L'Achillée millefeuille ou la Millefeuille (Achillea millefolium L.) est une espèce de plantes herbacées vivaces de la famille des Astéracées, cosmopolite dans l'hémisphère Nord. C'est une plante comestible dont on peut utiliser les feuilles (à goût astringent et à faible odeur camphrée). et l'une des plantes le plus couramment utilisées en médecine traditionnelle depuis plus de Radusiene J, Gudaityte O. (2005) Distribution of proazulenes in Achillea millefoliums wild populations in relation to phytosociological dependence and morphological characters. Plant Genet Resource 3: 136–143..

Étymologie et dénominations Selon la légende colportée par Pline, naturaliste romain du , son nom lui vient d'Achille, héros de la mythologie grecque blessé au cours de la guerre de Troie, qui s'en servit pour guérir sa plaie et celles de ses soldats., d'où son autre nom d'« herbe du Soldat ». (Achille meurt cependant d'une flèche empoisonnée lancée par Pâris. Ce dernier a-t-il utilisé la vénéneuse parisette, l'herbe de Pâris, ou simplement l'arsenic. ?)

La plante possède plusieurs noms vernaculaires : herbe à dindes, herbes à dindons, persil à dindeCes noms vulgaires paraissent être un pur canadianisme, fondé sur l'emploi de la plante dans l'alimentation de cette volaille. Cf. ., herbe aux charpentiers, herbe aux cochers, herbe aux militaires ou au soldat, herbe à la coupure ou saigne-nezCes noms vernaculaires rappellent que la plante était utilisée à des fins médicinales depuis des millénaires, l'achillée étant réputée hémostatique et capable de cicatriser les plaies. Cf. .. C'est l'une des herbes de la Saint-JeanL'herbe de la Saint-Jean, surnom plus souvent utilisé pour le Millepertuis perforé, fait référence à la floraison de la plante qui débute autour du , fête de la Saint-Jean., aussi dite herbe de Saint-Joseph et herbe des menuisiersLa tradition raconte que lorsque Joseph se blessa dans son atelier de charpentier, l'enfant Jésus alla chercher l'achillée millefeuille pour le soigner. Cf. ., sourcils de VénusRappel du récit de Pline selon qui Achille guérit sur le conseil de la déesse Aphrodite (Vénus), par application de cette herbe, les sourcils faisant allusion à la finesse et la découpe de ses feuilles. Cf. .. Nommée Yarrow par les anglophones, et Biranjasipha, Gandana, Gandrain, Puthkanda, Bhut Kesi (en Hindi), Bimjasif (en Joshimath), Rajmari (en Konkani), Rojmaari (en Marathi), Achchilliya (en Tamil), Tukhm gandana, Buiranjasif et Brinjasuf (en Urdu) dans le sous-continent indien.

Caractéristiques Appareil végétatif

C'est une plante rhizomateuse vivace vigoureuse, à longue durée de vie. Elle se présente d’abord sous forme de touffes de feuilles, ayant progressivement tendance à tapisser le sol grâce à ses nombreux petits rhizomes très étendus. Son rhizome traçant noir porte des tiges sillonnées de de diamètre, variant de (plus généralement de 50 à ).. Ces tiges sont uniques ou en groupe peu dense, à port dressé. Elles sont peu ramifiées et portent des poils laineux, courts et blanchâtres.

Les feuilles sont allongées, vert foncé, alternes, aux deux faces pubescentes, finement bipennatilobées (doublement pennées), découpées en fines lanières courtes (37 à 51 divisions principales situées sur des plans différents). Elles sont plus longues et pétiolées à la base (avec une base embrassante mais ne formant pas d'oreillette), plus courtes et sessiles au sommet. Elles mesurent de 2 à de longueur pour une largeur de 0,6 à . Elles dégagent une odeur légèrement camphrée..

Appareil reproducteur vignette|Détail de l'inflorescence. La floraison a lieu de mai à octobre.

Comme tous les membres de la famille des Astéracées, les « fleurs » sont en fait des capitules de de diamètre souvent blanches, roses ou pourpres sur les bords (fleurons ligulés zygomorphes), alors que les fleurons du centre (fleurons tubulés actinomorphes) sont blanc-jaunâtre à jaunes. Ces capitules, qui apparaissent sur les réceptacles inflorescentiels aux sommets des tiges, forment des corymbes au sommet aplati ou un peu bombé..

Chaque fleur est entourée d'un involucre ovoïde formé de bractées poilues, ovales avec une extrémité obtuse, bordées d'une marge pâle ou brunâtre, ces bractées restant appliquées contre les akènes à maturité. Les bractées forment un pseudo-calice involucral, tandis que les cinq ligules constituent une pseudo-corolle..

Chaque capitule mesure environ 5 ou de diamètre et sont précédés d'un involucre aux bractées imbriquées comme les tuiles d'un toit. Le capitule contient généralement 5 fleurons ligulés, ne comprenant que des organes reproducteurs femelles, de 2 ou de long, blanc ou parfois rose, rarement rouge. Ils entourent de 10 à 30 fleurons tubulés hermaphrodites, crème à jaunâtre. Tous les fleurons présentent un ovaire infère, dont le style se termine par un stigmate bifide.

Leur fécondation est entomogame. Le fruit est un akène oblong, aplati, dépourvu de soies, enfermant une petite graine de de diamètre.

Écologie Cette espèce est cosmopolite dans l'hémisphère Nord. On la trouve en Eurasie et en Amérique du Nord.

Dans les Pyrénées, elle est présente aux étages collinéen à alpin.

Son habitat type est les prairies mésohydriques, mais la plante tolère la sécheresse grâce à son système racinaire étendu. Elle est ainsi une plante indicatrice d'un sol plutôt sec et peu calcaire, pouvant évoluer en prairie épaisse à fromental. Elle peut se faire parasiter par l'Orobanche pourprée.

Plante héliophile, elle tolère mal l'ombre. Elle pousse dans les zones à boisement peu dense (hêtraies-chênaies), sur les bords de route et les terrains vagues. Elle se comporte souvent en mauvaise herbe dans les lieux ouverts tels que pâturages, prairies, pelouses, bords de chemin et terrains vagues. Sa plasticité explique qu'on rencontre dans certaines pelouses fréquemment tondues, des formes basses de la plante dont la faible taille est due à des facteurs génétiques..

Cette plante est généralement peu appréciée par les bovins, mais peut être broutée par les caprins, les ovins ou certains cervidés. Cette plante est mellifère..

Pharmacochimie Les études phytochimiques des espèces dAchillea ont montré que ce genre botanique biosynthétise de nombreux composants hautement « bioactifs ».

Les différentes parties de l'Achillée renferment notamment plus d'une centaine de composés chimiques connus (en 2000), dont. : Huiles essentielles (eucalyptol, germacrane, camphre, chamazulène) l'azulène ne serait pas présent dans A. millefolium, mais dans des espèces voisines : A. lanulosa, A. collina ; par ailleurs l'azulène n'est pas présent dans la plante fraîche : il apparaît lors de la distillation des huiles essentielles Yarrow. Sur catbull.com.. Flavonoïdes (apigénine-7-glucoside, artémétine, casticine, isorhamnétine, lutéoline-7-glucoside, rutine, 5-hydroxy-3,6,7,4-tetraméthoxyflavone) Alcaloïdes (achicéine, achilléine (synonyme potentiel de L-bétonicine), bétonicine, moschatine, stachydrine, trigonelline) Bases (bétaïne, choline) Polyacétylènes Monoterpènes (bornéol, acétate de bornyle, camphre, cinéol, limonène, sabinène, terpinène-4-ol, terpinéol, a-thujone) ; chez cette espèce, , Triterpènes et sesquiterpènes Acides aminés (alanine, acide aspartique, acide glutamique, histidine, leucine, lysine, proline, valine) Acides gras (linoléique, myristique, oléique, palmitique, stéarique) Acide ascorbique Acide caféique Acide folique Acide salicylique Acide succinique Coumarines Tanins. Achillée (Yarrow) : . En 2006, les conjugués hydroxycinnamoyle et d'acide quinique (métabolites terminaux communs de la voie shikimate-phénylpropanoïde), et les dérivés d'acide féruloylcaféoylquinique VII n'avaient jusqu'alors été isolés que chez deux espèces du genre AchilleaRadulovic, N., Stojanovic, G., & Asakawa, Y. (2006). Hydroxycinnamoyl conjugates from the roots of Achillea holosericea Sibth. et Sm. Biochemical systematics and ecology, 34(1), 83-87.. Les parties aériennes des espèces Achillea contiennent de la proline VIII, de la stachydrine IX, la bétonicine X, la bétaïne XI et la choline XII, parmi les principaux composés azotés isoléesMehlführer, M., Troll, K., Jurenitsch, J., Auer, H., & Kubelka, W. (1997) Betaines and free proline within the Achillea millefolium group. Phytochemistry, 44(6), 1067-1069 (résumé).Saeidnia, S., Gohari, A. R., & Yassa, N. (2004). A search for betaine compounds within the Iranian Achillea. International Journal of Biology and Biotechnology, 1, 719-720.. Les bétaïnes, contenant la charge positive permanente sur le groupement ammonium quaternaire, appartiennent à une classe importante de composés naturels qui fonctionnent comme des solutés compatibles ou des osmoprotecteurs ; des composés qui se sont montrés immunosuppresseurs in vivo chez l'animal de laboratoireHamidi, H., Jahanian, R., & Pourreza, J. (2010). Effect of dietary betaine on performance, immunocompetence and gut contents osmolarity of broilers challenged with a mixed coccidial infection. Asian Journal of Animal and Veterinary Advances, 5(3), 193-201 (résumé).. On a montré en 2005, que les infusions d'inflorescences, et mieux encore de feuilles des espèces du genre Achillea sont potentiellement sources d'antioxydants, pouvant prévenir ou contribuer à traiter des maladies liées à des dommages oxydatifs..

Certains effets pharmacochimiques de la plante peuvent être expliqués par une large gamme de métabolites actifs secondaires (ex : flavonoïdes, acides phénoliques, coumarines, terpénoïdes (monoterpènes, sesquiterpènes, diterpènes, triterpènes) et stérols (souvent trouvés chez les espèces dAchillea).

Usages Médecine vignette|Achillea millefolium en fleur ; c'est la sommité florale qui est la plus utilisée en phytothérapie.

Histoire des usages médicinaux Cette plante a été trouvée dans une tombe néandertalienne découverte lors de fouilles archéologiques à Shanidar, en Irak. Les hommes de Néandertal semblaient avoir une pharmacie rudimentaire basée sur les plantes, et l'une des huit plantes identifiées au moyen des grains de pollen trouvés sur ce gisement était l'achillée. Une analyse d'ADN a confirmé la présence d'ADN de cette plante dans de la plaque dentaire néandertalienneSid Perkins (2017) Neandertals ate woolly rhinos and mushrooms, may have used painkillers and antibiotics; Science magazine ; 08 mars 2017.

Le Grec Dioscoride () fut le premier à mentionner la millefeuille comme une plante incomparable pour traiter les plaies saignantes ainsi que les ulcères anciens ou récents.

Pline l'Ancien, naturaliste romain du , cite Achille, héros de la mythologie grecque, qui s'en servit avec de la rouille pour guérir la blessure de TélèphePline l'Ancien, Histoires naturelles, livre XXV, 19. Au , le médecin bordelais Marcellus Empiricus devait reprendre cette thèse pour recommander la millefeuille contre les saignements.

Dans la culture et littérature perses, où le nom Bumadaran désigne plusieurs espèces du genre Achillea, ces espèces sont dites toniques, anti-inflammatoires, antispasmodiques, diaphorétiques, diurétiques et emménagogues, cicatrisantes et utilisées contre la pneumonie, des douleurs rhumatismalesZargari A. Medicinal Plants. 4th ed. Tehran: Tehran University Publication; 1996. pp. 106–117.Saeidnia S, Gohari AR, Yassa N, Shafiee A (2005) Composition of the volatile oil of Achillea conferta DC, from Iran. Daru. ;13:34–36.

La plante est présente en Amérique du nord : au Nouveau-Mexique hispanophone, comme dans le sud du Colorado, l'espèce est nommée plumajillo (« petite plume ») et les Amérindiens, tout comme les premiers colons l'utilisaient pour son astringence favorisant la cicatrisation et l'anti-saignementDodson, C., & Dunmire, W. W. (2007) Mountain wildflowers of the southern rockies: Revealing their natural history. UNM Press..