Le Val d'Aran a connu une histoire complexe, celle d'une région de montagne isolée mais aussi très influencée par ses deux grands voisins; la France et l'Espagne. Au cours des siècles, le Val d'Aran a réussi à jouer un jeu risqué et opportuniste d'alliance, pour faire s'équilibrer les appétits des principales puissances régionales : Aquitaine, Gascogne, Languedoc, Catalogne et Aragon.

L'histoire de la vallée est, comme c'est souvent le cas dans les zones de frontières, très éloignée de celle que l'on connaît des manuels scolaires nationaux.

Préhistoire Durant la Préhistoire, le Val d'Aran a connu une occupation humaine, prouvée par les pierres taillées que l'on retrouve un peu partout (musée de Luchon).

Le Val d'Aran n'est qu'à quelques kilomètres de la grotte de Gargas ou de celle du Mas d'Azil. Le premier peuplement de la Catalogne date au moins du début du Paléolithique moyen.

La région est aussi remplie de mégalithes et de cromlechs datant probablement de la période néolithique.

Antiquité Les populations les plus anciennes du Val d'Aran sont probablement d'origine celte et basque, si l'on en juge d'après les toponymes de la région.

Le littoral catalan accueille de nombreuses colonies grecques mais les habitants ne pénètrent guère dans l'intérieur des terres, et surtout pas dans les vallées.

Jules César distingue les peuples gaulois des peuples aquitains par la frontière naturelle constituée par la Garonne. Aquitaine est le nom donné depuis au moins le à une grande région du sud-ouest de la Gaule, qui s’étend de la Loire aux Pyrénées.

Strabon notamment décrit les tribus gauloises qui habitaient la région : les Convènes (Comminges), les Consoranni (Couserans) et Airenosi (les habitants du Val d'Aran). Le Val d'Aran a alors pour capitale Vetula (Vielha).

Vers 210 av. J.-C., la Catalogne est conquise par les Romains, intégrée aux provinces romaines de l'Hispania et latinisée.

Après la défaite de Sertorius, Pompée rentre d'Espagne et fonde en 72 av. J.-C., la ville de Lugdunum Convenarum (nom latin de l'actuel Saint-Bertrand-de-Comminges) qui deviendra l'imposante capitale des Convènes, plus étendue que Lutèce, et .

Crassus, le jeune lieutenant de Jules César, entreprend la conquête de l'Aquitaine en 56 av. J.-C.

C'est de cette période que daterait la romanisation de la région, marquée notamment par la fondation mythique des thermes de Luchon (ou thermes Onésiens), de Les et d’Arties, dans le Val d'Aran. On a pu croire au que le toponyme Les dérivait d'un dieu des sources « Lex » mais les autels votifs avec des inscriptions latines se sont révélées être des fauxLes inscriptions latines, dont celle au dieu Lex (Lexi deo C(aius) Sabi(nus?) Hort(i) f(ilius)) sont des faux grossiers, détectés depuis la fin du : « Trois autels votifs trouvés à Lez, très intéressants s'ils n'étaient fort suspects. La forme des lettres, la place des points [...] ont à juste titre éveillé les soupçons des épigraphistes. L'inscription est donc très probablement fausse. Ainsi le dieu Lex doit avoir été inventé pour expliquer le nom de Lès. [...] Il est donc presque sûr que cette inscription et les deux qui précèdent sont fausses. » () ; et plus récemment : « Un intérêt économique devait conduire un faussaire à flatter la vanité du premier baron de Lès avec les mentions d'un Lexi deo et du nom de personne Lexeia. » ()..

L'exploitation du marbre de Saint-Béat ou celui d'Arties commencent également avec les Romains.

D'après Malus, des gisements se trouvaient à Argut et Melles. Palassou relaie l'existence supposée d'une mine de plomb tenant argent, près du village d'Argut, dans la vallée d'Aran, ainsi que l'existence de carrières et de fours à chaux aux environs de Viella..

Le tracé de voies romaines commence à rayonner autour de Lugdunum Convenarum, et est attesté par des bornes milliaires. Celle du Val d'Aran est aujourd'hui toujours praticable sous le nom de Camin reiau et va de Toulouse, jusqu'à Urgell et Esterri d'Àneu. Les Romains agrandissent déjà pour cela l'étroite vallée à Saint-Béat (le Passus lupi — ou passage assez large pour des loups).

L'Aquitaine historique réapparaît au sous la dénomination d'Aquitaine des neuf peuples ou Novempopulanie. Sa romanisation va ensuite conduire à la constitution de la Gascogne.

Moyen Âge Période wisigothique L'Aquitaine passe sous la domination des Wisigoths. Arrivés de Provence et d'Italie en 412-413, ils dessinent un territoire qui en France a les contours de l'Occitanie, mais s'étend jusqu'en Espagne. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une colonie de peuplement, mais plutôt d'une alliance entre une aristocratie conquérante et des peuples plus anciens.

En 418, un traité instaure le statut de fédéré (fœdus) des Wisigoths dans l'Empire romain, qui les installe en Aquitaine.

Le royaume wisigoth existe de 419 à 711 et dépasse la fin de la période des invasions barbares pour persister durant le haut Moyen Âge.

Après leur victoire sur les Romains en 439 à Toulouse, le royaume des Wisigoths a d'abord cette ville comme capitale (il englobe alors tout le sud de la France actuelle).

Lorsqu'en 507, Clovis, rois des Francs, appelé par les évêques de Novempopulanie, bat Alaric II, roi des Wisigoths, à la bataille de Vouillé, ces derniers ne conservent que la Septimanie (correspondant au Languedoc actuel) et une partie de la Provence avec l'aide des Ostrogoths. Les Wisigoths installent alors leur capitale à Tolède.

Bien que Clovis ait été totalement légitimé par l'empereur d'Orient, les populations romanisées de la région n'acceptent pas forcément sa royauté. En 585, Lugdunum Convenarum accueille un concurrent de Gontran à la succession franque de . La ville est détruite et l'imposante métropole régionale n’est plus qu'un champ de ruines pendant deux siècles, avant de renaître ensuite de ses cendres comme évêché de Saint-Bertrand-de-Comminges.

Il s'ensuit une période où commencent les invasions sarrasines.

L’année 671 voit l'indépendance de l'Aquitaine, dirigée par le duc .

En 711-712, le royaume wisigoth est conquis par les musulmans.

Entre 719 et 732, les ducs Eudes, Hunald et Waïfre détiennent l’Albigeois où ils ont des biens. Eudes combat les Sarrasins en Albigeois.

L’année 728 voit la défaite du duc d'Aquitaine et l'invasion de la Gascogne par l'émir Abd al-Rahman. Le Val d'Aran est probablement pillé à plusieurs reprises par les Sarrasins, les Maures, mais il ne semble pas qu'il y ait eu de peuplement important.

Jugeant l'Aquitaine trop affranchie, Pépin le Bref fait assassiner le duc Waïfre en 768.

En 778, l'armée de Roland, piégée par le wali de Saragosse, est défaite par les Navarrais dans les montagnes de Roncevaux pour avoir mis à sac la ville de Pampelune.

Charlemagne crée en 781 pour son fils Louis le débonnaire alors âgé de , le royaume d'Aquitaine englobant les territoires du Rhône à l'Atlantique. Il avait pour capitale Toulouse afin de fédérer la reconquête hispanique.

Après la prise de Barcelone par Charlemagne en 801, l'espace qui constitue la Catalogne — le mot lui-même n'apparaissant pas avant le — est intégré à la « marche d'Espagne ».

Comme les autres parties de l’Empire franc, cet espace est divisé en comtés, dont certains sont d’ailleurs des héritages du royaume wisigoth. Ces comtés sont souvent modelés sur des évêchés, mais ce n’est pas toujours le cas. Les comtés sont ceux de Barcelone, Urgell, Cerdagne, Empúries, Pallars, Ausone, Roussillon et Gérone. Un certain nombre de pagus sont mentionnés sans que l’on ait la certitude que ce soient véritablement des comtés, comme le Conflent, le Berguedà et Peralada. La plupart des comtes nommés par les empereurs sont des grands aristocrates francs à la tête de larges circonscriptions territoriales. Ils portent d’ailleurs souvent le titre de « marquis » qui indique leur autorité sur tous les comtes de la marche.

En 814, Louis le débonnaire, alors âgé de , cède le royaume d'Aquitaine à son fils Pépin, qui meurt en 838. Le fils de ce dernier, Pépin II, est proclamé roi après lui, mais Charles le Chauve lui enlève ses États et se fait couronner roi d'Aquitaine en 848. En 855, il en investit son fils Charles, qui meurt en 867, et est remplacé par Louis le Bègue.

Les duchés du Moyen Âge En 877, le royaume d'Aquitaine se scinde en deux duchés, un duché de Gascogne au sud de la Garonne et un duché d'Aquitaine (plus tard appelé Guyenne).

En 878, à l'assemblée de Troyes, le comte goth Wifred (Guifré) le Velu, fils du marquis Suniefred, à la tête des comtés d'Urgell, Cerdagne et Conflent depuis au moins les années 870, est investi par Louis le Bègue des comtés de Barcelone et de Gérone. Il prend par la suite le titre de marquis, peut-être sans reconnaissance royale ; il n'en reste pas moins de facto le maître des comtés de la marche d’Espagne. Ses frères Miro et Radulf reçoivent les comtés de Roussillon et Besalú, ce dernier issu d'un démembrement du comté de Gérone. Wifred et ses frères sont les derniers comtes à recevoir de l’empereur ou du roi leur investiture. La succession à la tête du comté de Barcelone devient ensuite purement héréditaire. Wifred fait construire des forteresses comme celle de Cardona et organise le peuplement de la région du Vallès proche de Barcelone. Il encourage les fondations monastiques et obtient en 886 la restauration, à Vich, de l'évêché d'Ausone, disparu après la révolte sans lendemain de 827. À partir de 878, la future Catalogne est virtuellement indépendante, les rois francs se contentant désormais d'entériner simplement les successions comtales, les différents pouvoirs locaux étant devenus de fait héréditaires. Wifred meurt en 897.

En 879, Involatus est un des premiers évêques du Comminges.

Le premier comte de Comminges s'appellerait Asnarius. Un de ses fils, qui possède le Razés, le Comminges et le Couserans, épouse en 944 Arsinde, héritière du comte de Carcassonne.

Le a lieu le mariage du roi d'Aragon avec Gilberte de Foix, une descendante des comtes de Comminges et héritière du Couserans et de Foix. C'est de cette époque que datent les droits sur le Comminges et le Val d'Aran de la couronne d'Aragon. Cependant les Aranais se défendirent contre les comtes de Comminges, car ils étaient bien décidés à faire valoir l'autonomie de fait, sinon juridique, qu'ils avaient acquise.

Et c'est Ermengarde de Carcassonne, une des arrière-petites filles du premier comte, qui vend définitivement le 26 juin 1070 ses droits sur le Couserans et le Comminges au comte de Barcelone .

Naissance de la Catalogne La marche s'émancipa progressivement de la tutelle franque à partir de 985. Ni les derniers Carolingiens, ni Hugues Capet ne répondent aux demandes de secours de Borrell II (947-992), comte de Barcelone, assiégé en 987 par Mohammed ibn-Abi Amir dit el-Mansour.

En 1058, les deux duchés de Gascogne et d'Aquitaine se réunissent.

La reine Aliénor d'Aquitaine, fille du duc Guillaume X, fut au Moyen Âge parmi les personnages les plus influents de toute l'Europe. Elle épousa en 1152 le duc de Normandie et comte d'Anjou, qui devint en 1154 le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt.

Le duché d'Aquitaine prend le nom de duché de Guyenne au moment du Traité de Paris conclu le entre Saint Louis et Raymond VII comte de Toulouse, qui cédait ainsi la plus grande partie du Languedoc à la France et mettait fin au conflit albigeois.

La couronne d'Aragon