vignette|redresse=1.35|Bordure orientale du plateau de Gergovie au soleil couchant, avec le monument commémoratif à Vercingétorix.

vignette|redresse=1.2|Plan officiel du plateau de Gergovie avec au sud la route de plateau construite en 1922, suivant la ligne du rempart qui n'a été reconnu que sur une longueur d'environ . La construction de cette route départementale est à l'origine de destructions importantes du rempart de l'oppidum.

Le plateau de Gergovie (autrefois appelé « plaine de Merdogne ») est un plateau de à d'altitude, situé à une dizaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, en Auvergne. C'est le lieu où se trouvait l'oppidum gaulois de Gergovie, célèbre pour son siège qui vit les troupes de Vercingétorix vaincre les légions romaines de Jules César en

Toponymie C'est d'abord sur la base de la toponymie que ce site est proposé comme lieu de l'oppidum gaulois de Gergovie. Un lieu habité du nom de « Gergoia » est mentionné sur la pente ouest du plateau dès le . Si c'est seulement depuis les fouilles de Napoléon III que le village de Merdogne est rebaptisé Gergovie, le toponyme est bien attesté pour le plateau dès le Moyen Âge. Dès le , le Florentin Gabriel Simeoni propose l'identification, se fondant sur l'indice toponymique et des vestiges visibles sur le plateau. Au , des érudits tel que Scaliger, Savaron ou Adrien de Valois expriment le même avis. La découverte de restes gaulois et gallo-romains sur le plateau appuie cette hypothèse.

Situation géographique Le plateau de Gergovie est situé à d'altitude à au sud de Clermont-Ferrand, sur la commune de La Roche-Blanche. D'une superficie de ., il mesure de long pour environ de large"Gergovie, une victoire gravée dans la géographie" par Sylvie Jolivet, Les Échos, 23 juillet 2010.. Le plateau offre un excellent panorama sur la chaîne des Puys, Clermont-Ferrand, la montagne de la Serre, la plaine de Sarliève avec le Zénith d'Auvergne et le puy de Sancy (massif volcanique des monts Dore), point culminant de l'Auvergne avec .

Géomorphologie

vignette|Carte montrant les principaux grabens du rift ouest-européen : LG=Graben de Limagne, BG=Bresse Graben, URG= Fossé rhénan, LRG=Lower Rhine Graben, HG=Hessian Grabens & EG=Eger Graben.

Le plateau de Gergovie (anciennement plateau ou de Merdogne) est issu du volcanisme de la Limagne actif entre d'années (Miocène), contemporain de celui du massif du Forez, mais plus ancien que celui des monts Dore (plio-quaternaire) de la chaîne des Puys (Quaternaire). Le vieux socle granitique varisque est en effet fracturé par l'orogenèse alpine du Cénozoïque à l'origine de la formation du rift ouest-européen, dont les grabens de la Limagne, fossés d'effondrement résultant de déformations tectoniques engendrées par la collision entre la plaque africaine et la plaque eurasiatique. Ces grabens d'orientation globalement méridienne accumulent une sédimentation majoritairement lacustre (sables, schistes bitumineux et surtout calcaires), parfois avec des intercalations volcaniques, les formations pépéritiques, témoignant qu'en parallèle à cette sédimentation, un volcanisme antérieur à la chaîne des Puys voit le jour dans la plaine de LimagneExcursion géologique. : l'ascension de magmas basaltiques dans la partie superficielle d'une cheminée volcanique dans le bassin sédimentaire de Limagne alors en milieu lacustre, met en contact le magma et les sédiments boueux gorgés d'eau, ce qui provoque des éruptions phréatomagmatiques, séries d'explosions violentes qui « trempent » la lave et la pulvérisent en granules, donnant naissance aux pépérites formées dans des maars.

Par la suite s'édifient des cônes de scories où s'épanchent des coulées basaltiques dans les vallées et dépressions, recouvrant ces formations phréatomagmatiquesCoupe schématique d'Ouest en Est du plateau de la chaîne des Puys et de la Limagne de Clermont-Ferrand (les altitudes sont volontairement exagérées), sur dichamp.pagesperso-orange.fr. Le fossé de Limagne est ainsi caractérise par 200 édifices d'origine volcanique qui se distinguent par trois formes de reliefs : le neck (puy de Crouel, de Montrognon), des collines arrondies constituées de pépérites (puy de Bane à l'est de Gergovie), des tables basaltiques dégagées à la suite d'un déblaiement plio-quaternaireExpression désignant l'ensemble du Pliocène et du Quaternaire. (Gergovie, montagne de la Serre).

La phase volcanique de la Limagne qui concerne l'essentiel du paysage actuel du plateau est appelée par les géologues « Génération Limagne »M. Chantepie, Le Volcanisme basaltique miocène et pliocène dispersé de la région de Clermont-Ferrand et sur le plateau des Dômes. Étude pétrologique et géochronologique. Implications volcanologiques et morpho-tectoniques, Mémoire de DEA, Univ. Clermont-Ferrand II, 1990, 38. À Gergovie, deux coulées de basanites se superposent, datées respectivement de d'années et reposant sur des marnes, calcaires et argiles remplissant d'anciens cratères d'explosion (maars)Représentation schématique de la géologie du plateau de Gergovie, site musee-gergovie.fr. Les basaltes de Gergovie ne viennent pas du volcan le plus proche — le puy Giroux. Un premier maar s'est mis en place à travers les sédiments de la Limagne, il en reste des dykes et des sills visibles sur la bordure occidentale du plateau à la hauteur du puy Mardou. Le cratère a été comblé et un second maar s'est mis en place, comblé à son tour.

Ce plateau correspond à une inversion de relief due à la mise en élévation d'une coulée de lave basaltique initialement épanchée dans une vallée. Il s'agit d'érosion différentielle : les matériaux les moins résistants ont été dégagés par l'érosion. La mise en relief de cette portion du plateau tient à la protection de l'érosion ultérieure par une carapace basaltique. Les talwegs qui étaient des points bas du paysage se retrouvent être les points hauts de la région. Les coulées initiales sont morcelées par l'érosion et constituent des paysages de buttes à sommet plat – mesa – qui existent dans différents types de contextes climatiques.

Il existe en Limagne, plusieurs tables basaltiques en lanières dégagées à la suite d'un déblaiement plio-quaternaire, le plateau de Lachaud-Chanturgue, les côtes de Clermont, de Châteaugay, la montagne de la Serre sont d'autres exemples de reliefs inversés.

Préhistoire et histoire Les fouilles ont montré une occupation humaine du plateau au Néolithique et à l'Âge du bronze. Une fortification datant de la fin du premier Âge du fer et début second () a également été trouvéePanneaux d'informations sur site de l'Arafa (association pour la recherche sur l'âge du fer en Auvergne) et de la Direction régionale des affaires culturelles d'Auvergne..

Le bassin clermontois connaît un important peuplement pendant la période gauloise ou période de La Tène. De nombreuses fermes sont installées dans la plaine de la Limagne. Au , trois oppidums, villes fortifiées gauloises, distantes d'à peine , voient le jour : Corent, Gondole et Gergovie. Deux hypothèses existent pour expliquer une telle proximité : une succession dans le temps de l'occupation des trois sites avec peut-être un recouvrement partiel au milieu du ; un site multipolaire avec des fonctions différentes : Gondole, la cité artisanale, Corent, le sanctuaire et Gergovie, la forteresse.

Après la conquête romaine, le site est progressivement abandonné au profit de la nouvelle ville gallo-romaine d'Augustonemetum (actuelle Clermont-Ferrand), fondée au cours du

Au Moyen-Âge, le plateau (ou « plaine » selon la terminologie locale) sert de pacage au seigneur et aux habitants de Merdogne mais à la fin de l'Ancien Régime, il est partagé en trois lots (ou « triages »)Pierre-François Fournier, « Les Ouvrages de pierre sèche des cultivateurs d'Auvergne et la prétendue découverte d'une ville aux Côtes-de-Clermont [Puy-de-Dôme] », L'Auvergne littéraire et artistique, , année, 1933, cahier, et fig. I à XXXIX..

Archéologie

La Société littéraire de Clermont fait réaliser les premières sondages sur le site par le chanoine Garmage en 1755. Après lotissement et défrichement par les villageois de Merdogne à la fin du , un parcellaire agricole de murs et de pierriers se constitue à la surface du plateau où leurs travaux agricoles les amènent à découvrir de nombreux artéfacts qui alimentent les collectionsChristian Lassure, Vers la fin du mythe des murs et cabanes en pierre sèche gaulois du plateau des Côtes de Clermont dans le Puy-de-Dôme ?, pierreseche.com, 2 octobre 2006..

Alors que le débat sur la localisation semble tranché, il se déplace sur l'emplacement des camps romains autour de l'oppidum. Napoléon III fait engager des fouilles impériales dans ce but, ce qui permet à l'agent voyer Claude Aucler de mettre au jour le rempart de l'oppidum sur le plateau de Merdogne, lieu qui est officiellement renommé plateau de Gergovie en 1865, à la demande des habitants.

En riposte à la contestation du site traditionnel (plusieurs personnalités et associations feront, depuis le peintre Maurice Busset en 1932 jusqu'à des partisans à la fin du , des fouilles et sondages aux Côtes de Clermont pour mettre en avant ce site), le comité Pro gergovia, parrainé par l'Académie de Clermont, mène des fouilles. Animé par Émile Desforges et P.-F. Fournier et bénéficiant du concours de plusieurs chercheurs britanniques, le comité organise des recherches méthodique lors de campagnes exécutées de 1932 à 1937, facilitées par l'acquisition du plateau par l'État en 1944. Les archéologues explorent les portions de rempart de l'oppidum et mettent en évidence des occupations successives du site.

De l'été 1940, à la suite de l'armistice qui voit l'annexion de l'Alsace-Moselle au Reich, à 1943, le site est fouillé par une soixantaine d'étudiants majoritairement alsaciens. Les de l'université de Strasbourg ayant été évacués en septembre 1939 à celle de Clermont-Ferrand doivent rentrer dans leur foyer. Afin de les préserver d'une incorporation dans les troupes allemandes, leur professeur d'histoire, Gaston Zeller, à l'idée de les retenir en proposant d'ouvrir un chantier de fouilles sur le plateau et de reprendre les fouilles entreprises dans les années 1930 par le comité franco-britannique, fouilles qui n'en sont qu'à leurs balbutiements. Le chantier est dirigé par l'archéologue Jean LassusJean Lassus, Souvenir d'un cobaye, éditions Aleria, Colmar, 1973., lequel reçoit l'agrément des autorités de Vichy qui veulent remettre la France au travail avec le concours du général de Lattre de Tassigny. Celui-ci fournira le matériel et un officier qui dessinera ce que l'on nomme « La Maison des étudiants », dont il ne reste en ce début de que le soubassement, proche du musée. Les deux premières zones fouillées le sont également dans cet environnement dès 1941, avec Jean Lassus, puis Jean-Jacques Hatt dont l'équipe travaille sur le « quartier des artisans », fouilles reprises actuellement.

Les mouvements de Résistance vont commencer par l'influence qu'à Jean Cavaillès, fondateur de Libération-Sud à Gergovie depuis 1941Alice Tillier-chevalier, La Roche-blanche. La Résistance de Gergovie, dans : Archéologia, n°627, janvier 2024, . Cette partie de l'histoire du site est représentée au travers de l'exposition « Les Gergovie, des étudiants en résistance »Jusqu'au 15 septembre 2024 au musée de Gergovie, plateau de Gergovie, 63670 La Roche-Blanche..