Les Éditions La Farandole (1955-1994) sont une maison d'édition spécialisée dans la littérature d'enfance et de jeunesse. Ayant le statut de société anonyme, elles relevaient du groupe éditorial du Parti communiste français, néanmoins avec une autonomie qui leur permettait de publier des auteurs fort divers.
Créée au dernier semestre 1955, La Farandole avait acquis une réputation de sérieux dans sa production, dont de nombreuses œuvres étaient distinguées par des sélections tel le Diplôme Loisirs Jeunes.
Incluse en 1979-1980 dans les restructurations du groupe éditorial du Parti communiste français, la maison d'édition prend alors le nom de Messidor La Farandole. L'ensemble du groupe éditorial Messidor rassemble les Éditions sociales (Messidor/Éditions sociales), les éditions Vaillant-Miroir Sprint, les éditions Messidor/Temps actuels, anciennement Éditeurs français réunis (EFR) dirigées par Louis Aragon, et Messidor/La Farandole. Fusionné en une maison éditoriale unique, les éditions Messidor, devenue Scandéditions en 1992, le groupe est mis en liquidation le .
Les Éditions La Farandole disparaissent après trente-neuf années d'existence. Elles laissent un catalogue d'une importance considérable dans le domaine de la littérature pour la jeunesse.
Notes de situation Lieux Lors de leur création, les Éditions La Farandole sont domiciliées au 3 cour du Commerce-Saint-André, un passage aux pavés disjoints entre le boulevard Saint-Germain et la rue Saint-André-des-Arts, dans le parisien. Le local comprenait un rez-de-chaussée dont l'ancienne vitrine était protégée le soir venu par des volets de bois amovibles, et un premier étage exigu, car le tout était contigu au restaurant Le Procope, dont la façade donnait sur la rue de l'Ancienne-Comédie. Le rez-de-chaussée était dévolu au commercial, à la comptabilité, aux expéditions, au magasin de réserve, aux archives. Le premier étage, coupé en 4/5 bureaux, servait à la production littéraire, artistique et technique et abritait le petit bureau directorial. Au travers des cloisons on entendait l'affairement dans les cuisines du multiséculaire restaurant. En face une serrurerie incluait dans son atelier un reste des remparts de Philippe-Auguste. Dans le même cours, un certain docteur Guillotin avait conçu un instrument destiné à adoucir les souffrances des condamnés à mort.
De 1955 à 1975, c'est dans ce décor suranné d'un Paris du , que s'affairait le personnel de cette petite maison d'édition, qui employait (en 1972) tout juste une dizaine de personnes salariées, mais dont le catalogue offrait plus de 250 titres, dont certains rivalisaient aisément avec la concurrence éditoriale. L'agrandissement du restaurant et un bail au prix trop élevé, contraignaient un premier déménagement au 11 bis, rue de La Planche, dans le . Ce n'était que temporaire. Vers 1979, les Éditions La Farandole quittaient la rive gauche de la Seine pour s'installer au 146, rue du Faubourg-Poissonnière, dans un immeuble qui rassemblait toutes les composantes des éditions Messidor, et leur service de diffusion, le Centre de diffusion du livre et de la presse (CDLP).
Société Des origines jusqu'au début des années 1970, la direction, entièrement féminine, était assurée par un duo : une directrice « stratégique », Paulette Michel, dont il se disait qu'elle était la compagnePaulette Michel était bien l'épouse de Jean Jérôme. Pola Fabelinska, son identité d'origine, née le 23 octobre 1909, à Lodz (Pologne), immigrée en France en 1927 pour des études musicales, avait des responsabilités dans les réseaux d'aide à l'Espagne républicaine, quand elle épousa Michel Feintuch, connu sous son nom usuel de Jean Jérôme. Cf Marie-Cécile Bouju, Lire en communiste (les Maisons d'édition du Parti communiste français 1920-1968, p. 247-249. de Jean Jérôme, éminence occulte du PCF, et une directrice littéraire, Madeleine Gilard. Une autre femme, professionnelle de l'édition, Régine Lilensten, vient les épauler, vers 1970-1971, dans le domaine commercial et éditorial : elle succède à P. Michel.Romancière, Madeleine Gilard, ancienne secrétaire et journaliste, était une « technicienne » de l'édition, et une traductrice de plusieurs langues, espagnole, anglaise et russeNée en 1906 en Espagne, grande, les cheveux gris coiffés en chignon, d'apparence austère, reconnue pour sa compétence en matière de livre pour la jeunesse, Madeleine Gilard a été la cheville ouvrière des Éditions La Farandole jusqu'à sa retraite en 1980. Cf aussi la notice, que lui consacre Marie-Cécile Bouju, p. 48-49, dans le volume 6 du Maitron, (Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social de 1940 à mai 1968), les éditions de l'Atelier, Paris, 2010., chargée particulièrement de la lecture des manuscrits, traductrice de contes et elle-même auteur de plusieurs livres pour enfants, est dès la création en « l'âme » de La Farandole. Au point de vue technique du livre et de la mise en forme, elle est assistée par Jacqueline Mathieu, maquettiste de talent, qui a participé à la conception de la plupart des grandes productions inédites de la maison d'éditions, tels Le Trésor de l'HommeLe trésor de l'homme, contes et poèmes du Vietnam paraît en 1971, alors que le pays est bombardé sans relâche par l'aviation américaine. Lauréat de plusieurs jurys de la littérature pour les jeunes, il était aussi acte de soutien à un peuple., l'Homme de toutes les couleurs, signé par Pierre ParafPierre Paraf (né à Paris en 1893, mort en 1989) ancien combattant de 1914-1918, journaliste, admirateur de Henri Barbusse, dont il préface des rééditions de Le feu chez Flammarion, est un des fondateurs de la LICRA. Il est durant de longues années responsable du MRAP. Le livre L'homme de toutes les couleurs obtient en 1973 le Prix Jean Macé décerné par la Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente., La Résistance rédigée par Pierre DurandJeune résistant FTP, déporté à Buchenwald, Pierre Durand(1923-2002) est journaliste à l'Humanité et historien, particulièrement spécialisé dans la Résistance communiste. Cf. notice « Pierre Durand » dans le volume 4 du Maitron, (Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social de 1940 à mai 1968), éditions de l'Atelier, 2008. ou Mes ancêtres les peaux-rouges, de William CamusLe livre Mes ancêtres les peaux-rouges, préfacé par Jean Ollivier se fixe pour objectif la réhabilitation de la culture indiennes. William Camus, d'origine iroquoise par son père fournit la plupart part d'une iconographie exceptionnelle par son authenticité. Plus tard, elle aussi se lançait dans l'illustration de contes pour enfants, publiés par la maison d'édition où elle travailleUne entreprise dirigée par des femmes, vers 1970-1975 même dans le domaine de l'édition, est un fait qui vaut d'être remarqué.. En 1978 Ghislaine Povinha succède à Régine Lilensten au moment d'une restructuration du système éditorial du Parti communiste françaisJulien Hage : entretien avec Régine Lilensten en juillet 2013, voir Sources..
Les Éditions La Farandole avaient le statut de Société anonyme. Leur capital était de francs dans les années 1960, avant d'être porté à francs en 1973. Cela traduisait le dynamisme de cette structure, dont un réseau de directeurs d'écoles, d'instituteurs, de responsables municipaux à l'enfance et de comités d'entreprises assurait une promotion bénévole, liée au « progressisme » de la production éditoriale.
Diffusion De fait, la distribution des Éditions La Farandole était assurée par le CDLP Centre de diffusion du livre et de la presse, comme les autres éditions du PCF. Les avantages de cette diffusion de type à la fois militant et commercial étaient toutefois négativement contrebalancés par un certain ostracisme dont faisait preuve souvent la critique littéraire enfantine à l'égard de cet éditeur, classé à gauche. Surtout, la diffusion par le CDLP limitait l'espace de diffusion et n'ouvrait guère l'accès des Éditions La Farandole aux réseaux des libraires traditionnels. Faute d'être mieux connue et plus largement mise à portée de son public potentiel, la production éditoriale ne pouvait jouer à armes égales avec les publications destinées à la jeunesse issues des grands éditeurs.
Principes éditoriaux Faire connaître la littérature soviétique et socialiste pour l'enfance. Lors de leur création, les Éditions La Farandole ont pour spécialité la traduction et la diffusion de l'abondante littérature pour l'enfance et la jeunesse de l'Union soviétique. Ainsi, le premier volume du catalogue de l'éditeur est une traduction par Natha Caputo de Contes de Maxime Gorki. Le volume numéro 2 s'adresse à la même tranche d'âge, 7 à 10 ans, mais malgré son titre, La rose des Karpathes, son auteur est un écrivain français : Pierre Gamarra. Ce dernier était par ailleurs critique littéraire de l'hebdomadaire de la CGT, La Vie ouvrière, avant de devenir directeur de la revue Europe. Pierre Gamarra, également romancier pour adultes, a été un des plus fidèles auteurs de La Farandole, puisqu'il y a publié une dizaine de titres. Ce premier livre pour la maison paraît en 1955. Il montre bien une des caractéristiques des éditions La Farandole, à savoir le recours à de bons illustrateurs. Pour la Rose des Karpathes, il s'agit de Mireille Miailhe, qui elle aussi entame une fructueuse collaboration avec la maison d'éditions. Les lignes qui concluent cette Rose des Karpathes, plusieurs fois rééditéeEn 1974, le catalogue des éditions La Farandole contient encore l'ouvrage de Pierre Gamarra; il s'agit alors d'un volume « achevé d'imprimer en août 1972 pour les Editions la Farandole, Paris par Sachsendruck Plauen, dépôt légal 3 trimestre 1972. Printed in the German Democratic Republic ». peuvent servir aussi pour résumer l'orientation des éditions La Farandole :
Par ailleurs, la diffusion de la littérature de l'Est européen, dont les droits pour la traduction étaient gérés par une société de la mouvance communiste, l'Agence littéraire et artistique parisienne (ALAP), ne se limitait pas à l'URSS.
Coopération avec les éditions est-allemandes, polonaises, tchèques, hongroises. Certaines collections résultent de la coopération entre les Éditions La Farandole et les éditeurs d'État de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Hongrie et surtout de République démocratique allemande. Des accords de traduction, de diffusion et d'impression entre elle et le « » permettent au catalogue des Éditions La Farandole de proposer un large choix de la très moderne (en ce sens que l'histoire se situe dans la vie courante des enfants du ) littérature pour la jeunesse de RDA. La même démarche était faite avec les éditions enfantines polonaises. À cette différence toutefois : l'auteur est français, Isabelle Jan, Marie-Zéline Sadoul, Andrée Clair, Madeleine Dubois, Madeleine Gilard, les dessinateurs sont polonais. Avec les éditions Artia de Prague, il s'agit de littérature de vulgarisation scientifique dont une des œuvres connaît plusieurs rééditions : l'Encyclopédie de la préhistoire de Zdenek V. Spinar, illustrée par Zdeněk Burian. De même avec les éditions Corvina de Budapest.
Production française