Le breton de Batz-sur-Mer est la variante du breton parlé à Batz-sur-Mer (Loire-Atlantique), dernier vestige des parlers bretons dans le pays de Guérande et le Pays nantais. Les derniers locuteurs se sont éteints dans les années 1960.

La langue bretonne en Loire-Atlantique Le breton a été parlé au Moyen Âge dans une large zone de l'actuel département de la Loire-Atlantique, dans le pays de Guérande, assez profondément dans le Pays nantais, jusqu’à Lusanger, Nort-sur-Erdre, Vigneux-de-Bretagne, Bouée, et la frange littorale du pays de Retz. Cette extension maximale, déterminée grâce à la toponymie, remonte au . Le bilinguisme breton-roman avait probablement cours dans de nombreuses parties de cette zone.

Par la suite, le breton a progressivement reculé vers l’ouest au profit du gallo, dialecte d’oïl parlé en Haute-Bretagne. On estime que la limite linguistique s'est stabilisée au cours du à l’ouest des marais de Brière. La toponymie indique la zone où cette limite s'est finalement stabilisée (noms de lieu en ker-). C'est ce territoire qui forme le Pays guérandais traditionnel, qui, du fait de la langue, appartient à la Basse-Bretagne celtique et non à la Haute-Bretagne romane (voir la carte de J.-B. Nolin citée ci-dessous, d'autres cartes confirment cette limite ancienne).

Il existe plusieurs témoignages et documents donnant des indications sur l’aire de pratique du breton en Loire-Atlantique :

1695 : la carte de Jean-Baptiste Nolin.. indique que le breton est encore parlé à l’ouest d’une ligne comprenant Férel, Herbignac, Saint-Lyphard, Guérande et Le Pouliguen ; Saint-André-des-Eaux et Escoublac (La Baule) sont en zone romane, mais à proximité de la limite breton-gallo ;

1794 : le gouvernement français décide par un décret de la convention nationale du de Pluviôse de l' que :

1806 : l’enquête de Coquebert de Montbret indique que le breton est parlé au sud de la Vilaine à Férel, Camoël, Pénestin. On apprend aussi que le breton est encore connu à Bourg-de-Batz (Batz-sur-Mer), et que « la ligne de division des deux langues commence aux salines d’Herbignac sur le territoire du département de la Loire-Inférieure […] », soit dans la partie occidentale de la commune d’Assérac, ainsi que dans une partie de Saint-Molf, mais probablement aussi vers Mesquer et Piriac. Cette enquête ne concernait pas le département de la Loire-Inférieure pour des raisons administratives. Elle est donc très imprécise pour la région qui nous intéresse ;

milieu du : d’après un témoignage recueilli par Paulin Benoist., des anciens parlaient encore le breton à Piriac-sur-Mer après 1830, et à Mesquer encore plus tard. En 1889, le chanoine Le Méné. évoque la disparition du breton à Pénestin « à une époque assez rapprochée de nous » ;

1878 : selon Sebillot, sept communes parlent volontiers le breton et comprennent le français. Ils sont environ à le connaitre. ;

1886 : l’enquête de Sébillot. indique que le breton, s'il est éteint dans toutes les autres communes situées au sud de la Vilaine, est encore parlé à Bourg-de-Batz. Cette information est confirmée en 1887 par Alcide Leroux, qui dit que « dans quatre villages de […] Bourg-de-Batz [… Kermoisan, Kervalet, Trégaté et Roffiat …], les personnes de connaissent toutes le breton » ; il entend des enfants jouer en breton dans les rues du village de Roffiat, preuve de la vitalité de la langue. ; 1911 : dans l'Atlas linguistique de la Basse-Bretagne, il est indiqué: .

Batz-sur-Mer est donc la dernière commune du Pays nantais à avoir parlé le breton.

Disparition du breton à Batz-sur-Mer Le bourg Le breton s’est maintenu dans le bourg jusqu’au début du , dans la rue du Four et au quartier de Kerbouchard.

Les villages paludiers

Les villages concernés par la pratique tardive du breton sont, d’après Léon Bureau. en 1875 : Kervalet, Kermoisan, Kerdréan, Beauregard, Kerbéan, Le Guho, Trégaté et Roffiat, villages paludiers regroupant au total . Mentionnons aussi Keralan en bord de mer, village de la fillette auprès de qui Pitre de Lisle du Dréneuc collecta une chanson en breton en 1872, ainsi que Penchâteau sur la commune du Pouliguen qui conserva des locuteurs tardifs. En 1875, Léon Bureau estime que le breton est la langue habituelle d'environ , mais ne cite pas le nombre de ceux qui savent le parler. Il dit également que l'habitude de parler en français aux enfants est très récente (depuis ). Le breton a servi de langue de communication jusque dans les , principalement au village de Roffiat.

Les derniers locuteurs

Nés au village de Roffiat, ils se sont éteints entre 1960 et 1970. Citons Jean-Marie Cavalin dit « Yannik », enregistré en 1959, et Suzanne Moreau et Florestine Cavalin, interrogées par Léon Fleuriot en 1960 et 1961. Une dame décédée en 1988 à l’âge de avait parlé le breton dans son enfance au village de Kervalet.

Certains informateurs tardifs comme Marie-Françoise Le Berre, interrogée peu avant son décès en 1983, peuvent être considérés comme des locuteurs passifs de ce dialecte (compréhension totale mais incapacité à le parler).

Des tentatives de transmission ont eu lieu jusque dans les : Pierre Le Gal nota à cette époque quelques mots et phrases au contact de son grand-père bretonnant Guillaume Pain. Ce lexique est présenté dans l'exposition de Gildas Buron.

L'abbé Cadic prétend avoir rencontré en 1925 la dernière locutrice du breton local en la personne de Clémence Le Berre, alors âgée de soixante-douze ans, au village de Kermoisan, repris par Bernard Tanguy dans Ar Men .. Cette hypothèse doit à l'évidence être rejetée au regard des éléments ci-dessus ; l'existence même de Clémence Le Berre est douteuse : ni les registres d'état civil, ni la mémoire locale n'en ont souvenir selon Gildas Buron.

Survivances Le français régional comporte un nombre considérable de bretonnismes (une centaine environ). Exemples tirés du vocabulaire paludier : dourer (de dour, « eau »), govérer (de gover, « ruisseau »), comeradure ou camladure (de *kemeradur, « prise »), etc. La plupart de ces mots tombent en désuétude. Citons aussi dans le langage courant : du linge merglé (de mergl, « rouille »), morson, « bruit de la mer » (de mor « son », plus exactement mor séoñ en breton local), pourhic, « coquillages grains de café » (de pourc'hig, « petit porc »), de la soupe de blonic (de bloneg, « oing »), morgate (de morgad, « seiche »)...

De nos jours subsiste une poignée de témoins directs ou indirects du breton local, parfois en mesure d'apporter un mot ou une expression inédite. Il va sans dire que le cas devient très exceptionnel.

De 1980 à aujourd'hui, Gildas Buron a recueilli ces derniers témoignages parmi lesquels l'expression originale et non dénuée d'humour : Kenavo, ma hi za ket hi skreñvou (« au revoir, si tu ne viens pas tu écriras »).

Autre survivance du breton sont les surnoms attachés à certaines branches familiales de Batz-sur-Mer, par exemple : Lagad Du, Tadic, Fanch, Guillouic, Job, etc. Quelques-uns sont encore employés et compris.

À Batz-sur-Mer comme dans l'ensemble de la presqu'île de Guérande, la pratique tardive du breton est mal connue voire ignorée, souvent confondue avec la présence, dans le port voisin du Croisic, d'une importante communauté de pêcheurs bretonnants originaires de Cornouaille. La confusion avec le gallo est non moins fréquente.

Raisons du maintien tardif du breton à Batz-sur-Mer Géographie

Vaste zone de marais située à l’est de la presqu’île de Guérande, la Brière a joué un rôle de barrière aux influences romanes venant de l’est durant le Moyen Âge. De plus, la commune de Batz-sur-Mer est à l’une des pointes occidentales de la presqu’île guérandaise.

Échanges commerciaux avec la Basse-Bretagne

Les paludiers vendaient leur sel dans toute la Basse-Bretagne : la connaissance du breton leur était indispensable, les bretonnants monolingues étant très majoritaires en Bretagne occidentale jusqu’à la fin du . Sans cela, on peut estimer que le breton aurait été définitivement abandonné au moins cent ans plus tôt. Ainsi, les documents d’archives suggèrent que le bilinguisme breton-gallo était de mise dans la communauté locale depuis le au moins.

Les paludiers : une communauté à l’identité bien marquée

La communauté paludière se distingue par de nombreux traits particuliers, dont l’usage tardif du breton n’est pas le moindre. Une certaine endogamie alliée à une volonté de se démarquer des voisins gallos peut avoir contribué à maintenir le breton plus longtemps.

Traits généraux du breton de Batz-sur-Mer Dialectologie

Le breton de Batz-sur-Mer était un dialecte de type nettement sud-armoricain, très proche du vannetais. Citons les traits caractéristiques suivants :

chute du z intervocalique celui-ci disparaît dans la majeure partie du domaine bretonnant hors quelques lieux en Léon ; KLT trizeg, Batz triheik ; KLT brezhoneg, Batz brehonñeik ou broñneik traitement du z final KLT gwirionez (/gwirione/ ou /gwirionez/), Batz guirioñnec’h ; KLT kozh, Batz koh chuintement de s devant t KLT sterenn, Batz chtereñn et parfois de s devant k > KLT skuizh, Batz chuih (trait commun en vannetais également) palatalisation de k KLT ket, Batz tchet ou chet (trait commun en vannetais également) traitement de certaines voyelles et diphtongues KLT loar, Batz luer ; KLT tomm, Batz tuem ; KLT troad, Batz trèt (oa est prononcé /wa/ ou /we/ en KLT) accentuation très marquée sur la dernière syllabe traitement de c’h KLT c’hoar, Batz uèr ; KLT c’hoarzhiñ, Batz hwareñ article défini KLT an, ar, Batz en, er syntaxe de type vannetais Hi beét ma dalèit = « tu m'aurais aveuglé »

Par certains côtés, le breton de Batz se distinguait nettement des différents parlers vannetais :

lexique de type KLT Batz et KLT dour (« eau »), vann. deur ; Batz arc’heñt (« argent »), KLT arc’hant (sud Cornouaille argant), vann. argant ; Batz tréo (« vallée »), KLT traoñ, vann. teno ; Batz abar, abars, e bar et e bars (« dans, dedans »), KLT e-barzh, vann. abarh; Batz baradeis ou baradoeis (« paradis »), KLT baradoz, haut-vann. barawiz; Batz plèic'h et mèn (« où ? »), KLT pelec'h, vann. menn uniquement, etc. sémantique semblable au KLT mais différente du vannetais Batz chteink (« lavoir »), Goëlo stank, Trégor stank kannañ, vann. poull, oglenn ou goleri. forme du pluriel Batz –éo, vann. –eù prononciation en -f du -v final irif (« aujourd'hui »); beif (« vivant »); kleñf (« malade »); marf (« mort »); pif (« qui ? ») : trait commun au breton du Goëlo ; cette prononciation est inconnue en vannetais, hormis au sud-est de Vannes. nombreuses prononciations Batz chti ou achti (« voilà »), vann. chetu (KLT /setu/ ou /cheteu/, léonard : /set/), Batz trougaré (« merci »), vann. trugaré et bougalé (« enfants ») contre bugale partout ailleurs ; Batz dobeir (« faire »), vann. gober, etc.

D’après les données de l’ALBB., c’est avec le breton des îles morbihannaises et du Goëlo que le breton de Batz présentait le plus d’affinités. Toutefois, aux dires de locuteurs du début du , l’intercompréhension avec les bretonnants voisins de Belle-Île ou de la presqu’île de Rhuys était devenue quasi impossible.

Selon Yves Mathelier., l'étude de l'ALBB de Le Roux démontre que la proximité entre breton de Batz-sur-Mer et vannetais n'est en rien comparable à celle observée entre les trois dialectes du KLT : dans le domaine vannetais, aucun point ne comprend plus de 20 % de prononciations identiques à Batz-sur-Mer.

Particularités et originalités par rapport aux autres dialectes du breton

lexique original aven : de (ex : Aven pif komzit hui ? = « de qui parlez-vous ? ») ; fremoutchel : chouette, bichuen : bleu, chalirik : sauterelle ; chañgaf : « rencontrer par hasard » … diphtongaisons sous l'accent Batz Roeñheoñ, KLT Roazhon ou Raon, « Rennes » ; Batz kaveit, unneik, autres dialectes kavet « trouvé » et unnek « onze » ; bwèyt, « nourriture », KLT boued ...