right|thumb|La Recherche et L'Espérance, par François Roux right|thumb|Boussole d'inclinaison utilisée pour les relevés. L'expédition d'Entrecasteaux (1791-1794) est une mission de secours ordonnée par l'Assemblée constituante et placée sous les ordres du contre-amiral Antoine de Bruny d'Entrecasteaux dans l'océan Pacifique pour retrouver les traces de l'expédition scientifique conduite par le célèbre navigateur et explorateur La Pérouse, dont on était sans nouvelles depuis trois ans. C'est également un voyage d'exploration scientifique, utile à la navigation, à la géographie, au commerce, aux arts et aux sciences, qui disposa de moyens supérieurs à ceux de Lapérouse pour remplir sa mission en astronomie et en géographieHélène Richard, 1982, p.290 mais pas en ce qui concerne sa pharmacopée, transformant ce voyage en catastrophe sanitaireYannick Romieux, 1996, ..
Partie à bord de deux gabares armées en frégates, La Recherche et L'Espérance, qui n'étaient malheureusement pas faites pour naviguer de concert, ce qui engendra la suppression de certaines escales d'avitaillement indispensables pour la santé des embarqués, l'expédition mobilisera , « savants » (naturalistes, botanistes, minéralogistes, ingénieurs, géographe et hydrographe) et hommes d'équipage dont une grande partie ne survivra pas au voyage.
Si elle échoua dans la mission qui lui avait été assignée, à savoir retrouver « Monsieur de la Pérouse », cette expédition permit d'améliorer la connaissance de la topographie de nombreuses îles de l'océan Indien, îles qui portent aujourd'hui le nom de membres de l'expédition ; ainsi que de procéder à de nombreuses découvertes, notamment en botanique. Ce fut, grâce aux travaux de Beautemps-Beaupré, un véritable laboratoire de l'hydrographie moderneOlivier Chapuis, À la mer comme au ciel : Charles-François Beautemps-Beaupré (1766-1854) et la naissance de l'hydrographie moderne (1750-1850) : Ou, l'émergence de la précision en navigation et dans la cartographie marine en France : de l'empirisme à la science de la route et du point. Comparaisons ponctuelles avec la Grande-Bretagne, première puissance maritime du monde, thèse soutenue en 1997 à Paris 4, sous la direction de Jean Meyer..
Le contexte de l'expédition
Partie de France en 1785, l'expédition de La Pérouse avait été vue pour la dernière fois le quittant Botany Bay en Nouvelle-Hollande (Australie). Elle avait été aperçue par les vaisseaux de la First Fleet qui transportaient des bagnards depuis l'Angleterre, sous le commandement d'Arthur Phillip, quittant Port Jackson après avoir estimé que Botany Bay ne convenait pas pour l'implantation d'un établissement... Mais, en 1791, cela faisait trois ans que l'on était sans nouvelles de l'expédition.
Au début de 1791, la société d'histoire naturelle de Paris sensibilise l'Assemblée constituante sur le sort de cette expédition. Aussi, c'est dans l'espoir de retrouver la trace de cette expédition « entreprise pour le progrès des sciences » que l'Assemblée constituante et le roi Louis XVI décidèrent de confier une mission au contre-amiral d'Entrecasteaux.
L'assemblée nationale, après avoir entendu ses comités réunis d'agriculture, de commerce et de marine, décrète,
Que le roi sera prié de donner des ordres à tous les ambassadeurs, résidens, consuls, agens de la nation auprès des différentes puissances, pour qu'ils aient à engager, au nom de l'humanité, des arts et des sciences, les divers souverains auprès desquels ils résident, à charger tous les navigateurs et agens quelconques qui sont dans leur dépendance, en quelque lieu qu'ils soient, mais notamment dans la partie australe de la mer du Sud, de faire toutes recherches des deux frégates françaises la Boussole et l'Astrolabe, commandées par M. de la Pérouse, ainsi que de leurs équipages, de même que toute perquisition qui pourroit constater leur existence eu leur naufrage; afin que dans le cas où M. de la Pérouse et ses compagnons seroient trouvés ou rencontrés, n'importe en quel lieu, il leur soit donné toute assistance, et procuré tous les moyens de revenir dans leur patrie, comme d'y pouvoir apporter tout ce qui seroit en leur possession; l'assemblée nationale prenant l'engagement d'indemniser et même de récompenser, suivant l'importance du service, quiconque prêtera secours à ces navigateurs, pourra procurer de leurs nouvelles, ou ne feroit même qu'opérer la restitution à la France des papiers et effets quelconques qui pourroient appartenir ou avoir appartenu à leur expédition.
Décrète, en outre, que le roi sera prié de faire armer un ou plusieurs bâtimens, sur lesquels seront embarqués dès savans, des naturalistes et des dessinateurs, et de donner aux commandans de l'expédition la double mission de rechercher M. de la Pérouse, d'après les documens, instructions et ordres qui leur seront donnés, et de faire en même tems des recherches relatives aux sciences et au commerce, en prenant toutes les mesures pour rendre, indépendamment de
la recherche de M. de la Pérouse, ou même après l'avoir recouvré ou s'être procuré de ses nouvelles, cette expédition utile et avantageuse à la navigation, à la géographie, au commerce, aux arts et aux sciences.
Collationné à l'original, par nous président et secrétaires de l'assemblée nationale. A Paris, ce . Signé Dupont, président ; Lions, Boussion, secrétaires.
C'est le contre-amiral Antoine de Bruny d'Entrecasteaux qui est chargé de partir à la recherche de La Pérouse. Après avoir dirigé les forces navales françaises dans l'océan Indien, il s'était particulièrement illustré lors d'une expédition au Levant au cours de laquelle il avait ouvert une nouvelle route maritime vers la Chine, en passant par le détroit de la Sonde, les Moluques, les Mariannes et les Philippines, jusqu'à Canton, et où il avait traversé, à contre-mousson, des régions inexplorées et dangereuses. Ce succès lui vaut par la suite d'être nommé gouverneur général des Mascareignes (Île-de-France, de Bourbon et île Rodrigues) entre le mois de et , date à laquelle il rentre en France.
Pour mener à bien cette expédition, d'Entrecasteaux demande au gouvernement « deux flutes du port d'environ cinq-cent tonneaux ».. Le gouvernement lui fournit un budget de prélevé sur le budget de 30 millions de livres de la Marine royale, un montant qui s'élèvera finalement à avec l'acquisition du matériel scientifique nécessaire aux « savants » embarqués.. On lui fournit deux gabares, La Truite et La Durance, dont les coques sont doublées de cuivre et armées de canons. Une fois les travaux effectués, les deux frégates sont rebaptisées respectivement La Recherche et L'Espérance.
Les plans de d'Entrecasteaux Pour retrouver les traces de la Pérouse, d'Entrecasteaux disposait d'une lettre que le navigateur disparu avait adressée au Ministre de la Marine et datée du . Tous les points de reconnaissance cités dans cette lettre forment le complément de ceux qui entraient dans le plan de campagne de La Pérouse. À Paris, on recommande au contre-amiral d'Entrecasteaux de les faire dans l'ordre où ils étaient relatés ; ce qu'il fera aussi strictement que les circonstances le lui permettront.
Déroulement de l'expédition Dans l'océan Atlantique Le , l'expédition appareille du port de Brest et gagne la haute mer le lendemain. Les premières escales eurent lieu à Sainte-Croix de Tenerife aux îles Canaries (12 au ). Le , l'équateur est franchi; le , les navires coupent le tropique du Capricorne avant d'atteindre le cap de Bonne-Espérance, le .
Sur place, le gouverneur hollandais remet à d'Entrecasteaux la lettre de Saint-Félix, commandant des forces navales françaises dans les Mers de l'Inde, basé sur l'Île-de-France, qui apprenant la tenue de l'expédition avait fait affréter la frégate L'Attalante, commandée par le capitaine Bolle, à destination du Cap pour lui porter les nouvelles dont il était en possession..
J'APPRENDS, par des lettres particulières que vous ne comptez passer à l'Île-de-France qu'au retour de l'importante expédition que vous allez entreprendre. Privé de l'espérance dont je m'étois flatté, d'avoir l'honneur de vous voir, je m'empresse de vous faire parvenir au cap de Bonne-Espérance deux rapports relatifs à l'objet de votre mission, qui viennent de m'être faits par des capitaines de deux bâtimens français arrivans de Batavia. Vous y verrez par quelle circonstance un bâtiment hollandois ayant à bord le commodore Hunter, commandant de la frégate angloise le Syrius, ainsi que son équipage a vu près des îles de l'Amirauté dans la mer du Sud, des hommes couverts d'étoffes européennes, et particulièrement d'hâbits qu'il a jugés uniformes françois. Vous y verrez aussi que le commodore n'a pas douté que ce ne fussent les débris du naufrage de M. de la Pérouse, qu'il avoit beaucoup vu à Botany-Bay.
J'ai jugé que la connoissance de ces rapports devoit vous intéresser, et je les ai trouvés assez importans pour me déterminer à vois les faire parvenir directement par une frégate que j'envoie au Cap, uniquement pour cet objet. Le major du vaisseau, Bolle, qui la commande, y laissera ma dépêche, s'il ne vous y trouve pas, au chargé d'affaires de la nation, pour qu'elle vous soit remise à voire arrivée. Quoiqu'aucune connoissances officielles de votre expédition ne m'autorisent à cette destination d'une frégate, je suis sûr de l'approbation de S. M. dans le parti que j'ai pris à cet égard, autant par la considération de l'intérêt public, que par le vœu de mon cœur. Il vous étoit réservé d'acquérir des droits à la reconnoissance de toute la nation, en acceptant le commandement d'une expédition qui honore également le souverain qui l'ordonne et le chef qui l'exécute. Quelle que soit la route que vous fassiez, vous y serez suivi par mes vœux pour vos succès et l'inviolable et parfait attachement avec lequel je suis, etc.
Signé SAINT-FELIX. Île-de-France, le 9 de
D'après les témoignages du capitaine Préaudet, commandant du navire Le Jason en provenance de Batavia (Indes néerlandaises), et de Pierre Mangon Lépinay, commandant du Marie-Hélène également en provenance de Batavia, le commodore Hunter et l'équipage de la frégate anglaise Syrius, qui était en transit à Batavia après avoir fait naufrage près de l'île de Norfolk, affirmaient avoir aperçu des Indiens portant des ceintures et des uniformes de marine européens, alors que son bateau mouillait près des îles de l'Amirauté.
Au Cap, les provisions sont reconstituées et trois hommes sont débarqués pour raisons de santé, le minéralogiste Jean Blavier, le peintre Chailly-Ely et l'astronome Claude Bertrand — ce dernier qui avait fait une chute de en redescendant de la montagne de la Table et décédera au Cap en . Le , La Recherche et L'Espérance quittent le port du Cap..
Le , le maître charpentier de l'expédition, Louis Gargan décède « victime des excès auxquels il s'était livré » pendant le mouillage au Cap ; et deux passagers embarqués clandestinement manifestent leur présence, un déserteur de la garnison du Cap et un Allemand, condamné pour dettes en Angleterre et destiné à être emmené au bagne en Nouvelle-Hollande..
La traversée de l'océan Indien thumb|350px|Trajet de l'expédition, tel qu'il est publié dans la Relation… de La Billardière (1799). Le , les frégates de l'expédition longent les côtes de Natal ; le , elles pénètrent dans le canal du Mozambique.. Les dépositions des capitaines Préaudet et Mangon Lépinay avaient fini par convaincre d'Entrecasteaux de se rendre sans tarder aux îles de l'Amirauté, ce qu'il voulait faire avant la mousson en passant au nord de la Nouvelle-Hollande (Australie).
Le , l'expédition est en vue de l'île Saint-Paul (alors en proie à une éruption) et de l'île Amsterdam. Et, un mois plus tard, la Tasmanie est atteinte.
La baie de la Recherche
thumb|Eucalyptus globulus, P.-J. Redouté