Henri Roques, né à Lyon le et mort à Colombes le , est un militant négationniste français, secrétaire général du groupuscule néofasciste et raciste la Phalange française. Ingénieur agronome de formation il prépare une thèse de doctorat en littérature comparée, soutenue en 1985 mais annulée en 1986. Entachée de nombreuses irrégularités administratives incluant de faux procès-verbaux de soutenance et manquant à la déontologie scientifique, elle avait pour but d'affirmer que les chambres à gaz n'avaient jamais existé.

Biographie Jeunesse Après des études au lycée Pothier à Orléans, puis à la faculté des sciences de Nancy, Henri RoquesIl use parfois des pseudonymes , puis . . Il a résidé 14 bis, rue le Mouillère à Orléans. Recherché par le secrétaire général de la police à Orléans pour son appartenance au RNP il a été arrêté à Rambervillers (Vosges), le par la brigade de gendarmerie de Rambervillers puis détenu à la prison de la Vierge à Épinal. Il a reconnu avoir appartenu au RNP de à . Mis en résidence surveillée à Rambervillers le , il a été libéré peu après, faisant l'objet d'un ordre d'appel sous les drapeaux. (Arch. SHD-GR28-P6-2).

Il devient au cours des années 1950 un militant actif d’extrême droite, participant à plusieurs groupuscules néofascistes. : Mouvement national Citadelle en 1950, Phalange française en 1955. Pendant trois ans, il est secrétaire général de ce groupe néofasciste présidé par Charles Gastaud. C'est en tant que tel qu'il participe au meeting inaugural de la Deutsche Soziale Union fondée par Otto Strasser. Il réside pendant cette période à Courbevoie.

En 1955, Roques lit Le Mensonge d'Ulysse de Paul Rassinier. Ils échangent quelques mots, mais ne se rencontrent physiquement qu'en 1962. Ils ont de longues conversations et c'est à cette occasion que Rassinier lui parle du rapport Gerstein. Il semble que Roques ait mis en sourdine ses engagements politiques entre le début des années 1960 et les années 1980. À partir de 1986, il s'affiche dans les manifestations du Front national où son épouse occupe des fonctions officielles. D'après Valérie Igounet, si Henri Roques n'est pas officiellement membre du Front National, c'est pour ne pas compromettre le parti de Jean-Marie Le Pen, car entre-temps, il est au centre de la polémique que la soutenance de sa thèse de doctorat de littérature comparée a suscitée. Après l'annulation de celle-ci, il a publié deux ouvrages sous le pseudonyme d'André Chelain (déformation d'Henri Jalin, ensuite utilisé par d'autres auteurs) en reprenant les arguments de sa thèse.

Il meurt en 2014.

La thèse de Nantes et son annulation En 1981, alors qu'il vient de prendre sa retraite, Henri Roques prend contact avec Faurisson qui lui suggère de faire une thèse sur les récits de Kurt Gerstein. Roques commence son travail sur Kurt Gerstein en rédigeant un mémoire, Poliakov face au témoignage Gerstein, et il est cité comme témoin de la défense au procès intenté par Robert Faurisson contre Léon Poliakov — procès au terme duquel Robert Faurisson est condamné, pour diffamation, à deux mille francs d'amende et un franc de dommages et intérêtIgounet, pp. 263-264., condamnation confirmée en appelSerge Klarsfeld (éd.), Mémoire du génocide. Recueil 80 articles du « Monde juif », revue du Centre de documentation juive contemporaine, Paris, C.D.J.C., 1987, p. 610..

Jacques Rougeot, professeur de lettres de l'Université Paris IV, accepte d'être son directeur de thèse. Rougeot a connaissance de certaines contradictions, voire d'invraisemblances, présentes dans les récits de GersteinUwe Dietrich Adam, « Les chambres à gaz », in Collectif, L'Allemagne nazie et le génocide juif, Colloque de l'École des hautes études en sciences sociales, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1985, p. 236-261 « Pour mettre tout le monde d'accord, rien ne vaut mieux qu'une thèse. Comme ça, les textes authentiques apparaîtront, et celui qui s'est trompé reconnaîtra son erreur ». Le sujet de thèse Les confessions de Kurt Gerstein. Étude comparative des différentes versions. est déposé en 1982. Roques se fait initier par Faurisson à la critique des textes et aux règles de la méthode universitaire en même temps qu'il rend compte régulièrement de ses travaux à son directeur de thèse.

En 1984, Roques a terminé la rédaction, et Rougeot doit constituer un jury. Devenu conscient du caractère explosif de la thèse, il tente de constituer un jury au-dessus de tout soupçon, mais se heurte à divers refus. Roques prend alors l'affaire en main et renoue avec Jean-Claude Rivière, un professeur de Nantes qui n'est ni historien ni germaniste, mais est ami de son fils Gilles Roques et ancien rédacteur au journal d'extrême-droite Europe-Action et cofondateur du GRECE et qui accepte de devenir son nouveau directeur de thèse. Il s'agit d'une thèse de doctorat de troisième cycleRapport Rousso, p. 102. Le jury de thèse est finalement présidé par Jean-Paul Allard, professeur de langue et littérature germanique à Lyon III et directeur des Études indo-européennes, avec Pierre Zind, professeur associé au département de sciences de l'éducation de Lyon II, autonomiste alsacien proche du GRECEConcernant Pierre Zind, voir le rapport Rousso, p. c102. Voir aussi Valérie Igounet, p. 418 qui se réfère à J. Y. Camus et René Monzat, Les droites nationales en France. Alors que les autres membres du Jury sont plutôt proches du GRECE, Thierry Buron, catholique traditionaliste, assistant à l'Université de Nantes, figure dans le jury à titre de consultant, mais sera absent lors de la soutenance. Sa présence étant nécessaire à la validation de la soutenance pour des raisons de quorum, une fausse signature sans ressemblance est apposée sur le procès-verbalThierry Buron a démenti officiellement avoir assisté à la thèse et il a été dit dans le rapport d'enquête administrative effectué par le recteur Dischamps qu'une fausse signature sans ressemblance avait été apposée sur le procès-verbal. L'interprétation de cet incident est interprété comme un règlement de comptes au sein de l'extrême-droite par Valérie Igounet (note p. 415) qui se réfère elle-même à Jean-Yves Camus Intégrisme et néo-paganisme: la coalition révisionniste. À propos de l'affaire Roques, cahiers Bernard Lazare, janv-juin 87.. En fait, Henri Roques reconnaîtra que Faurisson aura été son « directeur de thèse officieux »

Le travail écrit de Roques confronte les quatre versions françaises et les deux versions allemandes du témoignage de Gerstein. Il s'emploie à souligner leurs incohérences pour conclure à la nullité du témoignage. Il se réfère abondamment à ceux qu'il appelle les « historiens de l'école révisionniste » et notamment Paul Rassinier. Au cours de la soutenance orale, le , Roques n'hésite pas à aller plus loin, à extrapoler les conclusions de sa thèse vers la remise en cause de l'existence des chambres à gaz et la dénonciation de la « religion de l'holocauste » en se référant ouvertement à Faurisson. Il bénéficie de la sympathie d'un jury acquis au courant « révisionniste » qui lui décerne la mention « Très Bien ». Quelques mois plus tard, un communiqué de presse est envoyé à cent cinquante journalistes et historiens pour signaler cette « thèse explosive » qui aurait fait la lumière sur un « tissu d'invraisemblances ». Ce n'est qu'en que l'affaire éclate dans la presse nationale. On évoque souvent « une thèse niant les chambres à gaz », ce qui est inexact, mais atteint le but recherché par Henri Roques si l'on en croit l'entretien qu'il accorde en 1989 à l'hebdomadaire Rivarol :

Le rapport de la Commission sur le racisme et le négationnisme à l'université Jean-Moulin-Lyon-III au Ministre de l’Éducation nationale établi par Henry Rousso en Commission sur le racisme et le négationnisme à l’université Jean-Moulin Lyon III, Rapport à Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale, par Henri Rousso, septembre 2004, chapitre 4, p. 99-111, dont le texte intégral est disponible en ligne. met en évidence les irrégularités commises sur le plan administratif, irrégularités qui ont conduit à ne pas décerner à Roques le titre de Docteur, mais aussi les graves manquements à la déontologie universitaire et aux règles scientifiques.

À la demande d'Alain Devaquet, ministre délégué auprès du Ministre de l’Éducation nationale chargé de la Recherche et de l’Enseignement, le recteur de l’Académie de Nantes, Jean-Claude Dischamps, qui n’était pas en fonction au moment des faits, diligente une enquête administrative dont les conclusions sont rendues le . Les résultats de cette enquête conduisent le président de l’université de Nantes à annuler, le suivant, la soutenance et l’attestation du titre de Docteur délivrée à Henri RoquesRapport Rousso, p. 99-105. Dans son rapport, le recteur Dischamps a en effet constaté que le procès-verbal contient plusieurs erreurs et trois faux (mention de la présence d’un membre du jury en réalité absent, fausse signature de ce même membre et falsification de la date et du lieu de rédaction du procès-verbal). Dischamps relève en outre des irrégularités dans le transfert du dossier de l’université de Paris IV, où la thèse avait été initialement déposée sans qu’un membre du corps académique n’accepte d’en proposer la soutenance et le fait que Roques ne disposait pas des titres requis. Enfin, il souligne que contrairement aux règles de base de toute thèse de doctorat, le directeur de thèse n’a aucunement dirigé celle-ci mais a uniquement organisé sa soutenance dans des délais particulièrement courts.

Henry Rousso met d'emblée en évidence le caractère ouvertement négationniste de la thèse de Roques qui ne pouvait être ignoré des membres du jury compte tenu de la déclaration de celui-ci lors de sa soutenance : « Mon premier but est très simple : servir la vérité. J’ai voulu offrir aux historiens des textes intégraux auxquels ils puissent accorder leur confiance. J’ai voulu leur éviter de tomber dans les erreurs de leurs prédécesseurs. Mon second but : contribuer quelque peu à ce que l’école révisionniste, qui se consacre à mettre l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en accord avec les faits, se voie reconnaître un droit de cité dans l’UniversitéLa thèse de Nantes et l'affaire Roques, Éditions Polémiques, 1989, p. 42. Exposé oral de soutenance. ». Il souligne également le militantisme à l’extrême droite de l’impétrant et de tous les membres du jury, ces derniers n’étant en outre pas des spécialistes du sujet (les trois membres à voix délibérative sont respectivement spécialiste de l’allemand médiéval, de grammaire provençale, ou enseignant l'histoire de l’éducation).

Pour Henry Rousso et les autres membres de la commission (Annette Becker, Florent Brayard et Philippe Burin), « outre [la] responsabilité partagée [des membres du jury] dans les irrégularités de procédure, la responsabilité morale de tous les membres présents du jury a été très largement engagée. Le ton de la soutenance, goguenard et complaisant, les connivences idéologiques donnent une singulière image de ce que doit être une manifestation de ce type ». Il conclut le chapitre de son rapport consacré à Roques comme suit : « La thèse de Nantes, dans ses intentions déclarées, dans son contenu, dans les conditions dans lesquelles elle a été préparée et soutenue, dans l'attitude et les positions défendues par l'impétrant et les membres du jury présents, constitue sans le moindre doute un manquement grave à l’éthique universitaire, dont l’effet a rejailli sur l'ensemble de l'Université française ».