Le championnat de France de football, appelé « » (L1) depuis 2002, est le plus haut niveau du championnat professionnel de football masculin en France. Créé en 1932, il regroupe les meilleurs clubs de France métropolitaine et de la principauté de Monaco. La saison 2026-2027 en est la édition.
Créée par la Fédération française de football au moment de l'autorisation du professionnalisme, la compétition est baptisée « Division nationale » l'année suivante avec la création d'une deuxième division. Elle passe sous l'égide du « Groupement des clubs autorisés », l'ancêtre de la Ligue de football professionnel, après la guerre, devient en 1972 la « » (D1) puis prend en 2002 son nom actuel. Le nom de la compétition est sponsorisé à partir de 2008 ; en 2024, le contrat est remporté par la société américaine McDonald's.
Organisée annuellement de l'été au printemps suivant, la compétition oppose historiquement une vingtaine de clubs – dix-huit à partir de 2023. L'équipe en tête du classement le soir de la dernière journée est déclarée championne. Le Paris Saint-Germain est le club le plus couronné de la compétition avec quatorze titres, dont douze depuis 2013, et le tenant du titre en 2026. Il présente aussi la particularité d'être le seul club français à n'avoir jamais été relégué depuis sa promotion en 1974. L'AS Saint-Étienne compte dix titres (le dernier en 1981) et l'Olympique de Marseille neuf titres (le dernier en 2010). Le club marseillais est celui ayant disputé le plus grand nombre d'éditions du championnat (77 sur 89, en 2026-2027). L'Italo-Argentin Delio Onnis est le meilleur buteur de l'histoire de la compétition (299 buts entre 1971 et 1986) et le gardien de but français Mickaël Landreau le joueur ayant disputé le plus de rencontres (618 entre 1996 et 2014).
Pratiquement absent des programmes télévisés avant les années 1980, le championnat bénéficie ensuite d'une médiatisation croissante avec le développement de la chaîne payante privée Canal+, lancée en 1984, qui devient son partenaire privilégié jusqu'en 2012. Par la suite, les groupes BeIn Sports, Mediapro, Prime Video et DAZN se succèdent comme diffuseurs principaux en remportant les appels d'offres des droits télévisés organisés par la Ligue. Dans un contexte de crise, cette dernière lance en 2025 son propre service, Ligue 1+, pour diffuser la compétition.
Histoire
Création du championnat professionnel
Le football français résiste au professionnalisme jusqu'en 1930. Celui-ci est autorisé dans le football anglais en 1885 mais n'est pas adopté en Europe continentale, où une vision idéalisée du sport freine son autorisation. Les disciplines sportives majeures, et le football au premier chef, en raison des recettes qu'il générait déjà, furent alors touchées par l'« amateurisme marron », autrement dit la rémunération illégale de sportifs prétendument amateurs. Le gardien de but de football international français Pierre Chayriguès refuse ainsi un « pont d'or » du club anglais Tottenham Hotspur, en 1913 ; il admet dans ses mémoires que les joueurs du Red Star étaient grassement rémunérés malgré leur statut officiel d'amateurs. Henri Jooris, le président de l'Olympique lillois, est suspendu pendant deux ans au sortir de la Première Guerre mondiale pour avoir pris part à un système illégal de rémunération occulte des joueurs de son club. Les emplois de complaisance étaient alors une pratique courante pour couvrir ces salaires. Le terme « racolage » est alors en usage pour décrire les offres financières faites aux joueurs pour les transférer. Des clubs plus modestes tout comme les locomotives parisiennes, lilloises ou marseillaises sont touchés par le phénomèneAlfred Wahl et Pierre Lanfranchi, Les footballeurs professionnels des années trente à nos jours, Paris, Hachette, 1995, chapitre « Les amateurs marrons », ..
Le nombre d'affaires de ce type dans le football français mène finalement à l'autorisation du professionnalisme en 1930, pour mettre un terme à ces scandales touchant les meilleurs clubs, dirigeants et joueurs. En juillet, le Conseil national de la Fédération française de football (FFF) se prononce par contre 20 (Paris, Alsace et Auvergne) et une abstention (le président Jules Rimet) pour la mise en place du professionnalisme en FranceGabriel Hanot, « Naissance, enfance, adolescence et maturité du football professionnel en France », in Gilles Gauthey, Le football professionnel français, tome 1, Paris, 1961., avec mise en application le 1932. Les pères fondateurs du professionnalisme français sont Georges Bayrou, Emmanuel Gambardella et Gabriel Hanot.
La Fédération décide de limiter le statut professionnel à une élite restreinte. Elle met alors en place un championnat national à vingt clubs. Eux seuls peuvent évoluer sous statut professionnel en 1932-1933. La FFF édicte trois règles pour limiter le nombre des candidatures au statut professionnel : avoir eu des résultats probants par le passé, avoir des recettes aux guichets suffisamment importantes pour équilibrer les finances et recruter au moins huit joueurs sous statut professionnel. Certains clubs s'opposent par principe au statut professionnel : les trois clubs strasbourgeois, le RC Roubaix, l'Amiens AC et de nombreux clubs parisiens dont le Stade français refusent ainsi de se porter candidats. Dans d'autres clubs, la tension est telle que l'on doit jouer sur des artifices pour permettre à certains d'accéder à ce statut. Au Racing Club de France, historiquement hostile au statut pro, il n'est ainsi pas question de se fourvoyer. L'équipe fanion du RCF est alors rebaptisée Racing Club de Paris et pose sa candidature au statut professionnel sous ce nomGilles Gauthey, op. cit., .. L'Olympique lillois est également en pointe dans le refus au statut pro, mais pas pour des raisons de morale. La hantise du président Henri Jooris, également président de la puissante Ligue du Nord, est le passage de sa Ligue au rang d'une Division 2. Les voisins du SC Fivois ne se posent pas ce genre de question et sont candidats. Certains joueurs lillois commencent même à y signer des contrats professionnels. Pour stopper l'hémorragie, Jooris est contraint de présenter son club au statut professionnel. Même le Stade rennais hésite à franchir le pas du professionnalisme alors qu'il fait figure de club en pointe à ce sujet. À la surprise générale, le comité directeur repousse cette possibilité par vote ( contre 20). Il faut que les supporters promettent de renflouer les caisses en cas de déficit pour que le club rennais s'engage finalement chez les professionnels. Si les dirigeants des clubs du nord du pays apparaissent globalement hostiles à cette évolution, ce n'est pas le cas dans le sud et de très nombreux clubs n'hésitent pas à poser leur candidature. La Ligue du Sud-est hérite ainsi à elle seule de près de la moitié des autorisations (neuf sur vingt). Un an plus tard, une Division 2 est mise en place et quelques clubs réticents en 1932 acceptent de franchir le Rubicon, parmi lesquels le RC StrasbourgColl., de football en Alsace (vol. 2), Strasbourg, LAFA, 2002, ., l'Amiens ACFrançois Dubois, Naissance et essor du football à Amiens, Amiens, Encrage, 1992, . et le RC Roubaix notamment.
Avant-guerre (1932-1939) Palmarès (1932-1939) 1932-1933 : O. lillois 1933-1934 : FC Sète 1934-1935 : FC Sochaux 1935-1936 : RC Paris 1936-1937 : O. Marseille 1937-1938 : FC Sochaux (2)1938-1939 : FC Sète (2)
thumb|left|L'Olympique lillois, vainqueur du de France en 1933. thumb|right|FC Sète-Olympique de Marseille en 1934. thumb|left|RC Strasbourg-FC Sochaux en 1937. thumb|left|Olympique lillois-Racing Club de Paris en 1939.
La première édition du championnat de France de football professionnel, baptisé Division Nationale, se tient en 1932-1933. Les vingt concurrents, basés en Provence et dans la moitié nord de la France, sont répartis dans deux groupes. Le coup d’envoi est donné le . Une première polémique éclate en décembre après un « match scandaleux » remporté par l’Olympique de Marseille sur le terrain de l'Olympique lillois (0-7). Un nouveau scandale l'éclipse bientôt : le FC Antibes aurait tenté d’acheter le match décisif face au SC fivois (remporté 5-0). L'entraîneur du FC Antibes, avoue finalement avoir corrompu plusieurs joueurs fivois lors de l'ultime journée de championnat afin de s'assurer la victoire et la qualification pour la finale ; il est radié à vie.. Le club azuréen, premier de son groupe, est déclassé et n’est pas autorisé à disputer la finale du championnat. L’AS Cannes, son dauphin, y affronte l'Olympique lillois le à Paris, devant spectateurs. Les nordistes l'emportent 4-3 grâce à un dernier but de Georges Winckelmans.
À l’issue de la saison, les trois derniers de chaque groupe, soit six clubs, sont relégués dans la Deuxième division qui est créée pour l'occasion. Seuls quatorze clubs s’affrontent dans une poule unique en première division lors de la saison suivante. La compétition est très serrée entre le FC Sète et les clubs de l'Olympique de Marseille, du SC fivois et de l'Olympique lillois. Le sprint final pour le titre est particulièrement inattendu. Le quotidien sportif L'Auto annonce en une dès le : « L'Olympique de Marseille est virtuel champion de France ». Le FC Sète ne compte en effet qu'un petit point d'avance et une différence de buts défavorable alors qu'il reste encore trois matchs à jouer pour l'OM et aucun pour les Sétois. Alors que les Héraultais, vainqueurs de la Coupe de France face aux mêmes Marseillais, sont partis en tournée en Afrique, l'OM perd ses trois matchs en retard, offrant au FC Sète le premier doublé Coupe-championnat de l'histoire du football françaiscoll., de football en France, Paris, Atlas, .. Le match décisif a lieu le (match en retard de la ) face à l'Excelsior de Roubaix. L'Excelsior s'impose 4-2 à l'Huveaune devant .
À partir de 1934, le format du championnat se stabilise avec seize équipes. La troisième édition est largement dominée par le FC Sochaux-Montbéliard, auteur d'une série de sans défaite entre novembre et avril, et le RC Strasbourg, tout frais promu, large vainqueur du FC Sète dès la première journée. Le FC Sochaux est finalement sacré à la dernière journée grâce à une victoire sur l'Olympique de Marseille, vainqueur par ailleurs de la Coupe de France. La quatrième édition est dominée par l'Olympique lillois et l'effectif clinquant du Racing Club de Paris, qui doit pourtant faire avec le boycott de son gardien de but vedette Rodolphe Hiden. Malgré une avance importante en janvier, les Lillois sont dépassés en avril par les Parisiens, qui réalisent à leur tour le doublé Coupe-championnat.
En 1936-1937, il faut pour la première fois avoir recours au goal-average (correspondant au quotient des buts marqués par les buts encaissés) pour départager l'Olympique de Marseille de Jaguaré et Mario Zatelli de son dauphin le FC Sochaux, vainqueur de la Coupe. Cette saison voit les brillants débuts dans l'élite du FC Rouen, cantonné en deuxième division les années précédentes malgré ses nombreux internationaux et notamment son jeune buteur Jean Nicolas. Les rôles entre Sochaliens, champions, et Marseillais, vainqueurs de la Coupe, sont inversés en 1937-1938. Enfin la septième édition du championnat, la dernière avant la seconde Guerre mondiale, voit le FC Sète remporter un second sacre, devant l'Olympique de Marseille et le Racing.