Jacques ArthuysSon nom s'écrit ARTHUIS, comme son père, Paul Emile ARTHUIS : il apparait sous le nom d'ARTHUIS sur les registres du Hussards. C'est à partir des années 1916-1917, que son nom apparaît sous la forme ARTHUYS, né le à Belfort et mort le à Hermeskeil, est un économiste, journaliste, homme politique et pionnier de la Résistance françaiseFabienne Federini, Entrées en Résistance : trajectoire de pionniers de la Résistance française..
Biographie La Première Guerre mondiale Fils d'un officier de cavaleriePierre Émile ARTHUIS, né le 12 janvier 1856 à Ancenis (Loire Maritime), saint-cyrien 1875-1877, sous-lieutenant au Chasseurs en septembre 1877, au Hussards en octobre 1878, lieutenant au hussards en octobre 1881, lieutenant instructeur au Chasseurs le 2 décembre 1887, capitaine instructeur le 30 décembre 1887 au Hussards, chef d’escadrons au Hussards en 1899, chevalier de la légion d’honneur en janvier 1900, lieutenant-colonel en 1906 au Hussards puis en 1909 au Hussards, colonel du Chasseurs à Cheval à Epinal en 1912, officier de la légion d’honneur en 1915, colonel du Régiment d’Infanterie Territoriale de 1916 à la dissolution du régiment en août 1918. Décédé le 8 août 1919, à Nancy. Son nom est écrit ARTHUIS dans son acte de naissance et dans ses états de service, licencié en droit, Jacques Arthuys s'engage volontairement à Nancy le , au régiment de Hussards. Il prend part à la Première Guerre mondiale comme maréchal des logis dès le et aspirant le avec le escadron en Lorraine puis pendant la course à la mer. Il est nommé sous-lieutenant en . Il est cité une première fois à l'ordre du régiment le et reçu la croix de guerre avec étoile de bronze : .
Engagé avec le Hussards pendant l'offensive de la Somme en , il obtient une citation à l'ordre de la DI : . Il est nommé lieutenant en . Jacques Arthuys demande à passer dans l'aviation le 25 G. Piketty, « Jacques Arthuys » in Dictionnaire historique de la Résistance et de la France libre..
D'abord observateur, affecté à la MF 35, il est élève pilote en à Chartres, Avord, Pau et Cazaux et obtient son brevet en mars de la même année. Son palmarès comme hussard puis aviateur est glorieux, il est plusieurs fois cité pour actes de bravoureGilles Perrault, La longue traque, & 246, site Mémoire des Hommes, personnel de l’aéronautique militaire et Anthologie des écrivains morts à la guerre (1939-1945), Éditions Albin Michel, 1960. Au cours d’un vol opérationnel, il est blessé par un éclat d’obus à la jambe droite et reçoit une nouvelle citation à l’ordre de la division le : .
Il est nommé chevalier de la légion d'honneur le : Journal Officiel du , . Il semble qu'il ait reçu une nouvelle citation à l'ordre de la division après avoir été blessé le 27 octobre 1918. Il avait été blessé une première fois le 18 août 1915..
L'entre-deux-guerres Carrière économique et industrielle Après la guerre, Arthuys démobilisé, est avocat à la cour d'appel de Paris (1920), puis devient industriel, et s'intéresse à la question économique et au « problème de la monnaie » dans diverses publications. Il dirige à partir de 1923, associé à son beau-père Auguste Cazeneuve (1875-1928) président de la Fédération de la Mécanique et fondateur des établissements Cazeneuve, .
Jacques Arthuys ne manque pas de ressources car il est aussi un inventeur : il dépose en 1932 plusieurs brevetsOn trouve la description d’un de ses brevets d’invention, déposé en Suisse, CH156172A (21/09/1929) : L'invention a pour objet un héliostat autorégulateur sans mouvement d'horlogerie, destiné principalement, mais non exclusivement, à rendre industriellement pratique l' éclairage des locaux par le soleil et, plus généralement, la distribution et l'utilisation des rayons solaires (visibles, infrarouge et ultra-violets), ensemble ou séparément ; ces rayons solaires pouvant être, quand le soleil manque, remplacés par les rayons émanant de sources lumineuses électriques puissantes, à haut rendement, escamotables automatiquement dès l'arrivée du soleil, réalisant ainsi "l'éclairage central" des maisons ou locaux https://patents.google.com/?inventor=Arthuys+Jacques+Marie en Europe et aux États-Unis et crée la société Arthel (société des brevets Jacques Arthuys), qui se spécialise dans la commercialisation « d’héliostats autorégulateurs », un dispositif utilisant le soleil, prévu pour l’ensoleillement central des maisons, par les puits de lumière des cages d’escalier. La revue La Science et la Vie, en ., consacre un long article sur le dispositif Arthel, mis en œuvre dans le musée en sous-sol d’Athènes.
L'Action française vignette|336x336px|Jacques Arthuys en 1927. Militant nationaliste proche des Croix-de-feu et membre avec son ami Georges Valois de l'Action française, et lié au mouvement insurectionnel d'extreme-droite la Cagoule (Comité secret d'action révolutionnaire), il est convaincu que le salut de la Troisième République ne peut que passer par son renversement et l'établissement d'un pouvoir énergique. Dans Les Combattants (1925), réflexion sur le combattant née de son expérience de la Première Guerre mondiale, Arthuys fustige la France d'après l'armistice et semble pressentir l'inéluctabilité du conflit à venir : .
Ces propos reflètent un certain désenchantement : la guerre a entraîné des mutations irréversibles, et Arthuys est nostalgique de l'âge d'or de la Belle Époque. La République connaît un certain nombre de crises, et est tenue pour un régime d'impuissance, isolée sur le plan diplomatique (à la suite notamment de l'échec de l'occupation de la Ruhr décidée par Raymond Poincaré), incapable désormais de faire face à une Allemagne toujours considérée par les tendances d'extrême-droite comme un pays ennemi et une menace. Ce désenchantement conduit les jeunes générations à se détourner des partis politiques traditionnels et du parlementarisme, et à se tourner vers les liguesVoir sur cette question Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire du et Pierre Milza, Fascisme français, passé et présent..
Du Faisceau au Parti républicain syndicaliste vignette|Maurice Langlois-Longueville, Georges Valois et Jacques Arthuys devant la chambre correctionnelle () à la suite d'une expédition du Faisceau contre les locaux de l'Action française le 14 novembre précédent.|295x295px Le , au terme d'une réunion salle Wagram, Valois fonde Le Faisceau. Arthuys, cofondateur et vice-président, devient rédacteur en chef politique au Nouveau Siècle (1925), organe du mouvement nouvellement créé.
Les années suivantes, Le Faisceau éclate, et l'inflexion de leurs convictions politiques conduit Arthuys et Valois, le , à fonder le Parti républicain syndicaliste, résolument tourné vers la gauche. Parmi les personnalités qui rejoignent cette nouvelle formation figure notamment René Capitant, futur ministre du général de GaullePaul Sérant, Les Dissidents de l’Action française, Copernic, 1978, chap. I, ..
Hostile au Front populaire, Arthuys adhère en 1936 à la Confédération nationale des associations de classes moyennes dont le républicain radical-socialiste Georges Potut est le présidentBase de données des députés français depuis 1789
La Seconde Guerre mondiale 1939-1940 : guerre et armistice L'avènement de Hitler en Allemagne fait de lui un « ennemi acharné du nazisme et de sa doctrine inhumaine. Il pressent toutes les horreurs que va déchaîner le régime hitlérien », écrit Arthur Calmette.
Mobilisé en 1939 comme capitaine de réserve, Arthuys prend le commandement de l'escadron de mitrailleuses et de canons de 25 du de Reconnaissance de Division d'Infanterie ( GRDI). Il conduit la retraite de son unité de Sedan à Orange en mai-, d’une traite, avec des pertes, mais sans laisser aucun prisonnier aux mains de la Wehrmacht. Il pense à poursuivre le combat avec l'armée des Alpes, mais l'armistice du 22 juin 1940 met fin aux hostilités. Il fait enterrer les armes et se rend à Vichy. Il est cité à l'ordre de l'Armée pour sa conduite au feu pendant cette période.
Ce voyage parait naturel pour cet ancien militant du Faisceau qui avait appelé à la mise en place d’« une organisation économico-sociale de type mussolinien »Gilles Perrault, La longue traque, .. Arthuys y rencontre des ministres, et est accueilli comme un homme qui participera à la mise en place du régime de Vichy. Mais il écrit bientôt à Henry du Moulin de Labarthète, directeur du cabinet civil de Pétain : . Arthuys passe la ligne de démarcation le et regagne Paris pour organiser la révolte armée.
Débuts de la Résistance et de l’OCM thumb|alt=Le camp de Hinzert en hiver|Vue du SS-Sonderlager Hinzert en hiver thumb|Plaque commémorative apposée au domicile parisien de Jacques Arthuys, 72, avenue Victor-Hugo. Réel antinazi, Arthuys devient le chef du noyau résistant constitué par son ami Lefaurichon (de la Confédération nationale des classes moyennes) afin de mettre en place des filières de passage en zone libre ainsi qu'un service de renseignement, et de publier des Lettres aux Français, signées « Équipe française d'organisation du redressement » (EFOR). Ces lettres doivent éveiller l'opinion publique afin qu'elle refuse de collaborer. Dans la première lettre, Arthuys dit son admiration pour l'Angleterre et les Français exilés qui continuent de se battre, ainsi que pour le maréchal Pétain, qui incarne selon lui . Farouchement hostile à la collaboration, il souhaite que la France prenne part à la destruction du régime nazi. Il écrit :
L'Organisation civile et militaire est fondée en à Paris, par la fusion de l'Équipe française d'organisation du redressement (EFOR) de l’industriel Jacques Arthuys (le « groupe de la rue de Logelbach ») et la Confédération des travailleurs intellectuels animée par Maxime Blocq-Mascart. Dès , des fonctionnaires du ministère des Travaux publics renforcent l'OCM, sous la direction d'André Boulloche et du couple Georges et Raymonde Ricroch. L'OCM recrute aussi dans la bourgeoisie, l’industrie, parmi les commerçants, les anciens combattants, les professions libérales (avocats, architectes), et les universitaires. Deux tendances politiques sont particulièrement représentés : les conservateurs, souvent maréchalistes mais germanophobes et hostiles à la Révolution nationale, d'une part, les socialistes d'autre part. La première tendance est majoritaire à l'origine, mais la deuxième l'emporte au cours de la guerre. Véra Obolensky, secrétaire depuis 10 ans de Jacques Arthuys, devient secrétaire générale de l'organisation et participe à des actions de coordination.
Les débuts de l’OCM dans la France occupée sont relativement tranquilles, mais deux membres du réseau sont bientôt dénoncés et découverts avec le dépôt d’armes qu’ils avaient constitué. L’arrestation de membres de l’OCM proches d’Arthuys oblige les chefs du réseau à entrer dans une vraie clandestinité. Arthuys rentre à Paris le . Le 19, il réunit ses plus proches collaborateurs dans un café des Champs-Élysées. Le 21, à l’aube, il est arrêté par la Gestapo Voir Gilles Perrault, La longue traque, & 60.. Condamné, Arthuys est déporté Nacht und Nebel le dans le SS-Sonderlager Hinzert, près de Trèves en Allemagne. Il meurt d'une pneumonie à l'hôpital de Hermeskeil le ..
Décorations
()
à titre posthume (décret du )
Reconnaissance
Déporté résistant Mort pour la France Inscription de son nom au Panthéon sur la plaque commémorant les écrivains morts pour la France en . Homologation au grade de lieutenant-colonel le avec prise de rang au .
Publications Le Problème de la monnaie. Son importance. Comment il se pose aujourd'hui. L'avilissement du franc et ses conséquences, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1921 Comment éviter la banqueroute. Où nous en sommes. Les Expédients. La Voie du salut, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1922 Les Combattants, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1925 Le Franc-or, avec Georges Valois, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1927
Notes et références
Voir aussi Bibliographie