La bataille du pont du Loc'h, aussi appelée bataille de Grand-Champ, se déroule le pendant la Chouannerie. Elle oppose les troupes républicaines du général Olivier Harty aux chouans de Georges Cadoudal.
Les combats ont lieu dans le cadre d'une expédition lancée depuis Vannes par le général Harty avec une partie des et demi-brigades de l'armée de l'Ouest. Celui-ci se rend maître le des bourgs de Grand-Champ, Locmaria et Locqueltas, où il réquisitionne toutes les têtes de bétail et les réserves de grains et de blé disponibles.
Trois jours plus tard, les républicains sont attaqués par quatre légions de l'Armée catholique et royale du Morbihan, commandée par Cadoudal. Largement supérieurs en nombre, les chouans coupent la retraite de l'armée de Harty en l’encerclant au cours de la nuit. Les combats débutent avant le lever du jour, mais en raison de l'obscurité, du brouillard et de la désobéissance d'une partie des troupes, les chouans ne parviennent pas à coordonner efficacement leurs attaques. Malgré sa situation critique, l'armée républicaine évite sa destruction en réalisant une percée à travers les lignes royalistes et se réfugie dans la ville de Vannes à la tombée de la nuit.
La bataille s'achève sans véritable vainqueur et sans issue décisive. Informé quelques jours après de l'arrivée de renforts républicains et de la soumission de plusieurs autres armées royalistes de l'Ouest, Cadoudal engage des pourparlers le auprès du général Guillaume Brune et signe sa reddition le , lors du traité de Beauregard.
Contexte Début de la troisième chouannerie
vignette|gauche|In hoc signo vinces, huile sur toile de Thomas Hovenden, 1880, Detroit Institute of Arts.|alt=Peinture en couleur représentant des paysans armés, des femmes et des enfants à l'intérieur d'une habitation.
À l'automne 1799, une troisième chouannerie éclate dans l'ouest de la France alors que le Directoire est aux prises avec une deuxième coalition européenne.. Le , lors d'une réunion au château de La Jonchère, près de Pouancé, les officiers chouans et vendéens s'accordent pour fixer la reprise des combats au .
En Bretagne, Georges Cadoudal réorganise l'Armée catholique et royale du Morbihan en huit légions, commandées par Pierre Guillemot, Jean Rohu, Pierre Mercier, Louis de Sol de Grisolles, Pierre Robinault de Saint-Régeant, César du Bouays, Achille Biget et Jean Le Paige de Bar. En , le comte d'Artois étend son commandement aux départements du Finistère et des Côtes-du-Nord..
Cadoudal planifie ensuite un assaut coordonné contre plusieurs villes à partir de la date du .. Ce jour-là, de Sol de Grisolles s'empare de La Roche-Bernard et Mercier mène avec succès un raid sur Saint-Brieuc.. En revanche, Cadoudal et Rohu échouent à prendre Vannes. Le , Guillemot prend Locminé. Le , Cadoudal s'empare de Sarzeau et de la presqu'île de Rhuys. Le , il détruit un détachement républicain à Guéhenno.. De son côté, de Sol de Grisolles occupe sans combattre Muzillac et Questembert les et , puis il s'empare de Redon le . Les et , Cadoudal, à la tête de , accueille à la pointe de Pen Lan, en Billiers une flotte britannique qui débarque , deux canons de , deux canons de , deux obusiers, des munitions et six caisses de piastres.. Le lendemain, menés par le général Olivier Harty tentent de s'emparer de ce convoi, mais ils sont tenus en échec à Elven.
Le , les administrateurs de Vannes, inquiets des progrès de l'insurrection, écrivent au ministre de la Police et de la Guerre que ...
Négociations à Pouancé et Candé vignette|gauche|upright|Portrait de Gabriel de Hédouville, huile sur toile de Paulin Guérin, vers 1810.|alt=Portrait peint du général de Hédouville en grand uniforme.
Le coup d'État du 18 Brumaire, mené par le général Napoléon Bonaparte, rebat cependant les cartes. Dès le , celui-ci fait supprimer l'impopulaire loi des otages, puis il autorise l'exercice du culte catholique et nomme le général Gabriel de Hédouville à la tête de l'Armée de l'Ouest en le chargeant d'ouvrir des négociations avec les officiers royalistes.... Celui-ci décrète une suspension unilatérale des hostilités le et une conférence de paix s'ouvre à Pouancé en , suivie par une autre à Candé le . Au cours des discussions, les officiers royalistes se montrent divisés : Cadoudal est partisan de la poursuite de la guerre, de même que Bourmont, le commandant de l'armée du Maine, et Frotté, le commandant de l'armée de Normandie ; en revanche les généraux vendéens d'Autichamp, Sapinaud et Suzannet sont favorables à la paix, tout comme La Prévalaye, le commandant de l'armée d'Ille-et-Vilaine, et Châtillon, le commandant de l'armée de l'Anjou et de la Loire-Inférieure..
Après plusieurs semaines de pourparlers, Bonaparte décide d'en finir militairement avec les chefs insoumis. Le , il remplace Hédouville par le général Guillaume Brune à la tête de l'Armée de l'Ouest et lui donne pour instruction de détruire en premier lieu les forces de Cadoudal : ...
Les généraux vendéens signent la paix à Montfaucon-sur-Moine le et Châtillon fait de même à Candé le .. Le général Brune se met alors en marche pour le Morbihan : il atteint Angers le , puis Nantes le et Redon le . En chemin, il fait envoyer un courrier au général Harty pour lui donner l'ordre de rester immobile à Vannes, mais les chouans l'interceptent.. En revanche, celui-ci reçoit une lettre de l'état-major général qui lui prescrit de prélever à main armée les impôts, de réquisitionner des grains et des bestiaux et de saisir les magasins de blé des insurgés afin de préparer d'importants approvisionnements pour l'armée de Brune. Harty décide alors de mener une expédition sur le bourg de Grand-Champ, connu pour être un important repaire de chouans, espérant peut-être par la même occasion réussir un coup d'éclat contre Cadoudal et ainsi faire taire l'administration départementale qui l'avait accusé d'incapacité et avait réclamé son remplacement...
Prise de Grand-Champ par les républicains vignette|Grandchamp, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1860.|alt=Gravure en noir et blanc montrant l'entrée d'un bourg avec plusieurs habitations, une église et deux villageois.
Le , le général Olivier Harty quitte Vannes, où il ne laisse que quatre compagnies de la pour garder la place, et se porte avec le reste de ce corps sur Grand-Champ, où il est bientôt rejoint par mille hommes de la , sortis d'Auray.
Georges Cadoudal n'oppose aucune résistance, n'ayant alors que avec lui, et se replie sur les bourgs de Plaudren et Trédion. Seuls huit jeunes déserteurs de la compagnie franche d'Auray se font surprendre par la cavalerie républicaine au pont du Loc'h et sont ensuite fusillés.
Maître des lieux, le général Harty fait aussitôt commencer les opérations d'approvisionnement : les soldats se répandent dans les fermes et villages des environs, abandonnés par leurs habitants, afin de saisir tous les grains, fourrages et bestiaux et de les faire filer sur Vannes.. Dans son rapport, le général républicain écrit : Il envisage alors de rester sur place quelques jours et d'attendre l'arrivée des colonnes des généraux Gency et Grigny. Il place les et de la au pont du Loc'h et au château de Camzon, la au pont et au château de Penhouët et le de la dans le bourg de Grand-Champ.
vignette|gauche|Vue du château de Penhouët en 2020.|alt=Photographie en couleur montrant la façade d'un château néo-classique, devant une cour avec une fontaine entourée de haies taillées.
Pendant ce temps, Gency quitte Rennes le et se met en route pour Vannes avec une colonne de constituée de la légère, d'un bataillon et d'une compagnie de grenadiers de la , de deux compagnies de la , de du de chasseurs à cheval et d'une escouade d'artillerie légère avec un canon de 8 livres et un obusier. Sa colonne gagne Bréal-sous-Montfort et Mordelles le , puis Ploërmel le , après avoir débusqué une petite troupe de chouans au château du Bois de la Roche, près de Néant-sur-Yvel. Le , elle se met en marche sur Elven.
De son côté, le général Grigny quitte Nantes avec , dont un bataillon de la demi-brigade, et se porte à La Roche-Bernard le , puis à Muzillac le .
Quant à Georges Cadoudal, il s'établit au manoir de Beauchêne, à Trédion, où il lance un appel aux légions de l'armée du Morbihan afin de préparer une contre-attaque. La légion de Pierre Guillemot arrive la première et s'établit à Kervio, entre Plumelec et Trédion. Les légions d'Auray et de Vannes suivent peu après. Louis de Sol de Grisolles, commandant de la légion de Redon et Muzillac, et Pierre Robinault de Saint-Régeant, commandant de la légion de Loudéac, annoncent également leur arrivée prochaine, mais le premier prend du retard en surveillant les mouvements de la colonne de Grigny et le second est encore bien éloigné. Cadoudal planifie alors de couper la route de Vannes et d'encercler les troupes de Harty.
Forces en présence vignette|gauche|upright|Portrait de Georges Cadoudal, huile sur toile de Joseph Ducreux, 1800, musée des Beaux-Arts d'Orléans.|alt=Peinture représentant un homme imberbe portant une veste et coiffé d'un bicorne. vignette|upright|Portrait du général Olivier Harty, huile sur toile anonyme, .|alt=Peinture représentant un homme imberbe, sans chapeau, avec un uniforme.
Du côté des républicains, le général de brigade Olivier Harty commande à .. hommes. Sa troupe est constituée de à hommes de la ., de de la et d'une compagnie de 44 grenadiers de la . La cavalerie compte et du de chasseurs à cheval, commandés par le chef d'escadron Pinteville et le lieutenant Demailler. L'artillerie est constituée de deux canons de . Dans son rapport, Harty note également la présence au sein de la colonne du chef de brigade Michel Bonté, commandant de la , et du chef de bataillon Guérin .
En face, les chouans alignent environ à . hommes, répartis en quatre légions. La légion de Bignan est commandée par le colonel Pierre Guillemot et son second, le lieutenant-colonel Pierre-Alexis Gomez. Guillemot mène lui-même les deux bataillons bretonnants de Bignan et de Pluméliau, tandis que Gomez prend la tête des deux bataillons gallots de Sérent et de Pleugriffet. La légion de Vannes aligne trois bataillons qui, en l'absence de Pierre Mercier, dit la Vendée, sont commandés par Guillaume Gamber, Jacques Audran et Jean-Marie Trébur-Oswald, dit Jacques Duchemin. La légion d'Auray, dirigée par Jean Rohu, est présente avec deux bataillons. La légion de Redon et Muzillac est quant à elle menée par Louis de Sol de Grisolles. L'armée comprend également un bataillon des « chasseurs et grenadiers réunis », formé à l'été 1799 et constitué par l'élite des combattants des légions d'Auray et de Vannes... Fort de selon Guillemot et de selon Rohu, il est placé sous les ordres de Édouard de La Haye-Saint-Hilaire. La cavalerie royaliste est constituée d'une centaine d'hommes, dont la plupart sont des déserteurs du de chasseurs à cheval, alors en garnison à Hennebont.. L'artillerie comporte quatre canons, dont deux dans la légion de Bignan et deux dans la légion d'Auray, dirigés par deux sous-officiers ayant déserté l'armée républicaine à Lorient. L'ensemble de ces forces est commandé par Georges Cadoudal, maréchal de camp de l'armée du Morbihan, qui prend lui-même la tête des légions d'Auray et de Vannes.
Sources Côté royaliste, le déroulement des événements est principalement connu par les mémoires de trois officiers chouans : le colonel Jean Rohu., commandant de la légion d'Auray ; Alexis Le Louer.., lieutenant d'une compagnie de chasseurs de la légion de Bignan ; et Julien Guillemot., fils de Pierre Guillemot. Âgé de seulement 13 ans au moment des événements, ce dernier ne participe pas aux affrontements mais suit les combattants sur le champ de bataille, à l'insu de son père. D'autres officiers royalistes, comme Louis d'Andigné et Toussaint du Breil de Pontbriand, font également mention de la bataille dans leurs mémoires, mais ils ne sont pas présents sur les lieux.