Bankable (anglicisme provenant du verbe ) est un terme du jargon cinématographique qui signifie, selon les occurrences, « qui rapporte de l'argent » ou « qui permet de financer un film sur son nom ». Il n'a en effet pas exactement le même sens selon qu'on parle du cinéma américain ou du cinéma français, ce qui s'explique par les différences entre les systèmes de financement de ces cinématographies. Cet adjectif, qui s'applique au départ aux acteurs, peut aussi qualifier un réalisateur ou même certains éléments d'un film (histoire, personnages...). Depuis le milieu des années 1990, l'importance d'avoir au générique des acteurs bankables influencerait fortement les choix de distribution des films, aussi bien français qu'américains, au point de créer une polémique : les choix artistiques des réalisateurs seraient ainsi bridés et, en France, ce système ferait paradoxalement augmenter de manière démesurée les budgets des films.

Le mot a progressivement glissé vers d'autres domaines que le cinéma, même s'il y est souvent employé entre guillemets. Ainsi, on le trouve aujourd'hui régulièrement dans des articles concernant les ventes de livres ou le sport. Peu à peu, il passe aussi dans le langage courant. Certains vont jusqu'à penser que ce glissement de langage induit l'intégration par le grand public des valeurs financières qui régissent la société dans laquelle nous vivons.

Apparition du terme Origines du terme Bankable est relié à l'adjectif du vocabulaire financier et commercial bancable dont l'une des définitions mentionne . La Libre Belgique appelle en à rajouter le sens cinématographique de bankable aux significations du terme « bancable », mais cette idée n'a quasiment pas été suivie. Néanmoins, on remarque, fin 2012, dans une interview au quotidien Le Parisien, l'emploi par Fabrice Leclerc, rédacteur en chef du magazine Studio Ciné Live, du terme « bancable », sans guillemets, à propos d'acteursInterview de Fabrice Leclerc, rédacteur en chef du magazine Studio Ciné Live : . Ce cas reste toutefois une exception.

Selon la sémiologue Mariette Darrigrand, le mot a été importé en France par les acteurs américains parlant de leur carrière, passant ensuite aux acteurs français. Il se prononce d'ailleurs à l'américaine. Son succès vient de ce qu'il . Pour La Libre Belgique, son sens .

Si le mot s'applique en général à un acteur, on peut aussi l'utiliser pour parler d'un réalisateur (par exemple, Libération parle en 2003 du statut « bankable » de Steven Soderbergh), ainsi que pour parler d'un scénariste, d'une histoire ou même de personnages : en 2009, lors du rachat de Marvel par The Walt Disney Company, on a pu lire que cet investissement fournissait à Disney .

Intégration du mot à la langue française Le mot semble apparaître en français dans le milieu des années 1990 : on en trouve ainsi une occurrence en 1995, quand, dans une interview, l'acteur Thierry Frémont explique que lorsqu'il aura tourné dans de grands succès publics, il sera « bankable » et qu'on lui proposera ainsi plus de films .

En 2003, dans l'émission de télévision Tout le monde en parle, Marc-Olivier Fogiel demande à Lambert Wilson s'il est plus « bankable » qu'auparavant ; l'acteur répond en commençant par expliquer spontanément la signification du mot pour les spectateurs. Le terme n'est donc sans doute pas encore très clair pour le grand public à cette époque mais cinq ans plus tard, en 2008, le magazine Télérama l'intègre à sa série de vidéos Mot de passe sur son site internet qui vise à « décortiquer » un mot où une expression (on y trouve ainsi des termes comme « people », « péter un plomb », « doxa », « cash »...). Dans cette vidéo, une déclaration de Mathilde Seigner en 2007 dans le supplément féminin du Journal du dimanche est prise comme exemple de la présence de ce mot dans notre langue :

En 2009, La Libre Belgique consacre un article à ce mot. Il débute par et souligne qu'il y est encore employé avec des guillemets.

En 2012, Télérama, considérant que cet adjectif a été , avance qu'il depuis lors.

Définitions Ce terme étant lié à la rentabilité financière d'un acteur (ou parfois d'un réalisateur), il n'a pas la même signification selon qu'on parle d'un acteur américain ou français. Ceci est lié aux différences des systèmes de financement entre ces cinématographies. Définition de « bankable » appliqué au cinéma américain vignette|gauche|Natalie Portman, oscarisée en 2011, est l'actrice la plus bankable du monde en 2012 selon Forbes. Lorsqu'on parle du cinéma américain, un acteur ou un réalisateur bankable est un acteur, ou réalisateur, rentable, qui permet un bon retour sur investissement. Le magazine Forbes publie tous les ans un classement des acteurs qui offrent la meilleure rentabilité par dollar dépensé (« Hollywood’s Best Actors For The BuckLittéralement : « Classement des meilleurs acteurs d'Hollywood pour le dollar », « buck » étant un terme d'argot qui signifie « dollar ». ») classement repris par d'autres sites anglophones américains et britanniques qui utilisent alors, pour parler de ces acteurs, le mot bankable. Ainsi The Huffington Post titre-t-il fin 2012 que l'on peut traduire par . Ou le site du quotidien anglais The Guardian fin 2011 : , qu'on peut traduire par On pourrait citer d'autres exemples, notamment : ou Ce classement est aussi repris dans les journaux et magazines français qui le rebaptisent également « classement des acteurs les plus bankablesOn peut prendre comme exemple, en 2012 ou, en 2010, sur le site du magazine L'Expansion . »

Le classement de Forbes prend en compte les trois derniers films de chaque acteur ou actrice en tant que premier rôle. L'analyse compare les revenus des stars de cinéma, les budgets dépensés pour les films et leurs performances au box-officeMéthodologie expliquée dans . Dans celui de 2012 Natalie Portman serait l'actrice la plus bankable du monde, rapportant pour chaque dollar investi sur elle, suivie par Kristen Stewart qui rapporterait pour chaque dollar dépensé, puis Shia LaBeouf ( pour un dollar dépensé) et Robert Pattinson ( pour un dépensé).

Un acteur (ou réalisateur) américain devient (ou redevient) bankable en faisant un succès. Si un acteur joue dans un film qui marche, on part du principe que ses autres films ont de bonnes chances de rencontrer également le succès. Ainsi le film Baby-Sittor, avec Vin Diesel, rapportant plus de 100 millions de dollars de recettes aux États-Unis a selon le site Critikat.com replacé À l'inverse, on considère que si un film n'a pas d'acteur bankable à son générique, cela peut expliquer un éventuel échec commercial :

Définition de « bankable » appliqué au cinéma français vignette|droite|Audrey Tautou, l'une des actrices françaises les plus bankables d'après Les Échos La définition du terme est un peu différente lorsqu'il est appliqué au cinéma français, à cause du système de financement spécifique de ce dernier. En effet, il s'appuie en grande partie sur l'obligation qu'ont les chaînes de télévision de coproduire des films et de les diffuser par la suite. Or les chaînes ont tendance à considérer qu'un film avec des vedettes représente

Olivier Bomsel, professeur d’économie industrielle à Mines ParisTech, l'explique ainsi : Le cinéma à la télévision ne souffre d'ailleurs pas que de la concurrence entre les chaînes et de celle d'Internet : certaines émissions de télévision et des séries télévisées font souvent de meilleures audiences.

Or des acteurs connus, aimés du public, vont permettre à un film de comme l'écrit le journal Les Échos : dès le tournage, parfois même avant, lorsque les noms des acteurs sont annoncés, on peut obtenir des articles dans la presse et sur internet. En conséquence, le film est « attendu » et peut espérer une bonne couverture médiatique à sa sortie en salle. En outre, il serait plus facile de promouvoir un film avec des stars : selon Camille Trumer, président de l'agence CinéArt (agent d'acteurs tels que Gérard Lanvin ou Aïssa Maïga)

Et puisque les chaînes de télévision doivent attendre un délai légal de deux ans avant de pouvoir diffuser un film qu'elles ont préacheté, elles comptent sur le retentissement de la sortie en salle pour assurer l'audience de diffusion téléviséeIl est à noter que les chaînes les plus commerciales insisteraient sur la nécessité d'avoir des acteurs bankables plus que les autres, comme le dénonce l'ancien directeur d'Arte, Jérôme Clément : « Ce n'est certainement pas FTV et Arte qui pèsent financièrement sur le « star system » mais plutôt TF1, Canal+ et M6 qui exigent les fameux acteurs têtes d'affiche, les si bien nommés « bankable », dans les films qu'ils coproduisent. » : , reconnaît un grand diffuseur cité par Les Échos. C'est ainsi que « la logique de l’audience des chaînes qui finit par l’emporter sur la comptabilité des entrées » : l'essentiel n'est pas que le film fasse des entrées, mais qu'il ait une promotion suffisante, grâce à ses stars bankables, pour assurer une bonne audience lors de son passage à la télévision.

Un acteur bankable est donc, dans le système de financement du cinéma français, un acteur dont le producteur sait, que, sur son seul nom,

Polémiques Le fait de se trouver dans des systèmes de financement qui ont besoin d'acteurs bankable pour pouvoir produire des films a fait naître plusieurs polémiques.

Influence de cette notion sur les choix artistiques vignette|gauche|Monica Bellucci en 2009. Le fait d'être bankable est indépendant du talent. Dire d'un acteur qu'il est bankable ne signifie ni qu'il a du talent, ni qu'il n'en a pas. Ainsi, à propos de Robert De Niro, Libération écrit par exemple en 2001 : Le terme peut même être considéré comme réducteur. Ainsi, l'actrice et réalisatrice Marina de Van déclare-t-elle lors de la promotion du DVD de son film Ne te retourne pas avec Sophie Marceau et Monica Bellucci : .

Et bien sûr, si le fait d'être bankable n'a rien à voir avec le talent d'un acteur, le fait d'avoir des acteurs bankable au générique n'assure pas non plus la qualité du film :

vignette|droite|Clint Eastwood au Festival de Berlin lors de la présentation de Lettres d'Iwo Jima. Or, si certains arrivent malgré tout à produire des films avec des acteurs qui ne sont pas bankables, on constate que c'est beaucoup plus difficile qu'en engageant des acteurs qui le sont. Si la star Clint Eastwood, aux nombreux succès comme acteur et comme réalisateur, estimait en 2008 n'avoir pas trop connu ce type de pression pour d'autres réalisateurs l'absence d'acteurs bankables peut obérer la possibilité de réaliser tel ou tel film. On peut lire en par exemple sur le site Critikat, à propos du désengagement de Brad Pitt sur le film The Fountain Le problème peut être le même en France : Et à l'inverse, l'intérêt d'un acteur bankable pour un projet peut permettre de le rendre viable. Jean Dujardin a ainsi pu être à l'origine du film Les Infidèles avec Gilles Lellouche :

vignette|gauche|Jean Dujardin et Gilles Lellouche, à l'origine du film Les Infidèles : « On nous dit souvent, Gilles et moi, « bankable », alors autant que ça serve. »

Les acteurs qui ne sont pas bankables semblent avoir de plus en plus de mal à tourner. L'acteur Ged Marlon le résume ainsi en 2008 : Cela en France comme aux États-Unis : le site Critikat écrit par exemple à propos du film Mr. Brooks, avec William Hurt, Demi Moore et Kevin Costner

En conséquence, certains réalisateurs ne se considèrent plus libres de composer le casting qu'ils désirent. Marina de Van explique ainsi qu'elle ne peut plus elle-même jouer dans ses propres films :

Les acteurs bankables ne garantissent pas le succès d'un film Si la présence d'acteurs bankables au générique permet le financement d'un film, elle ne garantit nullement son succès en salles. Fabrice Leclerc, rédacteur en chef de Studio Ciné Live le souligne dans une interview au Parisien à propos de la contre-performance du cinéma français en salles en 2012 :