Le musée d'Art et d'Histoire du judaïsme (mahJ) est installé dans l'hôtel de Saint-Aignan dans le quartier du Marais ( de Paris).
Le musée retrace l'histoire de la culture des Juifs de l'Antiquité au . Sa collection d'objets religieux et du quotidien, de manuscrits et d’œuvres d'art illustre les contributions des Juifs à la France et au monde, particulièrement dans le domaine de l'art. Le musée présente une collection d'art et un fonds historique et ethnographique. Il conserve notamment sur l'affaire Dreyfus, donnés par la famille de ce dernier.
Une place importante est consacrée à la présence juive dans les arts avec des peintres de l’École de Paris (Chagall, Kikoïne, Soutine…) et des artistes contemporains (Christian Boltanski, Sophie Calle…).
Le mahJ possède également une bibliothèque de recherche, riche de quelque 30 000 documents sur l'art et l'archéologie du judaïsme et sur l'histoire des juifs de France (comportant de nombreux documents audiovisuels et une photothèque), accessible à tous sur rendez-vous, et une librairie accessible hors billetterie, proposant plus de 6000 titres. Un auditorium de 190 places propose une importante programmation autour des cultures du judaïsme (conférences, débats, rencontres, concerts, projections).
Des visites guidées et des ateliers sont proposés.
La collection permanente est accessible gratuitement tous les premiers samedis du mois d'octobre à juin.
Le musée Le projet de musée remonte au milieu des années 1980 : il hérite en partie du musée d’Art Juif de Paris fondé en 1948 par un groupe de survivants de la Shoah originaires d’Europe orientale, et installé rue des Saules dans le arrondissementJudith Lindenberg, Le musée d’Art juif de Paris et les prémices du mahJ, agenda du mahJ, 15 janvier 2025.. Le projet du mahJ est lancé en 1985 à l’initiative de Claude-Gérard Marcus, Victor Klagsbald et Alain Erlande-Brandenburg, et porté par la Ville de Paris et le ministère de la Culture. Conduit par Laurence Sigal à partir de 1988, avec le soutien de la direction des Musées de France, et de la direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris, le projet aboutit, en , à l’ouverture du mahJ dans l’hôtel de Saint-Aignan.
La collection permanente Chaque salle de la collection permanente s'organise autour d'une triple articulation chronologique, géographique et thématiqueFabienne Kelif, Le musée d'Art et d'Histoire du judaïsme – De l'origine à l'aboutissement, monographie de muséologie, sous la direction de Krzysztof Pomian, Paris, École du Louvre, 1999, 33, afin de mettre en valeur à la fois la diversité et l'unité des communautés juives d'Europe et du pourtour méditérranéen à travers leurs rites, leurs croyances, leurs productions artistiques et leur culture matérielle.
Le musée illustre notamment la diversité du judaïsme français, mosaïque de communautés ayant subsisté sous l'Ancien régime après les expulsions médiévales (Alsace et Comtat Venaissin) ou s'étant reconstituées à partir du 16e siècle (Lorraine et côte aquitaine) ou issues d'immigrations postérieures à l'émancipation (Europe centrale et orientale, Levant, Afrique du Nord...).
Salle d’introduction La visite débute par une présentation d'objets symboliques et de documents fondamentaux afin de montrer l’exceptionnelle pérennité de l'identité et de la civilisation du peuple juif malgré sa dispersion.
Les Juifs en France au Moyen Âge Les Juifs ont connu un âge d'or dans la France médiévale, dont témoigne notamment l'œuvre de Salomon, fils d'Isaac le Français, dit Rachi, rabbin et talmudiste champenois (vers 1040-1105), éminent commentateur de la Bible et du Talmud (il fait l'objet d'un audiovisuel dans le musée). Mais plusieurs expulsions royales frappent successivement les Juifs : en 1182 par Philippe Auguste, en 1306 par Philippe le Bel, puis en 1394 par Charles VI. Enfin, les juifs seront expulsés de Provence en 1501, après le rattachement du comté au royaume de France.
Au centre de la salle sont exposées des stèles funéraires exceptionnelles provenant d'un cimetière juif parisien du , retrouvées en 1849 lors des travaux d’aménagement de la librairie Hachette, rue Pierre-Sarrazin. Ces stèles représentent le plus grand ensemble archéologique découvert sur le sol français.
Des manuscrits précieux sont exposés dans un comptoir de présentation et plusieurs objets religieux rares, dont une lampe d'Hanoucca du , montre la richesse culturelle du judaïsme français médiéval.
Le visiteur a une première approche de l'organisation communautaire, des réseaux du savoir et de l'inscription des Juifs dans le monde chrétien.
Les Juifs en Italie, de la Renaissance au Pendant la Renaissance jusqu'au , l'Italie n'était pas un pays unifié, donc la vie et la présence des Juifs diffèrent selon les régions. Cette salle montre l'activité culturelle de plusieurs villes, telles que Modène et Venise. Des pièces de mobilier synagogal sont exposés, par exemple une Arche Sainte de Modène datant de 1472, des pièces d’orfèvreries et des broderies liturgiques. ces magnifiques objets témoignent du raffinement de l'art italien à la Renaissance.
Le cycle de la vie - naissance, circoncision, bar-mitzvah, mariage - est illustré à travers des objets, des bijoux et des manuscrits. Des contrats de mariages enluminés (ketoubbot) sont exposés dans des cadres. Plusieurs tableaux du , attribués à Marco Marcola, représentent des scènes religieuses de la vie des Juifs de Venise.
Daté de 1720, un tableau d'Alessandro Magnasco dépeint des Funérailles juives dans un style sombre et rococo, certains détails sont fidèles à des coutumes juives, Magnasco étant intéressé par les sujets juifs, particulièrement les synagogues.
Hanouca Une salle du musée est dédiée à la fête de Hanoucca. Elle présente une collection de lampes d'Hanouca (hanukkiyot) de plusieurs styles et périodes. Ce panorama est L. Sigal, Un musée d'Art et d'Histoire du judaïsme à Paris, op. cit., 116..
Amsterdam, rencontre de deux diasporas Une collection de gravures hollandaises des représente l'errance des Juifs espagnols après leur expulsion d’Espagne en 1492. Elle comprend une série intitulée Mœurs et coutumes de tous les peuples du monde de Bernard Picart et montre comment les Juifs portugais se sont intégrés dans des communautés à Amsterdam, Londres et Bordeaux après leur expulsion du Portugal en 1496-1497. Cette salle se concentre sur l'importance des relations entre les différentes communautés. Enfin, une vitrine illustre le développement de l'imprimerie hébraïque à travers des livres rares, qui sont de réels chefs-d'œuvre d'impression.
L’an prochain à Jérusalem Le musée expose une soukka restaurée du , provenant d'Autriche ou du sud de l'Allemagne. Elle est décorée de peintures qui représentent les premiers mots du Décalogue, Jérusalem et un village typique autrichien ou allemand. Cette souccah montre la place essentielle qu'occupe la ville de Jérusalem dans la conscience juive.
Les trois fêtes de pèlerinage, Pessa'h, Chavouot et Souccot, sont illustrées à travers d'autres objets rituels.
Le monde ashkénaze traditionnel Plusieurs maquettes de synagogues de Pologne, d’Ukraine et de Lituanie, à l’architecture si particulière, quasiment toutes détruites par les nazis, rappellent l’existence d’un monde aujourd’hui disparu.
Un tableau frappant intitulé Cimetière juif (1892) de Samuel Hirszenberg représente les conditions de vie difficiles des communautés juives de Pologne et de Russie, à cause des pogroms de la fin du .
Deux tableaux de Marc Chagall donnent vie à l'existence des Juifs dans les shtetls, les bourgades juives d'Europe de l'Est.
Les vitrines exposent des objets autour des thèmes du Shabbat, de la prière et de la liturgie. Elles donnent aussi un court aperçu de l'organisation de l'étude et des grands courants de pensée religieuse au .
De plus, une collection exceptionnelle de mappot est exposée. Les mappot étaient utilisés exclusivement dans l'Est de la France.
thumb|center|250px|Cimetière juif, Samuel Hirszenberg (1892).
Le monde séfarade traditionnel Les thèmes de la salle précédente sont repris de façon symétrique dans leur déclinaison séfarade ; les collections permettent d'apprécier les parentés formelles entre les deux traditions et le poids des influences.
Textiles (dont une robe de mariée, berberisca), orfèvrerie synagogale, dont un coffre à torah (ou tiq), objets domestiques modestes, ouvrages imprimés et art populaire présentés dans de vastes vitrines murales, dessinent un paysage contrasté des coutumes religieuses.
Cet espace accueille une collection ethnographique d'une grande diversité qui évoque la richesse des traditions, les cérémonies familiales et l'opulence des costumes des Juifs du Maghreb, de l'Empire ottoman et du Moyen-Orient. Des peintures orientalistes, des gravures et des photographies anciennes achèvent ce voyage à travers les communautés de la diaspora.
L’émancipation, le modèle français Panorama historique du judaïsme français au . C’est l'ère de l'émancipation, dont la Révolution française a marqué le début. Les moments essentiels de l'intégration dans la société moderne sont présentés. Ce thème se prolonge par la présentation d'œuvres à thème juif (Moritz Oppenheim) et de scènes de genre d'artistes français et européens (Alphonse Lévy, Édouard Brandon, Édouard Moyse pour la France, et Maurycy Gottlieb, pour la Pologne), posant ainsi le premier jalon d'une réflexion sur la possibilité d'un art juif autre que liturgique ou traditionnel.
Cette section comprend un fonds d'archives considérable, donné par les petits-enfants du capitaine Dreyfus. Il est composé de plus de trois mille documents : manuscrits, lettres, photographies, souvenirs familiaux, pièces officielles, livres, cartes postales, affiches, etc.
Mouvements intellectuels et politiques en Europe au tournant du siècle Une séquence de transition rend compte du foisonnement intellectuel juif en Europe au tournant du siècle, avec le développement des sciences du judaïsme en France et en Allemagne, les fondateurs de l'histoire juive, la littérature et la culture yiddish, la renaissance de la langue hébraïque, la création théâtrale, la presse juive moderne, le sionisme et les mouvements politiques comme le Bund.
Présences juives dans l’art du thumb|250px|Les habitants de l'Hôtel de Saint-Aignan en 1939, Christian Boltanski (1998). Un cabinet d'art graphique rassemble, sur le thème de la renaissance culturelle juive en Allemagne et en Russie, des œuvres sur papier et des ouvrages des premières années du . Le musée remplit ici une mission, celle d'approfondir et de faire découvrir les recherches formelles et stylistiques majeures d'artistes importants, parfois oubliés. Regroupées sur le thème du folklore, de l'ornement, des sources bibliques et de la calligraphie, ces œuvres constituent l'aboutissement d'une démarche liant thème et identité dans l'art juif.
Ce regard sur les contributions d'artistes juifs à l'art du début du se termine par un ensemble d'œuvres de peintres, sculpteurs et graveurs de l'École de Paris : Chagall, Lipchitz, Soutine, Louis Marcoussis, Pinchus Krémègne, Kikoïne, Pascin, Chana Orloff, Moïse Kisling, Modigliani, Pressmane, Irène Reno... Dans la diversité de leurs trajectoires et surtout dans leur confrontation à la modernité, ces artistes marquent la transition vers une nouvelle identité juive qui n'est plus exclusivement religieuse.
Être Juif à Paris en 1939