Diderik van Hogendorp, plus connu sous le nom de Dirk van Hogendorp, né le à Heenvliet aux Pays-Bas, et mort le à Rio de Janeiro (Brésil), est un militaire, diplomate néerlandais, ministre de la Guerre du royaume de Hollande et général néerlandais au service du Premier Empire.
Formé en Prusse, il passe quinze années dans les Indes néerlandaises, occupant différents postes dans l'administration coloniale, avant de dénoncer ses dérives et d'être contraint à rentrer en Europe. Il entame alors une carrière diplomatique et politique, devenant ministre de la Guerre de 1806 à 1807.
En 1811, après l'annexion du royaume de Hollande par la France, il devient général de division, aide de camp de . Il se voit confier le commandement de plusieurs places fortes entre 1812 et 1814 : il commande celle de Vilnius lors du retour des restes des troupes françaises à la fin de la retraite de Russie. Après la chute de l'Empire, il s'exile au Brésil.
Biographie Jeunesse et formation Il est l’aîné de six enfants. Son père est membre de la régence et député de sa province ; sa mère est la baronne de Haren, fille de Onno Zwier van Haren, ambassadeur à Aix-la-Chapelle. En 1772, son père est ruiné par la crise financière mais, grâce au soutien du stathouder Guillaume V, il est nommé l'année suivante gouverneur d'un établissement de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Rembang, sur l'île de Java ; Wilhelmine de Prusse, épouse du stathouder et nièce du roi de Prusse Frédéric II, intercède auprès de son oncle pour que les deux fils aînés Van Hogendorp, Dirk et Gijsbert Karel , soient admis à l'école des cadets nobles de Berlin, par autorisation spéciale de Frédéric II.
En 1777 il est caserné à Königsberg, puis en 1778, prend part à la guerre de Succession de Bavière contre l’Autriche. Il en sort lieutenant des grenadiers et entre dans le corps des ingénieurs-géographes, suivant en même temps les cours de philosophie de Kant.
Sa voie est toute tracée pour sa carrière en Prusse, quand la guerre d'indépendance d’Amérique réveille le sentiment patriotique. Les Provinces-Unies ayant rompu avec la Grande-Bretagne, le jeune Van Hogendorp, blessé à la jambe par un officier prussien au cours d'un duel, donne sa démission, avec le grade de capitaine.
Carrière dans les Indes néerlandaises vignette|gauche|alt=Portrait d'un jeune soldat en uniforme de la vin du |Portrait du jeune Dirk van Hogendorp Avec le soutien de l'amiral Jan Hendrik van Kinsbergen, il entre en au service de l'Amirauté d'Amsterdam et est envoyé au Cap en tant que capitaine-lieutenant sous les ordres du , à bord du vaisseau de 64 canons Utrecht. L'escadre y apprend la fin de la guerre américaine et reçoit l'ordre de se diriger vers les Indes néerlandaises. Arrivé à Java le , Van Hogendorp y retrouve son père, alors gouverneur du fort d'Onrust, dans la rade de Batavia. De 1784 à 1785, il se distingue en combattant des pirates bugis dans les îles Riau et les contrebandiers d'étain.
Le , Van Hogendorp épouse Elisabeth Margaretha Bartlo, fille du vice-président de la régence de Batavia et passe au service de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), d'abord comme capitaine de dragons, puis comme administrateur colonial. Il occupe plusieurs fonctions dans l'administration coloniale : il devient successivement en 1786 second résident à Patna, dans la région de l'opium du Bengale, administrateur d'Onrust à partir de 1789, gouverneur de Japara en 1791 puis, à partir de 1793, sous-gouverneur puis gouverneur de Soerabaja et de la côte nord-est de Java. C’est alors qu’il voit mouiller les deux frégates françaises à la poursuite de La Pérouse (expédition de l'amiral d'Entrecasteaux), La Recherche et l'Espérance, commandées par le lieutenant de vaisseau d'Auribeau. Le futur amiral Pierre Jurien de la Gravière, alors jeune enseigne à bord de lEspérance, en a laissé des souvenirs..
Il se montre de plus en plus critique de l'administration coloniale, de son féodalisme et de l'esclavage. Ayant conscience que la Compagnie est en faillite, il réfléchit à plusieurs réformes visant à libéraliser le fonctionnement de la VOC. Lorsque la Révolution batave éclate en 1795, entraînant la chute de nombreuses colonies néerlandaises dans le giron britannique, Van Hogendorp prend le parti de la République batave et met Soerabaja en état de défense. S'étant mis à dos l'administration de Java, notamment le commissaire-général qu'il accuse de favoriser les intérêts britanniques et de ne pas appliquer les instructions de La Haye, il est suspendu de son poste de gouverneur et conduit à Batavia pour y être jugé pour enrichissement personnel. Sans aucun interrogatoire pendant cinq mois et craignant de ne pouvoir bénéficier d'un procès équitable à Batavia, il parvient à s'évader et à embarquer le sur un navire danois à destination de l'Europe, laissant sa femme et son fils Carel Sirardus Willem van Hogendorp à Batavia.
Carrière diplomatique vignette|alt= Portrait d'un homme|Portrait de Dirk van Hogendorp en 1803, par Taco Scheltema. Rentré en Europe en , il est blanchi par le Directoire exécutif de la République batave et il publie en un Rapport sur la situation actuelle des possessions bataves dans les Indes orientales et du commerce avec elles (en néerlandais ) rédigé pendant la traversée depuis Java. Ayant pu observer en détail l'administration britannique au Bengale entre 1786 et 1788, il s'en inspire et propose dans son rapport de significatives réformes, notamment l'abolition de l'esclavage. La redistribution des terres pourrait avoir un effet incitatif sur la productivité, la production pouvant être avantageusement orientée vers la culture du riz et du café. Le rapport est rejeté par le gouvernement batave car trop radical mais son influence lui permet d'être nommé au Conseil asiatique, chargé de superviser les colonies après la dissolution de la Compagnie des Indes orientales, le .
Son épouse meurt à Java le ; Van Hogendorp se remarie le 29 aout 1802 Augusta, princesse de Hohenlohe-Langenbourg. En novembre de la même année, il est nommé ministre plénipotentiaire à Saint-Pétersbourg en remplacement de . Peu après, on apprend que le gouverneur général de des Indes néerlandaises souhaite être relevé de son poste, le nom de Van Hogendorp est proposé par le ministère de la Marine et des Colonies pour le remplacer. Il part finalement pour la Russie en , où il arrive le , reçu par la famille impériale. S'il est apprécié du tsar Alexandre , il n'a que peu de pouvoir et obtient de rentrer en 1805.
En 1806, Louis Bonaparte devient roi de Hollande et crée le Conseil d'État, dont Van Hogendorp préside la section de la Guerre. Le , il devient ministre de la Guerre par intérim, remplaçant , nomination confirmée le . Il s'applique notamment à mettre sur pied une école militaire à Honselersdijk et fait passer l'armée hollandaise de . En , il est envoyé à Vienne pour protéger les intérêts des propriétaires néerlandais de dette autrichienne. La guerre entre la France et l'Autriche reprenant, Dirk van Hogendorp quitte Vienne le . Louis le nomme alors ministre sans portefeuille puis ministre plénipotentiaire à Berlin le . Un an plus tard, il est nommé ambassadeur à Madrid mais le temps de s'y rendre, la Hollande était annexée à l'Empire français.
Général d'Empire Ayant gagné la confiance de , il est nommé membre de la commission chargée d'étudier les conditions matérielles de l'annexion de la Hollande le . En , il est nommé général de division puis devient aide-de-camp de l'Empereur en mars et comte de l'Empire en juin. Il est chargé du commandement du dépôt des conscrits réfractaires et des déserteurs de Wesel, en . vignette|Les restes de la Grande Armée à Vilnius, toile de Georg Wilhelm Timm (1820–1895). Pendant la campagne de Russie, il devient en gouverneur de la province de Prusse-Orientale à Königsberg puis gouverneur de Lituanie à Vilnius, centre de ravitaillement de la Grande Armée. En , il reçoit l'ordre de venir au-devant de Napoléon dans la dernière phase de la retraite de Russie. Lorsque sa division arrive à Oszmiana le , le maréchal Murat lui ordonne de sortir de la ville pour laisser les maisons aux restes de la Garde impériale. Les villages environnants ayant été rasés, les hommes de la division doivent camper plusieurs nuits en plein air par un froid de -27°C : seulement hommes sur peuvent rentrer vivants à Vilnius. Hogendorp a la lourde tâche d'accueillir les rescapés de la retraite : le , il voit arriver devant Vilnius une foule de fuyards en loques, la plupart ayant abandonné leurs armes. Il ordonne de ne laisser entrer que les troupes en ordre et en armes mais, dès l'ouverture des portes, la ville est submergée par le flot en désordre qui pille les entrepôts et les réserves d'alcool. Vilnius a des réserves de vivres suffisantes pour hommes mais les soldats épuisés sont hors d'état de combattre l'avant-garde des cosaques. Les maréchaux Murat et Berthier, jugeant la ville indéfendable, la quittent immédiatementCurtis Cate, La Campagne de Russie -1812, Paris, Tallandier, 2006 (1re éd. 1985), p. 410-412.. Hogendorp quitte Vilnius avec l'armée le . Il rejoint sa femme et ses enfants à Berlin et gagne Paris le . Après la bataille de Bautzen, le , Van Hogendorp est nommé gouverneur de Breslau puis de Hambourg, sous les ordres du maréchal Davout. Les relations entre les deux hommes sont exécrables, le général refusant par exemple d'exécuter l'ordre du maréchal d'évacuer les inutiles à la défense de la ville, assiégée par les troupes russes, prussiennes et suédoises de l'armée du Nord. La ville se rend en , après l'abdication de Napoléon.
Dirk van Hogendorp démissionne du service français et retourne en Hollande, devenue royaume uni des Pays-Bas, où il fait allégeance à Guillaume d'Orange, prince souverain du nouveau royaume. L'influence de son frère Gijsbert Karel van Hogendorp, alors ministre des Affaires étrangères, est déterminante dans ce retour en grâce, malgré la réprobation des milieux orangistes. Apprenant que le maréchal Davout rejette toutes les erreurs du siège de Hambourg sur Van Hogendorp, le général publie un Mémoire du général comte de Hogendorp pour présenter son point de vue et se défendre. Inactif et marginalisé, il offre ses services à Napoléon à son retour de l'Île d'Elbe, qui le nomme gouverneur de Nantes. Mais la bataille de Waterloo le met fin aux activités publiques de Dirk van Hogendorp.
Exil vignette|gauche|alt=huile sur toile|Dirk van Hogendorp à Novo Sion. vignette|Monument pour Van Hogendorp au Brésil
Après la chute de l'Empereur, un retour aux Pays-Bas est impossible et Dirk van Hogendorp reste à Paris et publie Du Système colonial de la France sous les rapports de la politique et du commerce, une étude sur le rôle de rempart de la France contre la Grande-Bretagne et l'avenir des colonies françaises, qui sera remarquée par le duc de Richelieu, président du Conseil des ministres de Louis XVIII.
Avec l'aide de son frère, il s'exile à Rio de Janeiro où il arrive le et où il établit une petite plantation de café et d'orange au pied du Corcovado, qu'il appelle Novo Sion. Jusqu'à sa mort le , il reçoit régulièrement la visite de marins néerlandais, ainsi que celle, en 1821, du roi Jean VI.
Dans son testament, Napoléon lui lègue la somme de .
Dans la fiction Dans le film Monsieur N. (2003) d'Antoine de Caunes, on y voit Dirk van Hogendorp vivant en ermite sur sa plantation de Novo Sion.
Distinctions : grand-croix de l'ordre de l'Union : comte de l'Empire : grand-croix de l'ordre de la Réunion : officier de la Légion d'honneur
Œuvre Mémoires du général Dirk van Hogendorp, comte de l'Empire, La Haye, 1887
Notes et références
Annexes Bibliographie
Liens externes
Sa fiche sur Parlement.com
Catégorie:Naissance en octobre 1761 Catégorie:Naissance dans les Provinces-Unies Catégorie:Décès en octobre 1822 Catégorie:Décès à Rio de Janeiro Catégorie:Administrateur colonial néerlandais