Valaques est un terme polysémique qui peut désigner en français : une appartenance géographique ; un ensemble historique, culturel et ethnographique de populations ; un ensemble juridique de lois, coutumes et franchises.

Géographiquement, le terme désigne les habitants de la Valachie (région méridionale de la Roumanie) et, dans la péninsule des Balkans, les populations de langue romane soit les Aroumains, les Mégléno-Roumains et les Istro-Roumains (certains linguistes y incluaient jadis les Dalmates). Il est parfois employé en Serbie et en Bulgarie pour désigner aussi les Roumains locaux.

Historiquement, avant le milieu du , était l'exonyme qui désignait les populations locutrices des langues romanes orientales issues de la romanisation des langues paléo-balkaniques (Daces, Gètes, Thraces, Illyres, Dalmates...) du dans les Balkans et le bassin du bas-DanubeLes populations valaques ou sont mentionnées dans des chroniques byzantines telles celles de Théophane le Confesseur, Théophylacte Simocatta, , Anne Comnène, Jean Skylitzès, Georges Cédrène ou Cécaumène, arabes comme celes d'Aboulféda ou de Rashid al-Din, occidentales comme Geoffroi de Villehardouin ou Robert de Clari, hongroises comme la Gesta Hungarorum ou les diplômes du roi . Il ne faut pas confondre ces ϐλαχίες = valachies, avec les ϐαλαχάδες = valachades, beaucoup plus tardives, qui sont des communautés hellénophones musulmanes dont l'étymologie remonte au nom Allah et qu'évoque F. W. Hasluck dans son ouvrage Christianity and Islam under the Sultans, Oxford 1929.. Il est encore employé dans ce sens par les historiens et notamment dans de nombreux atlas historiquesWestermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte, 1985, ; DTV Atlas zur Weltgeschichte, 1987 traduit chez Perrin, ; Putzger historischer Weltatlas Cornelsen, 1990, ; Atlas historique Georges Duby chez Larousse 1987, ; Série des « Atlas des Peuples » d'André et Jean Sellier à La Découverte : Europe occidentale : 1995, , Europe centrale : 1992, , Orient : 1993, ; Történelmi atlasz a középiskolák számára (« Atlas historique pour les collèges ») de Kartográfiai Vállalat Szerkesztőbizottsága, Budapest 1991, ..

Les historiens roumains préfèrent employer le terme de (jusqu'au ) et de (depuis le ), d'une part parce qu'à l'instar des autres populations romanophones issues de la désagrégation de l'Empire romain, les se désignaient eux-mêmes par des endonymes comme romani, români, rumâni, rumâri, armâni ou arumâniLe refus de l'historiographie russe et occidentale d'utiliser l'adjectif pour les États et les populations roumanophones d'avant 1859 (au motif que ce serait un néologisme du ) est historiquement infondé pour deux raisons : l'historiographie russe et occidentale désigne volontiers les populations des futures Allemagne, Italie ou Russie, par les termes , ou pour des périodes très antérieures à la constitution de ces états modernes : il n'y a donc pas de raison de refuser d'employer le terme pour désigner les populations de la future Roumanie avant sa constitution comme état moderne ; est attesté comme endonyme dès le lorsque des humanistes italiens et autres commencent à décrire leurs voyages dans les zones habitées par des « Valaques ». Maria Holban (dir.) in Călători străini despre Țările Române (Editura Științifică, Bucarest 1968, vol. 2 à 6, Bucarest 1976) cite : Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les Roumains (Valachi) ( in : A. Verress, Acta et Epistolae, I, ). En 1532, Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti note que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu'« ils s’appellent eux-mêmes roumains (Romei) dans leur langue ». Il cite même une phrase : Sti rominest ? (, roum. : ): …si dimandano in lingua loro Romei … se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire: Sai tu Romano ? (in : Cl. Isopescu, « Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento », in Bulletin de la Section historique, XVI, 1929, - 90). Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants des s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) (Maria Holban, Călători străini despre Țările Române, , – 161). Pierre Lescalopier remarque en 1574 que (« Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople », folio 48 in Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, ). Le Saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que les Valaques se désignent eux-mêmes sous le nom de Romuini : Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani,/Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur…/Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes. Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti in : Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, – 12). Le polonais Stanislaw Orzechowski (Orichovius) observe en 1554 qu' (qui eorum lingua « Romini » ab Romanis, nostra « Walachi », ab Italis appellantur in : « Annales polonici ab excessu Sigismundi », in I. Dlugosz (Dlugossus), Historiae polonicae libri XII, ). Le dalmate Antonio Veranzio (ou Anton Verancić) remarque vers 1570 : …Valacchi, qui se Romanos nominant… et …gens quae ear terras Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno… soit « les gens vivant en Transylvanie, Moldavie et Valachie se nomment eux-mêmes Romains » (« De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae », in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores, , Budapest 1857, ). Le hongrois transylvain Martin Szent-Ivany cite en 1699 les expressions : Sie noi sentem Rumeni (« nous aussi, nous sommes roumains », pour le roum. : « Și noi suntem români ») in : Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, . À la même époque, Grigore Ureche (Letopisețul Țării Moldovei, ) écrit : În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul (« En Transylvanie n'habitent pas seulement des Hongrois mais aussi d'innombrables Saxons et partout des Roumains »). Dans son testament littéraire, Ienăchiță Văcărescu écrit : Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire (« A mes descendants Vacaresques/je laisse en héritage/la croissance de la langue roumanesque/et la patrie en hommage »). Enfin dans son Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790 le poète Hristache Pitar versifie : Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/Dela Țara Românească (« Je commence selon mon idée/avec quelques plumiers/l'histoire Mavroghénie/de la Valachie »)., d'autre part parce que pouvait aussi être localement employé (notamment dans l'espace de l'ex-Yougoslavie) pour désigner des montagnards, des bergers ou des fidèles de l'Église orthodoxe non romanophones, ou ayant cessé de l'être depuis des générations.

D'autres historiens et linguistes préfèrent les termes, plus neutres et plus précis, de (du ), de du et de , et autres « romans balkaniques » depuis le Gilles De Rapper, Pierre Sintès et Kira Kaurinkoski, Nommer et classer dans les Balkans : les Valaques, EFA [www.efa.gr] École française d'Athènes, Athènes 2008, et De Boccard, Paris, Dejan Dimitrijević : Les Valaques et la serbité CNRS-IDEMEC, Aix-en-Provence, 2003Jean-François Gossiaux : Valaques et/ou Aroumains en Bulgarie, CNRS-IDEMEC, Aix 2003Kristian Sanfeld : Linguistique balkanique Klincksieck, Paris 1930Nicolas Trifon : Les Aroumains, un peuple qui s'en va, Paris, Tom Winnifruth : Romanized Illyrians & Thracians, ancestors of the modern Vlachs, Badlands-Borderland, 2006 .. Mais, en règle générale, l'existence avant le des populations romanes d'Europe sud-orientale et des Balkans est le plus souvent occultée dans les sources secondaires, en raison de la très large diffusion, par des auteurs principalement austro-hongrois, d'une seule des trois thèses historiques concernant l'histoire des Roumains, au détriment des deux autresConcernant l'histoire des Roumains pendant l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, il existe trois thèses divergentes, qui ont, toutes trois, des arguments et sont présentées par des sources secondaires universitaires : la première thèse concernant l'histoire des Roumains pendant l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, soutenue par l'historiographie roumaine et moldave, est la moins diffusée des trois : elle affirme que les populations romanes orientales n'ont jamais cessé leurs transhumances pastorales entre le nord et le sud du Danube de la fin du au , et objecte aux deux autres thèses qu'il est peu réaliste d'imaginer les locuteurs des langues romanes orientales disparaissant mystérieusement pendant mille ans pour réapparaître inexplicablement ensuite [lire Gheorghe I. Brătianu, Une énigme et un miracle historique, le peuple roumain, Kyros 2009, ], et formant le seul peuple incapable de traverser le Danube, les Balkans et les Carpates, alors que les Goths, les Slaves, les Avars, les Proto-Bulgares, les Magyars, les Pétchénègues, les Coumans, les Alains, les Mongols et les Ottomans l'ont fait [lire Kristian Sandfeld, Linguistique balkanique, problèmes et résultats, éd. É. Champion 1930 ; Alexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.), Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate : « Histoire des Roumains : l’héritage des temps anciens », vol.1, éd. Enciclopedică, Bucarest 2001, ; History of Romania, Romanian Cultural Institute (Center for Transylvanian Studies) 2005, , ; Nicolae Iorga, Teodor Capidan, Constantin Giurescu : Histoire des Roumains, éd. (et rééd.) de l’Académie Roumaines ; Vatro Murvar, The Balkan Vlachs : a typological study, University of Wisconsin, Madison 1956, et Alain Du Nay, André Du Nay et Árpád Kosztin, Transylvania and the Rumanians, Matthias Corvinus Publishing, 1997, 337 p. , ] ; la deuxième thèse, soutenue par l'historiographie bulgare et serbe, affirme que les populations romanes ont disparu au sud du Danube au et n'ont pas reparu avant le au plus tôt, en provenance de Transylvanie (ancienne Dacie trajane) où elles auraient survécu (voir Školski istorijski atlas, Zavod za izdavanje udžbenika Srbije, Belgrade, 1970 et ) : c'est la thèse de la « non-romanisation des Thraces » selon laquelle les Slaves méridionaux et les Proto-Bulgares sont arrivés les premiers dans les Balkans [lire История на България : « Histoire de la Bulgarie », tome III, Sofia 1982 ; Ivan Douïtchev, Идеята за приемствеността в средновековната българска държава : « L’idée de continuité dans l’État bulgare médiéval », in : Проучвания върху средновековната българска история и култура : « Études sur l'histoire et la culture médiévales bulgares », Sofia 1981, ] ;