La littérature française du est marquée par l’établissement de la langue française comme une grande langue littéraire et par d’importants créateurs qui fondent les principaux genres de la littérature moderne en France avec François Rabelais ou Hélisenne de Crenne pour la prose littéraire, Pierre de Ronsard et Joachim du Bellay pour la poésie, Michel de Montaigne pour la littérature d'idées ou Robert Garnier et Étienne Jodelle pour le théâtre.

Elle s’inscrit dans un siècle de transformations multiples et fondamentales, dans tous les domaines (croyances religieuses, démarches intellectuelles, sciences et techniques, découvertes géographiques, transformations politiques…) qu'expriment les termes de « Renaissance », « Humanisme » et de l'époque moderne.

Contexte

Le est le siècle de la période historique de la Renaissance, une période d’aspirations nouvelles dans tous les domaines, en réaction contre l’ascétisme, le mysticisme, les idées et les mœurs du Moyen Âge, ainsi on enseigne depuis le dans les universités européennes la rotondité de la Terre (théorie d’Ératosthène). Les voyages de Vasco de Gama, Christophe Colomb ou Fernand de Magellan offrent des horizons nouveaux. Cela bouleverse les représentations du monde, ainsi que les échanges tant culturels que commerciaux, même si la preuve de l’héliocentrisme apportée par Nicolas Copernic en 1543 ne sera pratiquement pas connue avant les années 1630, et n’a eu aucune influence au .vignette|Guillaume Budé, portrait par Jean Clouet (1536).|208x208px Dans le domaine technologique, l’imprimerie à caractères métalliques, (Joachim du Bellay) inventée par Johannes Gutenberg et sa première impression en série de la Bible vers 1453 permet l’essor du livre : celui-ci va diffuser la culture antique comme les œuvres modernes, et bouleverser les approches intellectuelles. L'esprit de la Renaissance va naître dans l’Italie de la période du Quattrocento : la chute de Constantinople a fait affluer manuscrits et érudits grecs, les guerres d'Italie ont fait connaître à la noblesse française un autre mode de vie où art et beauté ont la primauté. Pour les lettrés, l’Italie est la terre du savoir antique et des Muses et l’humanisme se développe durant cette période : humanitas désigne en latin la culture qui s'oppose à l’enseignement sclérosé des Universités médiévales. La méthode d’autorité, le latin d’école, la logique formelle, la prédominance des commentaires, la scolastique, tout participe à la routine de la formation intellectuelle. Une conviction nouvelle voit le jour, s’inspirant à la fois de l’Antiquité gréco-latine et des valeurs chrétiennes : la dignité de l’homme réside dans ses capacités à cultiver la raison pour comprendre le monde et se comprendre. Par ailleurs l’érudition commence avec des linguistes, des philologues : Guillaume Fichet, Étienne Dolet, Jacques Lefèvre d'Étaples, Guillaume Budé et se poursuit avec des groupes enthousiastes formés de gens de robe, de moines (François Rabelais) ou d’officiers de la couronne. Joachim du Bellay, la famille Estienne, ou Étienne Pasquier auront à cœur de valoriser la langue « vulgaire ». vignette|Château de Chambord. Au , la France se construit autour du pouvoir royal qui œuvre à unifier la langue française avec le rôle déterminant joué par François . Sa protection des savants, des écrivains et des artistes lui vaudra le titre de Père des Lettres. L’institution de la Bibliothèque Royale, la fondation en 1530 du Collège des lecteurs royaux (actuel Collège de France), 1530 pour le grec et l'hébreu, 1534 pour le latin permet de contrecarrer l’influence conservatrice de la SorbonneLe beau , , Les temps difficiles - Pierre Goubert, Initiation à l'histoire de la France, éditions Fayard-Taillandier, 1984. vignette|La naissance de Vénus par Botticelli. Le même esprit anime l’art de la Renaissance artistique qui s’inspire de la culture italienne. François invite les artistes italiens : Léonard de Vinci, Benvenuto Cellini, Le Primatice. Si les thèmes religieux restent très importants, ils laissent une place grandissante aux sujets profanes et civils : ainsi la sculpture de Jean Goujon est-elle un hymne à la gloire du corps humain. Jean et François Clouet créent une école française du portrait. Bernard Palissy donne ses lettres de gloire à la céramique. Pour la musique, on retiendra Roland de Lassus et Clément Janequin. En même temps les châteaux s’inspirent de l’Italie (architecture de plaisance, matériaux, clarté, élégance) et une vie de cour commence à s'élaborer.droite|vignette|Le Massacre de la saint Barthélémy d'après François Dubois. Enfin les bouleversements religieux au sein de la chrétienté sont fondamentaux : dans un premier temps Humanisme et Réforme ont partie liée par le retour au texte, la réflexion critique et le libre examen. Les traductions de la Bible en français se multiplient. Les questions théologiques seront désormais traitées en françaisL'humanisme français au début de la Renaissance: colloque international de Tours – Librairie Vrin 1973 . Les oppositions idéologiques entre catholiques et protestants conduiront à des oppositions armées dans un climat de guerre civile avec des implications de politique étrangère. Ainsi les guerres de religion (1562-1598) ternissent la fin du siècle en France et mettent à mal l’optimisme du « Premier », marqué des découvertes techniques, scientifiques et géographiques déterminantes. L’affirmation des puissances européennes et de leurs dynasties royales s’accentue et l’Histoire des Temps Modernes s’ouvre dans l’affrontement.

Les différents genres La littérature du regroupe trois courants principaux : la littérature humaniste, la littérature courtoise et la littérature engagée.

Contes et nouvelles Les contes continuent la tradition médiévale en traitant des problèmes de la morale, de la religion, du savoir. Ils sont pour la plupart amusants et gardent le caractère oral des fabliaux et des farces. En général, ils représentent des récits invraisemblables. Les personnages sont choisis dans diverses couches de la société. S’il y a des pointes satiriques, elles sont adressées aux moines et aux curés, aux gens de la justice, aux femmes bavardes et inconstantes. On peut citer dans la fibre satirique, les œuvres de Noël du Fail dont les étonnants Propos rustiques (1547) mettent en scène quatre vieux paysans évoquant les mœurs d’autrefois.

Les nouvelles sont introduites en France grâce à l’imitation de Boccace. Il s’agit de récits généralement brefs, de construction dramatique, avec des personnages peu nombreux. Au la nouvelle française est liée au nom de Marguerite de Navarre (1492-1549), sœur de François . Dans son Heptaméron elle peint des situations simples et contemporaines et marque le début de l’étude psychologique en littérature. L’intrigue est toujours amoureuse, les personnages sont pris du réel.

Liste partielle des publications Anonyme : Cent nouvelles nouvelles (1462) ( ; Philippe de Vigneulles (1471-1528), Les Cent nouvelles nouvelles (vers 1515) (manuscrit unique conservé par la Bibliothèques municipale de Metz dont la numérisation est disponible sur Flirckr) ; Anonyme : Le Paragon des nouvelles honnestes et délectables (1531) ; Nicolas de Troyes (1510c-1570c), Le Grand paragon des nouvelles nouvelles (1533-37) (seul le volume 2 de l'unique manuscrit a été conservé et est numérisé sur Gallica) ; Bonaventure Des Périers (1510c-1544c), Cymbalum Mundi (1537) ; Marguerite de Navarre (1492-1549) : Histoires des Amans fortunez (1558), version écourtée de L'Heptaméron publiée par Pierre Boaistuau (67 récits seulement sans les dialogues entre les récits), L'Heptaméron (1559) ; Giovanni Boccaccio (1313-1375) dit Boccace, Décaméron - Antoine Le Maçon, traducteur (1545) ; Noël du Fail (1520c-1591), Propos rustiques de maistre Léon Ladulfi (1547), Les Baliverneries ou contes nouveaux d’Eutrapel (1548) ; La Motte-Roullant. : Les fascetieux devitz des cent nouvelles nouvelles, tres recreatives et fort exemplaires... (1549) - (109 récits dont la majorité est adaptée des Cent nouvelles nouvelles) ; Bonaventure des Périers : Les Nouvelles récréations et Joyeux devis (90 récits) (1558) ; Pierre Boaistuau, Histoires tragiques extraictes des œuvres italiennes de Bandel.... (1559), traduction de Bandello ; François de Belleforest : Continuation des histoires tragiques, contenant douze histoires tirées de Bandel.... (1559) - traduction de Bandello ; Pierre Viret (1510/1510-1571), Le Monde à l'empire (date?), pamphlet satirique, Le Monde démoniacle (1561), pamphlet satirique ; François de Belleforest (1530c-1583) et Pierre Boaistuau (1517-1566) : Histoires tragiques, en 7 volumes, suite personnelle de la traduction de Bandello ; Jacques Tahureau (1527-1555), Les dialogues, Non moins profitables que facetieux (1565) ; Henri Estienne (1528c-1598), Apologie pour Hérodote (1566) (dont 180 récits) ; Jean Bergier (1530/1540-1591), Discours modernes et facecieux (1572) (13 récits) ; Jacques Yver (1548-171), Le Printemps d’Yver, contenant plusieurs histories discourues en cinq journées (1572) ; Duroc Sort-Manne (?-?), pseudonyme de Romannet Du Cros, Nouveaux recits ou comptes moralisez (1573) ; Jeanne Flore (1520 c-1600 c), Comptes amoureux (1574) (7 récits) ; Antoine Tyron (1510/1520-1580/1590), Recueil de plusieurs plaisantes nouvelles, apophthegmes et recreations diverses (Anvers, 1578). ; Philippe le Picard (pseudonyme : Philippe d'Alcripe) (ca 1530-1581), La Nouvelle fabrique des excellents traits de la verité. Livre pour inciter les resveurs tristes et melancholiques à vivre de plaisir. Par Philippe d’Alcripe, sieur de Nery en Verbos (1579) (100 courts récits) ; Bénigne Poissenot (1558-?), L’été (1583), Nouvelles histoires tragiques (1586) ; Gabriel Chappuys (1546 c-1613), Cent excellentes nouvelles (1583), traduction des Hecatommithi de l'Italien ; Les Facétieuses Journées (1584), traduction de récits italiens ; Giovanni Battista Giraldi Cintio (1504-1574) ; Antoine du Verdier (1544-1600), Le Compseutique ou traits facétieux (1584), (la plupart perdus) ; Guillaume Bouchet (1513 c-1594), Les sérées (1584, 1597, 1598) ; Noël du Fail (1520 c-1685), Les contes et discours d'Eutrapel (1585) ; Nicolas de Cholières (1540 c-1623) : Les matinées (1585), Les après-dînées (1587) ; Vérité Habanc (?-?), Nouvelles histoires tant tragiques que comiques (1585). ; Étienne Tabourot (1567-1590) dit Tabourot des Accords, Les Bigarrures (1572), Apophtegmes du Sieur Gaulard (1585), Les Escraignes dijonnaises (1588).

Roman vignette|Portrait anonyme de François Rabelais. Si le roman d’aventures continue à avoir le plus de succès, c’est l’œuvre de François Rabelais (1483-1553), à la fois homme d’Église et médecin, qui domine le siècle par sa truculence et son humanisme optimiste. Cette œuvre porte en elle toute la complexité du genre romanesque et, ce qui est plus important, de la réflexion humaniste de l’époque. C’est le roman de François Rabelais (1483-1553) Gargantua et Pantagruel. Dans cinq livres publiés de 1532 à 1564, Rabelais, nourri de ses lectures et de ses souvenirs, reprend les légendes d’une famille de géants et, à travers les aventures de ses personnages Gargantua et Pantagruel, père et fils, exprime ses idées humanistes sur le bonheur, la guerre, l’Église, l’éducation, la politique d’un roi, l’ordre social. Son idée maîtresse est la foi enthousiaste dans la raison et les possibilités humaines. Ses personnages principaux ont l’esprit large, l’âme magnanime, le bon sens, l’avidité du savoir, l’amour de l’action, la haine du fanatisme religieux et politique, la volonté de chercher la vérité sans arrêt. Ce sont, en effet, les traits de l’Homme de la Renaissance. L’idée de l’homme fidèle à sa nature, qui reste lui-même, sans masque, trouve son incarnation dans le personnage de Pantagruel et s’exprime aujourd’hui par la notion de « pantagruélisme ».