L'abbaye de Morimond est une abbaye cistercienne, aujourd'hui disparue, située à Parnoy-en-Bassigny dans le département de la Haute-Marne, en France. Fondée en 1115, elle est la quatrième des première abbayes filles de Cîteaux, après La Ferté, Pontigny et Clairvaux. Ces cinq abbayes étaient dites dans l'ordre cistercien.

Particulièrement féconde, l'abbaye de Morimond crée à travers toute l'Europe, mais plus particulièrement en Europe centrale et orientale, une trentaine d'abbayes filles directes, et plus de deux cents abbayes filles au total..

Sa presque destruction après la Révolution n'empêche pas plusieurs de ses abbayes-filles d’exister encore de nos jours, notamment en Autriche et en Pologne.

Toponymie Le nom Morimond dérive du latin (), illustrant l'idéal de renoncement au monde des moines cisterciens..

Histoire Fondation Au , Olry d'Aigremont, fils de Foulques de Serqueux, en épousant Adeline de Choiseul, fille de Renier de Choiseul et d'Ermengarde de Vergy, s'associe au vœu de celle-ci de créer un établissement religieuxCharte de 1126 : "laicus…Johannes" a été nommé à la tête de l'abbaye de Morimond par "domino Odolrico de Acrimonte et…Adelina…uxore sua (le seigneur Olry d'Aigremont et Adeline son épouse)" donnant la "terram…Galdenvillare" pour l'édification de l'abbaye avec le consentement de "Fulco et Roierus et Gerardus filii Odolrici (Foulques, Rénier et Gérard fils d'Olry)", d'après .. C'est ainsi qu'un oratoire voit le jour entre Damblain et Fresnoy au lieu longtemps nommé ; là un solitaire prénommé Jean devait pendant plus de dix ans attendre que des disciples le rejoignent. Devant sa désolation, Joceran de Brancion, évêque de Langres, l'incitait à se mettre sous l'influence de l'abbaye de Cîteaux. C'est pourquoi Étienne Harding, alors abbé de Cîteaux, le recevait et décidait d'envoyer deux de ses frères pour organiser l'arrivée d'une colonie à Morimond ..

En 1115, avec l'accord enthousiaste d'Olry d'Aigremont et d'Adeline, ainsi que de l'évêque de Langres Guillenc d'Aigremont, l'abbé Étienne vient au château d'Aigremont et en présence d'Oldoric de Provenchères, de Gérard de Dammartin, d'Hugues de Meuse, d'Arlebaud de Varennes et de Roscelin de Bourbonne, tous seigneurs du voisinage, il se voyait remettre la terre où devait s'élever la future abbaye de Morimont, dans la vallée du Flambart. Après avoir, comme le veut la coutume, désigné l'emplacement du cimetière, Étienne Harding indique l'endroit où devra s'élever l'oratoire et les bâtiments. De son côté Olry remettait la terre de Waldenvillers (aujourd'hui lieu-dit la ferme de Vaudainvillers) pour augmenter le fonds de l'abbaye. Peu de temps après l'évêque se rendait auprès de Simon II de Clefmont, seigneur de Clefmont, pour en obtenir la confirmation. De retour à l'abbaye de Cîteaux une colonie de moines, avec à leur tête le frère Arnould, qui prendra le nom d'Arnaud , quittait l'enceinte de Cîteaux et partait prendre possession des terres de Morimond ..

À ce qu'il semble aujourd'hui, la reconnaissance de La Ferté, de Pontigny et de Clairvaux comme abbayes-primaires de l'ordre cistercien semble avoir été très rapide. En revanche, en ce qui concerne Morimond, la reconnaissance de sa « primauté » est plus tardive, et ne date que de la bulle d'Alexandre III de 1163, ainsi que de celle qui la suit, en 1165. Des études plus poussées. ont montré que Morimond n'est pas mentionnée dans la première version de la Carta Caritatis, en 1119.. Lors de l'accord passés entre Cisterciens et Prémontrés, en 1142, l'abbé de Morimond est ainsi absent ; alors qu'une représentation des moines blancs en 1157 l'inclut ; il s'agit peut-être d'une faveur de Lambert, alors abbé de Cîteaux et précédemment de Morimond ; mais plus probablement d'une reconnaissance du rôle éminent de la quatrième fille au sein de l'ordre..

En effet la filiation de Morimond est la seconde plus importante, après celle de Clairvaux ; à la mort de saint Bernard, La Ferté comptait six abbayes-filles, Pontigny vingt-six, mais Morimond quatre-vingt-quatre. Quant à Clairvaux, elle comptait déjà soixante abbayes filles directes, sans compter les fondations de celles-ci. Certaines abbayes n'ayant pas « statut » d'abbaye primaire (L'Aumône, Kamp, sans parler du cas particulier de Savigny) ont une filiation beaucoup plus importante que celle de La Ferté. Mais la détermination des branches de l'ordre date de 1119, lors de la rédaction de la Charte, et n'a pas évolué, à l'exception notable de l'insertion de Morimond. Selon toutes les sources traditionnelles, Morimond aurait été fondée la même année (1115), voire le même jour que Clairvaux ; les études modernes et l'absence de Morimond dans la première mouture de la Charte laisse au contraire envisager une fondation vers 1117 ou 1118..

Installation et organisation Les premiers moines découvraient une vallée étroite, humide et profonde, environnée de grandes forêts, située aux frontières de la Lorraine et de la Champagne ..

Dans ce lieu désolé, les moines construisent tout d'abord des huttes avant d'édifier en bois les premiers bâtiments de l'abbaye et de se livrer à la mise en culture de leurs terres. Ils s'attellent à l'assainissement de la région en créant des étangs (ceux de Fraucourt, de Morimond, le Moulin-Rouge près de Ravennefontaines, Damfal et Belfays près de Montigny, Defoy à Lavilleneuve, le Petit-Étang à Choiseul, etc.). Le plus important, celui de l'abbaye, était destiné à recueillir l'eau de cinq plus petits (ceux du Lavoir, le Grand-Étang, la Ferrasse, le Maître et Bonnencontre), il était utilisé comme moyen d'irrigation, comme force motrice (pour des scieries, fouleries, huileries, tanneries et moulins) et comme viviers ..

Une première église abbatiale est consacrée en 1154 ..

Otton de Freising et Évrard de Mons

Tout à son travail Arnaud ne se méfie pas de l'hostilité à son égard du fils aîné d'Odolric. Celui-ci n'a de cesse de réclamer les terres que son père avait données à l'abbaye. Ne se sentant pas la force d'affronter ce seigneur, Arnauld, accompagné d'Evrard, d'Adam et de Conrad, choisit de se retirer et de partir pour Jérusalem fonder une nouvelle colonie. Lorsque l'abbaye de Clairvaux est mise au courant de son projet, Saint Bernard en référa au pape : . Malgré les injonctions de ses supérieurs, Arnaud ne veut pas revenir à Morimond et il meurt dans le plus grand dénuement en janvier 1126 en Flandre ..

Ayant appris la mort d'Arnaud, Étienne Harding part pour Morimond, accompagné de Gauthier, prieur de l'abbaye de Clairvaux, qu'il installe à la tête de Morimont. Celui-ci, dès son arrivée, prend soin de faire confirmer l'acte de fondation de l'abbaye ainsi que les donations d'Olry d'Aigremont par Guillenc d'Aigremont alors évêque de Langres ; ceci fait, le fils d'Olry se plie devant le sceau de l'évêché. Puis Étienne s'attelle à la tâche de faire revenir les compagnons d'Arnaud en les menaçant d'excommunication s'ils refusent : . Devant une telle sanction tous regagnent Morimond .. vignette|droite|130px|Statue d'Otton de Freising. L'abbaye de Morimond, par son emplacement aux frontières de la Lorraine et de la Champagne, reçoit une multitude de pèlerins en quête de spiritualité ; aussi est-il décidé d'agrandir l'abbaye afin de pouvoir les recevoir. Dans un premier temps Gauthier installe dans les granges placées sur le chemin du monastère un frère chargé d'accueillir le voyageur et de faire brûler toutes les nuits une lanterne afin de signaler la possibilité d'un abri. Aussi un soir d'août 1132, quand un groupe d'une quinzaine de jeunes nobles viennent demander le refuge le frère chargé de l'accueil les laisse entrer, s'occupe d'eux, leur offre le gîte et le couvert et les invite à participer à l'office du soir. Le matin, au lieu de reprendre la route, ceux-ci lui font part de la forte impression de sérénité qui se dégageait du lieu et donc de leur volonté d'intégrer le monastère. Le frère fait appeler l'abbé Gauthier qui leur ouvre les portes de Morimond. Parmi ces jeunes nobles se trouve Henri de Carinthie, fils du duc de Carinthie, Herbert de Moravie, Conrad de Thuringe, et surtout Otton de Freising, fils de Léopold III d'Autriche et d'Agnès de Franconie. Ces jeunes nobles ont reçu une formation solide ; aussi l'abbé prend-il la décision, d'envoyer ces jeunes frères poursuivre leurs études à Paris dans ce qui devient peu à peu le collège des Bernardins .. Otton devient en 1138 abbé de Morimond ..

Otton de Freising ne reste pas longtemps à Morimont ; le pape le nomme évêque de Frisingue en Bavière. Ce poste n'est pas seulement dû au travail d'Otton à l'abbaye mais il résulte aussi d'un calcul du pape qui veut ainsi contrebalancer le pouvoir de Conrad III de Hohenstaufen alors empereur romain germanique, en l'opposant à Otton de Freising, petit-fils de l'empereur Henri IV. D'autres religieux commencèrent une glorieuse carrière à Morimond aussi en 1145 déjà dix d'entre eux furent évêques. Otton partit prendre place sur le siège de Freising c'est Renaud , frère de maison de Frédéric III de Dampierre, qui est élu comme abbé de Morimond .

L'exemple d'Otton ouvrait la voie à la noblesse allemande et parmi elle Évrard d'Einberg, comte de Mons, qui après de longues années passées en pèlerinage sur la route des tombeaux des saints et alors que fatigué il s'en retournait dans son pays et arrivait aux frontière de la Champagne, aperçut une lumière dans la nuit. C'était la lanterne d'une métairie qui signalait sa présence comme l'avait voulu Gauthier . Ayant trouvé là la paix et la sérénité qu'il cherchait il sollicita un emploi sans faire part de son origine. C'est ainsi qu'il devint porcher à l'abbaye de Morimond. Quelques années plus tard il était reconnu par deux de ses valets lancé sur ses traces pour le retrouver. Les religieux avertis que le puissant et fier guerrier, seigneur de Mons, gardait leurs porcs en appelèrent à l'abbé qui accourut et proposa à Évrard de prendre l'habit monastique ; il fondera en 1142 l'abbaye d'Einberg en Allemagne et celle du Mont Saint-Georges en Thuringe ..

Liste des abbés de Notre-Dame de Morimond

L'essaimage de Morimond

Morimond se développa rapidement, et essaima largement en France, Allemagne, Pologne, Bohême, Espagne, et Chypre. Aux confins de la Champagne et de la Lorraine, la situation de l’abbaye en faisait un avant-poste de l’ordre pour rayonner sur l’Allemagne et l’Europe orientale : rien qu'entre 1123 (Abbaye de Kamp) et 1305 (Abbaye de Stolpe), Morimond et Clairvaux parrainèrent 44 abbayes cisterciennes dans le Saint-Empire et environ 700 en Europe. Parmi les plus anciennes abbayes-sœurs de Morimond, on trouve le monastère de Maulbronn (1147) en Bade-Wurtemberg, un monastère médiéval du Nord des Alpes préservé et même classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO.