Charles-André Julien, né le à Caen et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee, est un historien et journaliste français, spécialiste de l'Afrique du Nord (Maghreb) et militant anticolonialiste.
Il a enseigné notamment à l'Institut d'études politiques de Paris, à l'ENA et à la faculté des lettres de Paris et est à l'origine de la au Maroc.
Biographie Origines Charles-André Julien est issu d'une famille du Tarn de confession protestante par son père et d'une famille d'artisans parisiens par sa mère.
Son père, Louis Étienne Julien, né en 1862 à Saïx (Tarn), est enseignant. En 1886, il est reçu, le cinquième, à l'agrégation de littérature ; la même année, il épouse Élisa Charlotte Jugier.
Sa mère, née en 1866 à Paris (11e arrondissement), est la fille d'un monteur en bronze et d'une tapissière.
En 1898, Étienne Julien, professeur à Marseille, est dreyfusard et transmet dès cette époque à ses enfants cette conviction encore minoritaireLe Monde, 1991.. Il est par ailleurs proche de Jean Jaurès, avec qui Charles-André sera en relation peu avant l'assassinat de .
En 1906, la famille Julien s'installe à Oran en Algérie, alors colonie française. Charles-André fait ses études secondaires au lycée d'Oran, où son père enseigne.
Il adhère à la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) en 1909.
Débuts professionnels Après avoir obtenu son baccalauréat, il travaille comme secrétaire à la préfecture d'Oran. Dès son entrée dans le monde du travail, il se heurte aux grands propriétaires oranais, aux trafics coloniaux et à la dépossession des terres algériennes. Choqué par le traitement dont sont victimes les Algériens, il s'engage très tôt dans l'action politique. Il se range à gauche et fait la connaissance d'intellectuels et d'hommes politiques opposés au système colonial, parmi lesquels Félicien Challaye, André Gide et Albin Rozet. Il soutient la révolution bolchévique en Russie à partir de 1917.
En 1920, il est reçu à l'agrégation d'histoire et géographieCf. Liste des lauréats de l'agrégation 1830-1950 sur le site de l'INRP. et est ensuite nommé professeur en Algérie.
Le Parti communiste (1920-1926) Délégué au congrès de Tours en , il vote pour l'adhésion à la Internationale et devient l'un des dirigeants du Parti communiste (au départ appelé SFIC, Section française de l'Internationale communiste) pour l'Algérie.
En 1921, il fait partie de la délégation du PCF (avec Frossard, Souvarine, Vaillant-Couturier) en Russie pour le congrès de l'Internationale ; il croise l'intelligentsia révolutionnaire : Lénine, Trotsky, Zinoviev, Gorki et Hô Chi Minh. Il espère voir les révolutionnaires s'engager contre le colonialisme, ce qui n'est pas le cas en raison de difficultés qu'ils rencontrent dans leur pays.
Il quitte le Parti communiste en 1926 (après Frossard en 1923 et Souvarine en 1924), mais reste à gauche et contribue à la revue d'Henri Barbusse, Clartés.
C'est le moment où il est nommé professeur à Paris, successivement au lycée Janson-de-Sailly (1926-1932), au lycée Montaigne (1932-1941), et au lycée Condorcet (1941-1942). L'un de ses élèves témoigne de sa solidarité à l'égard de ses camarades juifs, en pleine Seconde Guerre mondialePierre Albertini, « Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, n°92, 2006/4, p. 81-100..
Les années 1930 En 1931, il écrit son premier livre, Histoire de l'Afrique du Nord ; dans cet ouvrage, il contredit les thèses colonialistes selon lesquelles l'histoire de l'Algérie commence en 1830.
Pour se constituer un réseau d'informateurs, il entre en contact avec les mouvements indépendantistes, notamment avec le groupe formé autour de Bourguiba, avec qui il se lie d'amitié.
En même temps, il devient le secrétaire de rédaction de la Revue historique.
Le Front populaire En 1936, au moment du Front populaire, il redevient membre de la SFIO. Léon Blum, devenu chef du gouvernement en juin, le nomme secrétaire du Haut Comité méditerranéen et de l'Afrique du Nord (1936-1939), qui doit permettre au Front populaire de trouver des solutions aux questions liées à la présence française en Afrique du Nord.
Il conçoit un centre de documentation pour le chef du gouvernement et rédige avec Pierre Viénot des notes de synthèse faisant des propositions concrètes. Après la chute de Léon Blum (), il travaille pour Albert Sarraut.
L'après-guerre Dans les années 1945-1947, ont lieu des mouvements dans l'Empire colonial français, en Algérie à Sétif (), puis en Indochine et enfin, en 1947, à Madagascar. C'est après la révolte de Madagascar, durement matée, qu'il décide de s'engager dans la voie du journalisme. Il participe notamment à la création du journal Le Monde, ce qui lui permet de gagner l'amitié de son fondateur, Hubert Beuve-Méry.
Après l'établissement de la Quatrième République, il est élu membre du Conseil de l'Union française, ce qui lui permet de travailler à la bibliothèque parlementaire où il a accès à tous les travaux de l'assemblée.
En 1947, il soutient sa thèse de doctorat : Les Débuts de l'expansion et de la colonisation françaises ()Cf. Notice du SUDOC.
Les années 1950 et la décolonisation Quoique professeur d'université, membre de la SFIO et conseiller de l'Union française, il est surveillé par les autorités en raison de son anticolonialisme, point de vue encore marginalisé.
Il dénonce les abus de la politique française au Maghreb et s'indigne des dérives de la République.
Il défend également les Maghrébins et mène une contre-enquête après la mort du syndicaliste tunisien Farhat Hached et accuse l'organisation de la Main rouge et la Résidence d'être à l'origine de sa mort.
Le , dans un article du Monde, il demande à la France de réviser sa politique de protectorat en Tunisie et en particulier les traités du Bardo et de la Marsa qui sont, pour lui, politiquement dépassés. Lors de la crise marocaine (1953), il se fait le conseiller du sultan Mohammed V.
Après l'indépendance du Maroc, il est invité par le roi Mohammed V à fonder l'université de Rabat et est nommé doyen de la faculté des lettres ; il assume en même temps sa charge de professeur à la faculté des lettres de Paris.
Il quitte la SFIO en 1958.
Fin de carrière En 1961, année de la mort de Mohammed V, il démissionne de ses fonctions à l'université de Rabat, ne voulant pas cautionner l'évolution du régime. L'inimitié avec Hassan II s'accentue au moment de l'affaire Ben Barka, personnalité dont il était proche.
Il devient professeur émérite de l'université de Paris en 1971, mais continue à travailler sur l'Afrique du Nord en dirigeant deux collections : « Pays d'Outre-Mer » aux Presses universitaires de France, qu'il dirige depuis 1947 ; « Les Africains » chez L'Harmattan, à partir de 1977.
Il dirige également le groupe d’études et de recherches sur le Maghreb (G.E.R.M.)Daniel Rivet, Post-scriptum aux souvenirs des années 1960-1980 de Catherine Coquery-Vidrovitch, Afrique & histoire, 2009/1 (vol. 7), p. 321 - 330, .
En 1983, la télévision lui consacre, sur TF1, une émission en deux parties, intitulée Voyages à propos d'un hérétique de Claude Jourde et Jean-Noël RoyTélé 7 Jours , semaine du 5 au 11 novembre 1983, première partie diffusée le jeudi 10 novembre 1983 à 22 h 15..
En 1986, il fait don de sa bibliothèque (« Fonds Charles-André Julien ») au Centre des hautes études sur l'Afrique et l'Asie.
Publications Ouvrages
L'Afrique du Nord en marche, Paris, Omnibus, 1982 [] Les Voyages de découverte et les Premiers Établissements (s), Paris, PUF, 1948. Réédition : Gérard Monfort, 2003 [] (compte-rendu de Fernand Braudel, « La double faillite "coloniale" de la France (s) », dans Annales ESC, 1949, n° 4, pp. 451–456) Les Français en Amérique - pendant la première moitié du , introduction de Ch.-A. Julien - Textes de G. Verrazano, Jacques Cartier et Jean-François de La Rocque de Roberval. Presses Universitaires de France, 1946 Et la Tunisie devint indépendante, 1951-1957, Éditions du Jaguar, [] Histoire de l’Afrique blanche, Paris, PUF, 1966Recension : Une pensée anticoloniale, Sindbad, 1979 [] Techniciens de la colonisation, Paris, PUF, 1946 [] Histoire de l'Algérie contemporaine 1. La conquête et les débuts de la colonisation 1827-1871, Paris, PUF, 1964
Avant-propos Avant-propos de :
Préface Préface de : Aimé Césaire, Toussaint Louverture : La Révolution française et le Problème colonial, Présence africaine,
Article
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Nicole Zand, « La mort de Charles-André Julien Un siècle d'anticolonialisme », dans Le Monde, , p. 24 Who's who in France 1975-1976, Paris, Éditions Jacques Lafitte, 1975, p. 932
(numéro spécial de Hespéris Tamuda, vol. XXXV, fasc. 1)
Guy Pervillé, « Julien, Charles-André (1891-1991) », dans ,
Articles connexes Histoire du Maghreb Colonialisme Anticolonialisme
Liens externes
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