Harold Martin est un homme politique français, né le à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du au et du au . Il est également président du Congrès du Territoire (rebaptisé Congrès de la Nouvelle-Calédonie en 1999) du au , du au et du au . Il est également maire de Païta, commune de l'agglomération de Nouméa, de 1995 à 2019. Ancien membre du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), parti historique de la lutte contre l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, il en a été exclu en 2001 et a contribué à fonder trois ans plus tard l'Avenir ensemble. Il préside ce parti de 2004 à 2008 et de 2010 à 2017, et en a été la tête de liste pour les élections provinciales du en province Sud. Il est condamné en 2020 pour achats de voix lors des élections municipales de 2014.

Un Caldoche de « Brousse »

Issu d'une des plus vieilles familles d'origine européenne présentes sur le Territoire, Harold Martin (prononcer « Martine ») descend d'un des neveux de James Paddon, commerçant et aventurier originaire du Lincolnshire en Grande-Bretagne, généralement considéré comme le tout premier colon à avoir fait souche en Nouvelle-Calédonie, avant même la prise de possession de l'archipel par la France en 1853S. Formis, « La saga Martin », Sagas calédoniennes : 50 grandes familles, Tome II, éd. par le journal Dimanche Matin, Nouméa, 2000, p. 131-133.

Diplômé en 1978 en tant que conducteur de travaux spécialité bâtiment de l'École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie (ESTP), il est gérant de sociétés agricoles et administrateur d'organismes d'élevage. Il a ainsi été président du conseil d'administration de l'Établissement de régulation des prix agricoles (ERPA) en 1991, 1993 et de 1994 à 1995, ainsi que président de l'Office de commercialisation et d'entreposage frigorifique (OCEF) de 1988 à 1999. Il s'est lancé très tôt dans la politique et a longtemps été le « poulain » de Jacques Lafleur.

Le protégé de Jacques Lafleur

Il fait partie des tout premiers adhérents du Rassemblement pour la Calédonie qui devient rapidement le Rassemblement pour la Calédonie dans la République : membre de ce parti dès sa création en 1977 (il avait alors 23 ans), il est le « protégé » du chef du parti et nouvel homme fort du camp anti-indépendantiste et du Territoire Jacques Lafleur, un ami personnel de son père. Harold Martin devient alors l'un des principaux lieutenants du député dont il organise les campagnes.

Il est élu la première fois à l'Assemblée territoriale, ancêtre du Congrès du Territoire, lors des élections du : boycotté par les indépendantistes du FLNKS, ce scrutin est le véritable point de départ des « Évènements » qui opposèrent violemment partisans et opposants de l'indépendance jusqu'en 1988. N'ayant jamais occupé jusque-là de réelles positions politiques d'importance, Harold Martin commence alors son ascension politique : il devient notamment le « lieutenant » pour la « Brousse » de Jacques Lafleur.

Du lieutenant de la « Brousse » au possible dauphin

De 1984 à 1989, durant toute la période des Évènements, il est président de la commission de l'Économie rurale. Réélu au nouveau Congrès du Territoire ainsi qu'au Conseil de la Région Sud créé par le statut Fabius-Pisani le , il devient, après l'adoption du statut Pons II, président de la Région Ouest le et siège ainsi de fait au Conseil exécutif jusqu'au . Après les Accords de Matignon en 1988 et l'adoption du nouveau statut, il est élu sans discontinuer à l'Assemblée de la province Sud et au Congrès.

Dans les années 1990, son statut de « bras droit » de Jacques Lafleur pour la Brousse se confirme, notamment par son arrivée à la tête de l'ERPA et de l'OCEF, et il est élu en 1995 maire de Païta, commune située dans le Grand Nouméa mais essentiellement rurale, en remplacement de son cousin Ronald Martin. Son action dans cette commune de la périphérie du Grand Nouméa a été d'accompagner le phénomène de rurbanisation et d'intégration de plus en plus importante à l'aire urbaine nouméenne. La population de Païta est notamment celle qui croit le plus parmi les quatre communes de l'agglomération depuis les années 1990, passant entre 1996 et 2004 de en 1996 (il s'agit de la cinquième municipalité la plus peuplée, derrière les trois autres du Grand Nouméa mais également Lifou) à en 2004 (elle est désormais quatrième, et une croissance moyenne par an de 6,7 % sur cette période, quand elle n'est que de 4,2 % à Dumbéa, de 2,5 % à Nouméa et de 2,1 % au Mont-Dore) et à en 2009 (avec donc un taux d'évolution annuelle sur 13 ans de 5,8 %, le plus important du Territoire)EVOLUTION DE LA POPULATION ENTRE 1996 ET 2009, Recensement de la population de 2009, ISEE.. Harold Martin a alors développé des projets d'aménagements urbains dans un territoire à passé rural : développement de la zone industrielle et artisanale (ZIZA) autour des « Fraisiers de Païta » (créés en 1993) et de la voie express, les lotissements résidentiels de Julisa (600 logements sociaux), Savannah, Val-Boisé, Beauvallon et Naïa ( lots pour ces quatre derniers quartiers)« Païta : Du petit village à la ville », Les Nouvelles calédoniennes, 06/03/2008., le lancement en 2006 (en partenariat avec la Société immobilière calédonienne SIC, l'organisme chargé de la construction de logements sociaux) de la ZAC d'Ondémia à l'entrée du village-centre (sur 557 ha, prévoyant la réalisation de dont aidés sur 15 à 20 ansMission : Aménagement, site de la SIC.) et l'aménagement de ce dernier en véritable « centre-ville » avec des opérations de réhabilitation urbaine ou l'inauguration d'une nouvelle place centrale en 2008. Pour autant, ce développement de l'urbain paraît assez peu maîtrisé, avec un éclatement de l'habitat en plusieurs îlots dispersés ainsi que du fait de l'absence d'intercommunalité et d'alternative à la voiture à l'échelle de l'agglomération. Harold Martin a dans le même temps entretenu la tradition agricole et « broussarde » de Païta, en créant notamment en la foire commerciale annuelle de la « fête du Bœuf », où sont présentés des productions locales (essentiellement autour de la viande bovine, la spécialité restant les testicules de veau marinées et grillées ou encore le veau entier tourné à la broche) et un rodéoF. TROMEUR, « Païta mijote son bœuf », Les Nouvelles calédoniennes, 25/10/2008.. Se constitue bientôt autour de lui un groupe d'autres jeunes élus de la « Brousse » ou liés au secteur de l'agriculture, dont surtout le maire de La Foa Philippe Gomès ou encore Philippe Michel, qui visent à le soutenir pour prendre la succession de Jacques Lafleur face à Pierre Frogier : la « bande à Harold » devient alors une faction importante du RPCR.

À ses fonctions locales s'ajoutent à la fin des années 1990 de nouvelles responsabilités qui confirment son poids au sein du RPCR : il devient ainsi président du Congrès en remplacement de Pierre Frogier (élu député) du au avant de devenir président de la Commission permanente et vice-président du Congrès à partir du . Il est ensuite au premier plan des négociations qui ont abouti à l'Accord de Nouméa, dont il est l'un des signataires, en 1998. Réélu président de la Commission permanente du Congrès le , il apparaît de plus en plus comme un dauphin potentiel de Jacques Lafleur, avec le député-maire du Mont-Dore Pierre Frogier. En effet, plus que jamais auparavant, il est le porte-parole de Jacques Lafleur et de la campagne du RPCR lors des provinciales de 1999, et est notamment alors particulièrement acerbe à l'encontre de Didier Leroux, chef d'un parti anti-indépendantiste mais aussi anti-Lafleur, ou envers l'autre figure des anti-indépendantistes de Brousse, le maire de Koumac Robert Frouin, proche de Leroux, notamment lors des séances parfois houleuses du Congrès où il est porte-parole du groupe RPCR. C'est lui aussi qui organise le le congrès extraordinaire du RPCR à Nouméa pour appeler Jacques Lafleur à ne pas démissionner de ses mandats électifs comme il avait l'intention de le faire à l'époque à la suite d'une condamnation judiciaire. On le considère alors volontiers comme un des grognards du député et homme fort du Territoire, se faisant remarquer par ses éclats et ses répliques acérées. Pourtant, alors qu'il apparait de plus en plus comme le plus probable successeur de Jacques Lafleur lorsque celui-ci se retirera, c'est précisément à ce moment qu'il est désavoué par ce dernier et par son parti.

L'entrée en dissidence

En février 2001, la commission d'investiture du RPCR désigne comme tête de liste pour les municipales à Païta Ronald Martin, le prédécesseur et cousin d'Harold Martin. Harold Martin rejette cette désignation et se présente à sa propre succession. Jacques Lafleur réagit rapidement en menaçant d'exclusion son ancien protégé. Celui-ci maintient sa candidature : la menace d'exclusion est mise à exécution à quelques semaines de l'élection, le .

Harold Martin est finalement réélu dès le tour le avec 53,83 % des suffrages ( voix, il avait aussi été élu au tour en 1995 avec 54,7 %, mais il était alors à la tête de la seule liste RPCR) et 24 sièges sur 29, contre seulement 20,54 % (867 suffrages) et 3 élus à la liste officielle du RPCR de Ronald Martin.

Si le RPCR obtient alors un franc succès lors de ces élections sur l'ensemble du territoire, gagnant ainsi le fief traditionnel anti-Lafleur de Bourail et la commune indépendantiste de Poya, les municipales de Païta font office d'un véritable séisme politique. Pour beaucoup, décider de ne pas réinvestir Harold Martin pour la mairie de cette commune fut la première grosse erreur de stratégie politique de Jacques Lafleur et certains de ses opposants y ont vu la volonté d'un homme accroché au pouvoir d'éliminer un homme dont l'ambition commençait à le gêner. Pour Lafleur et ses partisans, c'est Harold Martin seul qui s'est exclu de fait du RPCR par une ambition qu'il compare à une sorte d'arrivisme. Quoi qu'il en soit, la victoire d'Harold Martin n'arrange pas ses relations avec les instances dirigeantes du parti : le maire est ainsi convoqué devant le directoire du mouvement qui l'exclut définitivement le . Harold Martin n'est pas réélu président de la Commission permanente du Congrès lors du renouvellement de la composition des commissions le .

Toutefois, pendant un temps, Harold Martin n'accepte pas cette sanction : il saisit les tribunaux pour faire annuler cette décision et mène une campagne active auprès des sections du RPCR pour que la question de son litige avec les dirigeants du parti soit tranchée par un vote des militants. Il se rapproche alors d'un autre ancien proche du Rassemblement, propriétaire de l'hôtel et du restaurant du Kuendu Beach à Nouville, Henri Morini, entré lui aussi en conflit avec les instances dirigeantes du RPCR. Enfin, venu participer au Congrès du Rassemblement tenu à Bourail le , il est refoulé, lui et ses militants, à l'entrée de la salle des sports où se tenait l'assemblée, qui a plébiscité alors une nouvelle fois Jacques Lafleur. D'un autre côté, Harold Martin ne se défait pas encore du RPCR : il vote en faveur des listes établies par ce dernier pour la constitution du bureau et des commissions du Congrès et pour celle du gouvernement ; il apporte aussi son soutien à la candidature de Simon Loueckhote aux élections sénatoriales en septembre 2001. Et s'il décide le avec ses deux principaux soutiens au sein du groupe RPCR-FCCI au Congrès, Philippe Michel et Sosimo Malalua, de ne plus suivre les directives officielles du parti lors des votes au Congrès, il renouvelle sa demande aux instances dirigeantes du parti pour être réincorporé au sein du mouvement au début de 2002 et apporte son soutien aux candidats du Rassemblement aux législatives de juin 2002.