Le Grand Prix automobile de Saint-Marin 1994 (), disputé sur le circuit Enzo e Dino Ferrari à Imola, en Italie le est la quatorzième édition du Grand Prix, la du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950, la troisième manche du championnat 1994 et la première course européenne de la saison.
Le week-end de la course est marqué par les décès du pilote autrichien Roland Ratzenberger et du triple champion du monde Ayrton Senna qui percute le mur à pleine vitesse dans la courbe de Tamburello alors qu'il est en tête de la course, ainsi que par de nombreux accidents et blessures. Il est décrit par le commentateur de la BBC, Murray Walker, comme dont il se souvient.
Michael Schumacher remporte finalement le Grand Prix devant Nicola Larini qui marque les premiers points de sa carrière et signe son unique podium tandis que Mika Häkkinen termine troisième. Lors de la conférence de presse d'après-course, Schumacher déclare qu’il ne peut se sentir ni satisfait, ni heureux du fait des événements tragiques du week-end.
Cette course mène à des reconsidérations sur la sécurité dans le sport automobile. La Grand Prix Drivers’ Association est rétablie après douze ans de mise en sommeil, de nombreux circuits sont redessinés et le design des voitures modifié. La réglementation technique est modifiée en 1995 pour que les monoplaces soient moins rapides, notamment en courbeAinsi, la cylindrée des monoplaces est réduite de à (cette réduction de cylindrée n'est toutefois pas directement liée aux accidents d'Imola), le poids des voitures est augmenté pour passer de 515 à 595 kg, la surface des appendices aérodynamiques réduite et surtout un patin en jabroc de 5 centimètres devient obligatoire sous le fond plat afin de réduire l'effet de sol. Les nouveaux circuits, comme le circuit international de Sakhir (Bahreïn) incluront désormais dès leur conception de larges zones de ralentissement..
Senna est honoré par des funérailles nationales au Brésil (3 jours de deuil sont décrétés) où près de personnes s’alignent dans la rue pour voir passer son cercueil. Des juges italiens inculpent six personnes pour homicide involontaire ayant entraîné la mort d'Ayrton Senna. Ces inculpés, dont Frank Williams et Patrick Head, propriétaires de l'écurie Williams sont tous acquittés.
Contexte avant le Grand Prix Situation du championnat du monde thumb|alt=Photo d'un ticket d'entrée|Ticket d'entrée du Grand Prix de Saint-Marin 1994. À l'approche du Grand Prix de Saint-Marin, le pilote Benetton Michael Schumacher, vainqueur des deux premières manches de la saison, mène le championnat du monde des pilotes avec 20 points, devant Rubens Barrichello, pilote Jordan, qui en a 7. Ils sont suivis par les pilotes Ferrari et Williams, Gerhard Berger et Damon Hill, qui totalisent 6 points chacun. L'autre pilote Williams, Ayrton Senna, l'un des principaux favoris pour le titre mondial, a abandonné lors des deux précédents Grands Prix bien qu'il eût signé à chaque fois la pole position et n'a de ce fait inscrit aucun point..
Chez les constructeurs, à l'issue du Grand Prix du Pacifique, Benetton occupe la première place avec 20 points, suivi par Ferrari avec 10 points. L'écurie italienne est talonnée par Jordan (7 points) et Williams (6 points), le champion en titre..
Situation des pilotes La semaine précédant le Grand Prix de Saint-Marin, Benetton annonce que le Néerlandais Jos Verstappen, qui a disputé les deux premiers Grands Prix de la saison en remplacement de Jyrki Järvilehto, blessé lors des essais de pré-saison, rend son baquet au Finlandais..
Le Japonais Aguri Suzuki, engagé par Jordan pour le Grand Prix du Pacifique pour remplacer Eddie Irvine, suspendu trois courses en raison du grave accident qu'il a causé au Brésil, cède son volant à l'Italien Andrea De Cesaris, qui assure l'intérim pour les deux courses suivantes. Le pilote essayeur de l'écurie, l'Anglais Kelvin Burt, était un temps pressenti pour pourvoir ce poste..
Trois jours après le Grand Prix du Pacifique, Ayrton Senna se rend au siège de Renault Sport à Viry-Châtillon, où il y visite les ateliers et les bureaux d'études et rencontre les ingénieurs lors d'un déjeuner. Le triple champion du monde et le motoriste français sont persuadés que la Benetton B194, qui mène le championnat des constructeurs et le championnat des pilotes grâce à Michael Schumacher, utilise un système d'antipatinage illégal. Renault dispose des moyens pour contourner également le règlement, mais souhaite, comme Senna, battre Benetton Formula à la régulière. Senna, qui n'arrive toujours pas à trouver ses marques chez Williams F1 Team et nostalgique de son ancienne écurie McLaren, plus chaleureuse, est également courroucé par sa compagne, la mannequin Adriane Galisteu, qui vient de poser pour des photographies érotiques.
Jean Alesi, souffrant de fêlures à trois vertèbres cervicales depuis un grave accident survenu le sur le circuit du Mugello, en marge du Grand Prix du Pacifique, subit un nouveau scanner à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Désormais rétabli, il est autorisé par le professeur Gérard Saillant à participer au prochain Grand Prix, disputé à Monaco.
Situation des écuries Avant le début de la saison, Cyril de Rouvre, le propriétaire de Ligier, est incarcéré pour escroquerie. Trois acquéreurs potentiels convoitent alors l'écurie. Le premier est Flavio Briatore, le patron de Benetton Formula qui souhaite obtenir un partenariat avec Renault pour la fourniture de son moteur V10. Ligier deviendrait en outre l'écurie B de Benetton. Le deuxième groupe de repreneurs, soutenu par Frank Williams, désireux de conserver l'exclusivité sur le moteur Renault, est constitué d'un consortium composé de l'ancien pilote Philippe Streiff, de Hugues de Chaunac et de la famille Giraudi, un puissant groupe spécialisé dans les cosmétiques. Enfin, le troisième acquéreur potentiel est Gérard Larrousse, soutenu financièrement par son associé Robin Herd, millionnaire depuis la vente de l'écurie March. Larrousse veut ainsi fusionner son écurie avec Ligier d'ici la fin de la saison 1994, ce qui suscite l'hostilité de cette écurie rivale et de ses investisseurs, Patrick Tambay et Michel Goulay, qui ne soutiennent pas ce projet..
Début avril, la juge d'instruction Eva Joly accorde une libération conditionnelle à Cyril de Rouvre moyennant de la revente rapide de Ligier. L'Etat français, qui est le principal bailleur de fonds de l'écurie grâce au soutien de la Seita, d'Elf et de la Française des Jeux, préfère un rachat par Streiff et Larrousse. Or, les trois commanditaires principaux de l'écurie et Renault apportent leur soutien à Briatore, d'autant plus que le Premier ministre français, Édouard Balladur, ne souhaite plus soutenir aucune écurie de Formule 1, alors que les grandes entreprises nationales sont en train d'être privatisées..
Le , le ministre du Budget, Nicolas Sarkozy, proche de Philippe Streiff, considère que Briatore n'apporte pas suffisamment de garanties au rachat de Ligier et bloque la transaction, entraînant la colère de ce dernier et des commanditaires de l'écurie française. L'Italien s'engage alors à maintenir tous les emplois de l'écurie en France. Le , Balladur donne son accord définitif au rachat de Ligier par le directeur sportif de Benetton..
Dernières évolutions des monoplaces Williams apporte à Imola une version remaniée de sa FW16. Celle-ci est dotée d'un aileron avant relevé de deux à trois centimètres et d'une nouvelle épure de suspension destinée à améliorer la stabilité de cette monoplace. En outre, Ayrton Senna, mécontent de sa position de conduite qui le rend sujet à de la tétanie au niveau des bras, demande que le volant de sa monoplace, situé très près du corps, soit repoussé. Cela implique une réduction de la taille de la colonne de direction..
Benetton Formula reçoit une évolution de son moteur V8 Ford-Cosworth afin que la B194 puisse rivaliser avec la FW16, équipée du moteur V10 Renault, le plus véloce du plateau, dans les longues lignes droites du circuit d'Imola.
Les Ferrari 412 T1 sont dotées d'un nouvel aileron avant destiné à réduire le sous-virage. En outre, Gerhard Berger teste à Imola le nouveau moteur V12 043, ouvert à 75° et plus léger de trois kilogrammes que le moteur 041. Ferrari espère l'introduction définitive de ce nouveau bloc en juillet.
Journée du vendredi Séance d'essais libres + Temps réalisés par les six premiers de la première séance d'essais libres. Pilote Voiture Chrono Écart 1 Ayrton Senna Williams-Renault 1 min 21 s 598 2 Damon Hill Williams-Renault 1 min 22 s 755 + 1 s 157 3 Michael Schumacher Benetton-Ford 1 min 22 s 848 + 1 s 250 4 Gerhard Berger Ferrari 1 min 23 s 067 + 1 s 469 5 Mika Häkkinen McLaren-Peugeot 1 min 23 s 495 + 1 s 897 6 Jyrki Järvilehto Benetton-Ford 1 min 24 s 066 + 2 s 468
Séance de qualifications + Temps réalisés par les six premiers de la première séance de qualification. Pilote Voiture Chrono Écart 1 Ayrton Senna Williams-Renault 1 min 21 s 548 2 Michael Schumacher Benetton-Ford 1 min 22 s 015 + 0 s 467 3 Gerhard Berger Ferrari 1 min 22 s 113 + 0 s 565 4 Jyrki Järvilehto Benetton-Ford 1 min 22 s 717 + 1 s 169 5 Nicola Larini Ferrari 1 min 22 s 841 + 1 s 293 6 Damon Hill Williams-Renault 1 min 23 s 199 + 1 s 651
Le vendredi , durant la première séance d'essais qualificatifs « Ayrton Senna: The Last Hours », Andrew Longmore, The Times, 31 octobre 1994., la Jordan de Rubens Barrichello décolle sur un vibreur à la Varianta Bassa à Frank Williams, Maurice Hamilton, Macmillan, .. Le pilote percute le haut d’une barrière de pneus, sa monoplace fait plusieurs tonneaux avant d’atterrir renversée. Barrichello, inconscient, est soigné par les équipes médicales sur place avant d'être conduit dans un centre médical. Il revient sur le circuit le lendemain malgré un nez cassé et un bras dans le plâtre qui le forcent à rester assis pour le reste du week-end « Ayrton Senna », Pierre Michaud, L'Humanité.. Dix ans plus tard, Damon Hill, qui conduisait alors pour l’écurie Williams-Renault, décrit son sentiment après l’accident : « Had Ayrton foreseen his death? » de Damon Hill, The Times, 17 avril 2004..
Journée du samedi Séance d'essais libres thumb|alt=Roland Ratzenberger sur la Simtek le jour de son accident mortel.|Roland Ratzenberger sur la Simtek le matin de son accident mortel. + Temps réalisés par les six premiers de la seconde séance d'essais libres. Pilote Voiture Chrono Écart 1 Ayrton Senna Williams-Renault 1 min 22 s 083 2 Michael Schumacher Benetton-Ford 1 min 22 s 200 + 0 s 117 3 Damon Hill Williams-Renault 1 min 23 s 234 + 1 s 151 4 Martin Brundle McLaren-Peugeot 1 min 23 s 246 + 1 s 163 5 Karl Wendlinger McLaren-Peugeot 1 min 23 s 396 + 1 s 313 6 Nicola Larini Ferrari 1 min 23 s 596 + 1 s 513
Séance de qualifications thumb|alt=Carte du tracé du circuit d'Imola montrant la Villeneuve curva, lieu de l'accident de Ratzenberger|La Villeneuve curva, lieu de l'accident de Ratzenberger. + Temps réalisés par les six premiers de la seconde séance de qualification. Pilote Voiture Chrono Écart 1 Michael Schumacher Benetton-Ford 1 min 21 s 885 2 Damon Hill Williams-Renault 1 min 22 s 168 + 0 s 283 3 Gerhard Berger Ferrari 1 min 22 s 226 + 0 s 341 4 Nicola Larini Ferrari 1 min 23 s 006 + 1 s 121 5 Mika Häkkinen McLaren-Peugeot 1 min 23 s 140 + 1 s 255 6 Ukyo Katayama Tyrrell-Yamaha 1 min 23 s 322 + 1 s 437