Jane de La Vaudère, nom de plume de Jeanne Scrive, née le à Paris et morte le à Paris , est une femme de lettres française. Son œuvre romanesque s'inscrit dans le style de la Belle Époque, à la fois dans le naturalisme et le décadentisme. Elle multiplie les genres et les registres : récits fantastiques, études de mœurs, fictions situées en Orient ou dans des civilisations disparues, recueils de poèmes, œuvres pour le théâtre, contes et articles journalistiques. .

Biographie Enfance et formation Jeanne Scrive naît à Paris, au 13 rue d'Enfer, le . Son père flamand et sa mère alsacienne sont issus de la grande bourgeoisie. Elle est la fille cadette de Barbe Élisabeth Weigel (1822-1870) et de Gaspard-Léonard Scrive (1815-1861), chirurgien militaire, qui fut le médecin en chef de l'armée française durant la Guerre de Crimée et l'un des promoteurs de l'anesthésie au chloroforme.

Orpheline de père et de mère dans l'enfance, Jeanne Scrive est placée sous la tutelle de sa grand-mère paternelle, Sophie Scrive-Debonte (1787-1878). Elle reçoit son éducation au couvent des sœurs de Notre-Dame de Sion, dont la supérieure, mère Marie-Émélie Lagarmitte (1817-1881), est une cousine germaine de sa mère. Cette éducation transparaît dans son œuvre : plusieurs de ses héroïnes en reçoivent une semblable. De même, l’intrigue d’un de ses romans, L'Expulsée (1903), traite des conséquences de la loi de 1901 sur les congrégations religieuses.

Carrière littéraire thumb|left|Le château de la Vaudère avant la Grande Guerre. À , le , elle épouse dans la ville du Mans, Camille Gaston Crapez (1848-1912). Celui-ci a hérité de sa mère le château de la Vaudère à Parigné-l'Évêque, dans la Sarthe. Ce grand manoir construit sous la Restauration, entouré d'un vaste parc, que Jane de La Vaudère apprécie. À l'instar de son mari, qui signe Gaston Crapez de La Vaudère, c'est à cette propriété qu'elle emprunte son nom de plume, en anglicisant son prénom : Jane de La Vaudère.

C'est toutefois à Paris qu'elle vit et reçoit le mercredi. Dans Mon Paris et ses Parisiens, André de Fouquières rapproche Jane de La Vaudère de la baronne Deslandes, évoquant « des actrices sans théâtre, mais non sans rôle ».

Elle est promue à l'ordre des Palmes académiques en 1898. Elle meurt le . Ses obsèques ont lieu le en l'église Saint-Ferdinand-des-Ternes de Paris. Le quotidien Le Temps du évoque sa disparition en ces termes : « On annonce la mort d'un écrivain connu, Jane de La Vaudère, auteur de plusieurs ouvrages où la hardiesse du sujet n'enlevait rien à la grâce littéraire. »

Jane de La Vaudère repose au cimetière du MontparnasseLa sépulture se situe à la division, ligne, tombes Sud.. vignette|left| La chapelle funéraire des familles Scrive et Dauvais de Gérardcourt au cimetière du Montparnasse (Paris), où est inhumée Jane de La Vaudère.

Son œuvre thumb|left|Carte postale publicitaire des éditions Flammarion L'œuvre de Jane de La Vaudère est abondante : vingt-sept romans, six feuilletons (qualifiés de « romans » au moment des publications), quatre recueils de nouvelles, quatre recueils de poésie et des pièces (saynètes, opérettes, comédies ou drames) dont seulement un petit nombre paraissent en volume. Elle échoue à devenir membre du comité d'administration de la Société des gens de lettres dont elle est sociétaire malgré la quantité de tirages de ses ouvrages, le nom de ses éditeurs (Méricant, Ollendorff et Flammarion) et sa collaboration à plusieurs périodiques de l'époque. Elle réussit cependant à adapter, pour le théâtre du Grand-Guignol, un conte d'Émile Zola. thumb|left|La couverture des Androgynes, illustrée par Maurice Neumont. Sa poésie est saluée par Leconte de Lisle, qui dit « qu'elle avait le charme et la vigueur, une palette abondante, composée des nuances les plus tendres et des tons les plus chauds ». thumb|left|Couverture de La Vierge d'Israël, illustrée par Charles Atamian. La plupart de ses romans traitent les thèmes naturalistes ou décadents de la Belle Époque. L'Anarchiste, Le Droit d'aimer, Les Sataniques, ou encore Les Androgynes et Les Demi-Sexes, concentrent les représentations polymorphes du saphisme et de l'homosexualité. Elle écrit aussi des romans historiques et exotiques : Les Courtisanes de Brahma, Les Mystères de Kama, La Vierge d'Israël, La cité des sourires. Dans son roman La Porte de félicité, elle s'engage en faveur des Arméniens opprimés par l'Empire ottoman. Certaines de ses œuvres sont traduites dans plusieurs langues (allemand, portugais, espagnol, tchèque, hongrois).

Son œuvre dramatique compte entre autres Pour une nuit d'amour !, Les Statues, Les Trois Mousmés (fantaisie japonaise écrite sous le pseudonyme de Jean Scrive, en collaboration avec Félicien Champsaur) et L'Éclosion (comédie en quatre actes écrite en collaboration avec Aurélien Scholl). Elle est également l'autrice de saynètes et pièces jouées dans les salons.

Dans les périodiques, est publiée la série des Contes rapides (notamment dans La Presse, irrégulièrement entre 1897 et 1901), aussi appelés Fantasia. Cent onze de ces nouvelles sont traduites et présentées par Brian Stableford dans Rapid Tales (2023).

Disposant d'un large public avant la Grande Guerre, elle est ensuite oubliée jusqu'à ce que son œuvre suscite un regain d'intérêt grâce aux études sur la littérature de la décadence de la fin du , notamment menées par Jean de Palacio.

Accusations de plagiat d'œuvres d'autres artistes Jane de La Vaudère est à plusieurs reprises accusée d'avoir plagié d'autres artistes comme Guy de Maupassant. D'après l'universitaire Sharon Larson, il s'agit d'une lecture un peu rapide du parallèle entre Notre cœur de Maupassant et Demi-sexes de La Vaudère, consistant plutôt en une réécriture s'inscrivant comme « un outil de création littéraire et de reconceptualisation d'un modèle décadent de féminité ». Han Ryner, dans le chapitre Cygnes noirs du Massacre des Amazones décrit Le sang comme un roman plagié : .

de ses œuvres De son côté, Jane de La Vaudère remarque des ressemblances entre sa pantomime Rêve de Mysès et celle de Rêve d'Égypte de Mathilde de Mornay dite Missy. Elle dénonce publiquement ce tort et engage des poursuites judiciaires. En connaisseuse du marché littéraire, elle tourne le scandale à son avantage pour mieux vendre : elle opère une mise en scène qui fait scandale en appuyant sur le caractère lesbien de l'ouvrage et publie à la suite un roman à clef, Le Peintre des frissons, et une longue nouvelle, Le Rêve de Mysès, relatifs à cet événement.

Le féminisme de Jane de La Vaudère

Jane de La Vaudère collabore avec plusieurs journaux comme La Presse de 1897 à 1901, pour lequel elle écrit des articles et des contes sur l'actualité dénonçant à plusieurs occasions la condition féminine malgré la réprobation du public. Geneviève De Viveiros décrit ainsi l'écrivaine : .

Bibliographie

Chansons Le Portrait de ma cousine : confidence ! A. Tallien de Cabarrus. Paris, Henri Tellier, 1891. Sérénade du baiser. A. Tallien de Cabarrus, Henri Tellier, 1892.

Poésies Les Heures perdues, Paris : A. Lemerre, 1889. L'Éternelle Chanson [mentionné par l'Académie française], Paris : P. Ollendorff, 1890. Minuit, Paris : P. Ollendorff, 1892. Évocation, Paris : P. Ollendorff, 1893. Royauté morte, conte fantastique en 1 acte, Paris. Paru dans la Nouvelle Revue du

Préfaces Mes hauts faits d'armes, par Paul Franz Namur, 1899. La Photographie du nu, par Charles Klary, avec la collaboration d'écrivains français et étrangers [Gleeson White, Gustav Fritsch, Will. A. Cadby et Gabriely]. Préface de Jane de La Vaudère. Paris : C. Klary, 1902.

Recueils de nouvelles L'Anarchiste, Paris : P. Ollendorff, 1893. Le Centenaire d'Emmanuel, in À la Société Osmanié, Genève : Impr. suisse, 1896. « Le Centenaire d'Emmanuel » dans La Nouvelle Revue Les Sataniques, Paris : P. Ollendorff, 1897. Les Mousseuses, Paris, E. Flammarion, 1901. La Mystérieuse, Paris : E. Flammarion, 1902.

Romans Mortelle Étreinte, Paris, P. Ollendorff, 1891. Rien qu'amante !, Paris, P. Ollendorff, 1894. [Repris sous le titre Le Crime d'aimer, Paris, A. Méricant, 1908] Le Droit d'aimer, Paris, P. Ollendorff, 1895. [Repris sous le titre Le Jardin du péché, Paris, A. Méricant, (s. d.)] Ambitieuse, Paris, P. Ollendorff, 1894. [Repris sous le titre L'Invincible Amour ! roman parisien, Paris, A. Méricant, 1905.] Les Demi-sexes, Paris, P. Ollendorff, 1897. Le Sang, Paris, P. Ollendorff, 1898. Les Frôleurs, roman dialogué, Paris, P. Ollendorff, 1899. [Repris sous le titre Les Audacieux, Paris, A. Méricant, 1909. Accompagné de la pièce La Panne.] Trois fleurs de volupté, roman javanais, Paris, E. Flammarion, 1900. La belle Émilienne, feuilleton en 31 parties au Journal, entre le et le ). Non repris en volume. Le Mystère de Kama, roman magique indou, Paris, E. Flammarion, 1901. Réédité en 1910 dans la « Collection illustrée ». L'Amazone du roi de Siam, Paris, E. Flammarion, 1902. Les Androgynes, roman passionnel, illustré de 25 compositions de Maurice Neumont, Paris, A. Méricant, 1903. [Ce roman repris en 1911 par Méricant, dans la collection "Roman-Bibliothèque", sous le titre Folie d'opium]. Les Courtisanes de Brahma, Paris, E. Flammarion, 1903. [Repris sous le titre Prêtresse d'amour, roman hindou de mœurs antiques, Paris, E. Flammarion, 1905.] L'Expulsée, Paris, E. Flammarion, 1903. Le Harem de Syta, roman passionnel, Paris, A. Méricant, 1904. La Guescha amoureuse, Paris : Ernest Flammarion, 1904. [Repris sous le titre Lotusai. La guescha amoureuse, roman japonais, Paris : Ernest Flammarion, 1906.] L'Amante du Pharaon (mœurs antiques). [Illustrations de Ch. Atamian] Paris, J. Tallandier, 1905. Confessions galantes, en collaboration avec Théo-Critt (pseudonyme de Théodore Cahu) ; illustré de 60 compositions de Préjelan ; Paris, A. Méricant, 1905. La Porte de félicité, Paris : E. Flammarion, 1905. La Sorcière d'Ecbatane, roman fantastique, Paris, E. Flammarion, 1906. La Vierge d'Israël, roman de mœurs antiques, Paris, A. Méricant, 1906. La Cité des sourires, roman japonais, illustré par Raphael Kirchner, Paris, Librairie des publications modernes, 1907. Réédition à Paris : Kwok On, 1993. Le Peintre des frissons, roman parisien, Paris, E. Flammarion, 1907. Les Prêtresses de Mylitta, roman babylonien, Paris, A. Méricant, 1907. Le Rêve de Mysès, roman d'amour de mœurs antiques, Paris, Librairie d'art technique, 1907. L'Élève chérie, roman parisien, Paris, Bibliothèque générale d'édition, 1908. Sapho, dompteuse, Paris, A. Méricant, 1908. . Réédition à Billère : éditions du , 2021.

Théâtre Le Modèle, comédie en 1 acte, en vers, Paris, A. Lemerre, 1889. Pour une nuit d'amour ! drame en 1 acte, d'après le conte d'Émile Zola [Paris, Grand-Guignol, ], Paris, P. Ollendorff, 1898. Trois Mousmés, (sous le pseudonyme de Jean Scrive, en collaboration avec Félicien Champsaur, musique de Georges Chartron). [ au théâtre de la Roulotte, non repris en volume] Victor Hugo. Grande scène dramatique, Paris, Librairie théâtrale, 1904. Pour le flirt ! saynètes mondaines [15 comédies et fantaisies lyriques], Paris, E. Flammarion, 1905 . Dupont sera élu ! comédie électorale en 1 acte, Paris, G. Ondet, 1906. Le Virage, comédie en 4 actes, 1906. [ au théâtre des Bouffes-Parisiens. Non repris en volume] Mademoiselle de Fontanges, pièce en 4 actes, en vers..., Paris, A. Méricant, 1909.

Pièces dont les manuscrits sont conservés par les Archives nationales de France:

Cambrioleurs, représentation au théâtre des auteurs gais (exposition universelle de Paris), Paris, 1900. Guignolette à l'Exposition, représentation au théâtre du Grand-Guignol (exposition universelle de Paris), Paris, . Kadidja, représentation au théâtre des Expositions (exposition universelle de Paris), Paris, 1900. Les Débuts de Caroline, saynète, représenté au théâtre des Capucines, Paris, .