vignette|Détail architectural du monastère de Tholing, royaume de Gugé.
Le royaume de Gugé ( /gougué/, – milieu du ), situé dans la Région autonome du Tibet, xian de Zanda, préfecture de Ngari, abrita une civilisation brillante et fut l’une des sources de la renaissance bouddhiste au Tibet. Il connut des périodes d’expansion qui mirent les vallées du Zanskar, du Kinnaur supérieur et du Lahaul et Spiti sous sa sujétion.
Ses capitales étaient Tholing et Tsaparang Snelling John (1990), The Sacred Mountain: The Complete Guide to Tibet's Mount Kailas, 1983, Nouvelle édition préfacée par le Dalai Lama et Christmas Humphreys, , East-West Publications, Londres et La Haye, , situées dans la vallée de la Sutlej, à environ à l'ouest de Lhassa, non loin du Mont Kailash.
Histoire Du Kyide Nyimagon, arrière-petit-fils du dernier empereur de la dynastie Yarlung, Langdarma (803-841), dirigeant l'empire du Tibet, annexe l'Ouest du Ngari. Il s'installe vers 912 dans le royaume de Purang-Gugé où il conclut une alliance matrimoniale avec une famille issue de l'ancienne aristocratie de Zhang Zhung. Il étend rapidement sa domination à l’ensemble du Ngari. Ses trois fils se partagent le pays : Lhachen Palgyigön devient le souverain du Maryul (approximativement le Ladakh), capitale Leh, Krashigon hérite de Burang-Gugé et Detsungon obtient le Zanskar, capitale Zangla John Crook, Henry Osmaston, Himalayan Buddhist Villages Environment, Resources, Society and Religious Life in Zagskar, Ladakh, Motilal Banarsidass, , .
À la fin du , le fils ainé du roi de Gugé-Pudang, Kor-re ou Srong-ngeLes sources s’accordent sur le fait que l’ainé se fit moine, mais pas sur l’attribution des noms ; voir Alex McKay The History of Tibet, Volume 1, Routledge, 17/07/2003, p.134, plus connu comme Yeshe Ö (947-1024), se fit moine, abandonnant la direction de l’État à son cadet.
Yeshe Ö a laissé l’image d’un grand promoteur du bouddhisme. Il aurait envoyé en Inde Rinchen Zangpo (958-1055), traducteur de textes sanskrits et fondateur de nombreux monastères. Selon la légende bouddhiste, c’est Yeshe Ö qui serait à l’origine de la venue à Gugé vers 1040 d’Atisha, initiateur de la renaissance du bouddhisme tibétain. Prisonnier des Qarakhanides, il aurait abandonné sa rançon pour que son (petit ?) neveu Jangchup Ö (984-1078) l’emploie à inviter le sage indien Paul Williams, Mahāyāna Buddhism: the doctrinal foundations, Routledge, juin 1989, . Ce qui semble sûr est que Janchup Ö, qui avait décidé de se consacrer à la religion, prit finalement la succession de son frère, le roi de Gugé, tué par les Qarakhanides, et invita Atisha Helmut Hoffman, "Early and Medieval Tibet", in Sinor David (dir.), Cambridge History of Early Inner Asia, Cambridge, Cambridge University Press, 1990, p.388-394 A. McKay (dir.), 2003, The History of Tibet, Volume II, Abingdon, Routledge, .
Le fils de Jangchup Ö fut tué en 1088 par son neveu, qui usurpa le trône de Gugé, et Burang devint un État indépendant dirigé par Logtsha Tsensong.
Peu avant 1137, une nouvelle invasion des Qarakhanides entraina la mort du roi Krashistse. Le roi Graspalde renforça Gugé à partir de 1265 et soumit le royaume de Yartse. En 1240, les Mongols avaient accordé une certaine autorité sur le Ngari aux Drikung, qui s’étaient implantés dans la région, mais à partir de 1277, l’influence des Sakya, qui avaient obtenu la régence du Tibet central, se fit sentir jusqu’au milieu du .
Gugé reprit Burang vers 1378 et occupa brièvement le Ladakh vers la fin du siècle. Les connurent une activité de construction monastique importante, principalement à Gelugpa A. McKay (dir.), 2003, The History of Tibet, volume II, , p.68-89.
Fin du royaume Les premiers Européens à entrer dans le royaume de Gugé et visiter Tsaparang furent, en août 1624, les missionnaires jésuites Antonio de Andrade et Manuel Marques, qui y auraient vu des terres fertiles irriguées par des canaux. Andrade fut autorisé à ouvrir une chapelle dans la ville et à y entreprendre la prédication Gugé sur greenwiki.
Les raisons de la disparition du royaume ne sont pas totalement éclaircies.
Hypothèse militaire On sait que Gugé fut envahi en 1630 par une armée ladakhi. Le roi du Ladakh Sengge Namgyal (1616-1642) s’efforçait alors d’étendre son territoire pour mieux résister aux Moghols. Profitant de l'inquiétude d'un groupe de lamas alarmés par l'influence grandissante des missionnaires, il s’empara des vallées du Zanskar et du Spiti. Tsaparang tomba en 1685 et le dernier roi de Gugé, Khibrashis Raspalde, mourut prisonnier au Ladakh avec une partie de sa famille. Peu après, les armées du Mongol qoshot Güshi Khan, qui mit en place Lobsang Gyatso, dalaï-lama, au pouvoir religieux, attaquèrent le Ladakh. Repoussées, elles réussirent néanmoins à prendre Gugé. Le dernier descendant de la famille royale, Lozang Pema Trashidé (1676-1743) rejoignit Lhassa en 1692 et y mourut en 1743Matthew Kapstein Les Tibétains 2015 pages 148 et suivantes..
Hypothèse climatique La succession d'années inhabituellement sèches pourrait aussi avoir joué un rôle majeur. Des analyses de la composition isotopique de l'oxygène piégé dans les stalagmites formées depuis dans certaines grottes de la région himalayenne montrent des changements dans l'ampleur de la mousson d'été en zone semi-aride qui auraient pu bouleverser l'agriculture et par suite toute la société. De tels changements auraient ainsi affecté la civilisation de la vallée de l'Indus (qui a prospéré d'environ 2600 à ) et la société védique qui a suivi en Inde. Elles ont prospéré quand le climat était relativement stable, chaud et humide et semblent avoir commencé à se désintégrer quand le climat s'est refroidi. Cela se traduit dans cette région par un recul des moussons d'été et un assèchement.
L'effondrement soudain du royaume de Gugé du Tibet occidental vers 1620 (antérieurement attribué à des conflits militaires) s'est produit à un moment où la région a subi ses trois décennies les plus sèches parmi les années documentées via l'étude des stalagmitesPerkins S (2017) Ancient Asian cultures may have risen and fallen on the strength of monsoons, publié le 13 décembre Gayatri Kathayat, Hai Cheng, Ashish Sinha, Liang Yi, Xianglei Li, Haiwei Zhang, Hangying Li, Youfeng Ning and R. Lawrence Edwards, The Indian monsoon variability and civilization changes in the Indian subcontinent , Science Advances, 13 décembre 2017, vol.3, n°12, e1701296, DOI: 10.1126/sciadv.1701296, résumé.
Sites archéologiques vignette|Statue bouddhiste au monastère de Tholing, royaume de Gugé.
Après que les anciennes missions jésuites soient tombées dans l'oubli, Gugé fut redécouvert par les archéologues occidentaux dans les années 1930 grâce aux expéditions de l’Italien Giuseppe Tucci. On peut connaitre par ses travaux et ceux de Anagarika Govinda l’aspect qu’avaient les constructions
Capitale Inscrit en 1961 sur la liste du patrimoine national important à protéger, le site fut réhabilité à partir de 1969. La capitale du royaume s’organisait sur trois niveaux distincts : les palais royaux sur le premier, suivis des monastères sur le second et enfin les habitations au plus bas niveau.
Environ ont été répertoriés sur le site de la capitale, comprenant des maisons, des monastères et des palais sur les collines. Il reste encore quelques parties de l’ancienne fortification qui l’entourait. Des forts sont disposés aux quatre coins, qui assuraient la défense de la cité. Certaines statues datées de cette époque sont principalement faites d'argent.
Fresques Un autre site archéologique important du royaume de Gugé est situé dans le xian de Zanda (vallée du Zanskar). On y trouve, en particulier, des fresques bouddhistes remarquables sur une surface de . Des travaux de restauration des fresques ont été entrepris en 2011. D'après le restaurateur, Fu Peng, expert en chef du projet de restauration, les fresques contiennent des sujets liés à la politique, l'économie, la technologie et la société du royaume de Gugé dans un style pictural qui combine des éléments tibétains, indiens et népalais. La restauration s'est inspirée des techniques acquises par l'équipe lors des restaurations du palais du Potala, du palais de Norbulingka et du monastère de Sakya.
Reliques Les reliques de Gugé font partie du premier groupe de reliques historiques à être placé sous la protection de l'État.
Notes et références
Voir aussi
Médias Gugé, royaume perdu de l'Himalaya, de Patrick Fleming, 2006, coproduction : France 5, Bang Singapore, Off The Fence, MDA, Discovery Networks Asia. Docu-infos civilisation, durée : 54 min.
Liens externes La Pompéi du Tibet (chinatoday.com.cn) Unravelling the mysteries of Guge Guge Kingdom (China Tibet Information Center) Guge-Ruins (Lonely Planet)