L'accord sur les mesures pour la libération pacifique du Tibet entre le gouvernement central populaire et le gouvernement local du Tibet ., dit l'accord en . ., l'accord sino-tibétain, ., et 113., ., , 59, 69 et 72. ou le traité de PékinEntrée . ., est un traité conclu le à Pékin entre des délégués du dalaï-lama et de la république populaire de Chine : alors que le Tibet connaissait depuis 1912 une indépendance de fait, l'accord marquait pour Pékin son incorporation à la république populaire de ChinePierre-Antoine Donnet, Guy Privat, Jean-Paul Ribes, Tibet : des journalistes témoignent, L'Harmattan, 1992, , .
L'accord fut signé par le Tibétain Ngapo Ngawang Jigmé à Pékin avant d'être ratifié cinq mois plus tard par le gouvernement du Tibet. Celui-ci, après de longues discussions avec le général Zhang Jingwu sur les termes à employer, donna son accord à l'envoi, au nom du dalaï-lama, d'un télégramme à Pékin le , manifestant son acceptation en ces termes : . :
Selon Phuntsok Tashi Taklha, le dalaï-lama n'avait pas d'autre solution, trois mois après son retour à Lhassa, que d'envoyer ce télégramme comme le proposaient les ChinoisPhuntsok Tashi Taklha, Sino-Tibetan Relations: Prospects for the Future, Potamac Conference, 5-6 Oct 1992 : .
En plus de reconnaître la souveraineté chinoise, les Tibétains étaient tenus d'aider l'APL à occuper pacifiquement le Tibet. Ils renonçaient à s'occuper des affaires étrangères, de la défense des frontières et du commerce du Tibet et acceptaient que l'armée tibétaine soit progressivement incorporée dans l'APL. Ils acceptaient également le retour du panchen-lama au Tibet et la création d'une nouvelle entité administrative, le Comité administratif militaire, distinct du gouvernement local tibétain et soumis au gouvernement populaire central: .. Le texte contenait également une déclaration mettant fin officiellement à la monnaie tibétaine. Il reconnaissait le droit à l'autonomie régionale et le maintien du système politique et du statut du dalaï-lama, la liberté religieuse et le maintien des revenus du clergé bouddhisteRichard Poulin, La politique des nationalités de la RPC de Mao Zedong à Hua Guofeng, chap. V, La révolte tibétaine de 1959. : .
Le Premier ministre du dalaï-lama, Lukhangwa, déclara en 1952 à Zhang Jingwu que le peuple tibétain n'avait pas accepté cet accord, et que ses clauses avaient été violées par les Chinois eux-mêmesDalai Lama, My Land and My People, New York, 1962, , In 1952 Lukhangwa told Chinese Representative Zhang Jingwu .
Huit ans plus tard, en mars 1959, le soulèvement tibétain de 1959 éclatait. Le dalaï-lama s'exila alors et le , parvenu en Inde, dénonça l’accord en 17 pointsMichel Peissel, Les Cavaliers du Kham, guerre secrète au Tibet, Robert Laffont, Paris, 1972 , .., en le déclarant signé sous une contrainte exercée par le gouvernement chinois.
Il dénonça officiellement l'accord le , le décrivant comme ayant été imposé au Tibet par l'invasion, la menace et la tromperie : Université de Laval au Québec : L'Accord en 17 points.. La Commission internationale des juristes déclara alors que par cette répudiation, le Tibet s'était juridiquement « libéré des obligations qui étaient les siennes en vertu de l'accord »La question du Tibet et la primauté du droit, Commission internationale de juristes, Genève, 1959, . : .. En 1993, à Londres, une conférence de juristes sur le statut du Tibet selon le droit international déclara que l'accord de 1951 était invalide car signé sous la contrainteClaude B. Levenson, « La Chine envahit le Tibet : 1949-1959. » Volume 62 de Mémoire du siècle. Éditions Complexe, 1995, , 116 pages (voir )..
Contexte historique de l'accord
Le , le général chinois Zhang Guoha, à la tête de soldats, franchit la Drichu. Les troupes tibétaines ne purent faire front. Ngapo Ngawang Jigmé, commandant-en-chef de l'armée et gouverneur de Chamdo, le chef-lieu du Tibet oriental (Kham), capitula le 19 octobre 1950. Désormais entre les mains de l'Armée populaire de libération, il envoie, le , un télégramme au gouvernement tibétain à Lhassa, l'informant de la nécessité d'envoyer des émissaires à Pékin pour y engager des pourparlersChronologie historique détaillée du Tibet.. Selon Zhang Xiaoming, le , le dalaï-lama commence à exercer le pouvoir après la démission du régent DazhaZhang Xiaoming, Récits sur le Tibet, China Intercontinental Press, chap. Signature de l'Accord sur la libération pacifique du Tibet, .. Selon Roland Barraux, c'est le que le dalaï-lama, âgé de 16 ans, accède par anticipation au pouvoir..
Selon Thomas Laird, l’absence de soutien international – aucune grande puissance n’apporte d’aide militaire avant l’invasion, et l’ONU refuse l’appel du Tibet après l’invasion – laisse chez les dirigeants tibétains le sentiment d’avoir été trahis et les conduit à tenter de s’engager dans des négociations avec les ChinoisUne histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï-lama, de Thomas Laird, Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Plon, 2007 .Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, Grove Press, 2007, , voir page 306 et 307..
Après l'invasion chinoise du Tibet en 1950, le dalaï-lama souhaitait rester à Lhassa pour aider son peuple, mais, à la demande du Kashag et de l'Assemblée nationale tibétaine, , il partit pour Yatung le . Avant son départ, il nomma comme Premiers ministres (sileun ou sitsab) Lukhangwa, un laïc, et Lobsang Tashi, un moine, leur conférant les pleins pouvoirs du gouvernement du Tibet.
Dans son autobiographie Au loin la liberté, le dalaï-lama écrit qu'avec l'accord de Lukhangwa et Lobsang Tashi ainsi que celui du Kashag, il envoya fin 1950 des délégations à l’étranger, aux États-Unis, en Angleterre et au Népal dans l’espoir d’une intervention pour le Tibet, ainsi qu’en Chine pour négocier son retrait. Peu après, quand la présence chinoise se renforça à l’est, il fut décidé que le dalaï-lama et les principaux membres du gouvernement s’installeraient dans le sud du Tibet, à Yatung, de façon que le dalaï-lama puisse s’exiler en Inde facilement. Lukhangwa et Lobsang Tashi restèrent à Lhassa, mais les sceaux de l’État restèrent sous la garde du dalaï-lama. Peu après son arrivée à Yatung, il apprit que de ces délégations, la seule à être arrivée à destination, fut celle envoyée en Chine. Depuis Chamdo, Ngapo Ngawang Jigmé adressa un long rapport au gouvernement tibétain. Il y exposait la nature de la menace chinoise : à moins d'obtenir un accord, Lhassa serait attaquée par l'APL, ce qui entraînerait de nombreux morts, ce que le dalaï-lama voulait éviter à tout prix. Pour Ngapo, il fallait négocier, et il proposait d'aller à Pékin avec quelques adjoints entamer le dialogue avec les Chinois. Lukhangwa et Lobsang Tashi pensaient que de telles négociations auraient dû avoir lieu à Lhassa, mais que la situation désespérée ne laissait pas le choix. Le dalaï-lama, touché par la diligence de Ngapo pour accomplir cette mission difficile, l'envoya à Pékin avec 2 personnalités de Lhassa et 2 de Yatung, espérant qu'il ferait comprendre aux autorités chinoises que les Tibétains ne souhaitaient pas une « libération », mais uniquement la poursuite de bonnes relations avec la Chine..
Le , le dalaï-lama adresse au gouvernement populaire central une lettre déclarant son acceptation d'envoyer une délégation auprès de ce gouvernement « afin de chercher à régler le problème du Tibet ». En , il nomme Ngapo Ngawang Jigmé premier représentant plénipotentiaire du gouvernement local du Tibet, assisté de quatre autres représentants, pour aller négocier à PékinQui détient la souveraineté au Tibet ?. Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, with a new epilogue by the author. Translated from the German by Richard Graves. With an introduction by Peter Fleming, First Tarcher/Putnam Hardcover Edition, 1997 : . Tsering Shakya, Dragon In The Land Of Snows: The History of Modern Tibet since 1947, Random House, 2012, 624 p., : . Le télégramme envoyé par le dalaï-lama au président chinois Mao Tsé Toung en fait état de « cinq délégués ayant pleine autorité avec à leur tête Kaloon Ngapoi ».. D'autres sources précisent que les délégués n'avaient pas les pouvoirs plénipotentiaires, ou qu'ils n'étaient pas autorisés à signer. Bien qu'il ait initialement affirmé le contraire, Ngapo Ngawang Jigmé admettra finalement en 1989 qu'il n'avait pas les pleins pouvoirs pour signer, à ce qu'affirme Anne-Marie Blondeau, , .
Selon et Thubten Samphel, en 1951, le panchen-lama, invité à Pékin au moment de l'arrivée de la délégation tibétaine, fut contraint d'envoyer un télégramme au dalaï-lama soulignant l'importance de mettre en œuvre l'accord Glenn Freeman, The Panchen Lama and Tibet's Future, 20 février 2007, Trendirama.com, reproduit sur Phayul.com : Thubten Samphel, The Tenth Panchen Lama, 3 août 2002..
La délégation thumb|220px|Les signatures et les sceaux des délégués plénipotentiaires du Gouvernement de la république populaire de ChineUniversité de Laval (Québec): Accord entre le gouvernement central populaire et le gouvernement local du Tibet sur les mesures pour la libération pacifique du Tibet..
Le , Ngapo Ngawang Jigmé et sa délégation arrivent à Pékin en train en provenance de Xi'an. Ils sont accueillis par le Premier ministre Zhou Enlai. Le , c'est au tour de Kaimo Soinanm Lhunzhub et de Tubdain Daindar d'arriver : .
Composition Délégués du Gouvernement de la république populaire de Chine : délégué en chef : Li Weihan (président de la Commission des affaires des nationalités) délégués : Chang Ching-wu (général chinois, secrétaire du parti communiste chinois au Tibet de 1952 à 1965), Zhang Guohua (général chinois, secrétaire du parti communiste chinois au Tibet de 1950 à 1952), Sun Chih-yuan (aussi écrit Sun Zhiyuan)
Délégués du Gouvernement du Tibet : délégué en chef : Ngabo Ngawang Jigme délégués : Dzasa Khemey Sonam Wangdu, Khenchung Lhawutara Thubten Tenthar, Khenchung Thubten Legmon, Rimshi Sampho Tenzin Dhondup
Interprètes Phuntsok Wangyal, fondateur du parti communiste tibétain en 1939, interprète officiel chinois‘Agreement on Measures for the Peaceful Liberation of Tibet’ or the ‘17-Point Agreement’, Context and Consequences, Department of Information and International Relations, Dharamsala - 2001., Puncoq Zhaxi (Phuntsok Tashi Takla), un Tibétain de l'Amdo, marié à Tsering Dolma, une sœur du dalaï-lama : .The Cremation of Phuntsok Tashi., interprète pour la vie quotidienne et traducteur de documents : .. Rinchen Sadutshang (interprète d'anglais).
Moyens de communication
Selon les sources officielles exilées, le dalaï-lama n'avait pas donné les pouvoirs plénipotentiaires à ses représentants, qui devaient référer en cas de décision importante au Kashag à Yatung, aussi ont-ils demandé d'établir un lien sans fil entre Yatung et Pékin pour un contact quotidien, mais cela ne s'est pas produit.
Un des négociateurs, Sambo Rimshi, évoque le fait que les négociateurs apportèrent dans leurs bagages un livre de chiffrement afin de pouvoir établir une liaison sans fil avec Yatung et discuter, au fur et à mesure, des problèmes qui seraient soulevés.
Les délégués tibétains, censés en référer au gouvernement tibétain, ne l'ont jamais fait.
Témoignages de participants aux négociations
Selon Sambo Rimshi, un des négociateurs tibétains, la délégation tibétaine se rendit à Pékin munie de l'autorisation et des consignes du dalaï-lama, dont la recommandation suivante : « Voici dix points. Je suis convaincu que vous ne ferez rien de mal, vous devez donc y aller et obtenir tout ce que vous pourrez ».
Toujours selon le témoignage de Sambo Rimshi, Ngabo Ngawang Jigmé répondit affirmativement à la partie adverse qui voulait savoir s'il avait les pleins pouvoirs pour signer. Il se fondait sur les instructions verbales du dalaï-lama d'aller à la négociation et d'y obtenir ce qu'il y avait de mieux.
Phuntsok Tashi Takla a fourni un rapport détaillé sur les négociations.