thumb|250px|Papier journal Le papier journal est un type de papier utilisé pour imprimer les journaux. Il se caractérise par une qualité et des coûts de production plus faibles .
Le papier journal Il est fabriqué sur des machines à papier à grande vitesse à partir d’un mélange de pâte à papier, ce mélange pouvant lui-même être constitué, selon les régions et selon la disponibilité de la fibre d'une ou de plusieurs des pâtes suivantes : pâte thermomécanique (faite à 100 % de résineux d'abord taillés en copeaux) ; pâte mécanique (faite à 100 % de résineux, souvent taillés en bille de 4 pieds) ; pâte chimique (composée d'essences variables) ; pâte recyclée (fabriquée à partir d'un mélange de vieux journaux et magazines).
C’est un papier d’une grande opacité et de blancheur médiocre (habituellement autour de 57 sur une échelle de 0 à 100) qui jaunit et vieillit rapidement à cause de son fort contenu en lignine (un composé du bois qui demeure dans la pâte de papier dans les procédés de mise en pâte mécaniques).
Surtout utilisé en typo ou offset dans des grammages légers compris entre 38 et , il absorbe l’encre, a une porosité élevée et permet un séchage rapide.
Contenant peu de charges, rarement collé, simplement apprêté sur lisse, il offre un rendu des similis (photos) très médiocre même en grosse trame.
Imprimé sur des machines rotatives typographiques et actuellement selon le procédé d'impression offset pour des tirages à grande vitesse, il est conditionné en bobines de .
Histoire
L'industrie papetière s'implante à Annonay au pour bénéficier de la qualité des eaux, de la force motrice des rivières et de l'abondance de la matière première, en particulier les chiffons. Les Montgolfier, papetiers originaires d'Auvergne, installés à Vidalon-lès-Annonay. Les Johannot, autre famille auvergnate, sont installés depuis 1634 à Faya.
Au aussi, en particulier à partir de 1673, les Hollandais utilisent pour la première fois le cylindre qui porte leur nom, appelé aussi pile hollandaise, afin d'optimiser la trituration des chiffons, méthode plus efficace que celle des piles à maillets car moins gourmande en énergie et en personnel, pour une . Plus tard, les papetiers d'Annonay importeront les innovations technologiques de Hollande.
Au , la méthode des Hollandais, malgré la difficulté à l'adapter sans charpentier très qualifié, est adoptée dans d'autres pays, en 1710 en Allemagne de l’ouest, puis en 1711 en Prusse, 1726 en Suisse, mais seulement vers 1730-1740 en France et vers 1750 en Angleterre.
L'ardéchois Pierre de Montgolfier, à Annonay, fait des tentatives infructueuses puis reçoit le soutien de Jean-Guillaume Ecrevisse, papetier hollandais recruté par l'Inspecteur des manufactures Nicolas Desmarest, physicien, géologue et géographe, qui équipe de nombreux moulins à papier français entre 1760 et 1780. Desmarest fit en 1768 et 1777, deux voyages en Hollande, pour étudier la fabrication du papier et, par ses conseils contribua beaucoup aux améliorations introduites dans les fabriques d’Annonay.
En 1780, les usines de papier d'Annonay produisent de papier mais l'embauche par les frères Montgolfier des meilleurs ouvriers provoque une raréfaction de la main-d’œuvre, et des demandes de hausses de salaire puis une grève de deux mois fin 1781 dans l’atelier de Vidalon. Après une longue période de tensions entre le patron et ses employés, Montgolfier perd, par son attitude intransigeante, le meilleur de sa main-d'œuvre..
En 1782, la première montgolfière, qui prend le nom des deux frères Étienne et Joseph Montgolfier, s'élève à Vidalon-lès-Annonay, constituée d'un grand sac de papier doublé de toile placé au-dessus d'un feu de paille mouillée et de laine.
Au cours de la seconde moitié du émergent les pâtes chimiques, des procédés chimiques s'appuyant sur les travaux d'Anselme Payen, mis au point pour obtenir des fibres à partir du bois, plutôt que le coton provenant des vieux chiffons, ce qui augmente très fortement la solidité des papiers ainsi fabriqués et autorise une plus grande vitesse de production. Les journaux français commencent à voir leurs besoins en papier augmenter. Le Petit Journal voit ses tirages décoller dans les années 1860, atteignant en , puis 250000 en et 340000 en lors de l'Affaire Troppman, à l'occasion de l'assassinat d'une famille de 8 personnes"La Presse en France des origines à 1914. Histoire politique et matérielle", par l'historien Gilles Feyel en 1999, Éditions Ellipses, page 122. Mais depuis le milieu du , les difficultés d'approvisionnement en chiffons et la flambée de leurs prix favorisent le recours au bois, par ailleurs valorisé par ces progrès techniques. Le papier est plus que jamais nécessaire en grandes quantités pour l'industrie naissante de la presse, mais aussi pour l'emballage, le carton et le papier à lettres. Et Anselme Payen a établi la preuve scientifique que toutes les cellules végétales contiennent une substance blanche et fibreuse, adaptée à la fabrication du papier journal et à l'imprimerie à grande échelle: la cellulose.
L'invention de la première pâte de bois est attribuée à Friedrich Gottlob Keller, tisserand de la Saxe, en Allemagne, qui dépose son brevet en 1844 puis le cède en 1846 son compatriote (1817-1887) de Heidenheim en 1846, qui développe ensuite avec Johann Matthäus Voith (1803-1874) le procédé de pâte mécanique.
Dans son livre d'idées, Friedrich Gottlob Keller avait noté en 1841/42 l'idée de "fabriquer du papier à partir de fibres de bois produites par friction"Gemeinde Krippen: 1379–1979. 600 Jahre Krippen. S. 34 et observe que les nids de guêpes sont des fibres de bois salivé. À la fin de 1843, il finalise un mélange de bois finement broyé et de chiffons puis achète en 1845 une usine de papier à Kühnhaide près de Marienberg dans les Monts Métallifères, en partie détruite lors d'une inondation. Forts du brevet qu'ils lui achètent, et Johann Matthäus Voith fondent Voith, une entreprise pionnière dans la construction de matériel papetier .
À partir du milieu des années 1870, au début des défibreurs à pâte mécanique, de nombreuses usines se créent pour les mettre en œuvre sur le territoire français, en utilisant pour la première fois la houille blanche. Parmi les promoteurs français de cette pâte à papier moderne, Aristide Bergès, par ailleurs connu pour avoir utilisé avant les autres l'énergie "stockée dans les montagnes", qu'il nomme la Houille Blanche. L'inventeur français dépose trois brevets et valorise l'énergie hydraulique dans ses défibreurs à meule à Lancey, dans la vallée du Grésivaudan, près de Grenoble. La première usine est celle d'Aristide Berges à Lancey en 1869, suivie de celle des usines Matussière à Domène et Moulin-Vieux (Pontcharra), puis de l'usine de Mandeure (Doubs), mais aussi de celle fondée en 1873 à Saint-Rémy-de-Maurienne par Jules-François Horteur, maire de Chavannes puis député républicain modéré de Saint-Jean-de-Maurienne, grâce à une prise d’eau en altitude sur le ruisseau de la Lescherette, descendu de la chaîne de Belledonne, et un câble double doté de petites bennes de Saint-Rémy-de-Maurienne , relié à la gare des Chavannes, distante de , pour s'approvisionner en bois de tremble bourguignons et franc-comtois par le chemin de fer. Un demi-siècle plus tard, après avoir agrandi sa chute d'eau en 1900, elle vendait la moitié de ses pâtes à papier dans la région parisienne et en Charente. Les papeteries Rouchez & Vielhomme sont les premières dans la vallée du Grésivaudan, avec une pâte chimique au bisulfite adaptée aux papiers à base de pâte mécanique pour le journal.
Les besoins en papier de la presse française augmentent à nouveau et bénéficient de ces progrès techniques. La suppression d’un impôt nouveau pour toutes les industries utilisant et transformant le papier est votée par la Chambre des Députés le . En 1885, la pâte mécanique est devenue chez la plupart des éditeurs de journaux aux États-Unis et au Canada la matière première du papier journal, qui est devenu le pilier du marché des papiers de grande consommation, grâce aux volumes d'impressions dopés par l’apparition de la rotative et de la linotype. Pour assurer ces gros chiffres de production aux États-Unis, la machine à table plate s'impose au détriment de la machine à forme ronde. En 1886, l'ingénieur américain , directeur du journal Post Dispatch de St-Louis, pose les bases de la première usine de papier à base de pâte de bois d'Amérique du Nord, douze ans avant de devenir le cofondateur de l'International Power and Paper, géant papetier américain puis numéro un mondial de la pâte à papier"La Laurentide (1887-1928) : pionnière du papier journal au Canada, par Jorge Niosi, dans la . Sa société américaine, l'"Hudson River Paper", commande à une autre, la "Pusey and Jones", deux machines de capables de livrer du papier journal à la cadence de 75 mètres par minute, grâce à 22 cylindres sécheurs de de diamètre chacun, mieux dimensionnés que les précédents. En un peu plus d'une décennie, l'offre plus abondante amène une division par deux du prix du papier, qui tombe à seulement 36 dollars la tonne au tournant du .
En France, les journaux populaires commencent à accroître leur pagination, qui était encore de seulement six pages en moyenne en 1890 mais qui monte 8 à 12 pages en 1914, selon les jours de la semaine, tandis que les tirages sont portés par le développement de la vente au numéro et par l'utilisation de la première page pour faire connaître le contenu de tout le journal. Le tirage du Petit Parisien passe de en 1884 à en 1889, soit un triplement en sept ans, puis en 1896, un doublement en sept ans, et enfin un million d'exemplaires en 1902 et en 1914, ce qui en fait le plus grand quotidien du monde. Son patron Jean Dupuy sera plusieurs fois ministre avant-guerre.
Car d'autres innovations ont suivi. En 1898, la première enrouleuse à deux tambours puis en 1906 la première machine à commande sectionnelle électrique capable de moduler la vitesse de sortie du papier fini. Pour s'assurer la matière première, des investisseurs américains fondent au Canada des entreprises papetières, dont Laurentide Co, première société canadienne de production de papier journal de 1898 à 1919, dans un contexte d'embargo sur l'exportation de bois décrété par l'Ontario en 1900 et par le Québec en 1910 puis de libéralisation de l'importation du papier journal aux États-Unis en 1913. Dès 1891, le site canadien avait bénéficié de l'adjonction d'une voie ferrée. Comme en France et en Suisse, les industriels des médias américains se diversifient dans le papier et investissent dans des sites qui bénéficient d'une production hydroélectrique. En 1912, le grand journal quotidien Chicago Tribune, dirigé par l'éditeur Robert McCormick, fonde l'Ontario Paper Company, dont une usine de papier est construite dans le Sud de l'Ontario, approvisionnée par bateau à partir des forêts du nord du lac Supérieur et de la Côte-Nord du Québec. Warren Curtis est de nouveau chargé du projet et utilise l'hydroélectricité des chutes du NiagaraFiducie du patrimoine ontarien [C.ca/fr/index.php/plaques/ontario-paper-company-ltd.
Avant la première guerre mondiale