thumb|upright=1|Arbre de Jessé, avec Jessé assis au pied de l'arbre. Arsenal, manuscrit 416 f° 7.
L’arbre de Jessé est un motif fréquent dans l'art chrétien entre le : il représente une schématisation de la généalogie de Jésus, c'est-à-dire l'arbre généalogique présumé de Jésus de Nazareth à partir de Jessé, père du roi David, tel qu'apparaissant dans les Écritures.
Origine Il semble que l'origine de ces iconographies remonte à une formule du livre du prophète Isaïe Is 11,1 : « Puis un rameau sortira du tronc de JesséJessé ou Isaïe., et un rejeton naîtra de ses racines ». thumb|Plus ancienne représentation de l'arbre de Jessé connue, dans le () Les artistes combinent cette phrase avec la généalogie de Jésus Christ telle qu'elle apparaît dans l'évangile selon Matthieu (I, 1) : Généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham ou selon Luc (3, 23-38). À propos de l'arbre de Jessé, une démarche analogue est souvent faite pour Marie de Nazareth.
La plus ancienne représentation connue du motif de l'arbre de Jessé date de 1086. Elle apparaît dans le Codex Vyssegradensis, évangile du couronnement de Vratislav II de Bohême Jean Anne Hayes Williams, The Earliest Dated Tree of Jesse Image: Thematically reconsidered. (La Plus Ancienne Représentation datée de l'arbre de Jessé)..
L'arbre de Jessé n'est pas utilisé pour porter un ensemble de figures, comme habituellement. À leur place, un phylactère décrit le passage tiré de la prophétie d'Isaïe de manière littérale. Le prophète s'approche de Jessé, entre les pieds de celui-ci un arbre s'élève; Isaïe entoure Jessé d'une banderole contenant les mots : « un petit rameau sortira de Jessé et donnera une fleur splendide ».
Iconographie Jessé est d'abord représenté couché ou à demi couché, puis assisSéverine Lepape, Étude iconographique de l'Arbre de Jessé en France du Nord du au , 2004, thèse soutenue à l'École nationale des chartes..
Dans le livre de chasse de Gaston Fébus par exemple, Jessé, d'ordinaire endormi allongé, somnole assis en chaire. Les noms des grands ancêtres bibliques de la généalogie du Christ sont inscrits sur la corolle d'où émergent, en buste, les deux plus proches ; les plus importants sont Noé, le grand ancêtre (et « inventeur » de la vigne) et David (le roi modèle par excellence)Jessé assis, enluminure du , Paris, Arsenal, manuscrit 416 f° 7 ici.. Jessé est souvent endormi, la tête soutenue par une mainVoir l'arbre de Jessé de la cathédrale de Chartres (1140-50).. Cette position du dormeur est parfois associée à un songe prophétique concernant la descendance du dormeur. Le Moyen Âge connaissait l'épisode du Songe d'Astyage. Astyage, grand-père de Cyrus le Grand, avait vu en rêve une vigne sortant du ventre de sa fille Mandane.
De même, dans la Vie de Géraud d'Aurillac d'Odon de Cluny, on trouve le récit d'un songe fait par le père de Géraud : « Alors qu'il dormait, il lui fut donné avis d'avoir commerce avec sa femme : un fils lui naîtrait car il lui fut mandé également, ajoute-t-on, de lui donner le nom de Géraud, et il lui fut dit, en outre, que cet enfant serait du tout premier mérite. »Traduction du père G. de Venzac, dans la Revue de la Haute-Auvergne, juillet-décembre 1972, . vignette|Arbre de Jessé montrant Jessé couché et endormi, par Absolon Stumme, musée de Varsovie, détrempe et feuille d'or sur bois (1499). L'art roman montre Jessé allongé sur le sol en plein air, mais dans l'art gothique il apparaît plus souvent dans un lit, voire dans un cadre assez luxueux comme dans l'église Saint-Étienne de Beauvais dont le vitrail date de 1520.
De son flanc ou de son ventre, parfois de son dosÉglise Saint-Séverin (Paris). ou plus rarement de sa bouche, sort un arbre dont les branches portent les ancêtres supposés de Jésus, notamment David reconnaissable à sa harpe, jusqu'à Marie. Le vitrail de la cathédrale de Chartres représente de bas en haut David, Salomon, Roboam, Abia, Marie et enfin Jésus. S'y ajoutent selon les artistes, les textes qu'ils utilisent et la place dont ils disposent, des personnages de l'Ancien Testament, notamment les prophètes dont les exégètes du Moyen Âge pensent qu'ils ont annoncé la venue du Christ. Ils sont quatorze sur le vitrail de Chartres (leurs noms sont dans les phylactères) : à gauche de bas en haut Nahum, Samuel, Ézéchiel, Zacharie, Moïse, Isaïe, Habacuc, à droite de bas en haut Osée, Amos, Michée, Joël, Balaam, Daniel, Sophonie. Au sommet se trouve Jésus, parfois sur la croix, parfois enfant sur les genoux de sa mère Marie, parfois en majesté, comme sur le vitrail de Chartres. Une colombe tout en haut peut représenter l'Esprit : à Chartres et dans d'autres vitraux, sept figures de colombe entourent Jésus, représentant les sept dons attribués au saint Esprit.
Au , l'arbre se développe verticalement, et au il se ramifie latéralement. Le est une période faste pour l'Arbre de Jessé en France. Une période de ralentissement lui succède qui dure une bonne partie du et se caractérise par l’arrêt de la production dans le vitrail et la sculpture et sa raréfaction dans le manuscrit. Puis l’arbre de Jessé réapparaît au début du , se développe progressivement dans la première moitié du siècle et connaît un nouveau succès dans le troisième quart du , avec une production intense et standardisée dans le vitrail et les incunables. Ce dynamisme perdure pendant toute la première moitié du dans le vitrail et s'étend aux autres supports. Rien que dans la France du Nord, du au , des recherches en dénombrent, environ 300, sous forme d'enluminures, gravures, vitraux, sculptures, la peintures murales, tapisseries, textiles et arts graphiques, pour une époque où les arbres de Jessé se faisaient plus rares. vignette|Détail extérieur du vitrail de l'arbre de Jessé, abbaye de Dorchester (Grande-Bretagne). Une modification de l'emplacement de l’arbre de Jessé accompagne cette diversification. Tout d’abord utilisé comme illustration du début de l'évangile de saint Matthieu, le motif s’oriente, à partir du , vers un contexte de plus en plus marial, avec le Speculum humanae salvationis ou les livres d’heures. L’arbre de Jessé dans le vitrail connaît souvent un emplacement de choix, chœur de l'édifice ou chapelles mariales. Les protagonistes de l'arbre de Jessé évoluent. Jessé passe parfois de la position allongée à assise. Le Christ et la Vierge qui, aux , étaient présentés individuellement, forment, à partir du début du , un couple indissociable. Le nombre de rois passe d’un petit nombre à douze. Les prophètes, après une relative disparition, réapparaissent ponctuellement aux côtés de Jessé. Le saint Esprit n'est pratiquement plus représenté. Enfin, l'arbre de Jessé se fait progressivement envahir par d’autres personnages, comme ceux de la sainte parenté.
La place qu'occupe la vierge Marie est déterminante et, au fur et à mesure que l’importance de la Vierge se concrétise, l'arbre de Jessé apparaît comme une généalogie de la Vierge, où ses parents et sa lignée sont représentés.
Encore présent dans l'iconographie chrétienne du et au début du , le motif décline ensuite et se raréfie, en France, après la Contre-Réforme. Il continue à fleurir en Europe, en Allemagne ou en Autriche. Il retrouve le goût du temps avec le néoroman et néogothique de la fin du .
Les supports
L'arbre de Jessé a été un motif populaire dans tous les arts plastiques. On en trouve des exemples dans les manuscrits enluminés, la gravure, le vitrail, la sculpture monumentaleComme la cathédrale Santa María de Burgos, la cathédrale de Clermont-Ferrand., les fresques, les tapisseries, la peinture, les écussons, autels, retables ou la broderie.
Les manuscrits upright=0.7|thumb|Miniature montrant 43 générations, En dessous, naissance et jeunesse de Marie. Jacques de Besançon, BNF, Paris (vers 1485)
Les arbres de Jessé apparaissent dans des bibles, des psautiers, des livres d'heures.
Le motif apparaît dans plusieurs bibles romanes, dont la Bible de Lambeth, sous forme d'une majuscule décorée au début du Livre d'Isaïe ou de l'évangile de Matthieu. La bible de Saint-Bénigne de DijonConservé à la bibliothèque municipale de Dijon,Mms n° 12-15., qui date du , est une des plus anciennes qui nous soit parvenue ; elle montre Jessé et les sept colombes représentant les sept dons du Saint-Esprit.
Une représentation des 43 générations est donnée dans une miniature du Maître de Jacques de BesançonLe Maître de Jacques de Besançon est un nom de convention désignant un enlumineur actif à Paris entre 1478 et 1500.. La page est extraite de la Légende dorée de Jacques de Voragine, traduite par Jean de VignayBnf, Manuscrit n° 245, Folio 84r. La Légende dorée de Jacques de Voragine, traduite par Jean de Vignay.. Le dernier couple, dans cette généalogie, est formé des parents de Marie, Anne et Joachim.
Bible des Capucins thumb|left| Arbre de Jessé vertical dans une Bible des Capucins, enluminures sur parchemin, BnF (vers 1180)La Bible des CapucinsRéalisée dans la région de Troyes, cette bible monumentale doit son nom au couvent des capucins où elle a été conservée dès le . Elle est maintenant à la Bibliothèque nationale de France, disponible sur gallica : manuscrit latin 16746, folio 7v. (dernier quart du ) conservée à la Bibliothèque nationale de France en est un autre exemple, l'arbre de Jessé décorant l'initiale L majuscule du mot Liber generationis dans l'évangile de Matthieu. L'initiale occupe, c’est dire son importance par rapport au texte, les deux tiers de la page. Son emplacement est à la jonction de l’Ancien et du Nouveau Testament, de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance.
Le premier personnage, à la barbe blanche, est le roi David, et non Melchisédech, comme cela est souvent indiqué à tort. Son nom est gravé en rouge sur l'arbre, au-dessus de sa couronne. Il porte un phylactère où est retranscrit le verset 4 du psaume 110 qui lui est attribué : « Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech », ce qui est vraisemblablement à l'origine de la confusion. Au-dessus de David se trouve son fils, le roi Salomon, dont le nom est également gravé à même l'arbre. La promesse inscrite sur son phylactère indique que « l’amandier (dont la floraison avant le printemps annonce le temps du renouveau) fleurira, la sauterelle s’alourdira, le fruit du câprier éclatera »Les trouvailles de l'image : l'arbre de Jessé sur le site de la BNF.. Au-dessus d'eux Marie, dont le phylactère contient le texte : « Toutes les générations me diront bienheureuse », et enfin le Christ adolescent entouré de sept colombes, symboles des sept dons de l'Esprit. Il tient un phylactère qui reproduit le verset (2., 1) du Cantique des Cantiques : « Je suis le narcisse de la Plaine, le lys des vallées ». Dans les médaillons situés de part et d'autre sont représentés dans des rinceaux, des prophètes porteurs de phylactères annonçant la venue du Messie. qui ont annoncé la venue du Messie. Leurs regards et gestes convergent vers Jésus. Le choix, parmi les quarante-deux protagonistes contenus dans la généalogie de Matthieu, de deux rois seulement donne une place de choix à la Vierge qui pourtant n'est pas évoquée dans le texte de l'Évangile. Ceci illustre le fait qu'elle est devenue prépondérante.
Les deux médaillons du haut qui entourent le Christ signifient l'acceptation ou le refus de l'incarnation du Messie : à sa droite, aux côtés de saint Pierre, l'Église des baptisés (traduction du phylactère « Qui croira et sera baptisé sera sauvé ». À sa gauche, en détournant le regard du Christ, et malgré la présence de Moïse, la Synagogue des circoncis (traduction du phylactère « Qui ne sera pas circoncis sera exclu »).
Psautiers vignette|Psautier de Scherenberg, Strasbourg (vers 1260).