(en grec ancien / ), né en et mort en , est un roi de Macédoine de la dynastie des Antigonides. Les premières années de son règne marquent l'apogée de la Macédoine hellénistique avec sa victoire lors de la guerre des Alliés contre la Ligue étolienne et lors de la première guerre macédonienne contre Rome pour le contrôle de l'Illyrie. Il s'engage ensuite dans la première guerre crétoise contre Rhodes, à laquelle se joint Pergame. Ce conflit amène les Romains à intervenir une nouvelle fois : Philippe est vaincu à l'issue de la deuxième guerre macédonienne à la bataille de Cynoscéphales en 197, marquant le déclin inexorable du royaume de Macédoine malgré la mise en œuvre de profondes réformes économiques et sociales.

Biographie

Philippe au début de son règne

Le problème des sources

On peut considérer Philippe comme étant le personnage essentiel des vingt premiers livres des Histoires de Polybe, repris ensuite par Tite-Live. Mais le texte n'est tout de même pas sans poser certains problèmes. En effet, son parti pris pro-achéen semble parfois guider ses réflexions, .. Aussi présente-t-il d'abord Philippe comme un jeune roi énergique et soucieux du bien des Grecs, tant qu'il reste l'allié des Achéens. Mais lorsque la discorde s'installe entre Philippe et la Ligue achéenne, Polybe noircit soudainement son image en expliquant ce retournement par un brusque changement de mentalité du roi. En dépit de cette remarque, il semble judicieux de faire confiance en l'objectivité de Polybe.

L'accession au pouvoir

En , à la mort de son père , Philippe, âgé de , est trop jeune pour assumer la réalité du pouvoir. L'Assemblée des Macédoniens désigne , son cousin, comme régent. Ce dernier obtient le titre royal en 227.. Antigone se conduit loyalement et institue par ailleurs un conseil de régence au sein duquel Apellès exerce sur le jeune roi une influence néfaste, .. L'ambitieux conseiller et ses amis sont éliminés en 218, .. Antigone laisse à Philippe une Macédoine qui a réussi à étendre sa domination dans le Péloponnèse à la faveur de la guerre de Cléomène au cours de laquelle il a soutenu la Ligue achéenne contre Sparte. Sentant sa fin proche, Antigone a confié Philippe à la garde de tuteurs et l'envoie dans le Péloponnèse nouer relation avec Aratos de Sicyone, le chef des Achéens. Philippe lui succède au printemps 221 à l'âge de .. Homme d'action à la remarquable intelligence politique, Philippe possède néanmoins un tempérament excessif et colérique qui l'entraîne à prendre des décisions inconsidérées.

Philippe et la guerre des Alliés

Certains États grecs souhaitent profiter du jeune âge de Philippe pour s'étendre aux dépens de la Ligue achéenne qui est désormais toute-puissante dans le Péloponnèse. Les Étoliens lancent ainsi diverses opérations en Phocide et en Béotie. Philippe réunit à l'automne les membres de la Ligue hellénique (restaurée par ) à Corinthe où il décide d'une déclaration de guerre contre la Ligue étolienne à laquelle se joint bientôt Sparte. La jeunesse du roi fait dire à Polybe que sa conduite a été dictée par Aratos de Sicyone. L'un des motifs de la guerre est aussi de soustraire le sanctuaire de Delphes à l'influence étolienne, ., ce qui confère à ce conflit une dimension sacrée.

La guerre des Alliés (220-217), qui tourne à l'avantage des Macédoniens, s'avère être un conflit long et cruel, .. Elle est marquée par le sac du sanctuaire fédéral de Dodone en Épire par les Étoliens, puis en représailles par celui du sanctuaire fédéral de Thermos en Étolie par les Macédoniens. Philippe, que les Étoliens ont sous-estimé, démontre ses talents de stratège en prenant Thèbes de Phthiotide, place essentielle des Étoliens. La paix est signée à Naupacte à l'été 217 grâce notamment à l'entremise des ambassadeurs de , .. Les Étoliens perdent des places fortes mais conservent leur influence à Delphes, ..

Philippe contre Rome

Philippe et la question illyrienne 250px|vignette|gauche|L'Illyrie vers

En , Philippe, qui vient d'apprendre la victoire d'Hannibal au lac Trasimène, se tourne vers l'Illyrie dont Démétrios de Pharos (qui devient son conseiller) vient d'être chassé par les Romains à l'issue de la deuxième guerre d'Illyrie. Les affaires illyriennes sont déjà intervenues dans la politique macédonienne : vers 220, le stratège de Corinthe, Taurion, a fait franchir l'isthme aux Illyriens, alors occupés à pirater dans les Cyclades, afin de nuire aux Étoliens, .Un contingent illyrien a par ailleurs participé à la bataille de Sellasia.. Philippe dirige une expédition en Illyrie prétextant que le dynaste Scerdilaidas ait rejoint la cause des Étoliens et mené des incursions en Macédoine. Polybe écrit que le roi a pour projet de débarquer ensuite en Italie pour se joindre à Hannibal ; mais cette thèse parait tout à fait discutable, .. Il fait construire une flotte légère afin de faire débarquer ses troupes pour s'attaquer à Apollonie alors sous protectorat romain (hiver 217). L'opération échoue piteusement alors que des renforts romains s'approchent. Philippe regagne alors la mer Égée mais espère toujours pouvoir étendre ses ambitions en Illyrie, ..

Philippe et la première guerre macédonienne (214-205)

En , Philippe (conseillé par Démétrios de Pharos) prend l'initiative de conclure une alliance avec Hannibal dont la victoire contre les Romains paraît inéluctable depuis la bataille de Cannes dans le cadre de la deuxième guerre punique, .. Le traité stipule que Macédoniens et Carthaginois s'allient contre les Romains, Philippe ayant pour objectif d'annexer l'Illyrie une fois que les Romains seraient vaincus, alors que les Carthaginois n'apportent aucune aide militaire. Il s'avère enfin que Philippe ne manifeste pas d'ambition en Italie, au contraire de Pyrrhos, ..

Mais Philippe est retenu par des opérations dans le Péloponnèse. Des troubles sociaux ont en effet éclaté en Messénie et le roi prend le parti des révoltés qui lui offrent la citadelle de l'Ithômé même si Aratos, chef des Achéens, parvient à le dissuader de poursuivre dans cette voie. Démétrios de Pharos périt dans une tentative de prise de la citadelle, tandis que Philippe en personne échoue également, .. La Messénie passe dès lors dans le camp des Étoliens, marquant une distension des rapports avec la Ligue achéenne et le déclin de la Ligue hellénique. Philippe peut commencer sa campagne en Illyrie en 214 en attaquant Oricum et Apollonie ; mais il est surpris par les troupes du préteur Laevinus et contraint de fuir par voie terrestre après avoir fait brûler sa flotte, .. Cet échec n'empêche pas Philippe de conduire vers 212 une nouvelle expédition et d'occuper Lissos (évacuée vers 209), menaçant de nouveau le protectorat romain. Si l'Antigonide s'est engagé à faire passer une armée en Italie, il n'a rien fait pour tenir ses promesses éventuelles, ..

La politique hasardeuse de Philippe dans le Péloponnèse a dressé contre lui un front antimacédonien (et antiachéen) qui profite à la Ligue étolienne qui a forgé une alliance avec Attale, roi de Pergame, qui pourrait s'être traduite par une collaboration navale. Logiquement, les Romains trouvent à leur tour des alliés en concluant un traité avec les Étoliens en 212, représentant la première intervention directe des Romains dans les affaires grecquesLe récit de Tite-Live (, 24) sur ce traité diffère sensiblement d'une inscription épigraphique, fragmentaire, trouvée en Acarnanie : , .. Le traité, établi à Rome, stipule que les Étoliens doivent attaquer les Macédoniens sur terre et les Romains sur mer, tandis que les Étoliens recevraient les conquêtes territoriales et les Romains le reste du butin. Leurs alliés (Lacédémoniens, Éléens, Illyriens, Pergaméniens) ont la liberté d'adhérer ou pas à cette alliance. Les Romains interviennent contre les alliés grecs de Philippe : ils prennent Égine qui est mise en vente par les Étoliens au profit de Pergame, .. Le conflit, confus, s'étend à tous les alliés des belligérants. Philippe pousse par exemple Prusias de Bithynie à intervenir contre Pergame, alors qu'Attale est stratège des Étoliens en 209. Le roi de Macédoine est sur tous les fronts en luttant avec énergie pour protéger ses alliés (Achéens, Béotiens, Eubéens, Phocidiens, Thessaliens et Épirotes, etc.). Les tentatives de pourparlers lancées par les Rhodiens et les Lagides (dont cette guerre nuit à la puissance commerciale) n'aboutissent pas. Il remporte une victoire contre les Romains alors qu'ils pillent la région entre Sicyone et Corinthe. Soutenu par les Achéens, il tente ensuite de s'emparer d'Élis et manque d'être tué. Il est contraint alors de rentrer en Macédoine à cause de la menace (supposée) des Dardaniens, .. Peu après, il parvient à chasser les Étoliens qui bloquaient le défilé des Thermopyles et à vaincre Attale qui venait de s'emparer d'Oponte. Dans le même temps, les Spartiates sont vaincus par les Achéens de Philopœmen à Mantinée.

L'année 207 est donc plutôt favorable à Philippe, même si aucun combat décisif n'a été engagé contre les Romains qui commencent à se désengager, laissant les Étoliens à leur sort. En 206, Philippe marche sur Thermos, la capitale fédérale de la Ligue étolienne, obligeant celle-ci à conclure un traité aux conditions sévères : les Étoliens sont expulsés de Thessalie et de la mer Égée. Cette paix séparée va à l'encontre du traité conclu en 212 avec les Romains. Ceux-ci tentent en vain de lancer les Étoliens dans une nouvelle guerre et décident d'intervenir en faisant débarquer une armée en Illyrie. Philippe réagit en marchant contre les Romains mais la confrontation est évitée, faisant place à des négociations rapidement expédiées, sachant que la priorité des Romains reste la lutte contre Hannibal, .. Le traité de Phœnicè de 205 est à l'avantage de Philippe qui reçoit une partie du protectorat romain d'Illyrie. Le traité de paix concerne également l'ensemble de leurs alliés respectifs, mais rien ne prouve que Rome soit censée secourir ses alliés en cas de violation du traité, .. Certains historiens modernes considèrent que ce traité n'est qu'une trêve dans un conflit à long terme, une trêve contenant assez d'équivoques pour que les Romains puissent intervenir contre la Macédoine. Quoi qu'il en soit, Philippe sort vainqueur de cette guerre, ayant considérablement affaibli les Étoliens (alors plongés en pleine crise sociale) et s'étant étendu en Illyrie avec l'obtention d'un débouché sur la Mer Adriatique. Les Romains, qui sont d'abord intervenus pour faire face à une coalition entre Philippe et Hannibal, délaissent pour un temps les affaires d'Europe ; mais les ambitions de Philippe en Méditerranée orientale, foyer traditionnel des conflits entre États hellénistiques, ramènent à nouveau les Romains en Grèce, ..

Philippe et la guerre crétoise (205-200)

Une fois la paix de Phœnicè conclue avec les Romains en , Philippe, dont le tempérament aux dires de Polybe devient de plus en plus orgueilleux et brutalPolybe, , 3 (pour l'année 205)., manifeste des ambitions en Méditerranée orientale, inquiet de l'expansion séleucide sous tout autant que de la puissance navale de Rhodes et Pergame. En Grèce, le roi des Macédoniens, qui a tendance à soutenir les mouvements démocratiques contre les oligarchies, se voit reprocher son despotisme, même de la part de ses alliés de la Ligue achéenne, ..