Alors que l'esclavage recule en Europe sans toutefois disparaître, il prend son essor dans les colonies européennes établies sur le continent américain. Dès la fin du , pour son deuxième voyage Christophe Colomb emporta en Amérique les premiers esclaves. Au , la culture de la canne à sucre au Brésil entraîna les premières déportations massives. L'époque moderne est donc marquée par la traite transatlantique et le commerce triangulaire, en même temps que par l'ébauche du mouvement abolitionniste sous les Lumières.

Europe Charles Quint, après avoir codifié l'esclavage, s'était ravisé et l'avait interdit sur ses terresL'émergence des droits de l'homme en Europe sur le site de la bibliothèque Jeanne Hersch dès 1526 sous peine de lourdes amendes. L'esclavage domestique demeure présent dans les régions méditerranéennes jusqu'au siècle, p.57 : plus ou moins disparu au nord des Alpes, le nombre d'esclaves augmente en Catalogne et en Italie entre le et le . Sont réduits en esclavage surtout des individus capturés au nord de la mer Noire, où la colonie génoise de Caffa représente la plaque tournante du trafic d'esclaves. De nombreuses femmes esclaves sont amenées en majorité en Italie et sur les grandes îles méditerranéennes (Crète, Sicile, Majorque, Chypre), où elles trouvent leur place dans le service domestiquevoir à ce sujet les divers articles et livres de Charles Verlinden, Michel Balard, Robert Delort, Jacques Heers, etc..

De plus les Turcs ottomans et autres musulmans lançaient régulièrement des attaques sur les côtes européennes et sur les vaisseaux des pays chrétiens, pour ramener des esclaves.

Dans les Principautés de Valachie et de Moldavie, parties Sud et Est de l'actuelle Roumanie, les hommes, femmes et enfants Roms sont aussi réduits en esclavage du XIVe jusqu'au XIXe siècle.

Pendant cette période un peu plus d'un million d'Européens furent réduits en esclavage.

Afrique et Asie

La colonie du Cap (Afrique du Sud actuelle) importait des esclaves venant de Madagascar et d’Indonésie à partir du François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, , p.54 et 144. Elle reçut environ esclaves entre 1652 et 1795François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, , p.146. De 1795 à 1807, le trafic s’éleva à 200 ou 300 esclaves par anFrançois-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, , p.147. On estime au total que à esclaves ont été importés F.-X. Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, 2006, p.147. Ces esclaves étaient employés essentiellement dans les activités agricoles, mais aussi dans les bordels de la colonie du CapFrançois-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, , p.215. Ils se révoltèrent par deux fois en 1808 et en 1825François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, , p.149. L’esclavage ne fut aboli qu’en 1834 dans la colonie du Cap.

La VOC organisait la traite pour les plantations de muscade à Sulawesi et des mines d’or de SumatraFrançois-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, , p.145

Amérique latine Dès 1503, l'autorisation est donnée au gouverneur de Saint-Domingue de faire venir des esclaves africains, p.248. Au , des compagnies d’hommes de guerre espagnols faisaient le trafic des Amérindiens revendus à Cuba ou HispaniolaMarianne Mahn-Lot, La conquête de l’Amérique espagnole, PUF, coll. « Que sais-je ? », , p.21. Les Espagnols passaient des contrats (asiento) avec des compagnies étrangères qui se chargeaient de faire venir les Africains ; le premier fut passé en 1517.

La Couronne espagnole hésita sur la position à tenir face à l'esclavage. D'un côté elle condamnait l'esclavage des Amérindiens, mais l'autorisait de l'autre lorsqu'il s'agissait des Taïnos anthropophagesMarianne Mahn-Lot, La conquête de l’Amérique espagnole, PUF, coll. « Que sais-je ? », , p.60. L'esclavage était possible dans le cadre d’une « guerre juste »Marianne Mahn-Lot, La conquête de l’Amérique espagnole, PUF, coll. « Que sais-je ? », , p.59. Les bulles pontificales Sublimus Dei () et Veritas ipsa du pape Paul III () condamnent l'esclavage des Amérindiens ainsi que . Cela n'a pourtant pas été appliqué dans les Antilles sous domination des Espagnols.

Les esclaves noirs travaillaient dans les villes comme domestiques, dans les plantations et les mines. Le travail forcé fut aboli dans les colonies d'Amérique latine à la fin du Pierre Chaunu, Histoire de l'Amérique latine, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 2003, , p.37. Pourtant, il reste esclaves dans l’Amérique espagnole vers 1800, essentiellement dans les Antilles. En 1818, Noirs vivaient au Brésil sur une population totale de habitantsPierre Chaunu, Histoire de l'Amérique latine, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 2003, , p.39.

Au Paraguay, les Jésuites s'opposent aux esclavagistes espagnols et portugais par le système de missions appelées réductions. (cf. le film Mission)

1550 : Controverse de Valladolid opposant le dominicain Bartolomé de Las Casas qui défend la cause des "indiens" au philosophe Sepulveda qui conteste le caractère humain de leur âme. Cette controverse est à l'origine, non de la naissance mais de la généralisation de la Traite des Noirs vers l'Amérique.

Certains des esclaves indociles s'enfuient à l'occasion. Ceux qui arrivent à se regrouper hors d'atteinte du pouvoir colonial sont nommés « marrons » (de l’espagnol cimarrón « esclave en fuite »). Par endroits leur descendance a formé de vrais peuples tels les Bonis, Boschs, Djukas et Saramacas de Guyane, les Garifunas de l'île Saint-Vincent (Antilles).

Les premiers esclaves africains arrivent à Cuba en 1513, deux ans après l'arrivée des Espagnols, ou en 1521, selon les sources. Mais leur nombre progresse peu, faute de culture à grande échelle du sucre. L'Espagne ne possédait pas de comptoirs de traite en Afrique, par respect pour le traité de Tordesillas, et concédait ou vendait à des particuliers des licences d'importation, l'Asiento, pour des quantités très variables. En 1763, il n'y avait pas plus de trente-deux mille esclaves dans toute l'île. La culture sucrière, sans être négligeable, était très loin du niveau des colonies françaises comme Saint-Domingue ou anglaises comme la Jamaïque. Après la longue guerre qui dure de 1791 à 1803 contre les esclaves noirs beaucoup de propriétaires blancs de Saint-Domingue fuient à Cuba où ils apportent capitaux et savoir-faire. De 1792 à 1860, on introduit à Cuba plus de sept cent vingt mille esclaves, plus qu'au cours des deux siècles précédentshttp://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/cuba_dans_l_empire_espagnol.asp.

À Cuba, l’esclavage est aboli en 1880. Les esclaves sont principalement des Yorubas de l'Ouest du Nigeria, (appelés Lucumí à Cuba, ce qui veut dire « Mon ami » en yoruba, et aussi Nago ou Anango), Bantous du Kongo ou Bakongos du Congo et de République démocratique du Congo, Arará, groupe kwa : Fons du Dahomey (actuel Bénin) et Nigeria, Ewes ou Eoué du Ghana et du Togo, Abakuá (ou abakwa, surnommés à Cuba nañigos), Carabalí de Calabar (Sud du Nigeria), Mandingues du Ghana, Efik de Dahomey, Bríkamo, Ejaghams, Ibibios, et autres ethnies du Sénégal, Angola, Liberia. Les esclaves seront convertis au christianisme.

Avec l’importation des esclaves noirs africains, Cuba connaît un essor considérable. En 1762, les Britanniques occupent La Havane pendant neuf mois, l'ouvrent au commerce international, et y importent des milliers d'esclaves, puis rendent Cuba aux Espagnols contre la Floride, à l'issue du traité de Paris, signé en 1763. Les années qui suivent permettent à l’île de se développer. La population s’accroît de manière significative, passant de 273 000 en 1791 à plus d’un million en 1840. En 1825, l’île dénombre 46 % de Blancs, 18 % de non-Européens libres (métis) et 36 % d’esclaves, alors qu’aujourd’hui elle est peuplée de 51 % de métis, 37 % de Blancs et de 11 % de Noirs. Beaucoup de métis sont issus de rapports "extraconjugaux » entre les maîtres blancs et leurs esclaves noires.

Le commerce triangulaire et le « bois d'ébène »

L'esclavage de type colonial apparait au milieu du , lorsque les Portugais, sous la direction d'Henri le Navigateur, capturent ou achètent des captifs africains pour les déporter vers leurs colonies de Madère et du Cap Vert. Cette traite est autorisée en 1455 par le Pape Nicolas V.

La découverte du Nouveau Monde marque l'essor de l'esclavage et le coup d'envoi de la traite transatlantique. Les nations européennes, en particulier le Portugal, la France, la Hollande et l'Angleterre, se lancent dans le commerce triangulaire entre des ports de l'Europe, le golfe de Guinée et les Amériques (Brésil, Antilles). La motivation première des négriers est économique et l'esclave noir est considéré comme une marchandise.

Par ce système, les négriers européens viennent s'approvisionner en esclaves sur les côtes africaines. Ils s'assurent la collaboration des rois ou chefs locaux, à qui ils apportent d'Europe de la verroterie, des alcools, des tissus, des outils et des armes. Rapidement ils obtiennent des concessions pour y bâtir des ports et des forts réservés à ce seul commerce. Ils transportent ensuite les cargaisons d'esclaves ainsi obtenues vers les Amériques, et avec le produit de leurs ventes y achètent (ou échangent) tabac, indigo, coton, sucre, rhum et retournent en Europe. Ainsi recommencent-ils leur périple chaque année si les naufrages et les combats ne les en empêchent.

La traite atlantique s'accompagne de la création d'un nouveau type d'esclave : c'est le statut de « bois d'ébène ». Le bois d'ébène est considéré comme un bien délicat. Comme tout bien, son propriétaire peut l'assurer afin d'être indemnisé en cas de décès. Comme un pater familias, un maître a droit de vie et de mort sur ses esclaves, étant autorisé en cela par un ensemble de dispositifs aussi bien religieux, juridiques que moraux. Cette réification du bois d'ébène autorise son propriétaire à infliger à ses esclaves les pires sévices sous n'importe quel prétexte: rébellion, simple résistance...

Une spécificité française : le code noir

En 1642, le roi Louis XIII de France autorise l'esclavage dans les Antilles françaises. En 1685, son fils Louis XIV promulgue le « code noir », réglementant le traitement des esclaves et des « marrons » dans les Antilles françaises. C'est le premier texte de ce type depuis les conciles chrétiens du , qui avaient vu une abolition de fait de l'esclavage, avec le rôle traditionnel dévolu à sainte Bathilde. Il fut durci en 1724 sous le règne de Louis XV, p. 250..

Ce code règle le statut de l'esclave. En particulier, il déclare (article 44). Certains articles protègent partiellement l'esclave, par exemple en imposant le baptême et le mariage chrétiens, en interdisant le travail dominical et pendant les jours fériés à caractère religieux. Le texte prévoit également une formule d'affranchissement, sous conditions. Enfin, l'inconduite du « maître » (relation sexuelle notamment) entraîne obligation de réparation par le mariage, et passage de la victime à l'état de femme libre.

L'ensemble des articles réglemente les punitions en fixant un barème progressif des sévices selon la gravité de la « faute reprochée » (article 42) avec flagellations, amputation de oreille ou du et peine de mort pour une troisième tentative de fuite, p. 249., pour vol aggravé ou pour réunion. Il y est confirmé explicitement qu'un enfant d'esclaves naît avec une condition d'esclave (article 9).