Jean-Martin Charcot, né le à Paris (Seine) et mort le à Montsauche-les-Settons (Nièvre), est un neurologue français, professeur de clinique des maladies nerveuses à la faculté de médecine de Paris et académicien.
Découvreur de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie neurodégénérative à laquelle son nom a été donné dans la littérature médicale francophone, il est le fondateur avec Guillaume Duchenne de la neurologie moderne et l'un des grands promoteurs de la médecine clinique, une figure du positivisme. Ses travaux sur l'hypnose et l'hystérie, à l'origine de l'École de la Salpêtrière, ont inspiré à la fois Pierre Janet dans ses études de psychopathologie et Sigmund Freud, qui a été brièvement son élève et l'un de ses premiers traducteurs en allemandJ. Sédat, Avant propos, in J. M. Charcot, Leçons du mardi à la Salpêtrière, Bibliothèque des Introuvables, Paris, 2002 ., en ce qui concerne l'invention de la psychanalyse.
Biographie L'ascension sociale par la science Jeunesse (1825-1848) Jean-Martin Charcot n'a pas laissé d'écrits autobiographiques, et ce que l'on connaît de son histoire personnelle repose essentiellement sur ses travaux et le témoignage de ses collègues.
Jean-Martin Charcot naît au 1 de la rue du Faubourg-Poissonnière et grandit au 27 de la rue Bleue sous le règne de Charles X, dans un milieu de petite bourgeoisie, aîné de trois frères, Eugène Martin (1826-1869), qui deviendra marin et mourra spahi des régiments sénégalais au cours d'une mission, Pierre Martin, né en 1828, qui reprendra l'entreprise familiale, et Émile Martin (1830-1899), qui deviendra chef de bataillon dans l'intendance des Armées.
Le futur anatomiste apprend le dessin auprès de son père, lui-même sellier dans l'entreprise de charronnageB. Heimermann et G. Janichon, Charcot, le gentleman des pôles, Éditions Ouest-France et du Pen-Duick, 1991. de son propre beau-père, le grand-père maternel de Jean-Martin. Il perd sa mère à l'âge de treize ans, en 1839. Il poursuit ses études secondaires au collège Bourbon puis, en tant que pensionnaire, au lycée Saint-Louis jusqu'au , avec la réussite au baccalauréat de lettres.
Il les complète par une année consacrée à obtenir le baccalauréat de sciences, une année préparatoire et une année d'externat, en 1846-1847, à la faculté de médecine, cursus qui inclut des stages à l'hôpital Necker et à celui de la Charité, puis, en 1848, à l'hôpital Saint-Louis, auprès du professeur Jean Lugol.
Internat (1849-1853) vignette|Pierre Rayer, académicien positiviste proche des saintsimoniens qui a formé Claude Bernard, a remarqué le talent scientifique de l'interne Charcot et soutenu en plusieurs occasions de façon déterminante la carrière de celui-ci.
Après un premier échec en 1847, Charcot est admis cinquième sur dix-neuf au concours de l'internat des hôpitaux de Paris le , neuf mois après la Révolution qui a instauré la Deuxième République. Il travaille dès lors comme interne, logé et rémunéré, en 1849 au Bon Secours auprès de Jules Béhier, ex-médecin de Louis Philippe et promoteur des psychotropes, en 1850 à la Pitié auprès de Pierre Adolphe Piorry, en 1851 à la Charité auprès de Pierre Rayer.
Ces deux derniers médecins le forment à la méthode d'observation clinique mise au point dix ans plus tôt dans ce dernier service par Claude BernardCependant Charcot, à l'opposé de Bernard qui avait adopté le point de vue de Malebranche sur l'animal machine, restera très sensible au sort des animaux, très attaché à ses chats, ses chiens, ses oiseaux et sa guenon offerte par l'empereur Pédro. Il participera même à une manifestation contre la vivisection. quand celui-ci y était externe. C'est à la Charité que Charcot découvre l'hystérie, qui y fait l'objet de l'étude de son inventeurPierre Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie, J.-B. Baillière & fils, Paris, 1859., le chef de service Pierre Briquet. En 1851, Rayer le fait admettre précocement à la Société de biologieM. Bonduelle, « Charcot. Dates. Légendes et réalités », Histoire des sciences médicales, 28, 289-294, Paris, 1994. où le jeune homme est parrainé par François Magendie, Claude Bernard, Émile Littré, et où il se liera ultérieurement à Paul Bert.
En 1852, il est admis à la Société anatomique de Paris et poursuit son internat dans le service des femmes et des vieillards de Cazalis à la Salpêtrière. Les observations cliniques qu'il y effectue nourrissent une thèseJ.M. Charcot, Étude pour servir à l'histoire de l'affection décrite sous le nom de goutte asthénique primitive, nodosités des jointures, rhumatisme articulaire chronique, thèse d'exercice, faculté de médecine de Paris, 1853. dirigée par Piorry et soutenue le devant Armand Trousseau, lequel l'a gratifié d'une mention hors normes, . Charcot y marque l'histoire de la gériatrieAlain Lellouch, Jean Martin Charcot et les origines de la gériatrie : recherches historiques sur le fonds d'archives de la Salpêtrière, Payot, Paris, 1992. en établissant la différence entre la goutte et le rhumatisme articulaire chronique et reçoit le prix Montyon.
Carrière ascendante à l'ombre de Rayer (1854-1861) Lauréat de la faculté de médecine, il est nommé chef de clinique de Piorry. Sur recommandation de Rayer, le banquier Benoît FouldAuprès de celui, Charcot découvre une autre monde et, lors d'un voyage effectué en 1853, l'Italie, moment d'une révolution esthétique., frère du ministre Achille Fould, l'appointeMil deux cents francs annuels. comme médecin de famille, ce qui lui permet de se constituer une clientèle privée mondaine et fortunée dans un cabinet qu'il ouvre à domicile, 6 cité Trévise, dans le faubourg Montmartre de son enfance. Se contentant le plus souvent de prescrire, selon le précepte , de la belladone, du bromure, des élixirs et des cures qui contribueront fortement au succès de la station de Lamalou-les-Bains, il épargnera en quarante années de pratique, tout en dépensant sans compter, un capital de plus de deux millions et demi de francsCharcot a été le médecin de l'empereur Don Pedro, des Grands Ducs Nicolas et Constantin, de la reine Isabelle, de la richissime baronne , de l'écrivain Ivan Tourguenieff, du futur ministre Paul Ignatieff….
vignette|gauche|Un pavillon de la Salpêtrière, ici un demi-siècle après l'arrivée de Charcot.
Il passe avec succès le concours des médecins des hôpitaux le et est affecté à l'hôpital de la Salpêtrière. Il occupe un poste ingrat de tri et d'orientation des patients et effectue des remplacements. Toutefois, ses nombreux articles publiés dans des revues scientifiques lui valent d'être reconnu pour sa compétence. Le , grâce à l'appui de Rayer, devenu le médecin de l'Empereur Napoléon III, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur et donne des conférences de pathologie à la Pitié et à l'École pratique de pathologie de la Faculté de médecine.
Reçu laborieusement, toujours grâce au zèle de Rayer qui siège au juryRayer a empêché Charcot de quitter la salle, l'obligeant à terminer son examen., à l'agrégation de médecineJ. M. Charcot, De l'hérédité dans les maladies du système nerveux.. en 1860, après un échec en 1857J. M. Charcot, L'expectation en médecine.., Charcot peut accéder, au bout de deux années de probation, à la carrière de praticien enseignant. C'est alors en tant que maître de conférences qu'il continue son enseignement d'anatomie pathologique à l'École de médecine.
Chef de service à la Salpêtrière Médecin établi (1862-1865) vignette|Stimulation électrique, ici des muscles du sourireG. B. Duchenne, Mécanisme de la physionomie humaine ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passions, fig. 78, Renouard, Paris, 1862, 99., que pratique Duchenne dans le laboratoire de Charcot.
Le , Charcot et Vulpian sont promus chefs de service des deux services de médecine générale de la Salpêtrière, qui est appelée depuis 1837 Hospice de la Vieillesse-Femmes et dépend depuis 1849 de l'Assistance publique de Paris. Charcot prend la direction du plus important, soit cinq cents lits, dont deux cents de l'Infirmerie, cent de « reposantes », qui sont des employées de l'établissement à la retraite, le pavillon des grands infirmes et celui des incurables.
S'inspirant des méthodes de Rudolf Virchow, il installe un laboratoire où il accueille les travaux de Duchenne de Boulogne, et procède au premier recensement systématique des pathologies de ses patientes, son .
À trente neuf ans, le , le professeur Charcot, homme timide face aux femmes, se marie avec une veuve fortunée de dix ans sa cadette, Augustine-Victoire Durvis, laquelle a de son premier lit une fille âgée de dix ans, MarieMarie Durvis (1854-1936) épousera en secondes noces, Pierre Waldeck-Rousseau (1846-1904), Président du Conseil de 1899 à 1902., et habite le quartier voisin de la Chaussée d'Antin au 9 rue Laffitte, quartier de la haute bourgeoisie. Née Laurent, elle est l'héritière de la maison de couture de son grand père maternel, le tailleur Laurent-Richard, ancien fournisseur de Louis Philippe, et travaillera toute sa vie dans ses deux ateliers de création d'arts décoratifs, non sans une certaine reconnaissance. De cette union naitront JeanneÉprise sans retour de Léon Daudet, elle épouse tardivement en 1896 le milliardaire Alfred Edwards, fondateur du Matin, en divorce à cause de Misia Sert, épouse un riche Écossais, Arthur Hendry, avec lequel elle périt en mai 1940 durant la Débâcle., en 1865, et Jean-Baptiste Charcot, le célèbre océanographe, à la naissance duquel, en 1867, le couple quittera le 13 rue Laffitte pour le 6 avenue du Coq. Les camarades du futur aventurier des régions polaires seront Léon Daudet et Georges Hugo, dont il épousera la sœur, Jeanne Hugo.
L'invention d'une neurologie scientifique (1866-1878)
thumb|Charcot de profil, tenant un cerveau, par Édouard Brissaud.
Dès 1866, Charcot donne des cours publics à la Salpêtrière, le vendredi, le cours magistral, le mardi soir, la formation clinique, attirant toujours plus d'étudiants. En 1868, il décrit avec son camarade de faculté Alfred Vulpian la sclérose en plaques, qu'il différencie de la maladie de Parkinson, et, l'année suivante, la sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative à laquelle son nom restera attaché. Dans la filiation des travaux initiés par Paul Broca, il promeut les recherches sur les localisations cérébrales fondées sur une approche anatomo-clinique et anatomo-pathologique. Avec son élève et collaborateur Albert Pitres, cette approche lui permet d'identifier les localisations motrice cérébrales au niveau du cortex, et de montrer que des lésions du cortex moteur entrainent une dégénerescence des voies pyramidales, à partir d'une série de coupes anatomiques sur 108 cerveaux. Il effectue de nombreux travaux sur les affections de la moelle épinière, la sclérose en plaques, l'atrophie musculaire progressive, la syringomyélie en collaboration avec Alix Joffroy, les atteintes neurologiques de la syphilis ou tabès et celles de l'alcoolisme, la maladie de Basedow en collaboration avec Pierre Marie, la maladie de Menière, les atrophies musculaires progressives et héréditaires. Il produit une clinique d'une finesse inégalée des troubles neurologiques, en particulier les paralysies, les tremblements, les chorées, les vertiges, les épilepsies, et révise les classifications.
Dès l'avènement de la Troisième République, ces recherches lui valent la reconnaissance croissante de ses collègues d'Angleterre et des États-Unis, au premier rang ceux du Lancet, tel , qui font régulièrement le déplacementT. Guelfand, « Charcot, médecin international » Revue neurologique, 150, 517-523, Paris, 1994., et en France, les honneurs. Soutenu par Claude Bernard, il obtient le la chaire d'anatomie pathologique qui lui avait été refusée cinq ans plus tôt. En 1873, il devient membre de l'Académie de médecine. Deux ans plus tard, la famille Charcot s'installe à proximité de l'Académie, dans l'aile orientale de l'hôtel de Chimay.