José est un village de la commune et ville belge de Herve, situé sur le plateau de Herve, dans la province de Liège (Région wallonne). Il relève de l'arrondissement administratif de Verviers. Avant la fusion des communes, José faisait partie de la commune de Battice, à laquelle il fut rattaché en 1836.
Entre 1878 et 1969, l'extraction de la houille y constitua une activité industrielle majeure.
Histoire
Origines L'occupation du site remonte au Haut Moyen Âge. José est mentionné pour la première fois sous le nom d’Angelgiagas dans un diplôme de l'an 779, par lequel l'empereur Charlemagne confirme les possessions de l'abbaye de Chèvremont ; l'acte précise que le monastère y détenait des terres acquises par échange avec l'église Saint-Servais de Maastricht. Le toponyme dériverait d’Angiwaldiacas, « domaine appartenant à Angiwald ».
En 796, Charlemagne aurait offert la ferme d’Angelgiagas à sa fille Emma en cadeau de noces. L'exploitation du vignoble, au lieu-dit « sur les Vignes », est rattachée par la tradition à cette période.
Toponymie Le nom du village a connu de nombreuses graphies au fil des siècles :
+ Évolution du toponyme Forme Époque ou attestation Angelgiagas 779 (diplôme de Charlemagne) Engelzeis fin du (règne du prince-évêque Notger) Englozeies, Enjozée Enjosées 1366 Jozé 1441 José à partir de 1508
La graphie Jozé subsista longtemps parallèlement à José. Selon Chefneux et Dechaineux, le village aurait fixé sa forme définitive en 1743.
De l'avouerie à la principauté de Liège Le août 982 (ou 972), l'empereur Otton II fait don de l'abbaye de Chèvremont, et des territoires qui en dépendaient — dont José —, au chapitre Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle. Ce domaine forma l'avouerie de Notre-Dame d'Aix puis, après la destruction de la forteresse de Chèvremont en 997, l'Avouerie de Fléron, toujours sous la tutelle aixoise et protégée par les seigneurs du château de la Rochette.
L'avouerie fut vendue à Charles de Longueval en 1618, puis à l'évêque de Liège le 27 avril 1626. À la suite de conflits de juridiction entre les souverains des Pays-Bas espagnols (représentés par les archiducs Albert et Isabelle) et le prince-évêque de Liège, le Conseil privé de ce dernier déclara, le 6 juillet 1679, le rattachement définitif de José au territoire de la Principauté de Liège.
Enclave liégeoise relevant de l'avouerie de Fléron, José était limitrophe du ban de Herve, qui appartenait pour sa part au duché de Limbourg. Une pièce de 1728 conservée dans les archives des États du duché de Limbourg porte précisément sur la « voie de communication entre le ban de Herve et le village de José (avouerie de Fléron) ». Cette position frontalière fit de ce village enclavé un lieu de refuge pour les individus fuyant la justice du duché.
Administration et vie locale Avant l'annexion à la France, José fut administré par ses propres échevins et bourgmestres sous l'Ancien Régime, tels Jean Jardon (1738-1746) ou Simon Burhenne (1765-1785). Sous le régime français (1794-1800), la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) érigea temporairement José en municipalité distincte, au sein du canton de Fléron puis de Herve.
Cette indépendance connut des épisodes houleux : la charge d'agent municipal, non rémunérée, peinait à trouver preneur. Le citoyen Olivier Gérard, nommé maire en 1800, prit la fuite en 1802 après avoir été prévenu de vol sur un habitant venu payer ses impôts. Les registres de la Cour d'assises de Liège conservent la trace de cette affaire : dans la nuit du 23 au 24 juin 1802 (4-5 messidor an X), un vol est commis à José au préjudice de Joseph Burhenne, pour lequel Olivier Gérard et Thomas Burhenne sont poursuivis. Le village fut finalement inclus dans la commune de Battice en 1836.
L'enseignement primaire s'y développa grâce à la paroisse : en 1745, l'évêque de Liège ordonna que le desservant tienne école de la Toussaint au mois de mars. Suspendue sous le régime français à la suite du refus du prêtre de prêter le serment révolutionnaire, l'école rouvrit en 1812 avec le vicaire J. F. Potelle, moyennant une rétribution de 19 sous par mois et par élève. Dans les années 1930, l'instituteur V. Clobert y publia plusieurs ouvrages d'histoire.
Charbonnages José se situe à l'extrémité orientale du bassin houiller de la Haine-Sambre-Meuse, qui s'étend de Mons jusqu'au-delà de Liège avant de « se perdre » dans le pays de Herve ; sur cette frange, les veines de houille, minces et fortement redressées, rendaient l'exploitation difficile.
Le siège de José résulta de la réunion de cinq exploitations : la xhorre Crahay ; la xhorre de Wergifosse ; la xhorre des Xhawirs ; la xhorre de dessous les Vignes ; la concession de Saint-Hadelin.
La « Société civile de Wergifosse-Xhendelesse » et les « Charbonnages de Herve-Wergifosse » — concession attestée dans les archives de l'Administration des Mines — fusionnèrent à la suite de l'arrêté royal du 25 septembre 1864. Le puits des Xhawirs commença à être creusé le 20 septembre 1870 et entra en production en 1878, suivi par le puits des Halles le février 1887.
Le charbonnage subit un accident le 9 octobre 1920 : la rupture d'un câble d'extraction entraîna la mort de huit mineurs. Le siège fusionna en 1928 avec la S.A. des Charbonnages de Wérister. L'activité minière cessa définitivement le juillet 1969, et la « belle fleur » tomba en octobre 1970.
José dans les conflits Situé sur le plateau de Herve, le village se retrouva à plusieurs reprises au cœur des conflits européens. En 1746, lors de la guerre de Succession d'Autriche, les armées autrichienne, anglaise et hollandaise campèrent dans sa campagne. En août 1790, pendant les combats de la révolution brabançonne, des canons autrichiens furent postés sur ses hauteurs.
Le apporta son lot de tragédies. Le 4 août 1914, des carabiniers cyclistes belges s'y heurtèrent aux uhlans allemands ; le 8 août, des troupes allemandes incendièrent une partie du village (trois fermes et sept maisons) et fusillèrent des civils, avant que l'intervention du curé n'interrompe les destructions. Lors de la Seconde Guerre mondiale, un campement de SS s'établit à José le 3 septembre 1944, durant lequel le citoyen F. Daniels fut tué. Le 10 septembre 1944, jour de la Libération, l'explosion d'une mine près du cimetière coûta la vie à deux soldats américains, le caporal Harold Hopkins et le soldat William C. Campbell.
Patrimoine
L'église Saint-Antoine l'Ermite Les démarches en vue de sa construction débutèrent le 21 septembre 1743, lors d'une réunion tenue chez le bourgmestre Jean Jardon. La première chapelle, dédiée à saint Antoine l'Ermite, fut bénite le 24 octobre 1745 et consacrée le 5 août 1757 par P. L. Jacquet. Érigée en paroisse succursale par décret de Van Bommel le 11 juillet 1842, elle fut agrandie d'une nef et d'une sacristie en 1854 par l'entrepreneur Léopold Lacroix. L'édifice fut démoli en juin 1908 pour laisser place à l'église actuelle, conçue par l'architecte Charles Philipart, de Herve, sous l'impulsion du curé Émile Moréas. La nouvelle église fut inaugurée le 19 février 1909 et consacrée le 22 juin 1911. À l'intérieur, des statues en bois polychrome du remplacèrent des plâtres en 1911, et les orgues proviennent de l'église de Battice (1912). En février 1944, les Allemands enlevèrent une des cloches. Sa flèche caractéristique a aujourd'hui disparu. Le cimetière Les défunts furent d'abord inhumés dans une partie du jardin du curé (cimetière provisoire béni en 1843). Le cimetière actuel, financé par la commune, fut béni le 28 juillet 1861 — lors d'un violent orage — par le doyen Klausener, puis agrandi en 1904. Sa superficie est de . Le tilleul clouté du Coftice Cet arbre à clous, cité dès 1566 et planté à la croisée de trois chemins (vers la campagne de Melen), était un lieu de croyance populaire : on y enfonçait un clou après l'avoir frotté contre une partie douloureuse du corps, dans l'espoir d'y transférer le mal. Foudroyé en 1941, le vieux tilleul fut remplacé par un jeune plant ; un fragment de l'arbre d'origine est conservé au Musée de la Vie wallonne.
Folklore La fête locale de José se tient traditionnellement le week-end du dernier dimanche d'août. Organisée par le Royal Cercle Réveil Josétois (RCRJ), elle propose diverses animations au centre du village : soirées, tournoi de pétanque, brocante et cave à bière.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . . .
Inventaires d'archives et études Renée Doehaerd et L. Kumps, Inventaire des archives de l'Administration des Mines. Première série (« Ancien Fonds »), Archives générales du Royaume, Bruxelles, 1995. Bruno Dumont, Inventaire des archives des États du duché de Limbourg et des pays d'Outre-Meuse, Archives de l'État à Liège. Bernard Wilkin, Inventaire des archives de la Cour d'assises de Liège (1794-1994), Archives de l'État à Liège. Herve. Cour du ban ou hors franchise, dans Inventaire des fonds d'archives des échevinages et communautés rurales, vol. 2, Archives de l'État à Liège. Alexandre Delmer, « Le Bassin houiller de la Basse-Meuse », Annales des Mines de Belgique, janvier 1957, .
Articles connexes Herve Battice Avouerie de Fléron Duché de Limbourg Plateau de Herve
Liens externes
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