thumb|upright=1.5|Représentation artistique d'un Aurochs, aux prises avec des loups.
Bos taurus est le nom scientifique de l'ensemble des bovins domestiques de l'Ancien Monde tels que la vache ou le zébu. Bos taurus descend en droite ligne de Bos primigenius, l'aurochs. Animal devenu quasiment indispensable à l'homme sur tous les continents, il a connu une histoire qui n'a cessé de le rapprocher des humains. De gibier fournisseur de viande puis d'outils en corne, os et cuir, il a fini par être domestiqué et fournir à partir de ce moment lait, fromage et force de travail.
Origines thumb|500px|Carte de la répartition des populations de Bos primigenius. L'aurochs, Bos primigenius serait apparu en Inde il y a 2 millions d'années. De là, il a colonisé d'autres habitats. Il a ainsi progressivement gagné l'Europe, la Chine ou l'Afrique du Nord. Au fil des millénaires, les mutations et la sélection naturelle ont façonné un grand nombre de populations interfécondes, mais au morphotype de plus en plus varié. Trois sous-espèces plus ou moins homogènes se sont créées, sur trois continents : une branche asiatique : Bos primigenius namadicus. Le zébu, peuplant aujourd'hui cette région en est peut-être le descendant, à moins qu'il ait disparu et ait été remplacé par Bos primigenius. Bos taurus indicus ; longtemps considéré comme une espèce différente (Bos indicus), il est aujourd'hui considéré comme une sous-espèce de Bos taurus. une branche eurasiatique sans bosse : Bos primigenius primigenius. C'est l'aurochs encore présent en Europe au Moyen Âge, représenté par les peintures pariétales comme à Lascaux et disparu au (disparition, en 1627 en Pologne, du dernier représentant attesté de l’espèce)Connaissances et relations particulières avec l’animal développées dans la tauromachie (par Jean-Pierre Digard).
Pertinence des rangs taxonomiques utilisés pour les bovins
On a donné aux bovins domestiques le nom scientifique de Bos taurus au , avant le développement de la biologie évolutive. Avec l'apparition de celle-ci, l'étroite relation entre races domestiques et sauvages a été reconnue. À ce titre, le statut scientifique des « espèces » domestiques a été remis en cause et beaucoup de biologistes ne les considèrent plus désormais que comme des formes domestiquées des espèces sauvages originelles.
En effet, selon Ernst Mayr « une espèce est une communauté reproductive de populations (isolée au plan reproductif d'autres communautés)Ernst Mayr, 1989, cité dans l'article « À propos de la notion d'espèce », de Louis Allano et Alex Clamens, Bulletin de l'APBG (Association des Professeurs de Biologie et de Géologie) n°3, 1996, Pages 471-472. ». Or, les « espèces » domestiques se croisent avec leur espèce parente quand elles en ont l'occasion. Ainsi, « vu que, du moins en ce qui concerne les races d'animaux domestiques primitives, celles-ci constitueraient, en règle générale, une entité de reproduction avec leur espèce ancestrale, si elles en avaient la possibilité, la classification d'animaux domestiques en tant qu'espèces propres n'est pas acceptable. C'est pourquoi on a essayé de les définir comme sous-espèces« Instruction CITES pour le service vétérinaire de frontière », CITES, 20 décembre 1991, PDF. ».
On donne alors à la nouvelle sous-espèce le nom de l'espèce d'origine, complété par le nom de sous-espèce (qui reprend l'épithète spécifique de l'ancienne espèce).
Nom commun Nom scientifique traditionnel Nom scientifique révisé Chien domestique Canis familiaris Canis lupus familiaris Bovin domestique Bos taurus Bos primigenius taurus Chèvre domestique Capra hircus Capra aegagrus hircus
Certains biologistes sont même réticents à utiliser la notion de sous-espèces pour un groupe domestiqué. D'un point de vue évolutif, l'idée d'espèce ou de sous-espèce est en effet liée à l'idée de sélection naturelle et non de sélection artificielle. Du fait de cette réticence et « depuis 1960 environ, on utilise de plus en plus la désignation forma, abrégée f, qui exprime clairement qu'il s'agit d'une forme d'animal domestique qui peut éventuellement remonter jusqu'à diverses sous-espèces sauvages : chien domestique - Canis lupus f. familiaris ; bovin domestique - Bos primigenius f. taurus ; chèvre domestique - Capra aegagrus f. hircus ».
De son côté, le WWF considère que « lorsqu'il s'est éteint [l'aurochs], le matériel génétique n'a pas été perdu complètement, parce qu'au sens biologique les bétails domestiques sont aussi des aurochs ».
La version 2005 de Mammal Species of the World utilise pour désigner l'aurochs et ses variantes domestiques le nom de Bos taurus et non celui de Bos primigenius. Le nom unique est cohérent avec l'idée selon laquelle il n'y a qu'une seule espèce. Mais le nom retenu n'est pas conforme à la décision 2027 de la International Commission on Zoological Nomenclature, laquelle a décidé en 2003 d'utiliser Bos primigenius comme nom de l'espèce sauvage. Concernant le regroupement des formes domestiques et sauvages sous une seule espèce, la commission est restée prudente sans trancher de façon définitiveVoir l'article de la International Commission on Zoological Nomenclature sur cette question de classification.. Elle autorise en effet l'usage de Bos primigenius taurus pour les scientifiques défendant l'unité d'espèce entre formes sauvages et domestiquées et de Bos taurus pour les autres.
En contradiction avec l'approche dominante actuelle, un rapport datant du indique que le produit d'une hybridation entre aurochs sauvage et bovin domestique est stérile, ce qui indiquerait que les deux groupes sont devenus des espèces différentesBaron von Herberstein, Rerum moscovitarum Commentarii, Basilea ex officina, Opporinianna, 1571 ; Gesner Historia animalium liber I. - De quadrupedibus viviparis, Zurich, 1551.. Ce rapport n'est généralement pas repris par les scientifiques actuels pour deux raisons. La première est que toutes les espèces sauvages qui ont été domestiquées et qui existent encore se croisent sans problèmes avec leur cousin domestique, y compris le chien et le loup (le chien semble l'animal le plus anciennement domestiqué). D'autre part, les études génétiques ont montré que des croisements entre aurochs et bovins domestiques ont été réalisés bien après la domestication : « nous avons aussi pu montrer l'existence sporadique de croisements spontanés ou souhaités par l'homme entre l'aurochs européen mâle et le bœuf domestique proche-oriental femelle » Paléogénétique, taphonomie moléculaire et domestication au néolithique, Institut Jacques-Monod..
Bien que le débat ne soit pas totalement clos, la tendance actuelle des auteurs est de considérer Bos taurus comme une espèce invalide, et d'en faire une simple variété domestiquée de Bos primigenus. Mais quel que soit le nom scientifique retenu (Bos primigenus taurus, Bos primigenius f. taurus ou Bos taurus), les bovins domestiques ont une forte spécificité par rapport à leur ancêtre sauvage.
Domestication thumb|300px|Bovins en Égypte antique La paléogénétique semble indiquer plusieurs sources de domestication distinctes, vraisemblablement de sous-espèces différentes d'aurochs, Bos primigenius. Le bétail aurait été domestiqué indépendamment plusieurs fois dans des lieux géographiques différents : notamment en Anatolie et dans la vallée de l'Indus R T Loftus et al., Evidence for two independent domestications of cattle, PNAS, 29 mars 1994 91 (7) 2757-2761; doi.org/10.1073/pnas.91.7.2757.
Une étude (2012) de chercheurs allemands réalisée sur des ossements anciens trouvés dans l'actuel Iran indiquait au contraire que les bovins domestiques descendent certainement d'un très faible nombre d'individus domestiqués au Proche-orient ancien il y a . Cette population originelle est constituée de 80 vaches et indiquerait que la domestication se soit effectuée en un unique lieu. Cette particularité s'explique par les difficultés rencontrées par les populations locales pour garder et gérer des aurochs en captivité.
En Inde, à Mehrgarh, des vestiges datant de 7 000 à 5 500 ans attestent de l'usage de bovins domestiqués, donc avant la civilisation de l'Indus.
Vers 8000 ans av. J.-C., la diversité s'accélère. À la sélection naturelle va s'ajouter la sélection humaine ; les mouvements de populations avec leurs bovins vont multiplier la variabilité génétique par des croisements.
Dans le Croissant fertile, l'archéologie du Néolithique du Proche-Orient réunit peu de sources, cependant la plus ancienne évidence de domestication est attestée à Dja'de el-mughara dans la haute vallée de l'Euphrate, il y a environ 10500 ans . En Afrique, la domestication du bœuf est probablement apportée par des mouvements de populations et se manifeste entre la haute vallée du Nil (Nubie, à peu près le Soudan actuel) et la corne de l'Afrique. L'infiltration de populations « europoïdes » dès le IVe millénaire av. J.-C. sur « bœufs porteurs » à longues cornes est attestée par des peintures rupestres du Tassili. Associées aux descendants de cultures dites capsiennes, elles auraient formé les premières sociétés sahariennes pastoralesphoto "Peintures rupestres du Tassili" p.53 in Les Royaumes Africains, revu par H. Lhote, éd. Time Life, Angleterre, 1969.. Le bétail égyptien pourrait être issu d'un métissage de bétail africain et mésopotamien. Selon Henri LhoteSahara néolithique - peuls, l'arrivée des bovins domestiques venus du Pakistan en Afrique occidentale serait liée à la migration des Peuls venus sous l'ère des Ptolémées avec leurs troupeaux au Les relations économiques et culturelles entre l'Égypte, la Méditerranée et la Perse auraient favorisé l'introduction d'espèces bovines en provenance d'Inde et d'Asie Mineure. L'élevage des bovins commencé tôt dans les steppes euroasiatiques : à partir du début de l'Énéolithique, les populations locales de la culture de Samara pratiquent l'élevage de bétail sans agriculture Nina L. Morgunova, Natalia V. Roslyakova et Marianna A. Kulkova, New Data on the Chronology and Development of Cattle Breading During the Eneolithic and Early Bronze Age in the Southern Ural Region, Science Journal of VolSU. History. Area Studies. International Relations. 2019. Vol. 24. No. 3. En Europe, la domestication n'a été apportée plus tardivement par des peuples venus d'Asie. Chacun de ces peuples est venu avec son bétail, qui s'est métissé en route ou sur les lieux d'installation définitive avec des aurochs mâles. Ces croisements ont donné la grande variété de rameaux de races bovines. Une fois la technique de domestication importée en Europe, il n'est pas exclu que des bovins sauvages aient été domestiqués sans croisement avec des bovins domestiques.
Beaucoup plus récemment, Bos taurus a été introduit en Amérique et en Océanie, complétant ainsi sa diffusion aux côtés de l'homme.
En Europe Cette espèce est issue de Bos primigenius, l'aurochs. De l'éclatement géographique né de sa répartition de la Chine à l'Espagne, de profondes différences sont apparues, donnant une diversité génétique très importante. La classification actuelle ne reconnaît que Bos primigenius, ancêtre de Bos taurus.
Bos primigenius L'aurochs est attesté en Europe depuis le début du Pléistocène moyen. Son lien à l'homme a existé dès leur rencontre. Il était un gibier de choix et les peintures nombreuses attestent de ce lien. Selon Claude GuintardGuintard.indd, la variété de couleur et de forme de cornes permet de dire que des variations génétiques existaient dans une population dont l'aire de répartition couvrait des milliers de kilomètres. Par ailleurs, la sélection naturelle a adapté ces individus à leur milieu. De plus, l'époque du peuplement de l'Europe coïncide avec des changements climatiques majeurs. On a parfois fait un lien entre l'auroch européen et les races bovines européennes de grande taille : races bovines du littoral de la mer du Nord et rameau blond et rouge.
Bos brachyceros