La gale ou scabiose (respectivement de « galle » et de « gale ») est une maladie infectieuse de la peau causée par un parasite de type acarien microscopique, le sarcopte (). Selon le sous-type de ce parasite, on distingue la gale humaine, de gales spécifiques à d'autres mammifères. Il s'agit d'une infection contagieuse bénigne (sans gravité). Le principal symptôme chez l'humain est la démangeaison. Le profil lésionnel est celui d'une dermatite périvasculaire. Le diagnostic peut selon les cas être établi à l'examen clinique ou nécessiter un prélèvement. Le traitement fait appel à des médicaments utilisés par voie orale ou cutanée. Souvent sont associés le traitement de l'entourage et la décontamination de l'environnement. En 2024, la gale a progressé en France et en Europe, affectant principalement des enfants, étudiants et certains environnements de soins.

Épidémiologie La gale est une maladie ubiquitaire ; l'incidence (nombre de nouveaux cas) dans le monde serait de 300 millions par anInstitut de veille sanitaire (INVS), Épidémie de gale communautaire : guide d'investigation et d'aide à la gestion, 2008 (site de l'INVS).. Dans les pays tropicaux et les pays en développement, elle peut être endémique, tandis que dans les pays développés, elle survient par épidémies en collectivité. L'incidence est plus élevée dans le jeune âge, et il ne semble pas exister de différence entre les sexesHaut conseil de la santé publique, Recommandations relatives à la conduite à tenir devant un ou plusieurs cas de gale, 2012 (document sur le site du ministère de la Santé).. La maladie semble être plus fréquente durant l'automne et l'hiver. Entre 2008 et 2010, sept études montrent que les signalements de la gale en collectivités augmentent (ainsi que les ventes de scabicides en France : +11 % et +24 % pour les ventes de benzyle benzoate et d'ivermectine, respectivement entre 2005 et 2009 selon Santé publique France)., soulignant des retards de diagnostic et de traitement, souvent liés à des difficultés financières ou de compréhension des prescriptions. En France en 2025, hormis très localement et en lien avec de mauvaises conditions de vie, son incidence reste inconnue (elle était estimée en 2012 supérieure à 300/10 (soit 0,3 %) mais le nombre de cas semble croître depuis 2005SOS médecins, Recrudescence de la gale en France sur le site de SOS médecins, 2013..

droite|vignette|480px| Cycle parasitaire du sarcopte humain et localisation préférentielle.

Agent causal

Le parasite responsable de la maladie, le sarcopte (), est une espèce appartenant au taxon des acariens mesurant de longueurAssociation française des enseignants de parasitologie et mycologie, Gale ou scabiose, 2012 (site de l'UMVF). Il en existe plusieurs sous-espèces ou variétés (var.), spécifiques de plusieurs animaux, par exemple : hominis pour l'Homme, canis pour le chien, ovis pour le mouton, equi pour le cheval, cati pour le chat, cameli pour le chameauCollège des enseignants de maladies infectieuses et tropicales, E. Pilly, 2008, chapitre 117 : « Ectoparasitoses »...

var. est un parasite obligatoire de l'espèce humaine. Il ne vit pas plus que quelques jours dans l'environnement et ne survit pas au-delà de , variante , guide Efficat, sur http://www.inrs.fr. « Survie à l'extérieur de l'hôte : Sarcopte adulte = 24 à ; Larves < ou = ; Œufs = ».. Sa survie est meilleure dans un environnement humide.

Le sarcopte s'accouple sur son hôte. Après la fécondation, le mâle meurt et la femelle creuse une galerie, appelée « sillon », dans la couche cornée de l'épiderme avec un rythme de progression de l'ordre d'un à deux millimètres par jour. Elle se nourrit du tissu épidermique, pond trois à cinq œufs par jour et meurt au bout d'un à deux mois. Un œuf éclot en trois ou quatre jours pour donner une larve qui sort du sillon. Celle-ci devient après plusieurs mues une nymphe puis un sarcopte adulte, le tout au bout de quinze jours environ.

Après un nouvel accouplement, la femelle fécondée démarre un nouveau cycle parasitaire sur le même hôte ou un autre. Le cycle parasitaire dure environ vingt jours au totalCollège des enseignants en dermatologie de France (CEDEF), Item 79 - ectoparasitoses cutanées : gale et pédiculose, 2012 (site du CEDEF). Dans le cas d'une gale commune, on retrouve en général cinq à quinze sarcoptes femelles au total sur un hôte ; dans le cas d'une gale profuse, ce chiffre peut augmenter considérablement jusqu'à des millions.

La transmission est essentiellement du fait des femelles fécondées, rarement des formes larvaires. La gale humaine se transmet surtout de manière directe, par contact entre hôtes. Elle peut aussi être transmise de manière indirecte, par l'intermédiaire de l'environnement (linge comme vêtements et surtout gants infestés, canapé infesté, literie, mobilier). Les facteurs favorisant la transmission sont le contact rapproché, la vie en collectivité et la précarité sociale. Se transmettant par contact cutané, la gale peut être considérée comme une infection sexuellement transmissible.

La variété humaine du sarcopte ne peut pas se développer sur les animaux de compagnie, mais ces derniers peuvent être considérés comme vecteurs potentiels. Les autres sous-espèces animales du sarcopte peuvent amorcer leur développement sur l'Homme mais ne peuvent pas s'y maintenir.

Clinique thumb|Sillon scabieux thumb|Sillon scabieux avec excoriation (fort grossissement) thumb|Papules excoriées thumb|Papules La période d'incubation est en moyenne d'un mois, et peut aller de deux à six semaines International union against sexually transmitted infections (IUSTI), European guidelines for the management of scabies, 2010 (site de l'IUSTI). Cette période est plus courte en cas de ré-infestation, de l'ordre de un à quatre jours, du fait de la sensibilisation préalable. Le patient est déjà relativement contagieux durant la période d'incubation.

Forme commune La gale commune se manifeste essentiellement par un prurit (démangeaisons), d'installation progressive et d'intensité variable, quasi constant, à recrudescence vespérale et nocturne, épargnant le visage. Il est en rapport avec une réaction immunologique déclenchée par les déjections (salive et matières fécales) et les œufs du sarcopte.

Plusieurs signes physiques sont pathognomoniques (spécifiques) de la gale, mais inconstamment retrouvés : les « sillons scabieux » : lésions rouges, sinueuses, filiformes, mesurant quelques millimètres de long parfois terminées par une « éminence acarienne » une discrète surélévation, correspondant respectivement au trajet effectué par l'acarien et à sa position momentanée, et siégeant essentiellement sur les mains et les poignets ; les « vésicules perlées » : élevures translucides reposant sur une base érythémateuse, siégeant surtout sur les mains et les poignets ; les « nodules scabieux » : papulo-nodules de couleur rouge ou brun cuivré, infiltrés à la palpation. Plusieurs signes non spécifiques se rajoutent en général : urticaire, lésions de grattage, eczématisation, excoriations, prurigo voire impétiginisation. Ces lésions ont une topographie évocatrice : espaces interdigitaux des mains, face antérieure des poignets, coudes, racines des bras, ombilic, fesses, faces internes des cuisses, organes génitaux externes chez l'homme, mamelons et aréoles chez la femme. Le dos, le cou et le visage sont le plus souvent épargnés.

Quelques techniques particulières d'examen peuvent être utilisées : un test à l'encre permet d'aider à identifier les sillons : de l'encre puis de l'alcool sont successivement appliqués sur une zone de peau suspecte, et seuls les sillons restent colorés ; cette technique peut guider un prélèvement cutané ; la dermatoscopie permet d'affirmer rapidement le diagnostic : un système grossissant est appliqué sur la peau et permet de visualiser l'extrémité antérieure du parasite (« signe du deltaplane »).

Formes atypiques vignette|Gale hyperkératosique, forme très évoluée.

D'autres formes de gale peuvent se rencontrer : la gale du nourrisson peut avoir une présentation trompeuse, avec irritabilité, agitation et anorexie, où le prurit et les lésions spécifiques peuvent manquer et les lésions peuvent atteindre le visage ; plusieurs signes sont toutefois évocateurs : les vésicules ou pustules des paumes et des plantes, et les lésions papulo-pustuleuses ou nodulaires des aisselles ; la gale pauci-symptomatique, ou invisible, ou « des gens propres », est caractérisée par un prurit sans lésion cutanée, elle est observée en cas d'hygiène méticuleuse ; la gale profuse, ou disséminée, est caractérisée par de nombreuses lésions diffuses, y compris sur le dos ; elle peut être en rapport avec une maladie d'évolution tardive ou traitée par dermocorticoïde ; la gale hyperkératosique, ou « norvégienne », décrite pour la première fois en Norvège en 1848, se caractérise par un prurit discret ou absent et une hyperkératose avec possiblement une érythrodermie, touchant l'ensemble de la surface corporelle ; elle se développe plus volontiers chez les personnes âgées et les personnes immunodépriméesExemple d'une gale norvégienne sur moulage. L'infestation par un sarcopte non spécifique de l'espèce humaine est responsable d'une pseudo-gale, caractérisée par un prurit localisé sans lésion spécifique.

Examens complémentaires Dans les examens de biologie sanguine, il est possible de retrouver une éosinophilie, surtout dans les formes profuses.

Il est possible d'effectuer un examen parasitologique direct au microscope d'un prélèvement réalisé au niveau d'un sillon scabieux ou des desquamations. Le prélèvement, effectué de préférence par un biologiste au laboratoire, se fait par grattage à l'aide d'un vaccinostyle. Celui-ci est alors déposé sur une lame en y ajoutant une goutte d'huile à immersion afin de l'observer au microscope à faible grossissement. Cette technique permet l'identification du parasite adulte, d'une forme larvaire, des œufs voire des excréments. Une telle mise en évidence est difficile en dehors des formes profuses ou hyperkératosiques.

D'autres techniques de prélèvement, moins rentables, existent pour mettre en évidence le sarcopte au microscope, telles que le scotch-test ou la biopsie cutanée ; la recherche de son ADN par PCR est également possible. La biopsie cutanée montre le plus souvent une réaction d'hypersensibilité retardée non spécifique avec infiltrat de cellules mononuclées (macrophages, lymphocytes) et de polynucléaires éosinophiles avec spongiose (œdème intercellulaire).

Diagnostic Le diagnostic est en principe clinique dans la forme commune : prurit à recrudescence nocturne, associé à des lésions cutanées (vésicules ou sillons) de topographie évocatrice (espaces interdigitaux des mains, poignets, pieds et jambes) et généralement symétrique, avec notion de contage. Il est cependant souhaitable de confirmer le diagnostic par un examen parasitologique. Cette confirmation est surtout conseillée pour une forme atypique ou en l'absence de contexte épidémiologique, et au moins pour un des cas au cours d'une épidémie. Compte tenu de la sensibilité limitée de l'examen parasitologique, un résultat négatif n'élimine pas le diagnostic. Le traitement d'épreuve à visée diagnostique est à éviter.

Le diagnostic différentiel se pose avec les autres dermatoses prurigineuses généralisées : dermatite atopique, lichen plan, eczéma généralisé, prurigo, prurit sénile, lymphome, pédiculose corporelle, pemphigoïde bulleuse, psoriasis (en cas de forme hyperkératosique), prurit d'origine métabolique (cholestase, insuffisance rénale), d'origine médicamenteuse, ou psychogène.

Prise en charge Bien que bénigne, la gale ne guérit pas spontanément. Il est important d'informer au mieux le patient pour qu’il adhère à son traitement, car une utilisation inadaptée pourrait être à l'origine de l'apparition de résistance au traitement.