vignette|redresse=1.8|La marche des femmes et de la garde nationale sur Versailles, le .
Les 5 et font partie des « grandes journées » de la Révolution française et ont abouti au retour définitif et contraint du roi et de sa famille à Paris, capitale du royaume de France.
Initialement, la journée du débute par un rassemblement des femmes sur la place de Grève, devant l'hôtel de ville de Paris, pour interpeller la Commune, notamment sur une disette de pain qui touche la capitale. L'Hôtel de ville est d'ailleurs envahi jusqu’à l'arrivée de la Garde nationale, menée par La Fayette. Puis un appel est lancé afin de faire part de ces revendications directement auprès du roi et de l'Assemblée constituante. Ainsi, une foule de plusieurs milliers de personnes, très majoritairement composée de femmes, se met en marche vers Versailles. Elles sont suivies par d'autres groupes armés, puis plusieurs heures plus tard, par de la milice nationale.
Ces demandes étaient autant économiques (révolte frumentaire liée à la demande de pain, à laquelle le roi répond favorablement) que politiques : exigences de ratification des décrets relatifs à la Constitution et à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, à laquelle le roi se plie dans la soiréeArchives nationales C31 (263)-10. ; de remplacement des gardes du corps du roi par la garde nationale ; de port de la cocarde ; et d'installation du roi et de sa famille à Paris.
Sur ce dernier point, le roi se laisse la nuit pour réfléchir. Il accepte toutefois que la surveillance extérieure du château de Versailles et sa sécurité ne soient plus assurées par les gardes suisses mais par la garde nationale, commandée par La Fayette.
Mais le , à l'aube, le château est envahi par un groupe plus revendicatif. La Fayette, en retard, est incapable d'empêcher son invasion meurtrière (deux des gardes chargés de la protection des appartements de la reine Marie-Antoinette, principalement visée par l'invasion du palais, sont tués, tandis que les deux autres, Tardivet du Repaire et Miomandre de Sainte-Marie, sauvent la reine).. En fin de matinée, le roi et sa famille quittent Versailles pour Paris, escortés par la foule. La famille royale va désormais être installée au palais des Tuileries. L'Assemblée constituante y est appelée quelques jours plus tard : elle siège pour la première fois dans la chapelle de l'archevêché le ..
Ces journées ont pour conséquence immédiate le déplacement du centre politique de la France de Versailles à Paris. Elles ont aussi été marquées par la ratification par le roi de la Déclaration des droits de l’homme et du principe de la Constitution. À plus long terme, elles ont contribué à consacrer une certaine volonté populaire dans la Révolution tandis que pour commentateurs ces journées annoncent la Terreur.. Quoi qu’il en soit, elles marquent un nouveau pas dans l’affaiblissement du pouvoir royal.
Controverses sur les sources Malgré leur importance, les conditions et le déroulement de ces deux journées restent relativement mal connus, principalement par manque de sources. En effet, l'intégralité des sources manuscrites d'époque sur le sujet ont disparu, dans des conditions inconnuesUne des hypothèses étant qu'elles ont pu brûler dans l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris pendant la semaine sanglante en 1871, mais cela reste improbable : aucun historien ne les mentionne avant cette date.. Les événements de ces deux journées ont fait l'objet d'une instruction en vue d'un procès pour crime de lèse-nation (dont les archives ont été également perdues), instruite au Grand ChâteletProcédure criminelle instruite au Châtelet de Paris sur la dénonciation des faits arrivés à Versailles dans la journée du , imprimé par ordre de l'Assemblée, Imprimerie nationale, 1790 reproduction en ligne sur Gallica.. Les auditions s'étalent du au , relayées par le Moniteur universel et l'information sera imprimée le . Dès leur publication, ces témoignages font l'objet de vives critiques et de controverses : s'y mêlent des témoignages de personnes qui n'ont pas vécu l'événement et de très nombreuses rumeurs, les acteurs populaires et les femmes sont sous-représentés. Cette procédure fait l'objet d'un rapport à l'Assemblée constituante, dirigé et présenté par le député ChabroudRapport de la procédure du Châtelet sur l'affaire des 5 et , fait à l'Assemblée nationale par M. Charles Chabroud, membre du Comité des rapports, imprimé par ordre de l'Assemblée, Imprimerie nationale, 1790.. Ce rapport apporte des témoignages supplémentaires, et analyse méthodiquement la procédure. Il se montre à ce sujet très critique des enquêteurs du Grand Châtelet (il s'agit d'une des dernières enquêtes de cette institution qui est supprimée fin 1790). Ce rapport a pour principal objectif de décider si Mirabeau et surtout le duc d'Orléans, qui font tous les deux l'objet de beaucoup de rumeurs et d'accusations à l'époque, doivent être inculpés pour avoir organisé les journées d'octobre : le rapport conclut à leur innocence. Ce rapport sera lui-même vivement critiqué, en particulier par Jean-Joseph Mounier, président de l'Assemblée constituante lors des 5 et (il est émigré à Genève lorsqu'il publie ses objections contre le rapport)Appel au tribunal de l'opinion publique, du rapport de M. Chabroud, et du décret rendu par l'assemblée nationale, le . Examen du mémoire du duc d'Orléans et du plaidoyer du comte de Mirabeau, et nouveaux éclaircissements sur les crimes du 5 et du , Genève, 1790.. vignette|Jean-Joseph Mounier, président de l'Assemblée constituante les 5 et le (Alexandre Debelle, ). D’autres témoins relatent des versions contradictoires de ces évènements, surtout lorsqu’elles sont publiées plusieurs années après les faits, notamment sous la Restauration, soit vingt à trente ans plus tard. Parmi les plus célèbres, il faut mentionner : Louis XVI dans son « testament politique », laissé aux Tuileries pour expliquer son départ de la capitale en 1791. Dans ce texte, il donne sa vision de ces deux journéesDéclaration de Louis XVI à tous les Français, à sa sortie de Paris, sur Wikisource.. La Fayette qui a rédigé deux récits de ces journées dans ses mémoires. Jean-Joseph Mounier, président de l’Assemblée constituante au moment des faits, qui accompagne la première délégation de femmes vers le roi et qui demande la signature des décrets de ratification de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Condorcet. Madame Campan, première dame de chambre de Marie-Antoinette, un des témoignages les plus connusMémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, reine de France, tome second, Paris, Baudouin frères, 1823, , et suivantes . (ses mémoires n'ont été publiés qu'en 1823 et elle dit elle-même qu'elle n'était pas présente au moment des faits mais retranscrit les propos de sa sœur, présente près de la reine durant toute la matinée. C'est ce témoignage qui sera le plus repris par la petite histoire). Laurent Lecointre, lieutenant-colonel et commandant de la première division de la garde nationale de Versailles, qui publie son témoignage par la suiteDéclaration de M. Lecointre, négociant, lieutenant-colonel-commandant la première division de la garde-nationale de Versailles, au Comité de recherches de la municipalité de Paris, avec toutes les pièces justificatives : et sa réponse au discours prononcé par M. de Bonnay, sous-lieutenant des gardes du corps, à la tribune de l'Assemblée nationale, à la suite du rapport fait par M. Chabroud, de la procédure du Châtelet sur l'affaire des 5 et , 1790, De l'Imprimerie de la veuve Delaguette. Ce témoignage a d'abord été relevé pour le rapport Charbroud, il est donc aussi disponible dans la version publiée de ce rapport (cf infra), ainsi que dans les procès-verbaux de l'Assemblée : Procès-verbal de l'Assemblée Nationale, Volume 32, Baudouin, 1790 reproduction en ligne sur Google Books, ouvert ici à la page 139, aux Pièces justificatives du rapport Chabroud.. Saint-Priest, premier ministre de l'intérieur, celui-là même qui a été à l'initiative du mouvement du régiment de Flandre à Versailles (voir ci-dessous), qui loge à Versailles le et qui pousse à l’extraction du roi de Versailles.. Dumas. de La Tour du Pin, dame d'honneur de la reine.
Ces deux journées d'évènements ont aussi suscité de nombreux commentaires, notamment parmi les historiens « politiques » de la Révolution française (comme Thiers, Jaurès, Marx ou Taine).
Enfin, Michelet dans son Histoire de la Révolution française (commandée par le roi Louis-PhilippeMichelet, Histoire de la Révolution, tome premier, Paris, Librairie internationale, 1869, Histoire de la Révolution.) en fait un moment clé de la Révolution. De cette version, on retient, comme l'exprime Jean Tulard, « les émeutes de la faim. ».
Situation en septembre 1789
Le piétinement des débats de l'Assemblée constituante En , la situation à Paris est à la limite de l'implosion. L'excitation de l'été 89 est retombée, et depuis la nuit du 4 août (abolition des privilèges) et le (vote des premiers articles de la Constitution et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen), l'Assemblée piétine. Le roi refuse de signer certains décrets de l'Assemblée, dont la Constitution et la Déclaration. Le au matin, avant l'arrivée des femmes à Versailles, il fait encore parvenir une lettre à l'Assemblée où il n'accepte de donner sa sanction à la Constitution que si le pouvoir exécutif en son entier reste entre les mains du roi, alors que le mois de septembre s'est perdu en délibérations à l'Assemblée et dans les journaux pour savoir s'il fallait donner le droit de veto au roi. Les deux parties campent sur des positions incompatibles. Quant à la DDHC, le roi la rejette comme soumise à trop d'interprétations et trop dangereuse à appliquerTexte de la lettre dans la Gazette de Leyde - Livraison du , ..
Vus depuis Paris, le roi et l'Assemblée apparaissent comme soumis à l'influence de la Cour et des courants les plus conservateurs. Des journaux et publicistes commencent à réclamer le retour du roi à Paris, pour l'éloigner des influences qu'ils jugent pernicieusesNotamment : dans Le Courrier de Versailles à Paris et de Paris à Versailles, de Gorsas, du : « Quelles sont ces motions ? De se transporter sur le champ à Versailles, d'en imposer à l'Assemblée nationale, d'enlever la personne du roi et celle du dauphin, de les conduire à Paris, de les reléguer au Louvre, d'en faire des otages qui répondroient de tous les évènemens ; de confiner la Reine au couvent de Saint-Cyr, etc, etc. ». C'est aussi le cas du milieu entourant le Palais-Royal qui craignent de perdre de leur influence sur le cours du mouvement révolutionnaire comme en témoignent les articles du journal de Camille Desmoulins, Révolutions de France et de Brabant, édité par Danton et proche, à ce moment, de Philippe d'Orléans.
« Une disette moitié réelle, moitié factice » Par ailleurs, depuis le mois de septembre, le peuple parisien souffre d'une augmentation des prix du pain. Les raisons en sont encore très obscures : les récoltes, contrairement à l'année précédente, ont été bonnes et les communes limitrophes sont bien pourvues en pain. Pourtant à Paris, le pain est rare, la farine est de mauvaise qualité. Les boulangeries sont prises d’assaut. Cette disette culmine début octobre. Dans la Procédure, Stanislas-Marie Maillard, qui se présente comme le porte-parole des femmes, témoigne ainsi de la situation :
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La situation augmente la suspicion et la paranoïa générale. Dans ses mémoires, quarante ans plus tard, La Fayette évoque toujours . Les Parisiens voient dans cette situation un nouveau « complot de famine ».