Louis Ferchot, surnommé Louis la Guigne à cause de son manque de chance, ancien bagnard, apparait pour la première fois dans le magazine Circus en 1982. Créé par Frank Giroud au scénario et Jean-Paul Dethorey au dessin, la série marque fortement sa période. Dès 1982, la série est reprise en albums aux éditions Glénat. C’est en effet à cette même période que naît, au sein de la maison d’édition, la bande dessinée historique, avec par exemple Les passagers du vent, de Bourgeon, Les sept vies de l'épervier de Patrick Cothias, et André Juillard, ou encore Masque rouge, des mêmes auteurs. Le thème historique restant ensuite comme l’une des principales caractéristiques de la maison. Après avoir été publié dans le magazine Circus, les auteurs de Louis la Guigne rejoignent Vécu, une nouvelle collection des éditions Glénat créé en 1985 et spécialisée dans la bande dessinée historique. Rapidement la revue Vécu devient une collection à part entière, où sont publiés les albums de bande dessinée de style historique, à l'image de Louis la Guigne.
Auteurs
Parcours Frank Giroud, scénariste de Louis la Guigne, est né en 1956. Très vite, pris de passion pour l’écriture et le dessin, il se lance dans le métier d’auteur professionnel (1979). Ses premières publications paraissent aux éditions Fleurus, Larousse et Milan. Il s’agit principalement d’histoires courtes qui lui permettent d’appréhender le métier.
Jean-Paul Dethorey est quant à lui le dessinateur de Louis la Guigne. Né en 1935, après s’être consacré à la peinture, et exercé plusieurs petits métiers, il rejoint le monde de la bande dessinée en 1964. C’est dans le mensuel Amis-Coop qu’il réalise ses premiers pas, notamment avec plusieurs séries comme Les énigmes de l’Inspecteur X (en collaboration avec Alain Laubry), ou encore Big Boogie, un western humoristique pour lequel il s’associe avec Frank Giroud au début des années 80. Intégré dans la presse catholique pour enfants, il travaille un temps pour Lisette (notamment pour des bandes dessinées comme Clémence Adélaïde de la Ficell, concierge, en association avec Claire Godet, ou encore Charlotte et Philippe avec Henriette Robitaille), J.2 Jeunes, J.2 Magazine ou encore Fripounet (pour lequel il réalise ses premiers essais d’auteur avec « Galurin, pêcheur de chapeau » et « Les Contes du calumet magique »). Formidable coloriste, Jean Paul Dethorey s’avère avant tout être doué d’une sensibilité de peintre qui se ressent dans son travail de dessinateur. Chaque vignette devient ainsi un tableau original et personnel, difficile à imiter. Patrick Gaumer parle ainsi du "trait documenté et personnel de Jean Paul Dethorey".
L’année 1982 est un tournant décisif dans la carrière des deux artistes : c’est la création du premier tome de Louis La Guigne, publié chez Glénat. Frank Giroud rédige le scénario, tandis que Jean Paul Dethorey illustre les mésaventures de Louis la Guigne. Ce premier tome de la série permet rapidement à l’auteur et au dessinateur de se faire remarquer, et permet notamment au scénariste de se consacrer seulement à l’écriture.
Pour Jean-Paul Dethorey, c’est l’occasion de sortir de la bande dessinée humoristique pour laquelle il a travaillé durant ses premières années. Ainsi il se dirige vers des ouvrages plus adultes. C’est l’occasion pour lui de contribuer à de nouvelles bande dessinées, comme Le Voyageur du bateleur, en 1987, écrit par Jean-Pierre Autheman pour Vécu, ou encore Coeur brûlé. Il signe ensuite, dans la collection Aire Libre, ses œuvres les plus personnelles, comme l’Oiseau noir (scénario de Serge le Tendre) ou encore l’Exécution en 1996, qui évoque les milieux artistiques du dix-neuvième siècle, et enfin le début de« Passage de Vénus », publié en deux volumes qui évoque les grandes explorations scientifiques et maritimes d’antan, écrite par Jean-Pierre Autheman.
Méthode de travail Frank Giroud, se documente beaucoup avant d’écrire les scénarios des différents tomes de Louis la Guigne. Il déclare dans une interview donné en 2004 à Actua BD « j’ai épluché une masse de documentation considérable, et je n’ai pas hésité à me rendre sur place ». En effet, Frank Giroud explique à plusieurs reprises qu’il s’est rendu sur les lieux dans lesquels ces histoires se déroulent, il en profite pour réaliser des croquis et faire de nombreuses photos qu’il transmet ensuite au dessinateur. Dans le cadre de la création du cinquième tome de la série « L’Escouade Pourpre », Jean Paul Dethorey accompagne le scénariste à Naples. Ainsi, les illustrations sont empreints de réalisme historique et s’inspirent d’une géographie existante. La difficulté d’analyse de la série est de réussir à discerner le vrai du faux. En effet Giroud a développé une grande rigueur intellectuelle à travers ses études à l'école des Chartes ainsi que durant ses études d'histoire dont il est sorti agrégé. Cela lui permet donc de fournir un décor historique d’une grande crédibilité. Dans un entretien pour le site web Du9, Giroud explique que « le but, c’est de rendre mon histoire complètement crédible ; qu’il n’y ait aucun doute, que l’on soit complètement dupe de mes mensonges ! Un conteur c’est un menteur, je raconte des choses qui n’ont pas existé, mais il faut que ce soit plausible, qu’il n’y ait pas une faille ». Le scénariste réussit ainsi à créer une ambiguïté entre les faits et personnages historiques (Hitler par exemple) et la part de fiction. Le résultat scénaristique est davantage l’œuvre d’un passionné, que celui d’un historien-chercheur.
Synopsis Les éditions Glénat présentent la série Louis la Guigne ainsi : « De 1921 à 1936, Louis Ferchot trimbale sa guigne et son surnom de Paris à Berlin, de Naples à New York, où se succèdent coups de cafard et coups du sort, coups de cœur et coups de sang... Épopée d'un siècle ravagé par les montées de fanatisme et des inégalités, Louis la Guigne est devenu un classique de la collection Vécu. »
En effet, sur fond d’une histoire réaliste de l’entre-deux-guerres, Louis la Guigne rejoint une bande d’anarchistes avec laquelle il combat l’injustice et l’ordre mis en place. Face à lui, des politiciens véreux, qui l’amènent vite à quitter la France pour New York. Ce sont ses talents de saxophoniste lui permettent de rencontrer quelques musiciens de jazz noirs. Mais une fois encore, il est forcé de partir, cette fois accompagné par ses compagnons.
Biographie de Louis la Guigne La bande dessinée raconte l’histoire de Louis Ferchot la Guigne. Le récit s’ouvre sur le retour du personnage après deux ans de bagne sur l’île du Diable. Il est sanctionné pour avoir participé aux mutineries de la mer Noire survenues à la fin de la première guerre mondiale. Une centaine de marins, dont Louis la Guigne, sont condamnés par les tribunaux militaires aux travaux forcés. Au retour de ces années de bagne, notre personnage rejoint un groupe anarchiste, les anarchistes de Marvejols.
Il est né le en Corrèze. Il a une trentaine d’années au début du récit, c’est un homme solitaire. Il trouve dans ses aventures l’occasion de tout donner alors qu’il n’a plus rien à perdre.
Louis la Guigne est un homme blond aux yeux bleus, au physique imposant et tatoué à l’épaule gauche. Il mesure 1,80 m. Il est souvent représenté la casquette de travers, avec une cigarette aux lèvres et une barbe mal taillée, représentatifs d’une époque et caractéristiques d’un personnage aventurier et marginal. Le personnage vieillit au fils des tomes, ce qui renforce l’aspect réaliste du dessin de Dethorey.
Analyse
Contexte historique Débutée dans les années 1920, l’histoire de Louis la Guigne est le témoin d’une époque tourmentée. Une époque d'entre deux guerre mettant en scène un nazisme montant et l'apparition du fascisme en Europe. Néanmoins, le parcours de Louis Ferchot ne se limite pas à l’Europe. En effet, il se rend aux Etats Unis durant les tomes 6 à 8, ce qui permet de diversifier le contexte historique de son récit. Si Louis Ferchot et ses aventures sortent directement de l’esprit de l’auteur, le contexte dans lequel il évolue est lui, proche de la réalité historique. Frank Giroud transpose ainsi ses connaissances d’historien dans une bande dessinée qu’on peut qualifier de semi-réaliste. Ainsi, les évènements historiques abordées dans la bande dessinée sont vérifiables historiquement. Comme par exemple l’évocation des mutineries de la mer Noire, qui ont réellement eu lieu, dans lesquelles l’auteur intègre l’histoire et le passé de son personnage de fiction.
Analyse scénaristique et graphique Signé Frank Giroud, le scénario fait preuve d’un semi réalisme marquant qui en fait l’un « des chefs-d’œuvre du genre ». L’idéalisme de Louis Ferchot, sa façon de penser une société plus juste et fraternelle lui permettent de vite capter l’affection du lecteur, malgré une violence bien présente. Il faut analyser les événements historiques et fictifs sous le prisme du point de vue des auteurs, qui s’incarne à travers le personnage de Louis la Guigne. Celui-ci revête un esprit anarchiste et libertin, qui s’oppose constamment aux régimes d’oppression, comme celui de Hitler, Mussolini, Franco. Louis s’insurge contre les maltraitances que peuvent subir les plus démunies, ainsi dans le tome 12 Les Parias, il condamne les conditions de vie des réfugiés de la guerre d’Espagne dans les camps de regroupement.
On trouve 46 planches par album, à l’exception du tome 13 « Lo Zio » qui contient 48 planches. Les albums sont au format de 24 x 32 cm. En ce qui concerne le graphisme, Jean Paul Dethorey livre ici un trait documenté et personnel, qui souligne le côté réaliste de la série. Dethorey travaille ainsi beaucoup avec le crayonné pour les ombres, ce qui lui permet de rythmer les actions. Le trait est précis et dynamique et les personnages sont réalisés avec un certain réalisme, même si dans les premiers albums (jusqu’au tome 10 plus précisément) il manque de lisibilité. En effet, le tracé est moins précis que dans les albums suivants, ce qui permet de nuancer le réalisme du dessin de Dethorey. On reconnaît facilement les expressions des visages et les costumes sont assez détaillés, toujours pour rejoindre la volonté d’historicité. De plus, Louis la Guigne est une série colorisée. Dethorey utilise ainsi les couleurs pour créer de véritable ambiances dans laquelle il plonge le lecteur. Par exemple, on trouve des dominantes de couleurs fortes, comme le bleu qui revient très régulièrement dans tous les albums, que l’on peut associer à une certaine mélancolie.
Publications
Titres parus Louis la Guigne (1982)