, née le à Chilleurs-aux-Bois (Loiret) et morte le à Paris, est une grande couturière française et une influence majeure de la mode du . Créatrice en 1912 de la Maison de couture Vionnet, elle est l'inventrice de la coupe en biais et du drapé ; elle crée des robes du soir qui moulent le corps et mettent en valeur ses formes.

Biographie vignette|redresse|Robe de soirée de la maison Vionnet (1931), Bath, Fashion Museum. vignette|redresse|Vêtement de Madeleine Vionnet.

Enfance et débuts Née le à Chilleurs-aux-Bois, Madeleine Vionnet est la fille de Jean Baptiste Abel Vionnet et de Marie Rosalie Henriette Gardembois.

En 1881, elle s'installe avec son père nommé receveur d'octroi à Aubervilliers. En 1888, elle entre en apprentissage chez une voisine couturière, femme du garde champêtre.

En 1889, elle est mise à l'atelier qui lui fait apprendre toutes les techniques de la couture. Elle monte à Paris en 1890, où elle entre comme apprentie chez le couturier Vincent, rue de la Paix. En 1894, elle épouse Émile Depoutot avec qui elle a une fille ; celle-ci meurt en 1896. Le couple ne résiste pas à ce deuil et divorce.

Alors que le n'est pas terminé, elle se conduit en féministe avant la lettre en prenant la décision de quitter à la fois son travail, son mari et son pays. Sous prétexte d'apprendre l'anglais, elle traverse la Manche et se fait engager comme couturière dans un asile d'aliénés puis à Londres, chez une couturière de Dover Street, , qui habille les Britanniques de la bonne société en copiant des modèles venus de Paris. Là, Vionnet assimile non seulement la technique des grands tailleurs britanniques, notamment ceux de Savile Row, mais découvre aussi la façon dont les œuvres peuvent être copiées plus ou moins bien sans que personne s'en émeuve.

Paris En 1900, fascinée par Isadora Duncan et ses formes libres, elle explore l'art du drapé qu'elle maîtrisera si bien que, l'année suivante, elle est engagée comme première dans une des plus célèbres maisons du Paris de l'époque, celle des sœurs Callot. .. Puis c'est au tour de Jacques Doucet de faire appel à elle. C'est chez lui qu'elle supprimera définitivement l'usage du corset dans toutes ses créations, ce qui fut une révolution dans la mode. C'est pourtant à Paul Poiret qu'on attribue cette innovationFrançoise Thibaut, « Le temps des couturières : Madeleine Vionnet et Jeanne Lanvin », sur Canal Académie, ..

En 1912, devant l'immense succès que ses créations remportent chez Doucet, elle ouvre, au rue de Rivoli à Paris, sa propre maison où le tout Paris commence à se presser. Elle y invente notamment le manteau de ville.

Deux ans plus tard, la Première Guerre mondiale la contraint à fermer sa maison, mais elle continue à travailler. Les modèles des années 1917 à 1919 sont parmi les plus audacieux qu'elles aient construits.

De 1920 à 1930, elle donnera libre cours à sa passion des fleurs à travers des jupes corolles et surtout des amas de roses en bandeaux, en colliers, en guirlandes, toujours somptueusement parsemées sur des capes ou des cols. À la même époque, l'invention du biais et la façon dont Madeleine Vionnet en défendra la maternité devant les contrefacteurs restent inscrites à tout jamais dans la mémoire de la mode. Elles furent l'occasion d'un historique procès qu'elle gagna. À dater de ce jour, elle mettra au point un système de copyright qui fait encore référence. . C'est ainsi qu'elle constituera une inestimable collection d'archives où chacun de ses modèles est photographié de face, de dos et de profil. Dans les années 1920, toute la presse spécialisée la porte aux nues. On voit ses modèles sur la duchesse Sforza, sur madame de Vilmorin, sur Liane de Pougy.

Dans le même temps, elle s'installe aux 50-52 avenue Montaigne à Paris et collabore à la décoration des Galeries Lafayette dont elle veut faire un temple de la mode. Plus que des robes, ses créations deviennent de véritables architectures à draper selon un rituel de gestes précis. Elle avait l'habitude de travailler sur un petit mannequin de bois peint sur lequel elle créait toutes ses toiles en modèles réduits. Elle gardera cette célèbre petite figurine dans sa chambre jusqu'à la fin de ses jours et s'en servira pour expliquer aux visiteurs curieux, les différentes étapes de son travail. De plus, cette petite statuette lui permettait de visualiser les formes et les rondeurs des femmes, pour leur proposer des vêtements qui épousaient leur forme, ce qui était une fois de plus révolutionnaire à une époque où les formes étaient sinon cachées, oubliées des autres créateurs.

Appréciant le « bon goût », elle collectionne les meubles et créations de Pierre Chareau, de Jean-Michel Frank, de Francis Jourdain, de René Herbst et de Jean Dunand.

Fin de carrière Elle prend sa retraite alors qu'elle est au sommet de sa gloire, le jour où commence la Seconde Guerre mondiale.

Le , elle écrit : ..

En , la maison Vionnet est mise en liquidation à l'hôtel Drouot et le personnel licencié. Il restait à Madeleine Vionnet plus de trente années à vivre. Elle qui avait travaillé toute sa vie partagera désormais son temps entre la culture de son jardin, l'observation de la nature et l'écriture d'une correspondance qu'elle adresse à Marcelle Chaumont son ancienne première et à Liane de Pougy.

Son seul lien avec la couture consistera à donner des cours à l'école de la rue Saint-Roch où se transmettent toujours les bases de sa technique de coupe et la riche tradition haute couture dont elle héritait, à des élèves d'origines internationales. Elle va confier l'ensemble des modèles qu'elle a conservés, ses albums de copyrights et huit cents toiles de patrons, à son ami François Boucher qui, dès 1952, veut créer à Paris le musée de la mode et du textile..

Au soir de sa vie elle écrira : C'est pour cette force de résistance et pour tout le reste que Madeleine Vionnet reste encore et toujours un exemple..

vignette|Tombe de Madeleine Vionnet. Elle est enterrée, auprès d'officiers russes (père et oncle de son second époux Dimitri Netchvolodoff, un ancien officier de marine russe, qu’elle épouse en 1923 Jean-Marc Vionnet, Vionnet - des sabots à la haute couture.), dans le cimetière de la commune de La Chassagne (Jura), village natal de son père.

Postérité Des anciens de ses ateliers de plus de huit cents ouvriers naîtront les maisons de couture de Jacques Griffe, Marcelle Chaumont, Charles Montaigne, et Mad Carpentier.

La Bibliothèque historique de la ville de Paris possède un fonds Madeleine Vionnet composé de carnets de ses collections de l'ouverture de sa maison jusqu'à sa fermeture. Ce fonds est arrivé à la bibliothèque par don, par le biais du fonds Thérèse Bonney.

Les innovations sociales de Madeleine Vionnet Soucieuse du bien-être de ses employées, Madeleine Vionnet organise ses ateliers de couture en mettant des chaises pour les ouvrières à la place des tabourets, crée un réfectoire, une crèche et emploie un médecin et un dentiste à demeurePierre Groppo, « Kazakhe choc », Vanity Fair n°32, février 2016, pages 98-105 et 159.. Elle va même leur offrir des vacances, bien avant la loi sur les congés payés.

Expositions Madeleine Vionnet 1876-1975, musée des arts décoratifs, Paris, ( - ) VIONNET2007, Kent State University Museum ( - ) , Kent State University Museum ( - ) , Fashion Institute of Technology, New York ( - ) , Metropolitan Museum of Art, New York ( - ) , Galleria del Costume di Palazzo Pitti, Italie ( - ) Madeleine Vionnet, Judith Clark Costume Gallery, Londres ( - ) , The National Museum of Modern Art, Kyoto ( – ) , musée municipal de La Haye, Pays-Bas ( - ) , Metropolitan Museum of Art, New York ( - ) Madeleine Vionnet, Les Années d'Innovation, 1919-1939, musée des Tissus et des Arts décoratifs, Lyon ( - ) Madeleine Vionnet, 1876-1975 : L'Art de la Couture, musée de la Mode de la ville de Marseille ( - ) Three women : Madeleine Vionnet, Claire McCardell, and Rei Kawakubo, Fashion Institute of Technology, New York ( - ) , Metropolitan Museum of Art, New York (1973)

Citations vignette|Plaque sur le sol, devant le 34 avenue Montaigne (Paris). Azzedine Alaïa : Propos recueillis par Myriam Boutoulle, dans Beaux Arts, Hors Série 134, Musée de la Mode et du Textile, Décembre 1996. Marc Audibet : http://poirette.canalblog.com/archives/2008/01/26/7709222.html, 26 janvier 2008. Cecil Beaton : Cecil Beaton, Cinquante ans d'élégance et d'art de vivre, 1954. Hussein Chalayan : Christian Dior : Christian Dior, Christian Dior et moi, autobiographie, 1956. Tom Ford : WWD, 16 juillet 2001. John Galliano : émission Paris Modes consacrée à Madeleine Vionnet, novembre 1995. Jean Paul Gaultier : Hubert de Givenchy : Daryl Kerrigan : Sophia Kokosalaki : Karl Lagerfeld : Newsweek, 28 janvier 1974. Stella McCartney : Issey Miyake : Zac Posen : (2004) Narciso Rodriguez : Daily Fashion Report, 12 mai 2004. Jil Sander : Olivier Theyskens : Valentino Garavani : New York Times, 14 décembre 1973. Dries Van Noten : Vivienne Westwood : Le Figaro, 25 mars 2004. Yohji Yamamoto :

Références

Annexes Articles connexes Gazette du Bon Ton Maison de couture Vionnet Rue Madeleine-Vionnet

Bibliographie Madeleine Vionnet, puriste de la mode, sous la direction de Pamela Golbin, collectif, texte d'auteurs : Benjamin Loyauté, André Beucler, photographies de Patrick Gries, Paris, Les Arts Décoratifs, 2009 Madeleine Vionnet, Créatrice de Mode, Sophie Dalloz-Ramaux, Éditions Cabedita, 2006 Madeleine Vionnet, Betty Kirke, avant-Propos d’Issey Miyake, Chronicle Books Éditions, 2005 ( Éd. 1991) Vionnet – Keizerin van de Mod, catalogue d’exposition, 1999 Vionnet, Fashion memoir series, Lydia Kamitsis, Thames & Hudson Éditions, 1996 Vionnet, , Lydia Kamitsis, Éditions Assouline, 1996 L’Esprit Vionnet, Jéromine Savignon, publication de l'Association pour l'université de la Mode, 1994 Madeleine Vionnet, Les Années d’Innovation, 1919-1939, catalogue d’exposition, publication du musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon, 1994 Madeleine Vionnet, 1876-1975 : L’Art de la Couture, catalogue d’exposition, publication du musée de la Mode de Marseille, 1991 , Rizzoli Éditions, 1991 La Chair de la Robe, Madeleine Chapsal, Éditions Fayard, 1989 Madeleine Vionnet, ma mère et moi - l'éblouissement de la haute couture, Madeleine Chapsal, éd. Michel Lafon, 2010

Liens externes

Site officiel de la Maison de couture Vionnet Portail des bibliothèques spécialisées de la ville de Paris : les dessins de Madeleine Vionnet conservés à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris y sont intégralement mis en ligne.

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