vignette|300px|Table de séparation industrielle.
L'exploitation de l'or en Guyane existe depuis le milieu du , essentiellement sous forme d'orpaillage. Aujourd'hui, l'or est extrait soit de manière légale, soit de manière illégale et clandestine (on parle généralement d'orpaillage illégal), directement dans la roche mère ou bien dans le lit des rivières. Les conséquences environnementales de l'exploitation illégale (mercure, déforestation…) sont nombreuses et affectent en premier lieu les populations autochtones.
Fin 2012, une trentaine de sociétés (artisans et PME) exploitaient le sous-sol guyanais de manière légale. L'orpaillage illégal compte en 2008 plusieurs milliers à selon les estimations les plus courantes, selon un communiqué de Reuters du « Mille hommes engagés en Guyane contre l'orpaillage clandestin ». de chercheurs d’or clandestins, venus principalement de régions défavorisées du Brésil ou du Suriname. Ces « garimpeiros » exploitent le sous-sol ce qui conduit à de nombreux problèmes, en particulier au saccage d’une forêt tropicale unique au monde, la moins fragmentée pour cette surface. Le mercure, utilisé pour amalgamer les petites particules d'or, contamine les populations amérindiennes. Ces pratiques génèrent un climat de violence depuis les années 1990.
Contexte géologique et édaphique Origine des gisements aurifères Le bouclier des Guyanes. montre des roches précambriennes, datées de l'Archéen et du Paléoprotérozoïque. Ces terrains sont la prolongation de ceux de l'Afrique de l’Ouest, dont ils ont été séparés lors de l'ouverture de l'Atlantique il y a environ d'années.
L'orogénèse transamazonienne se développe autour de 2,1 milliards d'années, alimentant le bouclier des Guyanes, et le Birimien de l'Afrique de l'Ouest. Ces minéralisations présentent une liaison avec les grandes structures cisaillantes marquant le coulissage sénestre des blocs continentaux convergentshttps://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-62003-FR.pdf. A cette époque se forme des roches volcaniques associées à des sédiments désignées sous le terme de « formation Paramaca ».
Trois grandes catégories de minéralisation primaires ont été découvertes en Guyane: les amas de sulfures massifs volcanogènes, dans lesquels les minéralisations précoces sont liées aux strates encaissées dans les formations volcano-sédimentaires de la série Paramaca. Le site de Dorlin en est une illustration : l'or y est associé à des sulfures disséminés dans une zone d'altération hydrothermale à tourmaline magnésienne, chlorite et quartz ; les zones filoniennes (filon ou stockwerk), ou minéralisations discordantes polymorphes, également encaissés dans les formations volcano-sédimentaires de la série Paramaca. Elles sont aussi présentes dans les faciès de l'ensemble détritique supérieur du Sillon nord-guyanais ; les conglomérats aurifères, ou minéralisations à or disséminé, issus de l'ensemble détritique supérieur du Sillon nord-guyanais. Ils se retrouvent essentiellement dans des conglomérats polygéniques à oxydes détritiques riches en galets métasédimentaires hydrothermalisés et schistosés, ainsi que dans des quartzites, plus rarement dans des conglomérats monogéniques.
Altérations des roches et gisements Depuis le Miocène, la zone est soumise à un climat chaud et humide et les fortes pluies ont entraîné la formation de profils d’altérations pouvant atteindre 30 à d’épaisseur. Cette altération a permis la formation de gisement de bauxite au Suriname (gisements de Moengo et Onverdacht) et altéré les gisements primaires pour concentrer l'or dans les placers.. On retrouve ce type de gisement notamment au niveau du plateau des Mines, du plateau Serpents et du plateau Cascades. Il existe en outre de très nombreuses concentrations d'or secondaire, issus de l'érosion des gisements primaires (placers alluviaux et éluviaux récents). C'est notamment le cas des placers Boulanger, Délice et Paul-Isnard.
Histoire de l'exploitation aurifère en Guyane
L'implantation européenne ne débute dans la région qu'au et en 1604 la France s'approprie le territoire entre l'Amazone et l'Orénoque. Dans les premières décennies les colons restent limités à l'ile de Cayenne, et l'arrière-pays devient une zone de légendes où se cacheraient des citées débordant d'or. Les cartes de l'époque, dont cette de Sanson d'Abbeville ou de Bonne montrent le lac Parimé en arrière du plateau des Guyanes, où se baigne le seigneur de Manoa, El Dorado.
Le Révérend Père Chrysostôme est chargé en 1720 des premières campagnes de prospection sans faire aucune découverte. Le gouverneur Claude d'Orvillie désigne ensuite un ancien soldat du nom de Canada puis le commandant La Garde de poursuivre les recherches. Après le départ du gouverneur, les explorations se poursuivent jusqu'en 1742 sans plus de succès.
Les premières études géologiques sont menées par le naturaliste Jean-Baptiste Leblond à la fin du , qui remarque des intrusions de filon de quartz dans les granites et émet l(hypothèse qu'ils contiennent de l'or. Un amérindien qui l'avait guidé ramène au gouverneur Millius une pierre incrusté d'or en 1824, avant de disparaitre
L'exploitation de l'or en Guyane débuterait en 1854 ou 1855 (selon les sources) par la découverte de pépites dans la crique Aïcoupaïe, affluent de l’Approuague par un métis brésilien dénommé Paolinohttps://journals.openedition.org/com/12353, un ancien mineur d'Ouro Prêto, dans le Minas Gerais. En 1855, le Français Felix Couy, commandant du quartier de l'Approuague, confirme la découverte lors d'une expédition sur le site.
En 1856, l'expédition conduite par Mazin et Marin dans le bassin de l'Oyapock ne mène à aucune découverte. Le lancement de l'exploitation aurifère en Guyane est généralement datée à l'année 1857 avec d’or extrait des placers de l’Approuague. Les quelques gisements découverts près des monts de l'Observatoire, dans la rivière Ouanary ne suffisent pas à détourner les mineurs de l'Approuague jusqu'aux découvertes sur l'Orapu et la Comté en 1859 et en 1862 celles des frères Paul et Ernest Isnard sur le Kourou (placer National). Paul Isnard découvre le gisement Adieu-Vat en novembre 1866, et Élie Vitalo découvre le placer Dieu Merci en 1869 et le placer Saint-Élie dans la crique Pactole en 1873. Les découvertes continuent vers l'Ouest: en 1869, Covis et Théophile Melkior identifient le placer Pas Trop Tôt sur un affluent de la rive droite de la Mana (le Cokioco), et Léonce Melkior découvre les placers Élysée et Enfin et Paul Isnard le placer Lézard sur la rive gauche (crique Lézard). En 1875, ce sont 12 placers qui sont actifs entre la Mana et le Maroni. Il faudra attendre le début des années 1880 pour que le haut Maroni soit exploré et que les recherches reprennent sur l'Oyapock.
Quelques années se sont écoulées depuis l'abolition de l'esclavage de 1848, et des travailleurs libres (locaux ou venant de la Caraïbe) se reconvertissent de l'agriculture à l'orpaillage, tout en conservant un statut d'ouvrier. À partir de 1855 et jusqu'en 1880, l’État accorde des concessions minières aux planteurs européens, en compensation de l'abolition de l'esclavage sur le territoire. En 1858, un décret impérial attribue les droits miniers au titulaire d’un titre de concession minière, seul titre d'exploitation légal, et les droits d’exploitation au titulaire d’un titre d’exploration poussant à la création de sociétés qui mettent en commun ressources financières et humaines. Ces sociétés ont un conseil d'administration basé à Cayenne mais sont généralement dépendantes de groupes parisiens dont le capital est coté en bourse: la compagnie de l'Approuague, la compagnie des placers du Matarony, la société de l'Aratay, la société du placer Dieu Merci, etc. Ces sociétés, dont les concessions couvrent des centaines de milliers d'hectares, prennent l'essentiel de l'espace disponible et rachètent les titres des mineurs indépendants.Vers 1880 apparaissent les usines de concassage, en parallèle de l'exploitation souterraine. Et à partir de 1896 l'exploitation hydraulique permet de casser les matériaux argileux. Le dragage apparait lui à la fin des années 1890, et permet l'exploitation des gisements alluviaux vierges, jusqu'à la dernière drague installée en 1928 à Sinnamary.
La monté de l'orpaillage attise les conflits territoriaux. Ainsi, en 1887, un dénommé Vitalo découvre de l'or dans une zone située entre le Lawa et le Tapanhoni, zone contestée par la France et la Hollande. Les deux pays vont tenter d'y interdire l'accès sans succès, jusqu'à un arbitrage du tsar de Russie, Alexandre III, qui accorde le territoire à la Hollande. En 1893, Tomba découvre un zone riche en or sur l'amont de la rivière Carséwène, dans une zone contestée par la France et le Portugal, dans laquelle s’engouffre 10 000 à 20 000 hommes. Malgré les quantité importantes d'or extraites de nombreux placers (dont les placers Leblond, Goron et Lamery), les parts de chacun restent faibles et la ressource s'épuise quelques années plus tard. Et en 1900 la région est finalement attribuée au Brésil par le conseil fédéral de la Suisse.
Afin d'éviter le pillage sur les zones contestées franco-hollandaises, trois postes de douane sont installées sur le Maroni-Lawa dès 1888 (saut Hermina, Dégrad-Tout-Le-Monde et saut Poligudu). Avec l'évolution de l'activité d'autres postes sont installés dans les années suivantes. Ainsi, en 1900 le conseil général de Guyane installe un poste de contrôle à la confluence de l'Inini et du Lawa, au lieu-dit Saut Maripa, suite à l'annonce de la vente de 80kg d'or par un mineur à Albina. Un autre poste est installé également en amont du saut Poligoudou, là où est situé l'actuel bourg de Grand-Santi. Saut Maripa, Mari pa Soula, sera le seul poste de douane qui va perdurer et devient en 1947 devient un réel centre administratif et la future ville de Maripasoula. Sur la même période les concessions minières se développent dans l'Inini et la Haute Mana.
En 1908, le pic de la production annuelle d’or historique est atteint avec 4,5 tonnes d’or sur cette seule année.
Mais au début du , les secteurs aurifères de la ceinture de roches vertes au nord du territoire, les plus accessibles, s'appauvrissent (au regard des techniques disponibles), ce qui pousse les orpailleurs à s'enfoncer dans l'arrière-pays à la recherche d'autres gisements le long de la ceinture de roches vertes méridionale.