Ernesto Djédjé, originaire du pays des Bétés, surnommé le « Gnoantré national », « l'Épervier » ou encore « le Roi du ziglibithy », né en 1947 à Daloa et mort le à Yamoussoukro, est un chanteur, poète-fabuliste, danseur, arrangeur et guitariste ivoirien. Véritable icône en Côte d'Ivoire, il est aussi renommé pour ses performances scéniques, notamment ses déhanchés très particuliers. Il inspire une bonne partie de la nouvelle génération actuelle de chanteurs africains avec le ziglibithy, style musical et danse dont il est le créateur. C'est ce style musical qui entraîne dans les années 1990 le zouglou puis le coupé-décalé dès 2003, mouvement toujours en vogue.

Biographie Enfance et jeunesse

thumb|left|upright=0.5|Le Haut-Sassandra est la région natale d'Ernesto Djédjé qui a pour chef-lieu la ville de Daloa Ernest Djédjé Blé Loué est né en 1947 en pays Bétés en Côte d'Ivoire dans le village de Tahiraguhé proche de la ville de Daloa d'un père sénégalais du nom de Touré, homme d'affaires qui abandonne très tôt son fils pour travailler en République centrafricaine aux côtés de Bokassa en qualité d'Imam de BanguiG.Arnault : Un pays fou de musique Africulture, Touré décédera en 1971 au Sénégal . Délaissé par son père, Ernest sera élevé du côté de sa famille maternelle, par sa mère Dapia Blé, fonctionnaire de l’église Baptiste « œuvre et missions » de la localité et par son oncle Blé Loué, dont il héritera du nom de famille. « Djédjé » signifie « iroko », un bois sacré servant à invoquer la protection des ancêtres en bété. Il porte ce nom car à sa naissance, Ernest représentait l'espoir de la familleAmédée Pierre : « À sa naissance, sa mère l’a gardé et lui a donné le nom de Djédjé, synonyme de l’Iroko (qui est un arbre sacré en pays bété). C’est un nom qu’on donne aux enfants qui représentent l’espoir pour leurs parents. » Interview, , Topvisages.

Dès l'âge de dix ans, Ernest Djédjé est initié au « Tohourou », un rythme traditionnel du terroir bété, dans l'ouest ivoirien. étymologiquement, le « Tohourou » provenant du mot guéré (ethnie Ouest-ivoirienne) « Athônô wrhou » signifie en français « raconte moi l'histoire, apprends moi l'histoire » . Ainsi, Ernest Djédjé travaille très tôt sa voix et développe ses capacités de poète lyrique. Le « Tohourou » sera d'ailleurs l'une des origines du ziglibithy.

Débuts : les premières expériences (1963-1968)

Ernest Djédjé monte en 1963 avec son ami Mamadou Kanté, un orchestre de fortune dénommé « Les Antilopes »Jack Louamy, Ernesto Djédjé : 23 ans après sa mort, difficile succession 2006. Il acquiert ainsi une certaine expérience musicale notamment dans le maniement de la guitare. Le groupe fait des prestations, des concerts dans l'agglomération de Daloa et dans tout l'ouest ivoirien. En 1965 à Vavoua, l'artiste Amédée Pierre, originaire lui aussi de l'ouest, découvre Ernest et repère en lui un musicien talentueux. Amédée Pierre recrute le jeune adolescent Ernest Djédjé et son ami Mamadou Kanté dans son orchestre « Ivoiro-Star ». De 1965 à 1968, il sera le chef d'orchestre de l’« Ivoiro-Star Band ». C'est dans cet orchestre, qu'il apprend à jouer de la guitare métallique tandis que Mamadou Kanté apprend à jouer à la contrebasseAmédée Pierre : « Ernesto a tout appris à mes côtés. Il était à Tahiraguhé dans son village d’où il m’a suivi avec son ami guinéen, Kanté Mamadi jusqu’à Vavoua. Après, il ne voulait plus retourner au village. Son ami et lui voulaient absolument que je les emmène avec moi à Abidjan. C’est avec moi qu’Ernesto a appris à jouer à la guitare métallique et Mamadi, la contrebasse. Quand son père est mort, il est parti à Dakar. C’est à son retour qu’il a décidé de voler de ses propres ailes et qu’il a créé son orchestre « Les ziglibithiens ».

L'exode ambitieux (1968-1973)

thumb|right|Paris, où vécut Ernesto Djédjé En 1968, alors que rares sont les artistes diplômés en Côte d'Ivoire, il est détenteur du BEPC et décide d'émigrer vers la France. Il devient ainsi l'un des rares immigrés en France originaire de la Côte d'Ivoire dans les années 1960Les chiffres officiels font état, en 2009, de ivoiriens vivant en France.

En France, il étudie l'Informatique. Il revient dans son pays d'origine pour un temps assez bref. Emmanuel Dioulo l'embauche en qualité de responsable culturel à l'Autorité pour l'aménagement de la région du sud-ouest (ARSO) à San-Pédro. Avec l'aide d'Emmanuel Dioulo, il crée le « San-Pédro Orchestra ». Quelques mois plus tard, après un passage à Abidjan, il rejoint à nouveau la France.

Toujours passionné de musique, en France, il fait la rencontre de futurs célébrités de la musique africaine tels Manu Dibango, Anouma Brou Félix et François Lougah. Avec leur collaboration et notamment celle de Manu Dibango à l'arrangement, il enregistre son premier album intitulé Anowa en 1970, un 45 tours fait de Soul, de Rhythm and blues et de Jerk dance. Un an plus tard, il sort sa troisième œuvre discographique dénommée N'wawuile/N'koiyeme avec l'orchestre Reeba.

Il entre en conflit avec Amédée Pierre en raison de sa rupture avec l'« Ivoiro-Star ». Amédée Pierre n'étant pas au courant du départ de Ernesto Djédjé en France, le rencontre avec surprise au bal du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (MEECI) à Metz (France) en 1972Amédée Pierre, Interview - Topvisages . Amédée Pierre étant en tournée en France pour six mois, décide d'engager à nouveau Ernesto Djédjé au sein de l'« Ivoiro-Star Band ». Mais Ernesto Djédjé ne jouera qu'un des concerts d'Amédée Pierre, laissant la place de guitariste à Pascal Dido au sein de l'orchestre. Ernesto Djédjé préfère s'installer à Paris, se retrouvant une seconde fois en situation conflictuelle avec Amédée Pierre. En 1973, il enregistre l'album Mamadou Coulibaly et son , toujours en France du nom de Zokou Gbeuly. Ces six opus sont bien accueillis au niveau de la Côte d'Ivoire. Cette même année, il décide de rentrer en Côte d'Ivoire.

Le retour (1973) upright=0.7|thumb|left|Masque Bété. Le « Glhé » (danse du masque) est l'une des origines du ziglibithy À son retour, Ernesto Djédjé ne délaisse pas le domaine musical. Il veut révolutionner la musique ivoirienne en mélangeant disco dance de l'occident, Rumba de Cuba, le Makossa d'Afrique centrale avec la musique traditionnelle ivoirienne. Certains parlent d'Afrobeat ou Afro funk. Commence alors tout une période de recherche pour moderniser la musique ivoirienne. Ernesto Djédjé revient à ses premières amours : « la musique de recherche » piochée dans la tradition. En 1975, il sort l'album Aguissè.

En voyage au Nigeria, il découvre l'Afrobeat de Fela Anikulapo Kuti, musique issue de rythmes traditionnels yoruba, fortement imprégnée de funk, jazz et highlife. Un style musical qui colle à ses envies. Il se sent enfin capable d'allier danse Bété et Disco conjugués aux chants lyriques « Tohourou » et Rythmes and Blues sur ses propres solos de guitare avec fond de percussion du terroir ivoirien. Naît ainsi le ziglibithy, sa création par excellence dont il deviendra « Le Roi », comme le furent Michael Jackson pour la pop et Elvis Presley pour le rock 'n' roll.

En 1977, avec la collaboration du plus puissant producteur ivoirien de l'époque, Raïmi Gbadamassi, dit Badmos, (créateur de Badmos Store) et de MakainosBadmos : « C’était le premier 33 tours. J’ai envoyé Ernesto au Nigéria. On a fait six mois de studio. J’étais accompagné par mon collaborateur Maïkano qui a, lui, réalisé la maquette des pochettes. Quand vous regardez sur la pochette de «Ziboté», vous voyez mon nom, mon logo. Vous verrez aussi : réalisation : Maikanos. Il y avait 8 chansons. Sur les huit morceaux, deux ont été extraits pour faire un 45 tours. », après 6 mois de studio, Ernesto Djédjé sort son premier 33 tours, un album monumental enregistré à Lagos au Nigeria d'où va naître le tube international Ziboté qui le place au-devant de la scène.

Le Gnoantré national (1977-1983)

L'album Ziboté place Ernesto Djédjé enfin au-devant de la scène, le titre promo du même nom de l'album devenant un tube international, sans doute celui de Djédjé qui a rencontré le plus de succès. Avant cette arrivée, existaient deux tendances en Côte d'Ivoire : la musique traditionnelle ivoirienne devenant impopulaire chez la jeunesse et la musique internationale (américaine, cubaine et d'Afrique centrale), gagnant en popularité. Le ziglibithy est une danse et un style musical révolutionnaire qui a su remettre la musique ivoirienne au goût du jour en Côte d'Ivoire en alliant avec harmonie musiques extérieures et musique classique ivoirienne. Ainsi, Ernesto Djédjé s'inscrit dans une troisième tendance qui mélange les deux premières, dont font partie François Lougah et Bailly Spinto. Le ziglibithy s'impose dans toute l'Afrique subsaharienne. Le ziglibithy est très apprécié dans les années 1970 au cœur de l'Afrique centrale notamment au Cameroun. Le Burkina Faso est l’un des premiers pays à accueillir favorablement le ziglibithy. Puis, ce style s'exporte très vite en Afrique de l'Ouest, notamment au Bénin, au Mali, au Togo, en Guinée Conakry, même au Liberia pays anglophone. Le succès commercial dépasse les prévisions du producteur Badmos.

250px|left|thumb|Fela Kuti du Nigeria (gauche), créateur de l'Afrobeat qui a influencé Ernesto Djédjé avec Waïpa Saberty (droite) de l'orchestre de la RTI avec qui Ernesto Djédjé a partagé la scène En 1976-1977, Ernesto Djédjé est élu meilleur musicien de l’année par référendum Ivoire Dimanche (ID). Ensuite, celui que l'on surnomme l'« épervier », monte l'orchestre appelé « les Ziglibithiens » avec Diabo Steck à la batterie, Bamba Yang au clavier et à la guitare. Le groupe est aussi constitué de Léon Sina, Eugène Gba, Yodé, Tagus, Assalé Best, Abou et Youbla. Assalé Best est le chef d'orchestre tandis que John Mayal, issu du groupe Black Devils, rejoint le groupe pour les prestations scéniques auprès d'Ernesto Djédjé. Il met directement sur le marché l'album Les Ziglibithiens en 1978. Ernesto Djédjé est au sommet de son art, il est qualifié de « Gnoantré national » soit « l'homme avec lequel toute une nation lutte », car Gnoantré, mot bété, signifie « lutte, combat avec lui ». Le professeur Yacouba Konaté juge ainsi le ziglibithy : Biographie : Ernesto Djédjé - Cocody FM. Il devient l'icône de toute une génération en quête d'une nouvelle identité, en modernisant la culture sur influence occidentale tout en puisant dans la culture de la Côte d'Ivoire.

Il sort en 1979 Golozo et Azonadé en 1980. En 1981, sort l'album Zouzou Palegué. L'artiste termine sa carrière avec l'album Tizeré avec notamment une chanson en hommage au politicien Konan Bédié en 1982 et une autre, dédiée au président Félix Houphouët-Boigny, intitulé Houphouët-Boigny Zeguehi. À cette époque, Ernesto Djédjé, proche du parti unique au pouvoir, le PDCI-RDA, était le « chouchou » du président Félix Houphouët-Boigny et d'Henri Konan Bédié : aucune conférence ou réception présidentielle de haute importance n'était organisée sans une prestation du « Gnoantré national ». Il était souvent invité à se produire à La Première avec l'orchestre de la Radiodiffusion-Télévision ivoirienne dont faisaient partie Antoinette Konan, Waïpa Saberty ou encore Chantal Taiba. Il fit alors les beaux jours de Radio Côte d'Ivoire, y compris après son brusque décès en à Yamoussoukro.

Le décès : mystérieuse disparition