Le secteur de l'énergie en Belgique a constitué l'un des moteurs du développement économique au avec l'expansion des charbonnages qui ont contribué à l'industrialisation précoce du pays. Cependant, la Belgique est aujourd'hui totalement dépendante de l'étranger pour ses besoins en pétrole, en gaz naturel et en charbon, qui représentent 67,2 % de sa consommation d'énergie primaire en 2022 (respectivement 36,3 %, 25,5 % et 5,4 %).
La consommation d'énergie primaire par habitant de la Belgique en 2022 est 2,8 fois supérieure à la moyenne mondiale, dépassant de 62 % celle de la France et de 43 % celle de l'Allemagne.
La consommation finale d'énergie se répartissait en 2021 surtout entre l'industrie (26,7 % plus 18,3 % d'usages non énergétiques, dans la chimie pour l'essentiel), les transports intérieurs (20,8 %), le secteur résidentiel (20,7 %) et le secteur tertiaire (11,1 %).
L'électricité représentait seulement 17,3 % de la consommation finale d'énergie en 2021. La production d'électricité provenait en 2023 à 39,9 % du nucléaire, à 23,7 % des combustibles fossiles (21,4 % du gaz, 2,2 % du charbon), 34,3 % des énergies renouvelables (19,0 % d'éolien, 8,8 % de solaire, 3,3 % de biomasse, 2,0 % d'hydroélectricité, 1,2 % de déchets) et à 1,9 % d'autres sources. Après une série de problèmes techniques rencontrés par les réacteurs nucléaires de 2014 à 2018, la situation est revenue à la normale en 2019. La Belgique était en 2024 au européen pour sa puissance photovoltaïque installée par habitant, loin derrière les Pays-Bas et l'Allemagne, mais 13 % au-dessus de la moyenne de l'Union européenne.
Les émissions de dues à la combustion de la Belgique étaient en 2022 supérieures de 59 % à la moyenne mondiale et de 68 % à celles de la France, mais inférieures de 6 % à celles de l'Allemagne.
Comme dans les autres pays européens, le secteur a connu une vaste réorganisation au cours de la décennie 2000, avec la libéralisation des marchés de l'électricité et du gaz naturel et a provoqué un réalignement des acteurs de l'industrie, en raison d'introductions en bourse, de prises de contrôle et de fusions d'entreprises. Ces transactions ont renforcé le contrôle des grandes entreprises européennes, comme Engie, EDF et ENI, sur l'approvisionnement en électricité et en gaz de la Belgique. Cette libéralisation s'est effectuée dans un contexte d'une réglementation fragmentée entre l'état fédéral belge et les trois régions, qui se partagent la tâche de superviser le secteur.
Le secteur de l'énergie doit aussi faire face aux grands enjeux énergétiques du début du , comme l'efficacité énergétique, le réchauffement climatique et la transition énergétique. Depuis le vote en 2003 d'une loi qui proscrit la construction de nouvelles centrales nucléaires et qui impose la fermeture des centrales existantes après 40 ans d'exploitation, la question de l'avenir de l'industrie nucléaire belge et la pertinence d'une fermeture des centrales en exploitation restent en débat ; en 2015, une nouvelle loi a prolongé de dix ans la durée de vie des réacteurs de Doel 1 et 2, mais en 2017 les ministres de l'énergie ont décidé la sortie du nucléaire en 2025. Le , le Premier ministre fédéral Alexander De Croo annonce la prolongation des deux réacteurs les plus récents de la centrale de Tihange jusqu'en 2035, dans le contexte de l'incertitude de l'approvisionnement en énergie fossile relative au conflit en Ukraine.
Vue d'ensemble Principaux indicateurs de l'énergie en Belgique Population Consomm.énergieprimaire Produc-tion Importa-tion nette Consomm.élect.* Energy Statistics Data Browser - Belgium : Electricity 2022, Agence internationale de l'énergie, 21 décembre 2023. ÉmissionsGES**tab.GHG-FC Année Million PJ PJ PJ TWh Mt éq 1990 10,0 549 63,6 107,6 2000 10,25 575 84,5 115,0 2010 10,90 664 91,0 105,7 2011 11,04 669 89,2 95,0 2012 11,11 595 88,9 94,0 2013 11,16 630 89,2 95,3 2014 11,21 531 86,4 88,9 2015 11,27 449 86,9 94,0 2016 11,33 644 87,9 93,0 2017 11,38 633 88,8 91,6 2018 11,43 489 88,6 92,3 2019 11,49 661 88,2 91,4 2020 11,54 575 85,6 83,7 2021 11,59 754 89,0 87,6 2022 11,69 678 84,3 80,5 variation1990-2022 +17 % +5 % +23 % +10 % +33 % -25 % * consommation brute d'électricité = production+importations-exportations-pertes en ligne** émissions de gaz à effet de serre par combustion.
Historique
thumb|left|Houillère Léonard de France à Liège, 1836. Au moment de la révolution de 1830, le royaume était un exportateur net d'énergie. L'exploitation de la houille — un mot d'origine wallonne — dans la région de Liège date du Moyen Âge, mais l'invention de la machine à vapeur et les débuts de l'industrialisation de l'Europe dans les premières décennies du stimulent le développement des charbonnages. En 1830, la Belgique produisait 6 millions de tonnes — sur une production mondiale se situant entre 20 et 30 millions de tonnes. Les machines à vapeur qui commençaient à être installées dans le reste du continent dépendaient de la houille belge..
Bien que la production belge ne suffise déjà plus à répondre la demande dès 1840, le pays offrait des avantages : s'y concentrait au même endroit l'extraction du charbon, la métallurgie et la fabrication de machines-outils. Dans ce contexte, la Belgique et la Suisse constituaient des figures de proue d'un monde industrialisé naissant, au même titre que la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Allemagne et dans une moindre mesure, la France.
Les années 1950 marquent un point tournant pour le charbon belge. L'Europe occidentale de l'après-guerre souffre d'abord de pénuries d'énergie. Mais le charbon américain et l'augmentation de la consommation du pétrole et du gaz naturel transforment la pénurie en surplus dans les six pays membres de la communauté européenne du charbon et de l'acier, à laquelle participe la Belgique. À la fois structurelle et conjoncturelle, la crise de la fin des années 1950 portera un dur coup aux charbonnages wallons, en raison du vieillissement des installations. Les puits les moins rentables sont fermés et l'État belge subventionne la production afin de faire baisser les prix.
Politique énergétique
thumb|Carte des régions de Belgique Il n'existe pas une seule, mais bien plusieurs politiques énergétiques en Belgique. Les trois régions sont responsables d'éléments substantiels de la politique sur leurs territoires respectifs, mais le gouvernement fédéral conserve sa prérogative dans certains dossiers stratégiques, dont le déclassement éventuel des centrales nucléaires et la supervision du transport de l'énergie. En 2005, un panel d'experts de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) affirmait qu'il était difficile en Belgique « d'atteindre des objectifs nationaux en matière de politiques » ce qui, ajoute l'organisme, « peut réduire l'efficience et l'efficacité du système énergétique belge dans son ensemble».
De manière générale toutefois, la politique énergétique de la Belgique et des régions wallonne, flamande et Bruxelles-Capitale s'articule autour de quatre priorités principales depuis les années 1970 : la sécurité et la diversification des sources d'approvisionnement, l'efficacité énergétique, le maintien de la transparence et de la compétitivité des tarifs et la protection de l'environnement.
Le partage des responsabilités entre les paliers de gouvernement accorde un rôle central aux régions en matière de réglementation du marché de l'électricité et du gaz depuis la Loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 août 1980. Les autorités de contrôle, la CWaPE en Région wallonne, la VREG en Région flamande et la BRUGEL dans la Région de Bruxelles-Capitale définissent les règles de fonctionnement du marché libéralisé de l'énergie et sa mise en application. Les régions ont également juridiction en matière d'énergie renouvelable, de transport d'électricité à moyenne et basse tension ( et moins) programmes d'efficacité énergétique et de la recherche et du développement non-nucléaire.
thumb|left|Lignes à haute tension près de Deinze, dans la province de Flandre-Orientale. De son côté, le gouvernement central régule les prix, réglemente les infrastructures de transport à haute tension et de production et garde la responsabilité de la politique nucléaire civile. La Commission de régulation de l'électricité et du gaz (CREG) joue un rôle général de surveillance et de contrôle de l'application des lois et des règlements.
Les gestionnaires des réseaux de distribution possèdent le monopole légal du réseau de distribution électrique. Ces entreprises sont souvent administrées par des intercommunales, entreprises du service public sont responsables du développement et de l'exploitation quotidienne des réseaux locaux de gaz et d'électricité ou des sociétés mixtes qui regroupent les communes et Electrabel ou Luminus, les opérateurs historiques. Les premières sont connues sous l'appellation intercommunales pures et les secondes, intercommunales mixtes. En 2005, les intercommunales étaient au nombre de 17 en Région flamande — dont 6 pures et 9 mixtes —, 14 en Région wallonne — dont 9 pures, 3 mixtes et une autre entité — et une seule, Sibelga, dans la Région de Bruxelles-Capitale. Depuis 2008, huit gestionnaires de réseaux mixtes en région wallonne se sont regroupés au sein de l'Opérateur des réseaux gaz et électricité (ORES). L'entreprise dessert 200 communes et relève les compteurs de 1,5 million de clients. L'ORES compte 2000 employés..
Bien que l'Union européenne ne possède pas de politique commune en matière d'énergie, elle a néanmoins légiféré à plusieurs reprises afin de libéraliser le commerce de l'électricité et du gaz naturel dans les États membres. Comme les autres pays membres, la Belgique a mis en place une série de réformes libéralisant la production, le transport et la distribution de l'électricité et du gaz naturel.
Émissions de gaz à effet de serre Les émissions de gaz à effet de serre (GES) dues à la combustion en Belgique s'élevaient en 2022 à d'équivalent , en baisse de 25 % par rapport à 1990tab.GHG-FC.
Les émissions de dues à la combustion par habitant étaient en 2022 de , supérieures de 59 % à la moyenne mondiale : (en 2021), de 68 % à celles de la France : et de 14 % à celle de l'Union européenne : , mais inférieures de 6 % à celles de l'Allemagne : et de 50 % à celles des États-Unis : tab.CO2-POP.
+ Évolution des émissions de gaz à effet de serre par combustion 1971 1990 2022 var.2022/1971 var.2022/1990 var.UE272022/1990 Émissions GEStab.GHG-FC (Mt ) 119,4 107,6 80,5 -33 % -25 % -28,3 % Émissions /habitanttab.CO2-POP (t ) 12,21 10,68 6,78 -44 % -37 % -28,4 %Source : Agence internationale de l'énergie
+ Répartition par combustible des émissions de gaz à effet de serre par combustion Combustible 1971Mt 1990Mt 2022Mt % var.2022/1990 var. UE272022/1990 Pétroletab.GHG FC-Oil 63,0 46,9 38,7 48 % -17 % -21 % Gaz natureltab.GHG FC-Gas 11,3 18,4 28,0 35 % +52 % +22 % Charbontab.GHG FC-Coal 45,1 40,7 10,1 13 % -75 % -57 % Total 119,4 107,6 80,5 100 % -25 % -28,3 %Source : Agence internationale de l'énergie
+ Émissions de liées à la combustion par secteur de consommation* Émissions 2021 part du secteur Émissions/habitant Émiss./hab. UE-27 Secteur Millions tonnes % tonnes /hab. tonnes /hab. Secteur énergie hors élec. 6,0 7 % 0,52 0,37 Industrie et construction 25,4 29 % 2,19 1,50 Transport 23,2 27 % 2,00 1,74 dont transport routier 22,4 26 % 1,93 1,64 Résidentiel 19,2 22 % 1,66 1,21 Tertiaire 10,2 12 % 0,88 0,74 Total 86,4 100 % 7,45 5,76Source : Agence internationale de l'énergietab.SECTOREH* après ré-allocation des émissions de la production d'électricité et de chaleur aux secteurs de consommation. Les émissions de par habitant de la Belgique dépassent la moyenne européenne dans tous les secteurs, surtout dans l'industrie et le secteur résidentiel.
Énergie primaire Production d'énergie primaire + Production d'énergie primaire en Belgique par source (PJ) Source 1990 % 2000 % 2010 % 2020 % 2022 % 2022