Un métier à tisser est une machine utilisée par un tisserand pour fabriquer du tissu. Il peut être industriel comme dans l'industrie textile (production de textile), ou manuel.
Malgré les progrès mécaniques, le fonctionnement de base est resté le même depuis des siècles : le métier à tisser fixe les fils de chaîne selon la tension désirée, tout en permettant le passage des fils de trame, perpendiculairement, entre les fils de chaîne.
Une lisse, lice ou aiguille est un composant de métier à tisser. Chaque fil de chaîne passe au travers de l'œillet central d'une lisse. En soulevant ou en abaissant certaines lisses, le tisserand ouvre un passage entre deux nappes de fils de chaîne. Cette ouverture, dénommée « pas » ou « foule », permet le passage de la navette, qui insère un fil de trame entre les deux nappes. Une lisse est typiquement faite en fil métallique ou en ficelle et est dotée d'un œillet en son centre. Les lisses sont montées dans des cadres (ou « lames »), suspendus au harnais du métier à tisser. Chaque cadre peut être élevé où abaissé par le tisserand au moyen d'une pédale.
Histoire Pré-industrialisation Les premiers tissus connus datent de la fin du Néolithique, ils ont été retrouvés en Turquie et en Israël.
Le métier à tisser le plus rudimentaire consiste en un cadre de bois : une série de fils (la chaîne) est tendue entre deux bâtons de bois fichés dans le sol. Avec une perche, un fil de chaîne sur deux est tiré afin de créer un espace vide (la foule) où un autre fil (la trame) passe perpendiculairement aux fils de chaîne puis les nappes de la chaîne sont inversées pour créer une autre foule où repasse le fil de trame.
Vers 7000 au début du néolithique, les métiers avaient les fils de chaîne tendus par des poids sur une barre transversale, l'ensouple.
Les premiers métiers à tisser avérés sont représentés sur des poteries égyptiennes de la période pré-dynastique, vers 4400 av. J.-C.. Il s'agit d'un métier à chaîne horizontale.
Vers 1900 , les premiers métiers verticaux apparaissent sur les poteries de la douzième dynastie de l'Egypte antique. La chaîne est tendue entre deux barres horizontales. Ce type de métier est encore utilisé pour la tapisserie par exemple.
Vers 1000 , les métiers horizontaux avaient un cadre rigide et un bâton était attaché à certains fils de chaîne afin d'ouvrir la foule en le soulevant. vignette|redresse|Relief d'Andrea Pisano vers 1350. Ensuite le métier à tisser n'évolua plus jusqu'au Moyen Âge, où des pédales furent utilisées pour soulever tour à tour un certain nombre de lisses différentes, afin d'obtenir des motifs plus complexes. L'adjonction des pédales est une invention chinoise.
Révolution industrielle Le début de la mécanisation du métier à tisser au a changé la manière de tisser en Grande-Bretagne, puis à travers le monde. Il était avant un objet personnel, devenant alors industriel et permettant la production puis vente de grandes quantités de textiles.
Une série d’inventions britanniques en était à l’origine, permettant ainsi la mécanisation des processus habituellement manuels dans le tissage: la « navette volante » en 1733 par John Kay, augmentant la vitesse de tissage et diminuant le nombre de personnes à la collecte, le « Spinning Jenny » en 1764 par James Hargreaves augmentant la capacité de filage d’un fil à huit ou plus sur une même machine pour répondre à la demande croissante, ou encore « Water frame » en 1769 par Sir Richard Arkwright et la « Spinning mule » en 1779 par Samuel Crompton, permettant l’utilisation d'énergie hydraulique pour tisser. vignette|Métier à tisser mécanique des usines Masson Mills. Ces inventions ont mené à une production textile plus rapide, importante et moins coûteuse à travers le développement de l’industrie textile britannique.
L’arrivée de la machine à vapeur en 1769 (James Watt) a aussi changé le fonctionnement de ces usines textiles. Jusque-là, elles utilisaient l’énergie hydraulique, tirée principalement de rivières, pour alimenter leurs métiers à tisser ; elles devaient donc être localisées près de points d’eau, parfois isolées et loin de la main d’œuvre. La machine à vapeur, dispensant de l’utilisation d’eau comme énergie, a donné la possibilité à ces usines d’être construites plus près de cette main d’œuvre et des marchés textiles.
La première apparition d’une machine à vapeur dans une usine de coton survient en 1785, l’année même où a été inventé le premier métier à tisser mécanique par Edmund Cartwright. Il permet le tissage de tissus larges à travers un processus de fabrication de masse. Étant presque entièrement mécanisé, le tissage est encore plus rapide et économique, il permet alors à un ouvrier avec peu d’expérience et de compétences de produire la même quantité de tissu qu’un artisan professionnel.
La machine à vapeur est alors intégrée avec ce métier à tisser mécanique dans la première usine textile mécanique de Cartwright en 1789, à Doncaster. Le métier à tisser mécanique devient plus rapide mais aussi plus précis qu’un métier standard, remplaçant ainsi un travail manuel par un travail mécanique.
Au début du XIXe siècle, le métier de Cartwright a été amélioré par une série d’inventeurs ou propriétaires d’usines britanniques, comme William Horrocks en 1802, augmentant encore sa productivité. Le développement de l’industrie textile britannique était alors encore plus important: le nombre de métiers à tisser en Grande-Bretagne augmentant de en 1818, à plus de en 1850. vignette|Cité ouvrière textile, Lowell, Massachusetts.
Au même moment, aux États-Unis, Francis Cabot Lowell inventait le premier métier à tisser mécanique américain afin de fabriquer du coton à grande échelle, copiant ainsi le métier de Cartwright en Grande-Bretagne. En 1814, il fait alors construire la première usine du monde contenant toute la chaîne de fabrication du coton.
Beaucoup d’autres usines ont donc été construites le long des rivières de la Nouvelle-Angleterre, transformant paysages, économies et sociétés ; les récentes arrivées d’immigrants étant les principales sources d’employés de ces usines.
En France en 1801, est inventé le métier Jacquard, métier à tisser programmable à partir de cartes perforées. Sa mise en place dans les soieries lyonnaises entraine la révolte des Canuts qui tentent de détruire l'invention pour sauver leurs emplois.
Réglementations du travail industriel Avec ce développement de l’industrie textile, les nombreuses usines à travers la Grande-Bretagne ont besoin de main d’œuvre bon marché, se tournant ainsi vers les enfants. Étant petits, il est plus facile pour eux de manipuler certains mécanismes de ces métiers à tisser ; ils sont sous-payés et peuvent travailler jusqu’à par jour. Ces mauvaises conditions de travail ont mené aux « Factory Acts » au début du , régulant alors le temps de travail par jour et autres conditions de travail au sein des usines textiles. Ces textes de lois britanniques font alors ressortir de véritables questions d’indépendance pour ces familles ouvrières.
De même qu’aux États-Unis, les usines Lowell comptent comme employés un nombre important de femmes, appelées alors les « Lowell Mill Girls » qui elles-mêmes contestent leurs conditions de travail, mais sans succès en 1836.
Contexte social et géographique Le métier à tisser contribue à l’évolution du milieu social dans lequel il s’inscrit. Il est question ici d’illustrer à travers des exemples précis son rôle.
Région des Andes La région des Andes a connu pendant plusieurs siècles de nombreux changements de civilisation, aboutissant en un regroupement sous la civilisation Inca en 1532. À travers l’étude de l’utilisation du métier à tisser, il est possible de retracer certains comportements sociaux, notamment chez les Jalq’a, un peuple Bolivien.
Différents types de métiers à tisser mènent à une grande variété de méthodes de tissage. Chez les Jalq’a, le métier à tisser principalement employé est le métier à tisser oblique, utilisé en se reposant sur une paroi. Ce moyen de tisser permet de créer des effets de surface et une dualité entre deux fils de couleurs différentes, témoignant de la culture locale ancrée de la dualité homme . Ainsi, on voit que « les façons de faire sont aussi fondamentales que les produits obtenus ».
Il y a également des croyances liées au métier à tisser qui se développent et démontrent que l’ancrage du métier à tisser comporte aussi un aspect culturel bien présent chez les peuples andins. Par exemple, dans une des méthodes de tissage qui permettent de produire des étoffes à lisière très spécifiques, les bords ne sont pas coupés par croyance que ces étoffes soient des êtres vivants. Le métier à tisser, plus qu’une machine textile est donc un élément culturel qui a persisté dans l’histoire des Jalq’a.
Le Burkina Faso L’inversion du genre et le métier à tisser chez les Mossi au Burkina Faso En s’intéressant à l’Afrique de l’Ouest, et plus précisément aux populations Mossi du Burkina Faso, on découvre que le domaine du tissage a connu certains changements à la fin du , comme l’inversion des genres. Autrefois réservé aux hommes, le tissage devient alors une activité féminine notamment grâce à la création par des religieux d’un métier à tisser destiné aux femmes.
L’apprentissage de la pratique du métier à tisser est généralement transmis au sein du cadre religieux. Chez les hommes, l’Islam a d’abord initié ce savoir-faire tandis que ce sont les missions chrétiennes qui l’ont introduit chez les femmes.
Le métier à tisser masculin horizontal peut se caractériser par ses aspects techniques liés à un mode de vie initialement nomade, en étant démontable et transportable. Il se distingue par son peigne et ses lices suspendues, ce qui lui offrent une grande vitesse d’exécution grâce à une synchronisation du travail entre les pieds et les mains. Mais pour les hommes Mossi qui travaillent les cotons, le tissage ne constitue pas une activité à temps plein.
De manière marginale, voire confidentielle, les femmes ne pouvant pas utiliser ce type de métier pour des raisons de décence, car il nécessite d’adopter une posture jambes écartés, pratiquent alors le tissage en utilisant un métier à tisser vertical à lices fixées, apporté par les populations Yorouba. Cependant, de par son exécution manuelle par les membres supérieurs uniquement, ce métier à tisser initialement réservé aux vêtements d’exception s’avère être faiblement productif par rapport à celui horizontal de l’homme. De plus, par l’abondance des métiers horizontaux dédiés au hommes, le tissage a longtemps été considéré comme une pratique essentiellement masculine. vignette|Tisserandes traditionnelles avec des métiers à tisser métalliques modernes (Plateau Mossi, 1981). Toutefois, vers les années 1956-1957, le tissage chez les Mossi va connaître un changement notable avec l’inversion du genre dans la pratique. Ce sont des religieux Mossi de l’ordre de l’Immaculé Conception qui ont créé et conçu un nouveau type de métier à tisser à pédales, cette fois-ci destiné aux femmes et nommé « métier amélioré ». Celui-ci peut être actionné tout en ayant le corps à l’extérieur du métier, permettant ainsi même à une femme enceinte de pouvoir tisser.