(babylonien : Nabû-kudurrī-uṣur (« Nabû, protège mon fils aîné ») ; araméen : ܢ ܵܒܘ ܟܘ ܕܘ ܼܪܝ ܼܘܨܘ ܪ ; hébreu : נבוכדנצר / Nəḇūḵhaḏnatṣṣar ; grec ancien : ; arabe : نبوخذ نصر / nibūkḫaḏ naṣṣar) est le roi de l'Empire néo-babylonien entre 605 et 562 av. J.-C.

Il régna sur le plus vaste empire qu'ait dominé Babylone, ville où il fit ériger ou restaurer de nombreux monuments (dont la porte d'Ishtar et la ziggurat Etemenanki). Pendant un temps, on lui a attribué la construction des jardins suspendus de Babylone, l'une des Sept Merveilles du monde, bien qu'aucune trace n'en ait été conservéeSelon l'assyriologue d'Oxford, les jardins suspendus auraient en fait été construits à Ninive par son souverain Sennacherib, un siècle avant Nabuchodonosor.. Nabuchodonosor est mentionné dans la Bible hébraïque et l'Ancien Testament, notamment comme destructeur du Temple de Salomon.

Étymologie

Son nom vient de l'akkadien Nabou-kudurri-usur, signifiant : « Ô Nabû, protège mon fils aîné ! », Nabû étant la divinité babylonienne du savoir et de l'écriture, fils du dieu Marduk, qui est souvent invoqué dans les noms des rois babyloniens récents (Nabonassar, Nabopolassar, Nabonide). Dans une inscription, Nabuchodonosor s'annonce comme « bien-aimé » et « favori » de NabûR.F. Harper cité dans Stephen Denison Peet (édition), Editorial Notes, The American Antiquarian and Oriental Journal, New York: Doubleday, , mai et juin 1990, p. 207.Harold Lamb, Cyrus the Great, New York: Doubleday, 1960, p. 104.. Son nom a autrefois été interprété à tort comme « Ô Nabû, défends mon kudurru ! »Eberhard Schrader, The Cuneiform Inscriptions et dans l'ancien Testament, : Williams et Norgate, 1888, p. 48., « kudurru » étant pris ici au sens de « stèle gravée ». Toutefois, lorsqu'il est contenu dans le titre du souverain, « kudurru » se rapproche de « fils aîné »Chicago Assyrian Dictionary sub Kudurru Ca5'..

Nabuchodonosor reprend probablement le nom de son grand-père, dont le nom est souvent abrégé en Kudurru dans les textes.

Un roi nommé Nabuchodonosor a déjà régné sur Babylone, d'environ 1125 à 1104, et a marqué son histoire en remportant une victoire contre les Élamites, auxquels il reprend la statue du dieu Marduk qu'ils avaient emporté lors d'un conflit précédent. Il est possible que le choix de ce nom dans cette famille fasse référence à cette figure illustre, car ses membres témoignent d'un intérêt marqué pour le passé babylonien, et qu'autrement ce nom est rarement porté en Babylonie..

Sources

Déroulement du règne La constitution de l'Empire babylonien

vignette|Dédicace de Nabuchodonosor pour la porte d'Ishtar.

Campagnes en Syrie et en Judée vignette|Expulsion des Juifs de Jérusalem sous Nabuchodonosor (Chronique de Nuremberg, 1493).

vignette|300px| Nabuchodonosor fait tuer les enfants de Sédécias sous ses yeux. Tableau de François-Xavier Fabre, 1787.

Fin de règne et succession

Descendance On lui connaît cinq enfants (attestés par des documents contemporains), de mère(s) inconnue(s) : deux filles, Kaššaia (probablement l'aînée de la fratrie, mariée à Nériglissar) et Ba'u-asītuPaul-Alain Beaulieu, « Ba'u-asītu et Kaššaya, Daughters of » dans Orientalia vol. 67., et trois fils : Amêl-Marduk (son successeur), Mušêzib-Marduk et Marduk-nâdin-ahiFrancis Joannès, « Kaššaia, fille de » dans Revue d'assyriologie et d'archéologie orientale , p. 184..

La capitale et les autres villes : un grand bâtisseur

Babylone à l'époque de Nabuchodonosor À l'époque de Nabuchodonosor, . Construite primitivement sur la rive orientale de l'Euphrate., elle est reliée à ses quartiers populaires sur la rive occidentale par un pont.

Une grande artère nord-sud, la Voie processionnelle, dessert le palais et les principaux sanctuaires. Le palais s'étend au nord entre la Voie processionnelle . . Des fouilleurs ont cru un temps y trouver les fondations des jardins suspendus, . Toutefois, si les dimensions correspondent partiellement à celles données par le chroniqueur grec Diodore de Sicile, le site semble avoir été trop éloigné de l'Euphrate par rapport aux besoins en eau d'une telle structure.

Le temple de Marduk (Ésagil, ) forme le cœur religieux de la cité en étroite relation avec la ziggourat (Étéménanki, ), également dédiée à Marduk, et dont il est séparé par la rue qui dessert le pont. La ziggourat, d'une base carré de 91 mètres de côté, .

Les travaux de Nabuchodonosor Nabuchodonosor reprend les immenses travaux de restauration et d'embellissement de Babylone initiés par son père Nabopolassar.

Il consacre des efforts considérables pour renforcer les murailles de sa capitale, en faisant reconstruire les murs des enceintes intérieures et extérieures de la ville. L'enceinte intérieure est elle-même une double muraille, avec un mur intérieur d'environ 6,50 mètres de large, un mur extérieur d'environ 3,50 mètres de large et 7 mètres entre les deux. Des tours sont construites tous les 18 mètres et au moins huit portes monumentales (dont la porte d'Ishtar) permettent d'accéder à la ville. Un grand fossé de plus de 12 mètres de large, déjà commencé sous le règne de Nabopolassar, entoure cette double muraille. L'enceinte extérieure, un grand mur également doublé d'un fossé, forme une troisième ligne de défense pour la partie orientale de la ville (alors séparée en deux par l'Euphrate).

Nabuchodonosor fait agrandir ou construire trois palais royaux. Il fait agrandir le palais de ses prédécesseurs (le palais Sud.), en y ajoutant cinq grandes cours accueillant la garnison, les administrations, la salle du Trône, les appartements royaux et le harem. L'assyriologue Henry Saggs rapporte que Nabuchodonosor y « fit remplacer les briques séchées par des briques cuites, ajouter des poutres de cèdre pour soutenir les terrasses et des carreaux émaillés pour décorer les murs, puis fit réhausser le tout d'or, d'argent et de pierres précieuses. ». Nabuchodonosor fait également construire deux palais en dehors de l'enceinte intérieure. Le premier d'entre eux, le palais Nord, est construit près de la muraille intérieure, juste au nord du palais Sud. Il s'élève sur une plate-forme de 15 mètres de haut et est entouré d’une esplanade. Le second palais est construit à l'extrémité nord de la ville, près de l'enceinte extérieure.

Sur le plan religieux, Nabuchodonosor fait restaurer le temple Ésagil et la ziggourat voisine Étéménanki, tous deux dédiés à Marduk, divinité tutélaire de la ville. Ces deux bâtiments, les plus importants de la capitale, avaient été endommagés un siècle auparavant par les troupes du roi assyrien Sennachérib. Toutefois, son fils Assarhaddon et son petit-fils Assurbanipal, qui lui succédèrent, avaient déjà entrepris des programmes de reconstruction, de sorte que Nabuchodonosor n'a pas besoin de travaux monumentaux pour les remettre en état. Il travaille cependant à également embellir Étéménanki et refournit l'Ésagil de bois précieux, d'or, d'argent et de pierres fines. Il restaure également les autres temples de Babylone.

Enfin, Nabuchodonosor fait restaurer la Voie processionnelle, une vaste avenue de presque 21 mètres de largeur utilisée dans les processions religieuses de l'Akitu (célébrant le Nouvel An). Lors de ces processions, la statue de Marduk, accompagnée du roi, quittait son temple de l'Ésagil pour rejoindre le temple d'Akitu, situé en dehors des murs de la ville. Nabuchodonosor et la fait se déployer entre des murs ornés de carreaux émaillés et de frises en relief de briques. Pour la laisser sortir de la ville, il fait construire la monumentale porte d'Ishtar, dont les murs sont décorés d'une frise de carreaux émaillés représentant des taureaux et des dragons, qui symbolisent les dieux Adad et Marduk.

En dehors de Babylone, Nabuchodonosor a entrepris des travaux dans les autres villes majeures de la Babylonie, où il restaure les murailles et surtout les sanctuaires :

Organisation de l'empire

La structure administrative de l'Empire babylonien est en grande partie calquée sur celle de l'Empire assyrien qu'il supplante, les charges de la cour étant souvent identiques entre l'un et l'autre. Nabuchodonosor s'appuie sur un groupe d'aristocrates, les « Grands du pays d'Akkad », disposant des plus hautes charges administratives et militaires, comme Neriglissar, général et gouverneur qui épouse sa fille Kashaya, et qui monte sur le trône peu après sa mort fort de ce lien matrimonial. L'armée de Nabuchodonosor reste mal connue, et ne semble pas beaucoup différer de celle de l'Assyrie.

Les grands temples jouent un rôle économique et administratif important en Babylonie. Celui d'Uruk a fourni une ample documentation écrite. Son administration hiérarchisée se retrouvait, semble-t-il, dans les autres sanctuaires, à Babylone ou à Borsippa. Le roi y a ses représentants dont l'action paraît être devenue plus stricte avec l'arrivée de Nabonide au pouvoir. Ces organismes semblent avoir été favorisés par les premiers souverains ; ils forment en effet une structure administrative préexistante qui contrôle la production économique, donc les revenus, du territoire qui en dépendent et allègent la charge administrative qui relève directement du palais.

L'essentiel de la vie économique est fondé sur l'agriculture. Les terres sont affectées selon leurs qualités et les possibilités d'irrigation, à l'élevage, aux palmeraies et aux céréales. Elles sont concédées contre redevance à ceux qui les exploitent. Certains exploitants sont propriétaires, mais ils restent soumis au temple pour leurs redevances.

Littérature religieuse vignette|300px|Figure de sur la façade ouest de l'église Notre-Dame la grande de Poitiers.

est un personnage de la Bible hébraïque et de l'Ancien Testament. Plus précisément, il est évoqué dans le deuxième Livre des Rois, le deuxième Livre des Chroniques, le livre de Jérémie, le livre de Daniel et le livre de Judith. Dans le livre de Judith, son général en chef est Holopherne. L'image qu'il a laissée dans la culture juive et chrétienne est souvent négative, du fait des sièges de Jérusalem et de la déportation des Juifs en Babylonie qu'il a organisée. Mais il apparaît aussi comme l'instrument de Dieu, un de ceux qui connaît Dieu, et qui accomplit sa volonté en étendant son empire. La tradition musulmane (arabe et iranienne) a également préservé le souvenir de ce roi, sous le nom de Bukht-Naṣ(ṣ)ar, largement tributaire de la tradition biblique. Il apparaît avant tout sous l'aspect d'un chef militaire puissant et conquérant. Certains textes le décrivent cependant comme s'intéressant à des questions à la fois spirituelles et morales dans la vie et cherchant l'inspiration divine D. J. Wiseman, . Oxford, 1985.. Selon Tabari, Nabuchodonosor, dont le nom persan était Bukhtrashah, était d'origine persane, de la descendance de JūdharzMuḥammad Ibn-Ǧarīr Aṭ-Ṭabarī, The History of Al-Tabarī. State Univ. de New York Pr., 1987, p. 43–70..

Dans les arts Opéra Nebukadnezar de Reinhard Keiser (1704). Nabucco de Giuseppe Verdi (1842), qui reflète cette vision du personnage, présenté (au départ) comme brutal, belliciste et despotique.

Cinéma Nabuchodonosor est l'un des personnages du film muet allemand Jeremias, réalisé par en 1922 ; le roi de Babylone est incarné par Theodor Becker. Le vaisseau dans lequel l'équipage de Morpheus prend place dans le film Matrix s'appelle le Nebuchadnezzar, qui est le nom anglais de Nabuchodonosor. Il apparaît dans le 5ème épisode de la série La Bible.

Littérature Nabuchodinosaure est une bande dessinée dont le nom du protagoniste est un mot-valise entre le et le mot dinosaure. Nabuchodonosor est un des personnages chat du roman Demain les chats de Bernard Werber.

Gastronomie Une bouteille de champagne remplie avec le volume équivalant à standards () est appelée Nabuchodonosor.

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