vignette|Carte de la Jamaïque. vignette|Carte des Caraïbes. La Jamaïque, une des plus grandes îles de l'archipel des Antilles, est située au sud de Cuba et à l'ouest de l’Île Hispaniola, territoire de la république d’Haïti et de la République dominicaine, dans la mer des Caraïbes.
Elle est d'abord habitée par le peuple taïno, qui appartient au groupe des Arawaks. Découverte par Christophe Colomb en 1494, aussitôt possession de la couronne de Castille, elle connaît la colonisation seulement après la mort du navigateur.
Au , la Jamaïque est menacée par les entreprises des pirates qui s'attaquent même à la principale ville de l'île (Villa de la Vega, aujourd’hui Spanish Town). En 1655, la ville est conquise par l'Angleterre et l'île devient le sanctuaire des boucaniers, menés par le capitaine Henry Morgan. Le traité de Madrid de 1670 officialise l'abandon de la Jamaïque par les Espagnols.
Après cela, les Anglais commencent à importer massivement des esclaves afin de cultiver la canne à sucre, qui devient la principale denrée d'exportation. En 1865, la Jamaïque est le théâtre d'un des plus importants soulèvements de la population noire des Antilles.
La Jamaïque, état insulaire, souverain, indépendant depuis 1962, membre du Commonwealth, d'une superficie de , est habitée en 2020 par (diaspora non comprise), appelés Jamaïcain(e)s, parlant anglais et/ou anglais jamaïcain et/ou créole jamaïcain (patwa), et partiellement patois rasta (dread-talk).
Histoire précolombienne Les premiers peuplements vignette|Les collines dominant Alligator Pond (paroisse de Manchester), l'un des plus anciens sites d'occupation précolombienne attestés en Jamaïque. La première occupation humaine attestée de la Jamaïque remonte à environ 650 ap. J.-C.. À cette époque, une population désignée par les archéologues sous le nom de « peuple de la céramique rouge » (Redware people) s'établit sur plusieurs sites des côtes sud-ouest et nord-centrale de l'île. Rattachés à la culture ostionoïde, ces groupes sont présents jusqu'aux environs de 850 ap. J.-C. au moins, des datations radiocarbone suggérant une occupation possible jusqu'au XIV siècle dans certains secteurs, avant de disparaître du registre archéologique bien avant l'arrivée des Européens.
Dix-neuf sites leur sont attribués avec certitude. Ils se répartissent en trois principaux ensembles côtiers : la côte nord de la paroisse de Saint Ann, la côte sud des paroisses de Manchester et Saint Elizabeth, ainsi que la côte sud-ouest des paroisses de Westmoreland et de Saint Elizabeth. Implantés à moins de cent mètres du rivage, ces établissements témoignent d'une économie largement tournée vers l'exploitation des ressources halieutiques. La tortue marine constituait leur principale source de protéines, complétée par la collecte d'espèces associées aux herbiers marins et par l'utilisation d'outils façonnés dans des coquillages de strombe. Les sites d'Alligator Pond (paroisse de Manchester) et de Little River (paroisse de Saint Ann) figurent parmi les plus anciens connus.
Le site de Paradise Park (paroisse de Westmoreland) constitue à ce jour le seul site jamaïcain où des tessons des deux cultures ont été retrouvés mêlés, apportant la première preuve archéologique d'interactions entre ces deux populations. Certains chercheurs avancent l'hypothèse d'une assimilation progressive des populations Redware par les Taïnos au cours d'un processus d'interactions sociales et culturelles. D'autres envisagent au contraire une rupture nette, les Redware pouvant représenter une tentative de colonisation avortée avant l'installation durable des populations taïnos
Les Taïnos vignette|Spatule vomitive taïno en os de lamantin (900–1492), utilisée lors du rituel de la cohobaSpatule vomitive, culture taïno, 900–1492, Grandes Antilles. Os de lamantin, 19,1 × 3,2 × 11 cm. Don de Brian et Florence Mahony, 1995.244. . Cleveland Museum of Art. Une seconde vague migratoire, vraisemblablement originaire du centre d'Hispaniola, atteint la Jamaïque vers 948 ap. J.-C. et y introduit une tradition céramique distincte, dite meillacoïde et inaugure la période dite White Marl (v. 950–1545). Ces nouveaux arrivants, identifiés aux Taïnos, se distinguent des Redware par une céramique grossière non peinte, une préférence pour les sites situés dans l'intérieur de l'île et sur les hauteurs, ainsi qu'une économie davantage tournée vers l'exploitation des mangrove. Ainsi, la tortue marine, omniprésente dans les assemblages Redware, est totalement absente des sites taïnos.
Le site de Paradise Park (paroisse de Westmoreland) constitue à ce jour le seul site jamaïcain où des tessons des deux cultures ont été retrouvés mêlés, apportant la première preuve archéologique d'interactions entre ces deux populations. Certains chercheurs avancent l'hypothèse d'une assimilation progressive des populations Redware par les Taïnos au cours d'un processus d'interactions sociales et culturelles. D'autres envisagent au contraire une rupture nette, les Redware pouvant représenter une tentative de colonisation avortée avant l'installation durable des populations taïnos.
Ils donnent à l'île le nom de Xamayca, dont l'étymologie reste discutée, traduit tantôt par « terre du bois et de l'eau », tantôt par « terre des cascades » ou « terre des rivières en abondance ».
Ces populations, identifiées aux Taïnos, constituent un variant occidental distinct des « Taïnos classiques » d'Hispaniola et de Porto Rico, même si la désignation des peuples indigènes des Caraïbes sous un nom unique a été remise en question récemment, les chercheurs tendant davantage à adopter une approche individualisée des différentes cultures caribéennes plutôt qu'à leur attribuer une culture « taïno » unique.
Contrairement aux groupes Redware, qui occupaient principalement le littoral, elles établissent leurs villages sur les hauteurs dominant la mer, parfois aménagées en terrasses artificielles, comme en témoigne le site de Maima (paroisse de Saint Ann). Plus de 270 sites archéologiques leur sont attribués à travers l'île.
Malgré leur isolement et leurs styles céramiques distincts, ces « Taïnos occidentaux » de Jamaïque partageaient des traits linguistiques et culturels avec les peuples taïno. La société est organisée groupements de villages alliés placés sous l'autorité de huit à dix chefs principaux, ou caciques (cacicazgos), au sein d'une hiérarchie comprenant également une classe laborieuse, des esclaves et des chamans.
L'économie repose sur l'agriculture notamment l'aménagement des champs en conucos pour la culture du manioc conuco, du maïs et de la patate douce, complétée par la pêche et l'exploitation des milieux de mangrove.
vignette|Sculpture taïno, entre 800 et 1500 de notre ère (Walters Art Museum, Baltimore).
La culture matérielle se distingue par un travail élaboré du coquillage et de la pierre : haches polies dites « pétaloïdes », herminettes, trigonolithes (« pierres à trois pointes ») et duhos, tabourets cérémoniels en bois à incrustations de nacre, témoignent d'un artisanat développé. Des objets caractéristiques ont été déposés dans des grottes à usage cérémoniel ou funéraire, à proximité de pétroglyphes, tandis que les villages eux-mêmes sont établis en plein air. La vie religieuse est organisée autour du culte des zemis, figures ancestrales structurant la cosmologie et la vie sociale taïnos, et de la cérémonie du cohoba, rituel d'inhalation à usage divinatoire.
L'arrivée de Christophe Colomb le 5 mai 1494 sur la côte nord de l'île marque le début d'un effondrement démographique brutal. Les maladies, le travail forcé et les violences réduisent rapidement la population taïno. Un recensement espagnol de 1611 ne signale plus que 74 individus d'origine indigène sur l'ensemble de l'île.
Découverte et conquête (1494-1509) Christophe Colomb Lors de son deuxième voyage, Christophe Colomb débarque le 5 mai 1494 sur la côte nord de la Jamaïque, qu'il nomme Santa Gloria (l'actuelle Saint Ann's Bay), à titre d'exploration uniquement, sans y établir de colonie. Les Taïnos se montrent hostiles à l'égard des nouveaux arrivants, bien que les échanges de menus objets contre de la nourriture se déroulent sans incident majeur au fil de la côte. Colomb note l'absence d'or sur l'île dans son rapport à la Couronne, ce qui décourage toute colonisation immédiate.
Lors de son quatrième et dernier voyage (1502-1504), Colomb est contraint de faire escale en Jamaïque en raison du mauvais état de ses navires. Il séjourne sur l'île du 24 juin 1502 au 29 juin 1503, dépendant pour sa subsistance du village taïnos de Maima, situé à environ 1,4 km de ses caravelles échouées. Les Espagnols échangent clous, perles de verre et lacets contre du manioc, du maïs et du poisson. Colomb reste silencieux sur cette période dans ses journaux, mais son fils Diego Colón, qui l'accompagnait, note que l'île était densément peuplée et mentionne également les échanges avec le village d'Aguacadiba.
Son homme de confiance Diego Méndez rejoint Santo Domingo en canoë avec des rameurs taïnos dont plusieurs meurent de soif ou de maladie en route. Le gouverneur Nicolás de Ovando envoie d'abord un navire avec instruction de ne pas secourir Colomb mais seulement de vérifier s'il est vivant. Méndez finance lui-même un navire de secours grâce aux revenus de Colomb à Hispaniola. Ce navire arrive en juin 1504, permettant à Colomb de quitter l'île le 29 juin 1504. Il rentre en Espagne, où il meurt à Valladolid le 20 mai 1506.
Conquête (1509) En 1509, Juan de Esquivel débarque avec une soixantaine de colons et fonde Sevilla la Nueva sur la côte nord, à proximité du site de Maima, profitant de la présence d'un port abrité et d'une population taïnos nombreuse et pacifique. La Jamaïque entre ainsi dans le système colonial espagnol, devenant rapidement une base d'approvisionnement pour les expéditions vers l'Amérique centrale. La colonie est chargée de développer l'agriculture et l'élevage afin d'approvisionner les expéditions . L'encomienda est rapidement mise en place. Les Taïnos sont assignés aux colons comme main-d'œuvre forcée en échange d'une protection et d'une instruction religieuse.
Face à une rébellion des populations locales provoquée par les mauvais traitements, Esquivel fait exécuter les caciques, mettant fin à toute résistance ouverte. Il est néanmoins destitué en 1513 et remplacé en 1514 par Francisco de Garay, nommé lieutenant-gouverneur par Diego Colón. En sa qualité de « repartidor de l'île de Xamayca », Garay redistribue les travailleurs indigènes aux colons et aux nouvelles estancias royales, dont il est lui-même associé. Il fonde deux nouvelles villes dont Oristán sur la côte sud et Melilla à l'est de Sevilla la Nueva et construit le premier moulin à sucre de l'île. Son départ en 1523 pour faire valoir ses droits sur une partie du Mexique prive l'île de sa main-d'œuvre et de ses capacités de transport. La Jamaïque est par la suite concédée à titre de marquisat au petit-fils de Colomb, Luis Colón, par Charles Quint, assorti d'une rente annuelle de 10 000 ducats.
La colonie espagnole de la Jamaïque (1509-1655) Extinction des Taïnos et introduction de l'esclavage