La bataille de l'Hallue, également appelée bataille de Pont-Noyelles, se déroula les 23 et , à proximité de l'Hallue, affluent de la rive droite de la Somme, durant la guerre franco-prussienne de 1870. Son issue fut indécise.

La bataille opposa français du général Faidherbe aux Prussiens d'Edwin Freiherr von Manteuffel. Les Français subirent de lourdes pertes dans le village devant leurs positions. Cependant, les Prussiens furent incapables de se maintenir sur les hauteurs qu'ils contrôlaient. Après que leur attaque fut repoussée, les Français continuèrent à lancer des offensives, mais sans résultat décisif. Un millier de soldats français furent tués, et capturés. Environ 927 Prussiens furent tués ou blessés.

Contexte historique

Depuis le , date du début de la guerre, l'armée française subissait une série de défaites qui aboutirent à la capitulation de l'empereur Napoléon III à Sedan, le . La république fut proclamée le et le Gouvernement de la Défense nationale décida de continuer la guerre pensant parvenir à rétablir la situation. Le , le siège de Paris débuta.

Le maréchal Bazaine, assiégé dans Metz depuis le , capitula le libérant de ce fait la armée allemande qui put poursuivre sa marche par l'Oise et la Somme, entre Compiègne et Saint-Quentin. Cette force de et 180 bouches à feu était dirigée par le général de Manteuffel qui avait reçu mission d'occuper Amiens, puis de marcher vers Rouen afin d'accroître le glacis protégeant la zone de blocus de la capitale et de tenir en respect les troupes françaises.

Cependant, Léon Gambetta, réfugié à Tours réorganisa les armées. L'Armée du Nord fut créée le et le le général Faidherbe était nommé à sa tête.

Après les combats de Villers-Bretonneux le et l'occupation d'Amiens par l'armée prussienne, l'Armée du Nord, qui s'était repliée au-delà de Doullens et de Bapaume, se reconstitua et s'organisa. Elle reçut des renforts, ce qui permit de former trois divisions.

Le général Faidherbe, nouvellement investi du commandement de cette armée, arriva à Lille le et donna aussitôt ses directives et instructions. Il envoya le général Lecointe vers Saint-Quentin avec mission d'agir sur la Haute-Somme. Quatre bataillons dont un de chasseurs, et une batterie de quatre réussirent le à s'emparer de Ham et de sa forteresse. Faidherbe, qui s'était rendu sur place, décida de se porter sur Amiens pour libérer cette ville. Le 18, il fit évacuer Ham. Le , l'Armée du Nord regroupée, vint s'établir sur l'Hallue entre Bavelincourt et Daours. Il établit son quartier général à Corbie.

Forces en présence

Armée du Nord

Les forces françaises (environ ) étaient scindées en deux corps d'armée : Le 22 avec deux divisions, celles du général Derroja et du général Du Dessol. Le 23 avec également deux divisions celles du contre-amiral Moulac et du général Robin.

Les formations cantonnèrent dans tous les villages situés sur la rivière et des avant-postes furent placés sur une ligne passant par les bois de Saint-Gratien, d'Allonville et de Querrieu. Cours supérieur de l'Hallue, carte CassiniCours moyen de l'Hallue, carte CassiniCours inférieur de l'Hallue, carte Cassini.

Armée prussienne

Le général Manteuffel, commandait l'armée prussienne. Il arriva à Amiens le . Le général von der Gœben commandait les 22 500 soldats du prussien qui combattit à Amiens, sur l'Hallue et Bapaume.

Le général von Gœben plaça : la brigade, du général de Rex, à Amiens ; la brigade était arrivée à Sains-en-Amiénois et l'artillerie de corps était à Ailly-sur-Noye ; la division d'infanterie, du général Kummer, était stationnée le long de La Luce ; la cavalerie du lieutenant général Graf von der Gröben était en flanc-garde entre Rosières-en-Santerre et Chaulnes.

Position des armées

Positions de l'armée française

Le les positions étaient les suivantes : La division occupe Vadencourt, Bavelincourt, Beaucourt-sur-l'Hallue et Béhencourt, tenant ainsi la route d'Arras. La division tenant Fréchencourt, Querrieu, Pont-Noyelles, Bussy-lès-Daours, Daours et Vecquemont. La division était en réserve ; sa première brigade gardait la Somme à Corbie et Fouilloy et détacha un régiment à Lahoussoye. Une division, en formation, fut mise en réserve autour de Corbie.

Positions de l'armée prussienne

Le général Manteuffel, donna l'ordre d'attaquer le à 8 heures : La division devait attaquer droit sur l'Hallue, suivant un axe matérialisé par les routes d'Albert et de Corbie. La division, empruntant les chemins au nord de la route d'Arras, devait déborder l'aile droite des troupes françaises. Une brigade d'infanterie fut gardée en réserve. Une partie de la division de cavalerie dut assurer la liaison entre la et la division. Les renforts attendus devaient être lancés dans la bataille au fur et à mesure de leur arrivée.

Armements Fusils Les Français utilisent le Chassepot modèle 1866, se chargeant par la culasse avec cartouches en papier et balles de 11 mm. Les Prussiens utilisent le Dreyze, créé en 1847, se chargeant par la culasse avec cartouches en papier et balles de 15 mm.

Canons Les Français utilisèrent des canons en bronze de l'époque napoléonienne, se chargeant par la gueule et des canons à tubes en acier, modèle 1858. Ils utilisèrent aussi des canons à balles (mitrailleuses), pouvant projeter 25 balles.

Les Prussiens utilisèrent des canons Krupp se chargeant par la culasse et des obus à shrapnel.

Déroulement des combats

Escarmouche à Querrieu du 20 décembre

Von Mirus, commandant la de cavalerie et qui était à Amiens depuis deux jours, envoya une reconnaissance forte d'un escadron de cavalerie, d'un bataillon et d'une batterie d'artillerie en direction de Querrieu. Arrivé aux lisières du bois de La Gorgue, à deux kilomètres en avant de Querrieu, ce fort détachement se heurta à un avant-poste français et, soutenu par son artillerie, engagea un long combat. Deux bataillons français réagirent avec vigueur, d'autant plus que le général du Bessol jeta trois compagnies partant de Bussy-lès-Daours sur le flanc droit de l'ennemi. Celui-ci se vit contraint au repli, d'abord sur la ferme des Alençons, puis sur Amiens. Dans cette affaire, il perdit trois officiers et soixante-neuf hommes tués ou blessés. Elle coûta sept morts et vingt blessés aux Français.

Combats du 23 décembre

La bataille se déroula sur un front de 12 kilomètres de large et une profondeur de , sur un sol enneigé et par une température glaciale, aggravée par un vent assez fort soufflant du nord.

Offensive prussienne et contre-offensive française

Le à 8 heures du matin, le d'armée prussien se mit en marche. La Division reçut l'ordre de rejeter les troupes françaises au-delà de l'Hallue, mais de ne point s'aventurer sur la rive gauche tant que le mouvement débordant de la Division, plus au nord, fit sentir. La Division se dirigea donc vers Allonville, suivie de trois batteries à cheval et de l'artillerie de corps, puis elle obliqua à l'ouest en direction de Querrieu. Les avant-postes français se replièrent vers la rivière, donnant l'alarme aux troupes situées en arrière. La prussienne (von Bock) qu'accompagnèrent deux escadrons de hussards et deux batteries, suivant la route d'Albert qu'elle a rejoignit au bois de La Gorgue, se heurta vers 11 heures 15 au de chasseurs qui, appuyé par trois batteries, tint Querrieu. Deux batteries prussiennes, bientôt renforcées par deux autres, furent mises en position au sud de la route d'Albert ; elles ouvrirent le feu et un duel particulièrement violent se déclenche, qui dura près d'une heure. Les Prussiens s'emparèrent du village. La lutte se poursuivit dans Pont-Noyelles que les chasseurs du , soutenus par deux bataillons du de marche, défendirent énergiquement. À la sortie est du village, les Prussiens furent stoppés, reçus par un feu nourri déclenché par les éléments de la brigade de Gislain, en position sur la rive gauche de l'Hallue. Pendant ce temps, plus au sud, le de chasseurs de la brigade Fœrster, qui tenait le village de Bussy-lès-Daours, se vit l'objet d'une attaque concentrique exécutée par un bataillon venant du nord d'une part et deux compagnies plus un escadron de hussards venant de l'ouest par la Croix du Landy d'autre part. Vers 13 heures, ils durent évacuer le village. Dans l'après-midi, à l'ouest de la ligne Querrieu-Bussy, 42 pièces prussiennes s'opposèrent au même nombre de tubes français mis en position sur la rive gauche de l'Hallue. Ayant pris possession de Bussy-lès-Daours, les Prussiens se portèrent en nombre contre Vecquemont et y menèrent une vigoureuse attaque ; ils se heurtèrent à une résistance assurée par le de chasseurs et les fusiliers marins de la brigade du capitaine de vaisseau Payen, qui furent appuyés à leur droite par la brigade Fœrster. Les Prussiens furent accueillis par une grêle de projectiles, et à 15 heures, ils furent encore cloués au sol dans l'impossibilité de progresser. Manteuffel qui se porta en personne sur les hauteurs dominant Querrieu à l'ouest, fit envoyer des renforts d'artillerie qui arrivèrent vers 16 heures. La brigade Payen, obligée d'évacuer Vecquemont, prit position sur la rive gauche de l'Hallue. À Pont-Noyelles, les Prussiens tentèrent vers 15 heures 30 de gravir les pentes est de la rivière, mais après une contre-attaque menée par un bataillon du de marche et une compagnie commandée par le capitaine d'Hauterive, chargeant à la baïonnette, les Français reprirent Pont-Noyelles ; ils n'arrivèrent cependant pas à s'y maintenir. Plus au nord, la prussienne tentèrent de prendre Fréchencourt. Ce village tomba à son tour ; les Prussiens furent arrêtés par le feu du de chasseurs et d'un bataillon de mobiles descendant du bois de Parmont. La Division Du Bressol tint les hauteurs. Au nord de Fréchencourt, la Division prussienne de von Barnekow, partie d'Amiens sur la route de Doullens, se dirigea vers Poulainville et Rainneville sans qu'au cours de la matinée elle ait rencontré qui que ce soit. À 13 heures, le général von Gœben envoya au général von Barnekow l'ordre de se rabattre sur la droite. Ce dernier dirigea alors ses unités vers Beaucourt-sur-Hallue et Saint-Gratien. Lorsque la (von Gneisenau) qui vint de dépasser Saint-Gratien se disposa à se déployer, elle reçut l'ordre de se porter vers Montigny-sur-l'Hallue. C'est avec les éléments de la (Pittié) de la Division Derroja, que le combat s'engagea. Les premiers heurts se produisirent vers 15 heures. Les Prussiens s'emparèrent de Montigny, repoussèrent les Français sur Béhencourt ; ces derniers, dans leur retraite, détruisirent les points de passage sur l'Hallue, mais les Prussiens, sous un feu nourri, lancèrent une passerelle sur la rivière. Avec un renfort fourni par la (von Rex) les Prussiens occupèrent Beaucourt, Montigny, Béhencourt et Bavelincourt, pour se masser à l'ouest de Beaucourt, alors que son artillerie (6 batteries) prit position au nord de ce village. Cette dernière canonna, sans succès, l'artillerie française qui était en position dominante et trop éloignée.

Combats au crépuscule

A 16 heures, la nuit allait bientôt tomber. Les Prussiens tinrent la rive droite de l'Hallue et le village de Pont-Noyelles. Le mouvement enveloppant qu'ils comptaient effectuer par le nord échoua et leurs troupes furent menacées par des forces françaises qui apparaissaient au sud-est de Contay, marchant sur Beaucourt ; c'était la brigade Aynes de la division Derroja.

Le général Faidherbe donna alors l'ordre d'attaque sur toute la ligne de front. Cette attaque se poursuivit de 16 à 18 heures : Au centre, le général Lecointe, ayant rassemblé toutes ses troupes encore organisées, lança une offensive sur Pont-Noyelles. Deux attaques successives furent menées, mais ses unités, le de chasseurs et le de marche, non habitués au combat de nuit, après une lutte corps à corps et à l'arme blanche, durent se retirer, d'autant que Manteuffel envoya sur place deux nouveaux bataillons en renfort pour soutenir ses unités attaquées.