qui concerne les frais de réparation du pont roman d’ auxquels Marmoutier refusait de participer. Les digues de protection de l’abbaye contre les crues de la Loire furent aussi accusées de rejeter les flux et les inondations vers la rive gauche et vers Tours ; une digue, détruite sur ordre de en 1480, fut aussitôt reconstruite.
En 1539, avec la mort de Philippe Hurault, disparaît le dernier abbé régulier de Marmoutier, qui passe jusqu’à la Révolution sous le régime des abbés commendataires.
En 1569, des protestants emmenés par le prince de Condé pillent l'abbaye après avoir tenté, sans succès, de démolir l'abbatiale, comme ils avaient réussi à le faire, un an plus tôt, pour la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans.
La tutelle mauriste vignette|Vue de l'abbaye de Marmoutier.