vignette|240px|Représentation japonaise de 1854 des « navires noirs » de Matthew Perry.|alt=Dessin de 1854. La moitié haute contient des inscriptions en japonais tandis que la moitié basse représente une flotte dans une baie sur la partie gauche et un bateau à vapeur sur la partie droite.
Les est le nom donné par les Japonais aux navires de commerce européens apparus dès le tels les caraques (nau), mais aussi spécifiquement aux bateaux à vapeur des États-Unis du . Ce nom désigne d'ordinaire la flotte du commodore américain Matthew Perry, composée de quatre canonnières (le Mississippi, le Plymouth, le Saratoga et le Susquehanna), qui accosta au port d’Uraga le . Cette force armée, utilisée comme menace, est l’un des facteurs déterminants ayant entraîné l’ouverture du Japon après sa fermeture au monde, avec pour seul point d'entrée commercial sur l'extérieur la ville de Nagasaki, pour les Néerlandais et les Chinois.
Origine du terme alt=Dessin d'un navire à la coque noire.|vignette|Un bateau de commerce vers 1600. Le terme kurofune, signifiant « navires noirs », est mentionné dans le décret d'interdiction du christianisme promulgué par Toyotomi Hideyoshi en 1587 (Tenshô, 15). Ce terme est dès lors utilisé dans les documents concernant les relations extérieures. Le Bakufu d'Edo suit cet usage.
La couleur noire fait allusion à la coque des navires, badigeonnée de brai (du goudron de pin ou poix) de couleur noire. Telle était l'apparence des grandes caraques de à qui avaient été engagées dans un commerce triangulaire avec la Chine et le Japon.. Kurofune a fini par désigner tous les navires occidentaux.
Le nom est inscrit dans le Nippo Jisho, le premier dictionnaire occidental japonais, compilé en 1603.
Diplomatie par la menace maritime Désirant mettre fin à la politique isolationniste du en vigueur au Japon depuis l’époque d'Edo, le gouvernement américain charge en 1853 le commodore Matthew Perry de porter une lettre du président Millard Fillmore et de négocier un traité commercial avec le Japon. Le , Perry aborde une première fois les côtes japonaises au large d’Uraga, dans la baie d’Edo avec une flotte composée de quatre bateaux.Uraga est désormais intégrée dans la ville de Yokosuka, tandis qu'Edo est l'ancien nom de Tōkyō.. Les représentants du shogun qu’il rencontre refusent cependant de porter son message et lui demandent de se rendre à Nagasaki, seul port nippon ouvert au commerce occidental à l’époque.
Perry refuse alors de quitter les lieux, et utilise la menace de la force pour contraindre à la négociation. Mettant en œuvre une stratégie relevant de la politique de la canonnière, il dispose sa flotte, armée de canons Paixhans, de manière à pouvoir viser la ville d’Uraga et les embarcations japonaises. Il complète cette manœuvre en envoyant, sous couvert de drapeau blanc, une lettre d’intimidation déclarant la victoire certaine des forces américaines si les Japonais choisissaient le combat. Cette démonstration de la puissance navale, technologique et militaire occidentale fait une impression telle que le , les délégués nippons acceptent la requête de Matthew Perry.
L’année suivante, en , Perry retourne au Japon avec deux fois plus de navires, escadre constituée cette fois d’autant de bâtiments européens (britanniques, français, néerlandais et russes) qu'américains, pour concrétiser les engagements japonais. Le , il signe avec le shogunat japonais la convention de Kanagawa qui autorise les navires américains à entrer dans les ports nippons et ouvre la porte à des relations diplomatiques pérennes. Cet épisode marque le début de l’ouverture (commerciale et culturelle) du Japon à l'Occident, qui se confirmera avec la signature du traité d'amitié et de commerce le et de documents similaires appelés traités inégaux, avec les autres puissances occidentales dans les années suivantes. Cet épisode est un des facteurs explicatifs du bakumatsu, la fin de la politique isolationniste.
Réactions au Japon Un kyōka (poème comique, semblable à un waka de cinq lignes) célèbre décrit la surprise et la confusion engendrées par l’arrivée de ces navires.. :
Ce poème multiplie les . signifie « tranquille », est le nom d’un thé vert à forte teneur en caféine et signifie « quatre tasses ». Une traduction littérale du poème pourrait alors être : Tiré D’un sommeil paisible Par le thé Jōkisen Quatre tasses suffisent Empêchent de fermer l’œil de la nuit
Mais la lecture des mots pivots permet d’entrevoir un sens second et donc une traduction alternative. peut renvoyer à l’« Océan Pacifique », signifie aussi « bateau à vapeur » et peut vouloir dire « quatre vaisseaux ». Le poème prend alors une signification cachée :
Les bateaux à vapeur Brisent le sommeil paisible Du Pacifique Quatre vaisseaux suffisent Empêchent de fermer l’œil de la nuit
Les vaisseaux noirs ont aussi été popularisés par une série d’estampes largement diffusées.
Postérité du terme L’expression « navires noirs » est par la suite utilisée au Japon pour désigner une menace liée à la technologie occidentale..
Commémorations La mémoire de cet événement est annuellement rappelée la troisième semaine de mai à Shimoda, lors du « Kurofune Matsuri ». Ce festival consiste en une reconstitution historique costumée de la ville sous la période Edo, agrémentée d’une parade, d’une mise en scène comique de la signature du traité, d’une cérémonie de commémoration, d’un spectacle pyrotechnique et de joutes sportives..
Autres inspirations « Navires noirs » () est aussi le nom du premier opéra composé par Kosaku Yamada joué pour la première fois en 1940.. Le livret raconte l’histoire de Tojin Okichi, une geisha prise dans l’effervescence du shogunat Tokugawa ..
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie
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Articles connexes Sakoku, littéralement « fermeture du pays » Matthew Perry Politique de la canonnière Convention de Kanagawa Traité d'amitié et de commerce États-Unis-Japon de 1858 Bakumatsu Nau, navire portugais
Liens externes Takeomi Nishikawa, « Le choc des vaisseaux noirs du commodore Perry : une rencontre historique qui a changé le Japon », Nippon.com
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